Le libéralisme français n'est pas un mais pluriel. Les travaux de Lucien Jaume ont mis en lumière deux points saillants dans l'orléanismeJaume, 2008, pp. 39-44, le courant du libéralisme qui a eu des responsabilités politiques de premier plan au : un individu relativement effacé et un rôle important attribué à l'État (même s'il s'agit d'un État peu interventionniste en économie). René Rémond place dans la continuité de ce courant ce qu'il nomme la droite libérale qui a été présente à l'Union pour la démocratie française. À côté de ce courant, il y a aussi eu au un groupe d'intellectuel libéraux autour de Germaine de Staël puis d'Alexis de Tocqueville critique envers l'orléanisme, tout comme il y a eu un catholicisme libéral. Il est à noter qu'à ce tropisme de droite du courant majeur politiquement en France répond un tropisme de gauche du courant principal du libéralisme anglo-saxon. Peut-être pour cette raison, les courants libéraux de gauche préféreront à la fin du adopter le vocable de radicalisme qui n'est pas sans rappeler le courant libéral anglais et John Stuart Mill. De nos jours, à côté d'une droite libérale à la René Rémond on trouve également un courant très marqué par le libéralisme autrichien et quelques experts d'inspiration sociale-libérale.

Les sources du libéralisme Les précurseurs En fait ce ne sont pas les mêmes suivant les courants. Pour François Guizot et l'orléanisme, avec la philosophie de Victor Cousin elle inclut Nicolas Malebranche, François Fénelon, Claude Buffier et critique le subjectivismeJaume, 1998, p.48 Pour le courant intellectuel autour de Germaine de Staël, c'est plutôt Jean-Jacques Rousseau et Kant

La naissance du libéralisme sous la Révolution et l'Empire

Un groupe, les Idéologues (Pierre Jean Georges Cabanis, Pierre Daunou,Dominique Joseph Garat, Antoine Destutt de Tracy, etc.), et Germaine de Staël vont jouer à cette période un rôle important dans la destinée de ce qui sera plus tard le libéralisme français ou pour être plus exact les libéralismes français. Avant le coup d'État du 18 Brumaire, dont le groupe des Idéologues sera partie prenante, étant assez proche de Madame de StaëlJaume, 1997, p.27. L'arrivée au pouvoir de Napoléon Bonaparte va les séparer et provoquer une conversion intellectuelle chez la dernière citée. Aussi, un historien comme Albert Thibaudet a pu faire de Madame de Staël Jaume, 1997, p.26 c'est-à-dire du courant qui va être la matrice de l'orléanisme. En effet, sa pensée « première période » s'organise comme celle des idéologues autour d'une Jaume, 1997, p.28 sur la volonté de faire émerger un pouvoir exécutif fort

Les idéologues comme les physiocrates et à leur suite le courant majeur du libéralisme français ont une vision passive de la liberté populaire. Dans un discours devant le Conseil des Cinq-Cents Pierre Jean Georges Cabanis écrit Jaume, 1997, p.32, vision que pour tard Alexis de Tocqueville critiquera en remarquant selon la phrase de Lucien Jaume que , Quoi qu'il en soit Germaine de Staël, en butte à l'hostilité de Napoléon Bonaparte, va être d'une certaine façon la victime d'un tel système et privée comme les autres Français de ce qu'Hannah Arendt appelle "" qui peu ou prou est réservé à l'élite dirigeant le pays dont elle a été exclue.

Cela va l'entraîner, notamment après un séjour en Allemagne et sa découverte du kantisme (dont elle n'a qu'une connaissance partielle)Jaume, 1997, p.48 à mettre l'accent sur le sujet intérieurJaume, 1997, p.60. Elle développe alors ce que Lucien Jaume appelle un Jaume, 1997, p.49. Cette primauté accordée au sujet ou à la conscience va avoir plusieurs conséquences. D'une part, elle va s'opposer à Antoine Destutt de Tracy qui à une question de l'Institut sur la morale chez un peuple répondait Jaume, 1997, p.30 car, pour elle le beau moral est du domaine de la liberté intérieure et ne peut être que blessé par une telle conceptionJaume, 1997, p.42. Cela la pousse aussi à un refus du cynisme en politique et spécialement à un refus d'une double morale : celle de la vie privée et celle de l'Homme d'ÉtatJaume, 1997, p.45. De même pour Madame de Staël, cité in Jaume, 1997, p.45.

Par contre cette option qui va la mener à critiquer l'utilitarisme de Jeremy Bentham aura pour Alexis de Tocqueville un aspect négatif, à savoir qu'il les empêchera suivant le titre d'un des chapitres dans De la démocratie en Amérique de combattre Voir Jaume 1997, pp.40-41,

Les libéralismes de la Restauration à la fin du Second Empire

L'orléanisme

Ce mouvement a été fondé par Guizot en 1815-1820 sous le nom de libéralisme notabiliaireJaume, 1998, p.42. Parmi les autres personnages clé on trouve également des hommes comme Pierre-Paul Royer-Collard et Victor de Broglie (1785-1870) ou encore en philosophie Victor CousinJaume, 1998, p.40. Ce mouvement présente plusieurs points clés :

Il ne cherche pas l'émancipation de l'individu mais cherche À la différence du courant de Germaine de Staël et de Benjamin Constant, Guizot ne croit pas à la faculté de juger des individus et en l'examen raisonné des lois. Pour lui, la loi relève de Jaume, 1998, p.39. Il en découle que pour eux, *

En fait il s'agit d'un qui critique le mais en reste très imprégnéJaume, 1998, p.46.

Le groupe de Coppet et Alexis de Tocqueville

Il s'agit de penseurs (Germaine de Staël, Benjamin Constant, Alexis de Tocqueville, Jean de Sismondi, Lucien-Anatole Prévost-Paradol, douard Laboulaye celui qui eut l'idée de la statue de la Liberté) on dirait aujourd'hui d'intellectuels. Ils ont été des opposants fermes à François Guizot et à l'orléanisme. S'ils ont laissé une œuvre importante encore étudiée de nos jours, les institutions françaises maintenues ou mises en place par les orléanistes sont à peu près à l'opposé exact de leur pensée. En effet, les orléanistes ne font pas confiance aux individus alors qu'eux au contraire insistent sur l'individu, sa faculté de juger et sa participation à l'élaboration des lois. De sorte qu'ils Jaume 1998, p.41. L'orléanisme se fie à l'État, ils s'en méfient. Sur ce point l'opposition est multiple.

Alors que les orléanistes veulent des experts au pouvoir, Benjamin Constant se méfie de la confusion qu'il peut en résulter et estime qu'Jaume 1998, p.47. Par ailleurs ils distinguent les intérêts du pouvoir politique de ceux de la sociétéJaume 1998, p.46. Enfin, il y a chez eux une réflexion sur la responsabilité des fonctionnaires notamment en période de TerreurJaume 1998, p.48, alors que les orléanistes poursuivent la tradition française antérieure qui consiste à soustraitre les fonctionnaires des règles ordinairesJaume 1998, p.43.

Le catholicisme libéral

Le mouvement prend naissance en 1828 autour de Félicité de La Mennais, Henri Lacordaire et Charles de Montalembert à l'occasion du refus d'enseigner adressé à des congrégationsJaume, 1998, p.52.Ces hommes sont écartelés entre les libertés individuelle (liberté de la presse notamment) et qui veut que Jaume, 1998, p.51. Globalement, ils sont donc pour la liberté d'enseigner, une forte décentralisation, la liberté de la presse, la liberté d'association et de réunion qui est alors très réprimée.

Le point de tension qui va leur valoir le plus d'ennuis est leur double refus de l'infaillibilté de l'État et de Église. Lamennais quitte l'Église en 1834, tandis que Montalembert répond à une lettre du secrétaire d'État du pape lui rappelant les Jaume, 1998, p.53: Lettre cité in Lecanuet, Montalembert, 3°ed, t.3, p.368 cité in Jaumme, 1998, p.53

Les libéralismes et l'économie

Deux grands groupes d'économistes recoupant le clivage orléaniste/Groupe de Coppet peuvent être mis en évidence.

Côté doctrinaire et orléaniste ce qui domine, c'est une façon de penser l'économie dérivée de Quesnay où il existe un ordre de la nature et des lois naturelles dont le gouvernement ne doit pas s'éloigner. La vision de Quesnay et de la physiocratie d'un monarque Citation de Quesnay in Jaume, 1997, p. 476 cadre bien avec la façon de penser l'État et l'économie de Guizot et avec lui de l'orléanismeJaume, 1997, p. 477. De même, Frédéric Bastiat entre bien dans cette ligne providentialiste sans toutefois le . Parmi les économistes qui seront sur ces lignées nous pouvons citer Charles Dunoyer et Henri Baudrillart.

Au contraire, avec Jean de Sismondi du Groupe de Coppet, un autre univers se dessine. Avec lui, on a un des premiers économistes à avoir critiqué la Loi de SayLaume 1997, p.483 qui vaut que l'offre crée sa propre demande qui demeurera jusqu'à John Maynard Keynes un des préceptes de base de l'économie classique et du providentialisme. L'idée chez Sismondi est que dans le rapport des intérêst la balance n'est pas toujours juste et que certains intérêts peuvent prendre sur les autres un avantage destructeur. Écrivant à un moment où les enfants commençaient à travailler à six ans il avait notamment cet exemple en têteJaume, 1997, p.484

Le libéralisme après 1958 Il est possible de distinguer au moins trois courants : Le courant que René Rémond nomme la droite libérale. Il est issu de l'orléanisme et a inspiré l'Union pour la démocratie françaiseRémond, 1985, p.145. Pour René Rémond, Rémond, 1985, p.155 mais, il s'agit d'un a assez éloigné de celui de Margaret Thatcher ou de Ronald ReaganRémond, 1985, p.159 Un courant extrêmement minoritaire très marqué par le libéralisme économique autrichien. À gauche, le libéralisme s'incarne par quelques experts qualifiés de social-libéral proches ou membres du Parti socialistePar exemple Pascal Lamy .

D'après une enquête du CEVIPOF menée en 2016, français.

Notes et références

Bibliographie Lucien Jaume, Aux origines du libéralisme politique en France, Esprit, . Lucien Jaume, L'individu effacé ou le paradoxe du libéralisme français, Fayard, 1997. Lucien Jaume, État administratif et libéralisme, Fondapol, 2009. Lucien Jaume Critique du livre un centrisme introuvable, Raison publique, 2010. René Rémond, Les droites aujourd'hui, Points histoire, 2005. Robert Leroux, Lire Bastiat: Science sociale et libéralisme, Paris, Hermann, 2008. Robert Leroux et David Hart, French Liberalism in the 19th Century: An Anthology, London and New York, Routledge, 2012. Robert Leroux, Aux fondements de l'industrialisme: Comte, Dunoyer et la pensée libérale en France, Paris, Hermann, 2015.

Articles connexes École de pensée en économie École libérale française Groupe de Coppet Libéralisme Libéralisme par pays Physiocratie Le Censeur Journal des économistes Républicains modérés

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