L'histoire de Malte (et aussi l'histoire de Gozo), plus exactement de l'archipel maltais, est très riche, en lien avec sa position stratégique en mer Méditerranée. Ces îles ont connu l'occupation de toutes les puissances qui se sont succédé pour le contrôle de la Méditerranée : Phéniciens, Grecs, Romains, Barbares, Byzantins, Arabes Aghlabides d'Ifriqiya, Normands, Hohenstaufen, Angevins, Aragonais, avant d'être marquées en particulier par l'influence de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem et les Britanniques avec les Français dans l'entre-deux-guerres.

Malte devient indépendante comme État de Malte en 1964, puis république en 1974, puis partie de l'Union européenne depuis 2004.

En 2024, l'archipel maltais, sur un territoire de , est riche d'une population d'environ de Maltaises et Maltais. L'évolution récente de la démographie de Malte (, , ) est à contextualiser : histoire de Malte, épidémies de peste à Malte, émigration, diaspora, immigration.

vignette|droite|300px|Carte de l'archipel maltais de l'amiral Piri Reis - 1525.

vignette|droite|300px|Carte des îles maltaises de Thomas Walsh - 1803.

Malte préhistorique (5200-725 avant l'ère chrétienne)

La Préhistoire maltaise reste mal connue pour les périodes précédant le . Un petit territoire de , particulièrement densément peuplé (au rang mondial avec plus de au ), n’a révélé aucun témoignage préhistorique humain antérieur au Néolithique. La Sicile voisine, à laquelle elle est physiquement rattachée pendant toute la dernière glaciation (glaciation de Würm entre et ), est plus vaste et a pourtant livré un abondant mobilier avec notamment le gisement de l’abri de Fontana Nuova di Ragusa qui remonte à l’Aurignacien ( à )Patrizia Gioia, « L'industria litica di Fontana Nuova (Ragusa) nel quadro dell'aurignaziano italiano » dans Rivista di Prehistoria e Protostoria delle Civiltà Antiche, 1984, vol. 13, p. 27-58..

thumb|Ghar Dalam, grotte qui a révélé les squelettes d'une faune multiple. Il faut donc, en l’état des connaissances, reconnaître que ce qui est alors l’extrême sud de la péninsule sicilienne est vierge de présence humaine, et ce, malgré l'existence d’une faune susceptible d'être chassée. Les vagues successives de peuplement de la péninsule européenne, par Homo erectus d'abord et par Homo sapiens ensuite, ont ignoré l’archipel maltaisEarly Man and Island environments, Symposium international d'archéologie, Oliena, Sardaigne (1988). Aucune publication d'ensemble des travaux de ce symposium n'a été publiée..

Pendant les périodes glaciaires, l’archipel maltais est rattaché à la Sicile, elle-même rattachée à la péninsule italienne. La faune continentale du Pléistocène peut ainsi accéder à l’archipel. Le climat de celui-ci s’est fortement rafraîchi, les pluies sont abondantes, la végétation est dense, les îles se couvrent de forêts, les wieds (rivières en maltais) drainent une eau abondante qui sculpte le paysage et crée les reliefs karstiques que l’on connaît aujourd’hui. Cette couverture végétale attire tous les herbivores du Pléistocène, éléphants, hippopotames et cervidés que le froid rejette au sudCharles Savona-Ventura, Anton Misfud, « Pleistocene Deposits in the South Western Coast of Malta » dans Xjenza Official Journal of the Malta Chamber of Scientists, vol. 4, , décembre 1999, University of Malta, 10-17..

Les périodes de glaciation sont séparées par des périodes interglaciaires qui font remonter le niveau des mers et isolent la faune dans les îles. On voit ainsi apparaître une faune spécifiquement insulaire caractérisée par une tendance au nanisme chez les herbivores et au gigantisme chez les carnassiers et les rongeurs. La disparition de cette faune avant le Néolithique, à Chypre, en Crète, à Malte, en Sardaigne et en Corse, a souvent été imputée à la chasse intensive de la fin du Pléistocène. Mais l’absence de peuplement antérieur au Néolithique, à Malte comme en Crète, semble infirmer cette thèse. Les scientifiques cherchent maintenant à prouver qu'un changement climatique trop rapide aurait empêché la faune de s’adapter à un nouvel environnementJean Guilaine, « Malte et la préhistoire de la Méditerranée » dans « Malte du Néolithique à la conquête normande », Dossier d'archéologie, , octobre 2001, 18-19..

Malte fut peuplée dès environ et une civilisation préhistorique importante a existé sur l'île. Le reste du temple maltais le plus ancien serait un mur de grosses pierres sèches érigé au Néolithique sur le site de Skorba. Datant de , il serait donc antérieur de plusieurs siècles (environ sept siècles) à la première construction mégalithique continentale, le Cairn de Barnenez dans le Finistère (4500 à ), de aux alignements de Carnac (), de au cercle de Stonehenge (2800 à ) et aux pyramides d'Égypte (2600 à ).

L’identification et la description de la céramique maltaise a permis de distinguer des périodes de temps permettant ainsi d’uniformiser les constatations stratigraphiques, confirmées ensuite par des datations absolues au carbone 14. L’identification des céramiques maltaises est à la base de la construction de l’échelle préhistorique maltaise. Sa description, l’identification de la composition de la terre cuite, de sa température de cuisson, de sa couleur, de son engobe, de sa forme, de son décor et d'une façon générale de ses techniques de fabrication et de ses techniques de réalisation et de représentation artistiques, a aussi permis des rapprochements avec d’autres céramiques siciliennes ou continentales. Par contre, l'étude des vestiges archéologiques et des temples est principalement à l'origine de la reconstitution de la culture maltaise pendant la Préhistoire.

Il existe une échelle chronologique de la préhistoire maltaise communément acceptée depuis le calage réalisé par des datations par le carbone 14 réalisées par David H. TrumpDavid H. Trump, Malta : an Archaeological Guide, Faber et Faber, Londres, 1972. et depuis abondamment documentée : thumb|Temple de Skorba à Żebbieħ, le plus vieux site monumental au monde 5200 – : période néolithique 5200 – : phase Għar Dalam 4500 – : phase Skorba grise 4400 – : phase Skorba rouge 4100 – : période des Temples 4100 – : phase Żebbuġ 3800 – : phase Mġarr 3600 – : phase Ġgantija 3000 – : phase Saflieni 2900 – : phase Tarxien 2500 – : âge du bronze 2500 – : phase des cimetières de Tarxien 1500 – : phase Borġ in-Nadur 900 – : phase Baħrija

En l'état actuel des connaissances, il n'y a pas eu de période chalcolithique à Malte. Les métaux étaient apparemment inconnus des bâtisseurs des temples mégalithiques. Des chercheurs ont voulu voir dans les traces de creusement de certaines salles de l'hypogée de Ħal Saflieni l'utilisation d'outils métalliques mais aucune preuve n'est encore venue appuyer cette thèse. L'apparition des métaux à Malte date d'environ avec l'arrivée des peuples guerriers venant de Sicile et d'Italie du Sud.

Malte antique (de - 725 à +455)

Tout au long de l'Antiquité de Malte, l'archipel du fait de sa position stratégique au centre de la Méditerranée, est un relais évident, compte tenu de ses ports naturels, fortement convoités par toutes les puissances maritimes de l'Antiquité. Ce sont d'abord les Phéniciens ou Carthaginois, qui lui laissent leur langue. Viennent ensuite les Romains. Avec la fin de l'occupation romaine, la période antique maltaise prend fin.

thumb|Mosaïque de la villa romaine à Rabat. Les historiens sont généralement d'accord sur le découpage chronologique suivant :

725 à : période phénicienne avec une présence depuis ≈ 480 à : période punique à 455 : période romaine à 395 : présence de l'Empire romain d'Occident 395 à 455 : présence de l'Empire romain d'Orient

725– : Phéniciens Les Phéniciens contrôlent l'archipel durant le et lui donnent le nom de Malat, c'est-à-dire lieu sûr. L'île passe ensuite sous le contrôle de Carthage ().

–455 : Romains Malte devient ensuite un des enjeux de la guerre entre les Romains et les Carthaginois. Les Romains prennent finalement l'île en . Les Maltais sont christianisés vers 50-60, puis latinisés.

Malte médiévale (455–1530)

Pour certains auteurs, la période de 395 à 870 fait partie du haut Moyen Âge et pour d’autres de l’Antiquité tardive. La période 455 à 533 est souvent déduite de l'histoire de la Sicile, elle n'est pas attestée dans l'histoire de Malte et mal renseignée dans l'histoire de l'Empire byzantin. Avec la conquête de Malte par la dynastie Aghlabide, commence une période que les historiens considèrent unanimement comme le Moyen Âge de Malte. 455 à 533 : période barbare milieu du : présence vandale possible fin du à 533 : présence gothique possible 533 à 870 : période byzantine 870 à 1091 : période arabe 1091 à 1530 : période féodale 1091 à 1194 : domination normande 1194 à 1530 : présence du Saint-Empire romain germanique 1194 à 1266 : possession des Hohenstaufen 1266 à 1282 : possession des Angevins 1282 à 1530 : possession des Aragonais

Invasions barbares (455–533)

On peut déduire d'une note de Victor de Vite que les Vandales de Genséric conquièrent Malte ainsi que les autres îles de Méditerranée occidentales entre 455 et 476Victor de Vita, Histoire de la persécution des Vandales, I, 4, lire en ligne.. Malte pourrait ensuite avoir été cédé à Odoacre, roi d'Italie, en échange d'un tributJohn Samut Tagliafero, Malte, Archéologie et Histoire, Casa Editrice Perseus, 1991.. Après la dernière victoire de Théodoric le Grand sur Odoacre en 493, Malte passe sans doute sous la domination des Ostrogoths.

Ces annexions « barbares » ne sont déduites cependant que de faibles indices et de l'hypothèse que Malte ait suivi le sort de la Sicile. Il est également possible que l'archipel ait été épargné et soit resté dans le giron de l'Empire byzantinJacques Godechot, Histoire de Malte, Paris, Presses universitaires de France, , 1952..

Période byzantine (533-870)

Lors de la tentative de réunification de l'Empire romain par l'empereur Justinien Ier, les Byzantins sous le commandement du général Bélisaire, prennent le contrôle de l'île en 533.

Les témoignages archéologiques de cette période sont rares. Le bâtiment le plus remarquable est un baptistère chrétien à Tas-SilġCharles Dalli, Malta, The Medieval Millennium, Midsea Books ltd, coll. Malta's Living Heritage, 2006..

Aux et , Malte apparaît urbanisée, commerçante et assez prospère. Plus tard, l'accent semble essentiellement mis sur les défenses militaires. Un sceau du révèle la présence à Malte d'un officier byzantin de haut rang, à la fois Drougarios et Archon de Malte. L'archipel est probablement alors la base d'une importante flotte de guerre, qui lui permet de résister longtemps aux premières razzias arabes. Malte est en effet conquise seulement pendant la dernière phase de l'invasion arabe de la Sicile, juste avant la chute de Syracuse en 878.

Période arabe de Malte (870–1091) Les troupes d'Abu 'l-Gharaniq Muhammad II ibn Ahmad, Aghlabide d'Ifriqiya, conquièrent Malte le ; la ville-forteresse de Mdina est prise et démolie. Cette conquête influença profondément l'ensemble de la culture maltaise et principalement sa langue.

Les conséquences démographiques de cette annexion sont controversées. Pour certains, la quasi-totalité de la population est soit tuée, soit emmenée en esclavage Al-Himyarî cité dans Mario Cassar, « Vestiges of Arabic Nomencalture in Maltese Surnames », XXII Congresso Internazionale di Science Onomastiche / 22nd International Congresso of Onomastic Sciences du 28.8-4.9.2005 à Pise, lire en ligne.), laissant les îles maltaises presque désertes pour un siècle et demi, avec seulement quelques survivants subsistant en troglodytes. Pour d'autres au contraire, il n'y aurait eu que peu de conséquences sur la population.