thumb|Carte du , par Georg Reichsdorffer. thumb|Carte du , par Auguste-Henri Dufour (1798-1865). thumb|right|220px|Pays traditionnels (Haut-pays, Bas-pays et Bessarabie originelle) et partages successifs de la Moldavie (1775-1812 à 1918, puis 1940 à nos jours). Cet article traite de l'histoire de la république de Moldavie qui occupe les deux tiers de la Bessarabie, territoire délimité en 1812 au traité de Bucarest et rattaché à l'empire des Tzars sous les auspices d'un officier français émigré en Russie, Louis de Langeron (1763-1831).

Sous l'Empire russe, la Bessarabie est devenue multiethnique : c'est la matrice de l'actuelle République, qui n'inclut cependant pas toute la Bessarabie mais seulement les deux tiers, et, en outre, une petite partie de la Podolie historiquement ukrainienne (partie appelée Transnistrie, à l'est du Dniestr), tandis que le reste de la Bessarabie et la petite région de Herța sont aujourd'hui ukrainiennes.

La république de Moldavie actuelle est l'héritière de deux histoires, celle de l'ancienne principauté de Moldavie fondée au et dont le passé local est aussi celui de la Roumanie, et celle de la République socialiste soviétique moldave dont le passé est soviétique. Chacune de ces histoires a laissé dans le pays des populations et des identités, dont les aspirations et les cultures n'ont pas encore trouvé de compromis pleinement satisfaisant pour toutes les parties.

Profitant comme toute une série d'autres états membres de l'URSS, des incertitudes provoquées par le putsch raté de Moscou, la république de Moldavie proclame son indépendance le dans les frontières délimitées en , à la suite de l'occupation soviétique de la Bessarabie et de la Bucovine du Nord suivant les dispositions secrètes du pacte Hitler-Staline entre l'Allemagne nazie et l'URSS, et confirmées par le traité de Paris.

Histoire depuis 1812

De 1812 à la Première Guerre mondiale thumb|220px|left|Taux d'alphabétisation en Roumanie en 1930 : la Bessarabie, russe jusqu'en 1917, a le taux d'alphabétisation le plus bas, sauf chez les Allemands. C'est en 1812 que l'histoire de la moitié orientale de la Moldavie commence à prendre un tournant différent de celle de la moitié occidentale. Cette année en effet, les Russes, qui visent les bouches du Danube, se font céder cette région par l'Empire ottoman qui y occupait la forteresse de Hotin au nord et le Bugeac au sud, appelé par les Moldaves (et par les cartographes européensCarte de la Russie d'Europe par le capitaine E. Lapie, ed. P.A.P. Tardieu, Paris, 1812) « Bessarabie ». Ce traité russo-turc a été négocié en secret par un Français, le comte de Langeron. Lorsqu'il le découvre, le hospodar de Moldavie, Scarlat Callimachi et le métropolite orthodoxe Veniamin Costache, protestent énergiquement, car le traité de vassalité entre la Moldavie et la Sublime Porte n'autorisait pas le Sultan à céder des territoires moldaves. En vain.

L'autonomie de la nouvelle province de l'Empire russe, désormais appelée « Gouvernement de Bessarabie » dans toute l'étendue du territoire annexé, et pas seulement au Sud, a été garantie en 1816, mais elle est abolie en 1828. Libérés du servage par le hospodar Constantin Mavrocordat en 1744, les paysans moldaves y avaient été replongés par l'annexion russe (et ce, jusqu'en 1861). Une série d'oukazes impériaux interdisent progressivement l'usage du roumain (au profit du russe) dans les institutions en 1829, les églises en 1833, les collèges et lycées en 1842, les écoles en 1860 et l'ensemble de la sphère publique en 1871 : c’est la « russification »Heitmann : Moldauisch in Holtus, G., Metzeltin, M. et Schmitt, C. (dir.) : Lexicon der Romanschinen Linguistik, Tübingen, vol 3. 508-21, 1989.. Les autorités russes encouragèrent l’émigration (ou déportèrent) des Roumains dans d’autres provinces de l’empire (notamment au Kouban, au Kazakhstan et en Sibérie), tandis que d’autres groupes ethniques, notamment Russes et Ukrainiens (appelés au « Petits Russes »), étaient invités à s’installer dans la région.

En 1856, à la suite de la guerre de Crimée, la principauté de Moldavie récupère la Bessarabie méridionale (partie sud-ouest du Boudjak) au traité de Paris de 1856. Durant , le processus de « dé-moldavisation » s’interrompt dans cette région. En 1859, la Moldavie occidentale et la Valachie s’unissent pour former la Roumanie : dès lors, les roumanophones des pays voisins (Banat, Transylvanie, Marmatie, Bucovine, Bessarabie et Dobroudja) se tournent vers ce pays et certains réclament leur réunion en un seul État. En 1878, à la suite de la guerre que Russes et Roumains ont menée ensemble contre l’Empire ottoman, la Roumanie acquiert les deux tiers de la Dobrogée (en roumain : Dobrogea, en bulgare : Dobroudja) ; la Bulgarie reçoit le dernier tiers et la Russie récupère la Bessarabie méridionale) ; en outre l’indépendance de la Roumanie est internationalement reconnue au traité de Berlin de 1878.

La capitale actuelle de la Moldavie, Chișinău, n'était qu'une bourgade sur la rive sud du Bîc ; les Russes en ont fait une ville moderne selon les critères du , pourvue du chemin de fer vers Odessa pour y exporter les produits agricoles de la région. De nombreux immigrants pauvres viennent y travailler de toute la Russie, des commerçants juifs arrivent de Pologne et Galicie, des Arméniens ouvrent des ateliers et des banques. Leur prospérité contraste avec la misère des campagnes et suscite parfois des sentiments de frustration. L'administration russe gère mal les inégalités de plus en plus criantes, et en 1903 une émeute réprimée par les Cosaques s'achève par un massacre. La même année, à Chișinău comme à Odessa et ailleurs en Ukraine, ont lieu des pogroms auxquels participent les mêmes Cosaques, qui violentent et pillent indistinctement agresseurs et victimesHenri Minczeles, Histoire générale du Bund, un mouvement révolutionnaire juif, Éditions Denoël, Paris, 1999, à 97.. 150px|right|thumb|Drapeau de la République démocratique moldave. thumb|La première République de Moldavie en 1917. thumb|La république de Moldavie en 2013.

Si l'histoire de la moitié orientale de la Moldavie est, sous l'Empire russe, différente de celle de la moitié occidentale, elle n'est pas plus différente que l'histoire de la Bucovine (territoire du nord de la Moldavie devenu autrichien en 1775) ou de la Transylvanie sous l'empire d'Autriche. Dans tous ces pays, les mêmes aspirations se manifestent chez les autochtones romanophones : s'émanciper des dominations impériales et vivre ensemble dans un même état de droit. En France, Émile Ollivier, Élisée Reclus et Edgar Quinet se font les porte-parole de ces revendications (ainsi que de celles des autres peuples des Empires autrichien, allemand, russe et ottoman)Émile Ollivier, Démocratie et liberté, Paris, 1867 ; Principes et conduite, Paris 1875 et Solutions politiques et sociales, Paris 1893 ; Élysée Reclus, Nouvelle Géographie universelle, Hachette, Paris, 19 volumes, 1876-1894 ; Edgar Quinet, L’Esprit nouveau, Dentu, Paris, 1875..

Première république de Moldavie

La révolution russe de et la déclaration des droits des peuples de L'Empire à s'auto-déterminer, encouragent diverses nationalités de l’Empire russe à recouvrer leur souveraineté : le , la Bessarabie (jusqu'à la mer Noire) se proclame république démocratique autonome de Moldavie. Les bolcheviks tentent d'en prendre le contrôle tandis que de nombreuses troupes débandées pillent le pays. À la demande de la nouvelle administration moldave (le « Conseil du Pays »), le , les troupes roumaines entrent en Bessarabie, encadrées par les officiers de l'armée française Berthelot. Le « Conseil du Pays » proclame l'indépendance du pays le sous le nom de République démocratique moldave de Bessarabie. Mais cette première république de Moldavie aura une existence brève : le , le parlement de la RDM, effrayé par les proclamations révolutionnaires et les actions militaires des bolcheviks, vote par contre 3 et 36 abstentions, l’union avec la RoumanieAnthony Babel, La Bessarabie, Félix Alcan, Genève, 1929.. À la fin de la Première Guerre mondiale, le pays est officiellement rattaché à la Grande Roumanie par le traité de Saint-Germain-en-Laye de 1919. Seule la Russie soviétique (RSFSR) refuse de reconnaître ce rattachement (la Bessarabie est d'ailleurs le seul territoire de l'Empire russe que la RSFSR continue à revendiquer par la suite, car c'est le seul qu'elle n'a pas cédé d'elle-même).

Au sein de la nouvelle Roumanie agrandie, la Bessarabie se révèle être la province ayant le moins d'écoles et de dispensaires par habitant, le PIB le plus faible, le taux d'illettrisme le plus élevé, la densité de voies ferrées et de routes la moins élevée, obligeant l'état roumain à des investissements massifs, ce qui n'empêchera pas l'historiographie soviétique de présenter plus tard l'Empire russe en libérateur et facteur de développement, et le royaume de Roumanie en facteur d'oppression et d'exploitation du paysJacques Fournier : Au pays des Vignobles et Jean Gacon : En remontant le cours de l'histoire, dans « France-URSS Magazine » (389), 1980.. C'est aussi ce que l'on enseignait dans les écoles soviétiques, et des générations de Moldaves ont été éduquées dans cet esprit, même si tous les élèves n'y étaient pas également perméables, en raison de la mémoire locale transmise dans les famillesIoan-Aurel Pop Comment je suis devenu moldave, section de son discours de réception à l'Académie roumaine sur la signification des ethnonymes, prononcé le 29 mai 2013.

Moldavie soviétique

RASSM, république autonome dans la RSSU

Après la création de l’Union des républiques socialistes soviétiques en , le gouvernement soviétique, qui espère porter la révolution russe plus à l'ouest et dans les Balkans, crée en Podolie ukrainienne (que les Roumains nomment Transnistrie) l'« l'oblast ("district") autonome moldave », en tant que subdivision de la république socialiste soviétique d'Ukraine (RSS d’Ukraine ou RSSU). Le chef-lieu de l'oblast est fixé à Balta. Sept mois plus tard, sous les auspices de Grigori Kotovski, cet oblast est élevé au rang de République socialiste soviétique autonome moldave (« Republica autonomă socialistă sovietică moldovenească », la RASSM, ou RASS Moldave ou RASS de Moldavie, selon les traductions en français). La population de la RASSM était constituée d'environ 30 % de roumanophones, de 60 % de russes et d'ukrainiens, et de 10 % de juifs, de roms et de germanophones. La capitale reste à Balta jusqu’en 1929, et se déplace ensuite à Tiraspol.

Seconde Guerre mondiale