Les jauges de course, appelées simplement jauges dans le milieu du nautisme à la voile, sont des règles établies par un organisme impliqué dans l'organisation de compétitions nautiques comme un club nautique, une association de propriétaires, une fédération régionale, nationale ou internationale.

Les jauges sont utilisées, soit pour évaluer les performances relatives de voiliers de taille et de conception différentes afin de leur attribuer un handicap sportif, ou rating, permettant d'établir le classement final d'une régate en compensant le temps réel par un facteur de correction, soit pour ranger les voiliers en fonction de certaines de leurs caractéristiques dans une classe précise dont les performances potentielles sont jugées comme identiques.

Les jauges généralistes destinées au classement de voiliers de taille et de conception différentes par un calcul d'un temps compensé sont qualifiées de jauges à handicap. Les jauges destinées à contraindre les bateaux dans le respect des spécifications particulières à une classe sont des jauges à restrictions, pouvant aller jusqu'à la monotypie.

Les jauges peuvent être basées sur une formule scientifique, comme la Jauge Godinet, la Jauge internationale ou la Jauge universelle, reposant sur des rapports entre de nombreux paramètres. Ces formules complexes n'empêchent pas la présence de restrictions concernant en particulier l'échantillonnage. Les jauges peuvent aussi résulter d'études statistiques sur les performances de voiliers existants, ce sont des jauges de rating empirique, comme le Portsmouth Yardstick ou le Handicap national.

Jauges à la longueur Les premières régates en France sont courues en temps réel pour des classes régies à la longueur. Les sociétés de régate de chaque localité inventent des séries dont la plupart sont les 5, 6, 6,66 et 8 mètres, mais dont les mesures ne sont jamais prises de façon uniforme (longueur au pont, longueur à la flottaison, d'étrave à étambot, d'intérieur de l'étrave à l'intérieur de l'étambot, de râblure en râblure)Voir le tableau inséré dans "Le Sport" du 5 février 1862. Dès 1867, à sa création, le Yacht Club de France tente d'unifier ces jauges à la longueur, mais il lui faudra vaincre quelques réticences pour proposer les séries de 5, 6, 8 et 11 mètres mesurées de l'extérieur de l'étrave à l'extérieur de l'étambot. Parallèlement, le Yacht Club de France choisit pour les plus grands voiliers la jauge à formule dite "de Benoît-Champy" (voir tableau ci-dessous).

Jauges à formule Les formules de jauges sont principalement basées sur une équation mathématique permettant de calculer une caractéristique fondamentale du bateau. Ce peut être un volume, comme dans les jauges donnant un tonnage, ou une longueur théorique exprimée en pieds ou en mètres.

Cette valeur ainsi calculée, le rating, le bateau peut courir dans une classe dont les limites sont fixées par les règles de course, par exemple : moins de deux tonneaux, entre deux et trois tonneaux ou moins de . Les concurrents peuvent ainsi courir en temps réel dans chaque catégorie, ou classe, sans que le jury de course n'ait à effectuer de calculs de compensation consistant à handicaper les voiliers théoriquement les plus rapides pour ne pas défavoriser les plus lents. Le rating est également utilisé pour établir un handicap entre voiliers différents, par le calcul de temps compensés obtenus à partir de tables de temps rendus ou d'un coefficient correcteur du temps réel de course.

Un architecte naval, à qui sont confiés les plans d'un bateau, va dessiner le bateau le plus rapide possible à la limite de chaque classe, tout en respectant les contraintes de dimensions et d'échantillonnage imposées par les règlements de la jauge et qui complètent la formule. Jauges généralistes Les formules de jauge ont évolué depuis leur création, depuis les premières jauges en douane, comme le Builder's Old Measurement britannique, pour arriver à des expressions complexes tentant de mesurer les performances d'un voilier. Le tableau suivant récapitule les formules de jauges jusqu'à la création de la Jauge internationale en 1906.

Année Créateur Nom de la jauge Jauges américaines Jauges britanniques Jauges françaises Unité Mesures 1792RTYCBuilder's Old MeasurementTonnageLongueur, bau1844NYYCNYYC 1844 TonnageLongueur, bau, creux1853NYYCAire à la flottaison AireLongueur, bau1855RTYCThames MeasurementTonnageLongueur, bau1868YCFJauge Benoit-ChampyTonnageLongueur, bau, creux1871NYYCCubical contents rule TonnageLongueur, aires de sections1878YRAYRA 1878TonnageLongueur, bau1880YRA1730 tonnage ruleTonnageLongueur, bau1882SCYCSCYC 1882 TonnageLongueur, voilure1883SCYCSeawanhaka rule Longueur Longueur, voilureNYYC1883 NYYC LongueurLongueur, voilure1886UYFPremière jauge nationaleTonnageLongueur, bau, périmètreYRALength and sail area ruleTonnageLongueur, voilure1890NYYC1890 NYYC LongueurLongueur, voilure1892UYFJauge GodinetTonnageLongueur, voilure, périmètre1896YRAFirst linear rating ruleLongueurLongueur, bau, voilure, périmètre1899UYFFormule MéranTonnageLongueur, voilure, périmètre,section maître couple1901YRASecond linear rating ruleLongueurLongueur, bau, voilure, périmètre1903NYYCUniversal ruleLongueurLongueur, voilure, volume1906YRA YCF IYRUJauge internationaleLongueurLongueur, bau, voilure, périmètre,franc-bord

Ces jauges à formule, généralistes, ont été complétées par des jauges plus spécialisées, principalement destinées à la course au large. La jauge européenne du Royal Ocean Racing Club, la Jauge du RORC et la jauge du Cruising Club of America en sont les bases. La jauge IRC, jauge internationale de l'ISAF possède également une formule, tenue secrète. Le tableau suivant récapitule les différentes jauges de course au large basées sur une formule.

Jauges de course au large à formule

Les jauges basées sur le Velocity prediction program, variantes de la Jauge de l'Offshore Racing Congress, ne figurent pas dans ce tableau. Seules la Jauge IRC et celles de l'Offshore Racing Congress sont reconnues par l'ISAF pour la course au large, en dehors des jauges à restrictions comme l'IMOCA.

Année Créateur Nom de la jauge Jauges américaines Jauges britanniques Jauges françaises Unité Mesures 1925RORCJauge Fastnet 1925LongueurLongueur, voilure, volume,franc-bord1928RORCJauge Fastnet 1928LongueurLongueur, voilure, bau, creux1931RORC Jauge du RORCLongueurLongueur, voilure, bau, creux1934CCA Jauge du CCALongueurLongueur, correcteurs, stabilité1968CCARORC International Offshore RuleLongueurLongueur, voilure, bau, creux tirant d'eau, stabilité1983UNCLRORC Channel Handicap System Formule tenue secrèteLongueurliste déclarative2000UNCLRORC IRC Formule tenue secrèteLongueurliste déclarative

Jauges à restrictions Les jauges à restrictions permettent aux bateaux répondant à ces jauges de courir en temps réel. La première jauge à restriction à la voilure, et seulement à la voilure, fut inventée par le peintre impressionniste Gustave Caillebotte avec la série des 30 m du Cercle de la voile de Paris. Le principe est simple : la voilure (le moteur) est strictement encadrée et les formes de carènes (le frein) sont plus ou moins libres à l'intérieur de quelques restrictions. Cette idée est reprise en particulier par toutes les séries allemandes du début du , par la série des Moth ou celle des Caneton à restrictions.

Les jauges à restrictions limitent quelques caractéristiques fondamentales du voilier comme la longueur, le déplacement, la voilure et imposent des restrictions sur les autres.

Certaines classes de dériveurs légers sont ou étaient réglementées par des jauges à restriction : Le Moth Le Caneton Pour les quillards de course, une ancienne jauge suédoise de 1908, mais encore en usage dans les années 2000, après quelques modifications comportant un grand nombre de restrictions : La Square Metre Rule, jauge des Skerry Cruisers scandinaves. Certains bateaux de course au large font également l'objet de jauges à restriction : Les multicoques de l'ORMA Les monocoques IMOCA

Bien que l'usage d'une jauge à restrictions ne nécessite pas le calcul d'un temps compensé, ces jauges utilisent parfois une formule de jauge, cette formule dictant certaines proportions entre les éléments caractéristiques du voilier, s'ajoutant aux contraintes d'échantillonnage. C'est le cas de l'ancienne jauge française « Chemin de fer », et la Class America.

Jauges à handicap Les jauges à handicap, historiquement les premières, permettent de classer les concurrents au « temps compensé ». Citons, parmi elles, les principales jauges qui ont cours : l'International Measurement System (IMS) qui a engendré un système simplifié, l'Offshore Racing CongressORC Club (ORC) et l'historique mais toujours usité Handicap System (HN). La jauge dite Thames Measurement qui était utilisée avant la jauge Godinet ou la jauge universelle ne peut pas être classée comme une jauge à restriction puisqu'elle donnait lieu à un classement en temps compensé (calcul de handicap). La jauge IRC s'applique aux voiliers habitables de course ou de croisière. Elle a remplacé en 1999 la jauge CHS (Channel Handicap System). la jauge OSIRIS a été créée , en France, afin de permettre au plus grand nombre de bateaux, quels que soient leur âge et leurs carènes, de régater sur un nombre important de courses, qu'elles soient locales ou nationales.

Les jauges à handicap sont : les jauges « scientifiques » permettant d'attribuer un rating par une formule de jauge, ce rating permettant lui-même de calculer un handicap, un temps rendu ; les jauge de rating « empirique », affectant un rating et un coefficient de handicap à un voilier suivant des résultats statistiques et quelques critères dimensionnels.

Temps compensés Les temps compensés sont destinés à corriger les temps réels établis par des voiliers lors d'une course. Ils permettent de compenser la différence de vitesse potentielle des voiliers en attribuant un handicap de temps à un voilier considéré comme plus rapide, afin qu'un voilier plus lent puisse courir à armes égales. Cette compensation de temps n'existe pas lors de courses entre voiliers monotypes ou disputées entre voiliers appartenant à une même classe, faisant l'objet d'une jauge à restrictions, donc estimés équivalents.

C'est le club nautique organisateur de la régate qui précise, dans le règlement d'une course à la voile, quelle méthode de calcul des temps compensés sera appliquée, à quelles catégories de voiliers, éventuellement en fonction des conditions météorologiques, et généralement dans le cadre de préconisations adoptées par une fédération d'associations nautiques, régionale, nationale ou internationale.

Cette pratique des temps compensés n'a pas toujours existé. Aux débuts du nautisme les concurrents étaient regroupés en catégories, par longueur ou par tonnage, et les plus rapides de chaque catégorie, généralement situés à la limite supérieure de la catégorie, avaient plus de chances d'emporter les prix et les coupes. Cette affectation à chaque catégorie était déjà faite suivant une jauge, les premières jauges de course à la voile.

Tables de temps rendus au tonnage Puis se sont mis en place des temps rendus, allégeances de temps (time allowance) ou handicaps, précisant le temps rendu par tonneau de jauge entre voiliers de tonnages différents. La Cumberland Fleet, devenue le Royal Thames Yacht Club), organisait déjà, en 1775, des régates dont le classement se faisait en temps compensé, le temps réel passé en course (elapsed time) étant corrigé (corrected time) par une allégeance de temps par tonneau. La jauge utilisée à cette époque était une ancienne version du tonnage en douane type Builder's Old MeasurementDaniel Charles, Corine Renié, Conservatoire international de la plaisance, Yachts et Yachtsmen - Les Chasseurs de futurs - 1870-1914, Ed. Maritimes et d'Outre-mer, 1991 , .