Pierre-Joseph Cambon, né le à Montpellier (département de l'Hérault), mort le à Saint-Josse-ten-Noode (Belgique, région de Bruxelles-Capitale), est un homme d'affaires et un homme politique de la Révolution française.
Il siège à l'Assemblée nationale législative et à la Convention nationale entre 1791 et 1795. Il vote la mort de Louis XVI, se spécialise dans les questions économiques et siège au Comité de Salut public.
Biographie
Origines familiales Pierre-Joseph Cambon est issu d'une famille de la bourgeoisie industrielle du Languedoc. Son père, Joseph-Gaspard Cambon, est à la tête d'une manufacture d'indiennes implantée à Bordeaux, à Cholet et à Montpellier, et cède ses affaires à ses fils en 1785.
Suppléant à la Constituante En 1789, Pierre-Joseph Cambon est élu représentant suppléant du tiers état pour la sénéchaussée de Montpellier. Il n'est pas appelé à siéger à l'Assemblée nationale constituante.
Mandat à la Législative La France devient une monarchie constitutionnelle en application de la constitution du 3 septembre 1791.
Le même mois, Pierre-Joseph Cambon est élu député du département de l'Hérault, le premier sur neuf, à l'Assemblée nationale législative.
Il siège sur les bancs de la gauche de l'Assemblée. En , il vote en faveur de la mise en accusation de Bertrand de Molleville, le ministre de la Marine. En avril, il vote pour que les soldats du régiment de Châteauvieux, qui s'étaient mutinés lors de l'affaire de Nancy, soient admis aux honneurs de la séance. En août, il vote en faveur de la mise en accusation du marquis de La Fayette.
La monarchie prend fin à l'issue de la journée du 10 août 1792 : les bataillons de fédérés bretons et marseillais et les insurgés des faubourgs de Paris prennent le palais des Tuileries. Louis XVI est suspendu et incarcéré, avec sa famille, à la tour du Temple.
Mandat à la Convention En , Pierre-Joseph Cambon est réélu député de l'Hérault, le premier sur neuf, à la Convention nationale.
Le Comité des finances
Cambon se spécialise dans les questions économiques. Le , il est élu membre du Comité des finances. Le , il présente le projet de Grand-livre de la dette publique pour y « inscrire et consolider la dette publique non viagère ». Le 2e sans-culottide an II (le ), il fait décréter la suppression du budget des cultes :Article Premier : La République Française ne paie plus les frais ni les salaires d'aucun culte.
En décembre 1792, Cambon présente au nom des comités des finances, de la guerre et diplomatique un rapport sur l'administration des territoires occupés par les armées françaises. Il propose d'y abolir les anciennes contributions et d'y introduire les assignats français, les biens placés sous la garde de la République devant contribuer à leur garantie. Ses propositions conduisent au décret du 15 décembre 1792 sur l'administration révolutionnaire des pays conquis. Cette politique entre notamment en conflit avec celle du général Dumouriez dans les Pays-Bas autrichiensDigithèque de matériaux juridiques et politiques.
Le Comité de Salut public et le président de la Convention Cambon prend une part active aux institutions de la Convention :
Le , en tant que membre du Comité des finances, il est élu membre du Comité de défense générale, aux côtés de Joseph Defermon (député d'Ille-et-Vilaine) et de Jean-Joseph Johannot (député du Haut-Rhin). Le , il est élu membre du Comité de Salut public, le quatrième sur neuf, par 278 voix. Il sort du Comité le . Le , il est élu président de la Convention et ses secrétaires sont Grégoire Jagot (député de l'Ain), Jean-Antoine Louis (député du Bas-Rhin), Philippe-Laurent Pons (député de la Meuse) et Jean-Henri Voulland (député du Gard).
Le député de la Plaine Cambon siège sur les bancs de la Plaine, mais est proche des rangs de la Montagne. Lors du procès de Louis XVI, il vote la mort, et rejette l'appel au peuple et le sursis à l'exécution de la peine. Le , il est absent lors du scrutin sur la mise en accusation de Jean-Paul Marat. Le , il vote contre le rétablissement de la Commission des Douze.
La chute de Robespierre Cambon prend une part active à la chute de Robespierre.
Le 8 thermidor an II (le ), Maximilien de Robespierre critique la gestion financière de Cambon et le décret sur les rentes viagères. Initialement, son discours inculpait plusieurs membres du Comité des finances : Quels sont les administrateurs suprêmes de nos finances ? Des brissotins, des aristocrates et des fripons connus : ce sont les Cambon, les Mallarmé, les Ramel, ce sont les compagnons et les successeurs de Chabot, de Fabre et de Jullien.Cambon prend la parole après le discours de Robespierre pour défendre sa gestion de l'économie et déclare :Il est temps de dire la vérité tout entière : un seul paralysait la volonté de la Convention nationale ; cet homme est celui qui vient de faire le discours, c'est Robespierre ; ainsi jugez.L'historien François Hincker insiste sur la divergence d'opinions à propos du décret sur les rentes viagères entre Cambon et Robespierre comme facteur de la crise du 9 thermidor. L’opposition entre Cambon et Robespierre avait déjà retenu l’attention des historiens de la Deuxième République, tels que Louis Blanc ou Philippe Buchez, qui voyaient en Cambon le modèle d’un républicain austère, attaché à la probité et à la comptabilité publique. Hincker voit dans cet échange le moment où la « République morale » de Robespierre cède la place à la « République administrative », lorsque « la vertu se heurte à la comptabilité ». L’analyse de Hincker prolonge, sous une forme modernisée, celle de Jacques Bresson (Histoire financière de la France, 1857), qui voyait déjà dans la réplique de Cambon l’affrontement entre la morale politique de Robespierre et la rigueur budgétaire du Comité des finances. L'historien Guy Antonetti affirme que « l’athéisme et le laïcisme de Cambon s’agaçaient du déisme de Robespierre ».
La réaction thermidorienne Bien qu'il ait pris part à la chute de Robespierre, Cambon est compris dans la réaction thermidorienne et siège parmi les « derniers Montagnards ».
Dans ses mémoires, Marc Antoine Baudot (député de Saône-et-Loire) écrit : Cambon avait aidé prodigieusement à renverser Robespierre, bien plus même que Tallien, quoi qu'il en ait dit. Lorsque Cambon vit les massacres de la réaction et le triomphe de la corruption et des pervers, son âme toute républicaine ne put y tenir. Il s'écria un jour [...] : « Oui, j'aurais dû me faire guillotiner ce jour-là plutôt que de me trouver aujourd'hui l'appui d'une journée qui amena tant de forfaits ». Alphonse Martainville critique la gestion financière de Cambon dans la presse royaliste de l'an III :La langue s'enrichit de jour en jour. Jadis on disait : escroquer une montre, un porte-feuille. Depuis on dit Brissoter ; aujourd'hui on dit Camboniser. L'étymologie de cette expression est parfaitement choisie.Le 3 frimaire an III (le ), lors du scrutin sur la mise en accusation de Jean-Baptiste Carrier (député du Cantal), Cambon suit l'opinion de Pierre Joseph Duhem (député du Nord) et de Didier Thirion (député de la Moselle) : La Convention appréciera sans doute, dans l’acte d’accusation qui sera rédigé, quel est le degré de confiance qu’on doit accorder, en révolution, à des dépositions contre ceux qui ont été investis de pouvoirs illimités [...]. Lors de l'insurrection du 12 germinal an III (), alors que les anciens membres du Comité de Salut public (Barère, Billaud-Varenne et Collot d'Herbois) sont décrétés de déportation, Cambon signe la demande d'appel nominal. Il est décrété d'arrestation le 16 germinal (le ) mais se soustrait à son jugement. Il bénéficie de l'amnisitie votée lors de la clôture de la Convention. Il retourne à la vie privée sous le Directoire.
La Restauration et l'exil En 1815, durant les Cent-Jours, Pierre-Joseph Cambon est élu député et siège à la Chambre des représentants. Il est frappé par la loi du 12 janvier 1816 qui condamne à l'exil les députés qui ont voté la mort de et qui ont soutenu le retour de .
Il part alors pour la Belgique et meurt en exil près de Bruxelles le , sans descendance malgré son mariage avec . On a de lui un grand nombre de discours et de rapports sur des matières politiques.
Hommages À Paris, la rue Cambon, où siège aujourd'hui la Cour des comptes, a été désignée en guise d'hommage posthume. À Montpellier, la municipalité lui rend hommage en nommant « rue Joseph-Cambon » une rue de son centre historique (l’Écusson) . À Saint-Jean-de-Védas, propriétaire du domaine du Terral au début du , « l’allée Joseph-Cambon » lui rend hommage .
Citation « Quand on aura ruiné la Belgique, quand on les aura mis au même point de détresse que les Français, ils (les Belges) s'associeront nécessairement à leur sort (celui des Français). Alors on les admettra comme membres de la République avec l'espoir de conquérir toujours devant soi avec le même genre de politique ». (, au général Charles François Dumouriez<ref>)</ref>.)
Source
Notes et références
Références
Annexes
Bibliographie
. . Céline Borello, « Pierre Joseph Cambon », dans Patrick Cabanel et André Encrevé (dir.), Dictionnaire biographique des protestants français de 1787 à nos jours, tome 1 : A-C, Les Éditions de Paris Max Chaleil, Paris, 2015, . . E.-D. Grand et L. de la Pijardière, Lettres de Cambon et autres envoyés de la ville de Montpellier de 1789 à 1792, Montpellier, Imprimerie Serre et Ricome, 1889, 100, . . . . . . Clovis Sené, Joseph Cambon (1756-1820), le financier de la Révolution, biographie, préface de Jean Dutourd, J.-C. Lattès, 1987. Mathieu Soula, « Tout était à faire ». Mise en place du système fiscal révolutionnaire dans le département de l'Hérault, L’exemple des contributions foncières et mobilières 1789-an XII, thèse de droit soutenue le , Université des Sciences sociales de Toulouse 1, École doctorale Droit et Science politique, , .
Liens externes
Notice biographique de Joseph Cambon, extrait de l'ouvrage Les Ministres des Finances de la Révolution française au Second Empire, Comité pour l'histoire économique et financière de la France, 2007, 376 p,
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