vignette|upright|La Brodeuse,tableau deFranz Xaver Simm. vignette|upright|Costume finement brodé d'Auguste III de Pologne ().

La broderie est un art de décoration des tissus qui consiste à ajouter sur un tissu un motif plat ou en relief fait de fils simples, parfois en intégrant des matériaux tels que des paillettes, des perles, voire des pierres précieuses. La broderie d'art ornemente ainsi des tissus au moyen de différents points faits avec le fil — qui peut être de lin, de coton, de soie, de laine…. — requérant des connaissances techniques particulières.. Les broderies se retrouvent par exemple sur des vêtements, des accessoires vestimentaires, des mouchoirs, du linge de maison, du linge liturgique (nappe d'autel, voile de calice, pavillon de ciboire, ...) ou des éléments de décoration intérieure.

Les brodeuses et brodeurs utilisent des outils spécifiques, tels que l'aiguille à coudre ou le crochet — de nos jours souvent réservés au secteur de la haute-couture lorsqu'ils sont faits à la main —, la machine à broder ou des machines industrielles. Des supports particuliers, comme le rond ou la table à broder sont également utilisés. En France, le brodeur au crochet peut utiliser le crochet de Lunéville afin d'insérer des perles et des paillettes dans la composition. Les brodeurs sur machine guidée main peuvent, eux, broder avec plusieurs fils et pour des ouvrages de plus grande taille.

La broderie actuelle peut être catégorisée en trois grandes classes : la broderie manuelle, faite à la main au moyen d'une aiguille au crochet ; la broderie semi-mécanique, faite à la machine ; la broderie mécanique, faite de façon industrielle.

Histoire En Afrique En Algérie

vignette|Un bonnet traditionnel algérien féminin de sortie de bain dit Bniqa du exposé au Cleveland Museum of Art aux États-Unis. À partir du , la Régence d’Alger connaît un essor commercial important, soutenu par une population cosmopolite et par des échanges intenses à travers la Méditerranée. Ce dynamisme profite à l’artisanat algérien, notamment à la broderie, qui s’enrichit grâce aux apports de l'Empire ottoman, d’où proviennent des influences artistiques variées : turques, byzantines, persanes, mais également indiennes et chinoises. Les commerçants juifs introduisent des matières et des objets inspirés de l’art italien, tandis que les réfugiés morisques, expulsés d’Espagne, constituent longtemps un noyau actif de l’artisanat local.

Ces échanges favorisent l’assimilation des influences étrangères, esthétiques et techniques, aux styles autochtones, contribuant ainsi à leur évolution. Des chroniqueurs européens relèvent, dans leurs récits de voyage à travers l’Algérie, le nombre important d’artisans présents dans toutes les régions du pays et la qualité de leurs ouvrages, mentionnant souvent la broderie avec admiration. L'orientaliste français Jean Michel de Venture de Paradis cite notamment les ceintures de soie au fil d’or exportées d’Alger vers l’Orient. Le voyageur britannique Thomas Shaw souligne pour sa part le raffinement des tissages et la richesse des ornements brodés.

Au début du , l’explorateur français Claude Antoine Rozet signale les voiles brodés de Constantine ainsi que les châles de qualité vendus à Koléa. De la fin du Moyen Âge jusqu’à la colonisation française, la broderie d’Alger et celle des autres régions du pays s’imposent progressivement comme des références reconnues.

Aujourd’hui, la broderie demeure un artisanat pratiqué aussi bien en milieu urbain que rural. La broderie citadine s’est enrichie des techniques et influences andalouses et orientales, tandis que la broderie rurale conserve, dans certaines régions, des motifs géométriques berbères, proches de ceux que l’on retrouve sur les tapis et les poteries.

Au Maroc (Juifs marocains)

En Asie En Chine

vignette|Bande de soie brodée à disposer sur les manches d'une robe de femme, du , Honolulu Academy of Arts.

La broderie chinoise, dont l’histoire remonte à plus de , constitue un art majeur fondé sur l’utilisation de la soie, matériau pour lequel la Chine fut pionnière. Elle se caractérise par une grande diversité de styles regroupant de nombreuses écoles, parmi lesquelles les « quatre grandes broderies » occupent une place centrale : la broderie Su Xiu de Suzhou, reconnue pour la finesse de son exécution et ses couleurs harmonieuses ; la Xiang Xiu du Hunan, aux motifs naturalistes et aux points variés ; la Yue Xiu du Guangdong, utilisant des fils de soie colorés et du fil d’or pour des compositions décoratives complexes ; et la Shu Xiu du Sichuan, célèbre pour la qualité de ses points et ses usages historiques dans les vêtements officiels et les objets de prestige. À ces grandes traditions s’ajoutent des styles régionaux (Jing, Lu, Bian, Ou, Hang, Han, Min) ainsi que des broderies propres à différentes minorités ethniques (Miao, Yao, Ouïghours, Tibétains, Mongols, etc.). Une technique essentielle consiste à diviser les fils de soie en brins très fins, parfois jusqu’à seize, afin d’obtenir des effets délicats et des dégradés subtils. Cet art, qui allie maîtrise technique et valeur esthétique, demeure encore aujourd’hui un élément représentatif du patrimoine culturel chinois..

En Inde

vignette|Motifs de broderie Kasuti ou Kasuthi de l'état du Karnataka.

La broderie indienne, héritière d’un savoir-faire plurimillénaire, reflète la richesse culturelle et la diversité régionale du pays à travers une grande variété de techniques et de motifs. Parmi les styles les plus emblématiques figure le Chikankari de Lucknow, broderie blanche délicate aux motifs floraux réalisée à la main, nécessitant parfois plus de différents. Le Kantha, originaire du Bengale, se caractérise par l’utilisation de textiles recyclés et de points simples pour créer des motifs inspirés de la nature et de la vie quotidienne. Le Phulkari du Pendjab, reconnu pour ses compositions florales aux fils de soie, était traditionnellement destiné aux vêtements de cérémonie, notamment les turbans de mariage appelés bagh. Le Zardozi, d’inspiration persane, introduit sous l’Empire moghol, se distingue par des broderies somptueuses réalisées avec des fils d’or et d’argent agrémentés de perles et de pierres précieuses, autrefois réservées à la royauté. Enfin, la broderie miroir du Kutch, dans le Gujarat, associe fils colorés et fragments de verre pour des pièces décoratives censées protéger du mauvais œil. Aujourd’hui encore, ces techniques, qui allient tradition et créativité, demeurent un symbole fort de l’art textile indien et continuent d’inspirer la mode et la décoration contemporaines..

En Asie Centrale

vignette|droite|Suzani boukhariote (vers 1850). La broderie Suzani est un art textile traditionnel d’Asie centrale, pratiqué principalement en Ouzbékistan, mais également au Tadjikistan, au Kazakhstan et dans d’autres régions de la zone. Réalisées à la main sur des étoffes de coton ou de soie à l’aide de fils de soie ou de laine, ces broderies se distinguent par leurs motifs floraux et géométriques, associés à des symboles de protection, de fertilité et de prospérité. Longtemps destinés aux trousseaux de mariage, les Suzani témoignent d’un savoir-faire transmis de génération en génération. Les villes de Samarcande, Boukhara et Tachkent figurent parmi les principaux centres de préservation et de valorisation de cette tradition. Aujourd’hui, cet artisanat continue d’évoluer en conciliant héritage ancestral et création contemporaine, tout en bénéficiant d’une reconnaissance internationale.

Au Japon

vignette|Kimono japonais présentant différents motifs brodés.

La broderie japonaise, art raffiné et emblématique, a évolué au fil des siècles en suivant les grandes périodes historiques. Ses premières formes apparaissent sous l’influence continentale à l’époque Kofun (250-538) et s’enrichissent avec l’arrivée du bouddhisme à l’ère Asuka (538-710). Elle gagne en originalité à époque de Nara (710-794) et atteint un sommet esthétique à l’époque Heian (794-1185), où les kimonos aristocratiques s’ornent de motifs poétiques. Durant l’époque de Kamakura (1185-1333), elle s’adapte aux valeurs guerrières, puis se simplifie avec l’esprit zen à l’époque de Muromachi (1336-1573). Sous l’époque d'Edo (1603-1868), la paix favorise son essor et la naissance du style Nihon Shishu, tandis que l’ère Meiji (1868-1912) ouvre la broderie à des influences occidentales, marquant l’union entre tradition et modernité. Réalisée en soie, fils d’or ou d’argent, elle exige une précision extrême et une patience considérée comme une forme de méditation. Les motifs, souvent inspirés de la nature, des saisons ou des symboles spirituels, traduisent un lien profond entre esthétique et philosophie japonaise. Encore aujourd’hui, la broderie traditionnelle est préservée par des artisans et transmise à travers des écoles spécialisées. Elle inspire également la haute couture contemporaine et reste un emblème du savoir-faire japonais reconnu mondialement..

En Palestine

La broderie palestinienne, ou tatreez, est un art multiséculaire transmis de génération en génération, mêlant motifs géométriques inspirés de la nature, couleurs symboliques et savoir-faire artisanal. Elle ne se limite pas à l’esthétique : chaque motif raconte une histoire et reflète l’identité des villages, la position sociale ou le statut marital des femmes. Depuis l’occupation, cette pratique s’est renforcée comme un symbole de résistance culturelle et politique, unissant les générations dans la préservation de la mémoire collective. Aujourd’hui, elle est également une source de revenus pour de nombreuses artisanes et s’adapte à la mode contemporaine en s’intégrant à des accessoires et vêtements modernes. Des créateurs palestiniens l’utilisent comme un support artistique pour exprimer l’attachement à la terre et à la culture, tandis que des collectifs communautaires œuvrent à sa promotion et à sa commercialisation.. Présenté par la Palestine, « l'art de la broderie en Palestine, pratiques, compétences, connaissances et rituels » est sélectionné sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO en ..

Dans les arts de l'Islam

vignette|Couverture brodée pour miroir (, Empire ottoman).

En Amérique

En Amérique du Nord

En Amérique du Sud

En Europe En Autriche Le Land du Vorarlberg, en Autriche, a abrité le site principal de production industrielle de broderie de ce pays, le bourg de Lustenau.. Les broderies locales avaient d'abord été faites à la main au crochet puis sur tissu, avant de profiter de la mécanisation nouvelle du pour les motifs sur tissu. Les utilisations de ces broderies allaient des décorations d'intérieurs aux vêtements des jours de fête. En 1980, l'industrie du Vorarlberg est composée à moitié de celle du textile ; toutefois, cette dernière commence à péricliter dans les décennies suivantes, avec notamment moins de débouchés pour les costumes traditionnels autrichiens et la concurrence de tissus chinois à moindre prix que ceux autrichiens. La recherche de nouveaux clients sur le continent africain, débutée en 1967 a cependant permis à certaines entreprises liées à la broderie de poursuivre leur travail ; ainsi, en 2013, il en existe encore une trentaine, avec pour clients notamment des personnes riches de Lagos au Nigeria cherchant des produits de luxe.

En Espagne vignette|Boléro en velours de soie marron et broderie d'application de passementerie noire, Espagne, .