Chavín de Huántar est un site archéologique situé dans les Andes péruviennes, à d'altitude, qui contrôlait les routes commerciales vers l'ouest jusqu'à l'océan Pacifique à travers deux cols dans la cordillère Blanche et vers l'est jusqu'à l'Amazonie. Le site est situé dans le district de Chavín de Huántar, province de Huari, département d'Áncash, au Pérou. Il a été déclaré site du patrimoine mondial en 1985. Il est situé à au nord-ouest de Lima et à de Huaraz, dans la Sierra orientale d'Áncash, à l'est de la cordillère Blanche. Le complexe est situé au confluent des rivières Huacheksa et Mosna, dans le bassin supérieur du fleuve Marañón, qui était un point de passage pré-inca entre la côte du Pacifique et la jungle amazonienne, ce qui a entraîné sa croissance et son importance dans la collecte et le transit des marchandisesRick, John W. (2011): Chavín de Huántar. Protocolo de las investigaciones arqueológicas. .. C'était le centre administratif et religieux de la culture de Chavín, construit et occupé approximativement entre les années 1500 et 300 avant J.-C. vignette|center|1000px|Vue panoramique du site en juillet 2016. Ses structures, en forme de pyramide tronquée, sont érigées en pierre et en mortier de boue. La plus imposante est celle connue sous le nom de El Castillo, également appelée Templo Mayor ou Templo Nuevo. C'est un exemple exceptionnel de l'ancien art de la construction péruvienne, en raison du haut degré de perfection atteint dans l'ingénierie, dans la sculpture et le polissage des pierres et dans la litho-sculpture associée à son architecture. Bien qu'il ne soit pas le plus ancien site archéologique, ni le plus grand, ni le plus coloré de l'ancien Pérou, Chavín de Huántar est considéré comme le plus important centre de pèlerinage du monde andin et, selon Luis Guillermo Lumbreras, une synthèse des expériences précédentes développées sur la côte, dans la sierra et dans la jungle., ainsi qu'un des plus anciens témoignages de civilisation en Amérique.

Toponymie Chavín vient d'un mot quechua qui signifie "au milieu"Francisco Carranza. Diccionario quechua ancashino- Castellano et du mot quechua "waantar" qui désigne une plante andine, la Cortaderia rudiusculaJaroslav Soukup SDB. Vocabulario de los nombres vulgares de la Flora Peruana y Catálogo de géneros. En fait, les vestiges archéologiques se trouvent dans l'angle formé par le confluent des rivières Mosna et Huachejsa, annexé à la petite ville andine du même nomAlberto Tauro. Enciclopedia Ilustrada del Perú.Tomo 4 , peut-être dans une zone où proliférait cette plante. Découverte et fouilles vignette|upright|Julio César Tello Rojas, découvreur du site. Le premier archéologue à fouiller le site fut le péruvien Julio Tello. La campagne de fouilles menées dans les années 1920-1930, révèle l'originalité de la culture Chavín, à partir de l'étude du site éponyme. Pedro Cieza de León (1520-1554), conquistador et chroniqueur espagnol, fut le premier occidental à mentionner son existence : Piedro Cieza de León: Parte primera de la Crónica del Perú, cap. LXXXII. Séville, 1553. Toribio de Mogrovejo, archevêque de Lima, dans sa visite pastorale aux villages du nord du Pérou en 1594, la décrit en ces termes :

En 1616, le moine espagnol Antonio Vázquez de Espinosa a fait une description du temple selon ses voisins. En 1873, l'explorateur italien Antonio Raimondi a visité le site, il a été impressionné, mais en même temps il a regretté l'état dans lequel il était, et a noté que les habitants l'utilisaient comme carrière pour fournir des pierres pour la construction de leurs maisons. L'explorateur français Charles Wiener a réalisé en 1880 le premier dessin de la divinité dans l'Ancien Temple. Plus tard, en 1883, l'allemand (1830-1908) a exploré le site en découvrant le grand escalier qui mène de la Plaza Cuadrada (place carrée) au Templo Mayor (nouveau temple) et il a recueilli le nom utilisé par les colons pour nommer cette divinité : "Huanca". À partir de 1919, le site est étudié par l'archéologue péruvien Julio C. Tello, qui a souligné son importance et l'a considérée comme le siège de la plus ancienne culture péruvienne, qui aurait donné naissance à la civilisation andine. Le 17 janvier 1945, une inondation causée par le débordement du lac de Rúrec a recouvert et endommagé les structures du sanctuaire, produisant des accumulations d'alluvions allant jusqu'à quatre mètres de hauteur dans certains secteurs. Pour cette raison, a chargé Marino Gonzales de retirer les strates alluviales du site (1955). Ces travaux ont duré jusqu'en 1965 et ont permis de découvrir des zones jusqu'alors inconnues, comme le fronton du château, connu sous le nom de " Portail des Falconidés ". Entre 1966 et 1973, une équipe de l'Universidad Nacional Mayor de San Marcos, dirigée par et Hernán Amat Olazábal, a effectué des fouilles sur le site et a approfondi les connaissances sur les passages et les enceintes intérieures du sanctuaire. Dans les années 1970 et 1980, l'Américain a mené des fouilles stratigraphiques qui ont permis de clarifier les séquences de développement de la céramique du site. De 1980 à 1982, le "projet archéologique Chavín" de l' de Lima a été développé, parrainé par la et dirigé par Federico Kauffmann Doig. De récentes investigations et fouilles effectuées au centre de la Plaza Cuadrada, ont donné des preuves de sépultures cérémonielles, permettant de retrouver l'ancien lit de la rivière Mosna, ce qui signifie que le lit de celle-ci a été détourné pour permettre la construction de cette place. En 1985, le site a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial par l'UNESCO.

Chavín de Huántar apparaît aussi avoir été un centre majeur de rituels psychoactifs : ses galeries souterraines, ses frises montrent des plantes hallucinogènes et ses trompes en conque suggéraient déjà l'usage de substances hallucinogènes désormais confirmé par la découverte de tubes nasaux contenant des résidus de tabac et de vilca (bufoténine, DMT, 5‑MeO‑DMT). Selon Andrew Lawler (2026), les prêtres chavin exploitaient aussi des effets sensoriels puissants (sons amplifiés, jeux de lumière, miroirs polis) pour produire des expériences de vision probablement destinées à renforcer leur autorité religieuse et rituelle et attirer des élites venues de régions lointaines. Ce modèle d'un pouvoir fondé sur l'altération de la conscience a influencé de nombreuses cultures andines ultérieures (Tiahuanaco, Wari), avant de décliner avec l'ascension des Incas et la conquête espagnole, dans un contexte où l'Amérique du Sud offrait une pharmacopée naturelle exceptionnelle de plantes psychoactives..

Chronologie Chavín de Huántar fut initialement construit par la civilisation de Chavín, une culture pré-Moche aux environs de 900 av J.-C. À cette époque le culte du Jaguar de Chavín et son influence, étaient acceptés dans la plus grande partie de ce qui est le Pérou d'aujourd'hui.

Les diverses structures ont été élevées à différents moments entre les années 1500 et 300 avant J.C., environ. L'archéologue américain John H. Rowe a soutenu que le complexe est né d'agrandissements successifs, à commencer par un bâtiment primitif qu'il a appelé "Templo Viejo" (Vieux Temple), le même que celui associé à l'idole du "Lanzon", le monolithe situé dans une galerie souterraine. Le vieux temple avait une structure en U orientée vers l'intérieur avec une cour centrale. La cour comportait des obélisques et des monuments en pierre ornés de bas-relief représentant des jaguars, des caïmans, des faucons et diverses formes anthropomorphiques. L'intérieur du temple contenait un dédale de corridors, de chambres et de conduites d'eau. Après quelques siècles d'utilisation, le "Vieux Temple" aurait été abandonné et remplacé par le "Nouveau Temple", composé du "Château" et de la "Place Carrée" avec leurs plateformes respectives. Ce nouveau temple, construit entre 500 et 200 , contient aussi de nombreuses sculptures et est plus massif. Un escalier mène à un palier ayant une cour étroite. Des passages cachés et des plateformes permettaient aux prêtres d'apparaître miraculeusement au-dessus de leur assistance. L’influence de Chavín est importante sur deux grandes cultures précolombiennes postérieures : Paracas à Ica et dans l'Altiplano.

À son apogé, entre 400 et 200, la population atteingnait 3000 âmes.

Contexte socio-religieux Rôle économique Le site de Chavín était dirigé par des prêtres et, très certainement, des prêtresses qui régnaient en maîtres. Ils traitaient essentiellement avec les élites. Les habitants de Chavín étaient quelques prêtres et leurs assistants, tandis que la plupart de leurs « fidèles » étaient des pèlerins qui venaient sur place à la recherche d'« oracles », apportant des offrandes de toutes sortes, et qui pouvaient y rester pendant de longues périodes.

D’après certains archéologues, les prêtres appuyaient leur pouvoir sur l’observation et la compréhension du changement des saisons et des cycles des astres et contribuaient à faire des Chavín des agriculteurs hors pair. La direction administrative était très importante, afin d'adapter la production de nourriture au rythme de l'augmentation de la population fixe et flottante. Étaient utilisées à cet effet des méthodes agricoles efficaces, soutenues par un rituel pompeux et le culte des pouvoirs surnaturels qui contrôlaient la production. En particulier le Dieu de l'Eau, dont dépendaient les pluies bénéfiques ou les sécheresses catastrophiques qui détruisaient les cultures, était particulièrement honoré. Ce développement économique et social s’est centralisé autour des temples. Chavín de Huántar serait ainsi devenu un prestigieux centre de gestion de production soutenu par le culte, par le biais de cérémonies et de prophéties exprimés par des oracles. L’utilisation de substances hallucinogènes était très fréquente lors de ces rituels. On pense que Chavín a été construit dans un endroit soigneusement choisi en fonction de critères magico-religieux et non pas en considération du fait qu'il s'agissait d'un lieu privilégié en raison de ses sols, du fait qu'il existe des vallées voisines plus productives, même en considérant l'utilisation de ses pentes de terre sèche cultivées au moyen de terrasses. Il est significatif que des siècles plus tard, Cusco, le centre des Incas, a également été élevé dans un confluent de deux courants de faible productivité, ce qui conforte la théorie que Chavín avait une origine similaire. La société de Chavin s'est développée autour d'une activité agricole à la suite d'une innovation majeure mise en œuvre dans tout son périmètre d'influence: l'irrigation en terrasse dans une région côtière désertique, où la maîtrise de la ressource hydrique était fondamentale pour garantir le succès des récoltes. Organisation politique et sociale Il y avait quatre types d'occupants : les prêtres de Chavín, les pèlerins de diverses provenances, les "nobles" avec le rang de prêtres, les artisans ou spécialistes et le peuple. La différence entre hommes et femmes semble avoir été significative, même si le rôle que le sexe féminin jouait dans la liturgie est très important ; il semble même y avoir eu des prêtresses. En fait, presque tous les personnages sacrés que nous connaissons présentent une version féminine à côté de la version masculine. Les prêtres : Les prêtres étaient responsables du temple, qui était leur lieu de travail. Il y avait les installations et les personnes consacrées à la production des calendriers, d'où découlait leur condition d'oracles, c'est-à-dire le service qu'ils offraient - la prévision des cycles climatiques saisonniers annuels.