Le département des Monnaies, médailles et antiques conserve, communique et met en valeur les collections de numismatique et d'antiquités de la Bibliothèque nationale de France. Il est également connu sous les noms de Cabinet des médailles et de Cabinet du roi..

Héritier du Cabinet des médailles des rois de France, il est l'un des plus anciens musées français, ouvert aux érudits dès le milieu du et à un public plus large dès 1791, ayant en quelque sorte, conservé son appellation d'origine : il est situé sur le site traditionnel de la BnF, (58 rue de Richelieu / 5 rue Vivienne), dans le de Paris.

Histoire vignette| Le Salon Louis XV en 1741, dans l'hôtel de Nevers, rue de Richelieu, tel qu'on se le représentait en 1861, peu avant les travaux (La Gazette des beaux-arts, tome 10). Le département des Monnaies, médailles et antiques de la Bibliothèque nationale de France abrite les collections de bijoux, de pierres gravées (intailles et camées), de sculptures et céramiques antiques, et de « médailles » (nom donné, jusqu'au , aux monnaies antiques) rassemblées par les rois de France depuis le Moyen Âge. Elles sont alors constituées pour le plaisir du souverain et de ses proches, mais aussi comme réserve métallique de sécurité.

C'est François qui, le distinguant du domaine et patrimoine royal — auquel il appartient de jure —, lui attribue une véritable existence entre les murs du château de Fontainebleau. Cette première collection est ensuite continuée par Catherine de Médicis. Au sortir des guerres de religion, Charles IX, qui règnera de 1560 à 1574, crée l'office de « garde particulier des médailles et antiques du roi » pour protéger le patrimoine de la Couronne. Le premier garde qui laisse une trace conséquente dans son rôle est Pierre-Antoine de Rascas de Bagarris, nommé par Henri IV.

Le Cabinet prend son véritable essor sous : héritier du cabinet de curiosités de son oncle, Gaston d'Orléans, il enrichit ses collections de nombreuses acquisitions, dont le trésor de Childéric , donné par l'empereur Léopold en 1665. L’abbé Breunot., déjà responsable des collections de Gaston d'Orléans, fut nommé intendant chargé du Cabinet. Le , un déséquilibré s’introduisit dans le Cabinet, à la faveur du séjour de la Cour à Saint-Germain-en-Laye. L'abbé Breunot, âgé de près de 75 ans, était demeuré au Louvre. L’intrus, peut-être surpris par le vieillard, le larda de coups de couteau et prit la fuite par la corniche. La garde, avertie par des couvreurs, abat le meurtrier, dont le corps alla s’écraser sur le pavé de la Cour carrée.

Quelques jours après ce drame, du Louvre, Colbert persuade le roi de faire transférer le Cabinet rue Vivienne, au sein de la Bibliothèque du roi. En 1682, paraît le premier recueil des médaillons du Cabinet de Louis XIV soit quarante et une planches gravées par Gilles Jodelet de La Boissière : ce volume, commandé par Colbert, ne connut pas de suite, du fait de la mort du ministre..

Puis, le Cabinet passe au château de Versailles en , où le roi fait aménager une pièce. Les travaux sont supervisés par Louvois et engagent des dépenses importantes, soit livres pour la seule année 1685, incluant l'édition d'un inventaire critique édité sous la forme de publications illustrées et rédigées par des savantsLa Bibliothèque nationale de France : mémoire de l'avenir, ..

En 1717, l’abbé de Louvois décide le rapatriement du Cabinet depuis Versailles à Paris, et ce fut fait en 1741, où il prend place dans l'ancien salon de la marquise de Lambert loué dans l'ancien hôtel de Nevers, côté rue de RichelieuLa Bibliothèque nationale de France : mémoire de l'avenir, ., sur l'actuel site Richelieu de la bibliothèque nationale et il est ouvert au public cette même année. Entretemps, Jules-Robert de Cotte l'aménage de 1720 à 1740, le transformant en un somptueux endroit appelé « Le Salon Louis XV », qui fut, malheureusement, détruit dans les années 1860, lors des travaux de réaménagements du quartier. : le musée conserve encore aujourd'hui les médailliers de l'époque et les peintures de Boucher, Natoire et Van Loo. Toutefois, Jean-Louis Pascal, quand il conçoit et construit l’actuel département des monnaies et médailles entre 1890 et 1913, le plaçant dans la toute nouvelle aile de la Bibliothèque sur la rue Vivienne, décide, en concertation avec le directeur du département Ernest Babelon, d’y reconstituer le Salon Louis XV : l'inauguration ayant eu lieu en 1917..

Le musée se forge, entretemps, une renommée croissante, s'attirant de nombreux dons et legs : en 1776, l'abbé Barthélemy lui adjoint par acquisition la collection de monnaies grecques antiques de Joseph Pellerin, sans compter les antiques du comte de Caylus au ou, en 1862, de ceux du duc de Luynes..

Partie intégrante de la Bibliothèque impériale, puis de la Bibliothèque nationale, le Cabinet continue à enrichir ses fonds. En 1917, il est installé au premier étage du bâtiment de la Bibliothèque nationale donnant côté rue Vivienne. À l'occasion de la rénovation du site Richelieu, la création d'un musée de plus grande ampleur - galerie Mazarine, salle des Colonnes, Cabinet précieux, salle de Luynes, salle Barthélémy et Rotonde des Arts du spectacle - est prévue ; il expose des collections issues de tous les départements de la BNFpage consacrée au projet sur le site de la BNF. Consulté le 2 avril 2019.. Il ouvre en ..

Vols vignette| Vue artistique de l'ancienne Arcade Colbert : le Cabinet se trouvait juste au-dessus (L'Illustration, 1868). Outre les périodes troubles et quelques soupçons qui pesèrent sur certains commis (par exemple sur Pierre de Carcavi), on compte deux grands vols commis dans les lieux.

Le premier a lieu dans la nuit du , alors que les pompiers de garde en faction sous le local du Cabinet, dormaient. Les voleurs s'introduisent en passant, à l'aide de perches, par l'arcade Colbert (Voir illustration ci-contre). La liste des rapines est ensuite publiée dans toute la France et comprend la fameuse Grande sardonys, le Vase des Ptolémées, le Calice Suger, soit en totalité huit objets considérés alors comme invendablesNouvelles des arts, peinture, sculpture, architecture et gravure, Paris, Landon, 1804, IV, .. Le pied en or du vase n’a jamais été récupéré, ayant été fondu par le receleur.

Le second vol a lieu début  , plus précisément le 6, on publie la liste des objets, soit monnaies et médailles en or et des objets là aussi invendables comme la « Coupe de Charlemagne », l’« anneau royal de Childéric », le « sceptre de Louis le Débonnaire »… Rappelé à l'aide, Vidocq enquête sur ce vol, et finit par découvrir un réseau impliquant un ancien bagnard, ainsi qu'un bijoutier parisien, frère de Delphine Jacquot d'Andelarre, laquelle conservait chez elle des pièces volées, mais qui réussit à se réfugier en Suisse. Les pertes avaient été considérables ; les collections de médaillons de Louis XIV, une partie des acquisitions de Barthélémy, dont la monnaie de 36 solidi d'or (164 g) datant de l'empereur Justinien, découverte en 1751, tout finit sans doute fondu, mais le pire est la disparition de la plupart des pièces du trésor de Childéric. Menacé de suspension, le conservateur Raoul-Rochette, secondé par Jean-Antoine Letronne, réussit toutefois à garder son poste.

Collections vignette|Le Grand Camée de France, camée en sardonyx à cinq couches, Rome, vers 23 ap. J.-C..

Le Cabinet des médailles abrite . Les monnaies, majoritaires, sont réparties en plusieurs collections : monnaies issues du sol français, de la Gaule à nos jours ( objets) ; monnaies grecques et romaines ( objets) ; monnaies orientales, du Proche à l'Extrême-Orient ( objets) ; autres monnaies étrangères ().

S'y ajoutent d'autres objets numismatiques : médailles ( objets) et jetons ( objets), de la Renaissance à nos jours.

Le département des Monnaies, médailles et antiques renferme également objets non monétaires, dont : le trésor de Berthouville, un ensemble de pièces d'argenterie exceptionnel de l'époque romaine; des camées et intailles ( objets), dont le Grand Camée de France ; des céramiques grecques et étrusques ; le caillou Michaux, premier monument d'écriture babylonienne (cunéiforme) arrivé en Europe, découvert par le botaniste André Michaux ; des ivoires tardo-antiques et byzantins, dont une série de diptyques consulaires et le célèbre ivoire de RomainPlaque en ivoire : Le Christ couronnant Romanos et Eudoxie, notice de la BnF, en ligne. ; des verres moulés et soufflés, grecs et romains ; des sculptures égyptiennes, grecques ou romaines ; des pièces d'argenterie sassanides ou islamiques. différents objets d'art issus du trésor de Saint-Denis et du trésor de la Sainte-Chapelle (d'autres pièces sont au musée du Louvre). le trône de Dagobert, siège en bronze d'époque carolingienne. des pièces d'échecs, dont celles de l'échiquier de Charlemagne le trésor de Gourdon, un ensemble mérovingien du comprenant un calice, une patène en or et une centaine de monnaies en or

Publications et recherches Le département abrite un important fonds documentaire relatif à ses collections composé de ouvrages. Centre de documentation et de recherche, il publie la série des Trésors monétaires (29 volumes et deux suppléments, de 1979 à 2022).

Le département sert également de référent national aux expertises dans les domaines de la numismatique et de la glyptique. Le programme « Trouvailles monétaires » créé en 1978 vise à répertorier, à étudier, à valoriser et à publier les découvertes monétaires effectuées sur le territoire français.

Il est également le siège de la Société française de numismatique.

Il publie à partir de 1976 le BNCMR (Bibliothèque Nationale. Catalogue des Monnaies de l’Empire Romain) : Jean-Baptiste Giard, BNCMER I, Auguste, Paris, 1re éd. 1976 ; éd., 2001 Jean-Baptiste Giard, BNCMER II, de Tibère à Néron, Paris, 1988 Jean-Baptiste Giard, BNCMER III, du soulèvement de 68 à Nerva, Paris, 1998 Paul-André Besombes, BNCMER IV, Trajan, 2008Bernhard Woytek, « Trajan dans les collections de la BnF » [Paul-André Besombes, Monnaies de l'Empire romain IV. Trajan (98-11 7 après J.-C)], Revue numismatique, 6e série, tome 165, année 2009, pp. 427-441 . Sylviane Estiot, BNCMER XII.1, d’Aurélien à Florien. 270-276 ap. J.-C., Paris, 2004..

Quelques trésors

Liste des personnalités responsables du lieu Le premier titre de la charge attribuée fut « intendant des médailles et antiques du roi » (1601), puis « intendant du Cabinet des médailles et antiques du roi » (1660), et enfin « commis à la garde de la Bibliothèque et du Cabinet des médailles du roi » (1666). Sous Louis XV, le titre devient « garde du Cabinet des médailles du roi ». Après 1795, sont nommés un « conservateur-professeur » et un « conservateur-bibliothécaire », double poste supervisé, la même année, par une fonction de président du conservatoire ou « directeur en charge du Cabinet des antiques et médailles ». Cette situation assez confuse introduisit des rivalités au sein des personnels jusqu'en 1848. Ensuite c'est un conservateur en chef qui est nommé au poste de directeur du département des dites collections.

1601-1620 : Pierre-Antoine de Rascas de Bagarris 1620-1664 : [?], et un certain Roddez [?] 1661-1666 : Bénigne Breunot (ou Bruno) 1666-1683 : Pierre de Carcavi 1683-1689 : Pierre Rainssant 1689-1712 : Marc-Antoine Oudinet 1712-1718 : Jean-François Simon 1719-1753 : Claude Gros de Boze 1754-1795 : Jean-Jacques Barthélemy 1795-1799 : André Barthélemy de Courcay 1799-1818 : Aubin-Louis Millin de Grandmaison 1818-1832 : Raoul-Rochette 1832-1840 : Jean-Antoine Letronne 1840-1859 : Charles Lenormant 1859-1890 : Anatole Chabouillet 1890-1892 : Henri Lavoix 1892-1924 : Ernest Babelon 1924-1937 : Adolphe Dieudonné 1937-1961 : Jean Babelon 1961-1975 : Georges Le Rider 1976-1987 : Hélène Pierre-Nicolet 1988-1990 : Cécile Morrisson 1991-2013 : Michel Amandry 2013-2023 : Frédérique Duyrat 2023-2024 : Isabelle de Cours (par intérim)