Pindare, en grec ancien , né en 518 av. J.-C. à Cynoscéphales, un bourg près de Thèbes (Béotie), et mort en 438 av. J.-C. à Argos, est l'un des plus célèbres poètes lyriques grecs.

Forte personnalité profondément attachée à la religion traditionnelle et à l'antique aristocratie dorienne qui prédominait à Thèbes, Pindare n'aimait pas Athènes, dont l'esprit démocratique l'inquiétait : préférant les villes gouvernées par une aristocratie sachant instaurer l'eunomie (le « bon ordre », du grec ancien )En termes politiques, l’eunomie désigne un idéal d'ordre, d'harmonie et de hiérarchie aristocratique. Pindare a personnifié « l'Eunomie, avec sa sœur Justice l'inébranlable, et son autre sœur, Paix, dispensatrices de la richesse, filles précieuses de la sage Thémis. » (Olympiques, XIII, vers 6 à 8)., il a consacré ses chants à célébrer ce vieil idéal. En digne héritier de la conception aristocratique et dorienne du concours athlétique, Pindare est le premier à faire de l'épinicie, hymne de triomphe, une sorte de poème dont la signification est à la fois religieuse et morale. Considéré dès l'Antiquité comme le maître incontesté et inimitable du lyrisme choral grec, synthèse de l'art poétique, musical et chorégraphique, il inaugure en outre dans ses Odes triomphales un art puissant aux rythmes savants où foisonnent des images somptueuses, art redécouvert par les Modernes seulement au , et qui a inspiré les plus grands poètes. En évoquant « Pindare serein plein d'épiques rumeurs », Victor HugoVictor Hugo, Les Contemplations, Livre premier, XIII, À propos d'Horace, vers 84. résumait les deux traits essentiels du poète grec, la majesté tranquille et presque religieuse qui a frappé ses admirateurs, et la vigueur s'épanchant dans les flots larges et sonores de ses images et de sa langue.

Biographie Les éléments que nous possédons sur la vie de Pindare sont minces, malgré les cinq biographiesCe sont les deux biographies en vers hexamètres d’Eustathe, la biographie dite Ambrosienne, celle due au byzantin Thomas Magister et l’article du Lexicon de Suidas. d’assez basse époque laissées par l'AntiquitéPindare, Olympiques, Les Belles Lettres, 1970, Introduction, I..

Les débuts du poète Selon la tradition, il est membre d'une famille aristocratique. Son père se nomme Daïphante et sa mère, CléodicéPindare, Olympiques, Introduction par Aimé Puech, Édition des Belles Lettres, 1970, II.. Il naît en 518 à Cynocéphales, en Béotie, un bourg aux portes de Thèbes ; il se dit avec orgueil « enfant de l'illustre Thèbes, dont les sources le désaltéraient »Pindare, Olympiques, VI, 85.. Dans le fragment 193 de ses œuvres, il évoque : cette allusion aux jeux Pythiques nous montre qu'il naît au mois d'août ou de septembre. Il a un frère nommé Éritimos. S'il faut en croire l'indication qu'il donne lui-même dans la PythiquePindare, Pythiques, V, vers 75-76., il appartiendrait à la race des Égides, pieux héros fréquentant oracles et sanctuaires, et qui furent à Théra prêtres d'Apollon Carnéen : le caractère manifestement religieux de cette famille s'accorde avec la piété de Pindare, qui fit élever des chapelles en l'honneur de Cybèle, d'Apollon Bodromios et d'Hermès Agoréos, et à qui on rendait des honneurs exceptionnels dans le sanctuaire d'Apollon à Delphes. Les Égides avaient en outre joué un rôle important dans l'invasion dorienne : à l'époque de la haute antiquité, cette famille de la noblesse thébaine avait accordé son appui aux Doriens pour qu'ils s'emparent d'Amyclées. La famille de Pindare, riche et estimée, possédait une maison à Thèbes, où le poète a habité souvent par la suite. La cité semble avoir possédé, à l'époque de Pindare, une école de poètes lyriques où la flûte était particulièrement en honneur. Il participe jeune aux concours de poésie, où selon Pausanias, il aurait été battu par Corinne. Selon une autre tradition rapportée par Plutarque, la poétesse lui aurait reproché d'avoir composé un poème où le mythe manquait. Après qu'il fut tombé dans l'excès inverse, celle-ci lui aurait alors conseillé de « semer à pleines mains, mais non à plein sac », Les Athéniens se sont-ils plus illustrés par les lettres que par les armes ?, 215, 13-14.. À Athènes, où il étudie le lyrisme choral, il a comme professeur AgathocleAgathocle était un musicien, un penseur et un moraliste, que Platon dans le Protagoras (316 e), qualifie de . et peut-être Apollodore, deux poètes musiciens, auteurs de dithyrambes. Hérodote fait de lui l'élève de Lasos d'Hermione. Sa première ode, la Pythique, est composée à l'âge de vingt ans. Elle célèbre la victoire du Thessalien Hippocléas au double stade, ainsi que la famille de l'athlète, les Aleuades. En 490, il compose sa Pythique en l'honneur de Xénocrate, frère de Théron, futur tyran d'Agrigente.

La maturité et la gloire

En 480 av. J.-C., les Perses envahissent la Grèce. Thèbes, gouvernée par une aristocratie, pactise avec l'ennemi auprès duquel elle se bat ; le général perse Mardonios occupe la cité et Thèbes lui fournit l'appui de sa cavalerie à la bataille de Platées en 479 ; après la victoire de l'armée grecque, Thèbes est assiégée et les chefs du parti mède mis à mort, IX, 87-88 ; . Pindare approuva-t-il cette politique d'alliance avec les Perses, comme l'affirme l'historien Polybe de Mégalopolis, IV, 31. et à sa suite Tycho MommsenTycho Mommsen dans son Pindaros, 51-52, estime que Pindare a été un partisan déclaré de l'alliance avec les Perses. ? Il a sans doute craint une guerre civile si une révolte violence éclatait contre le pouvoir des oligarques thébains. Il est certain en tout cas qu'il a dû souffrir par la suite de la trahison des Thébains et qu'il l'a regrettéePindare a salué toutes les victoires qui ont sauvé l'hellénisme et , dit-il dans la I Pythique (vers 75-76). comme le montre le panégyrique qu'il fait de la bravoure des ÉginètesPindare, Isthmiques, V, vers 49 à 59., composé juste après la victoire de Salamine en 480 ainsi que les panégyriques composés pour Athènes : dans l'un d'eux, Pindare célèbre Athènes comme le rempart de la Grèce : . Athènes le récompense en lui attribuant la dignité de proxène et en le gratifiant de dix mille drachmes pour le dithyrambe qu'il lui a consacréIsocrate, Antidosis, 166.. Mais c'est Simonide de Céos, non Pindare, qui s'est fait le chantre des victoires remportées contre les Perses.

Entre 480 et 460, Pindare voit sa renommée s'étendre dans l'ensemble du monde grec ; auréolé du plein éclat de sa gloire, il s'attache alors à différentes cours aristocratiques grecques, comme celle du tyran Hiéron de Syracuse, en l'honneur duquel il compose la Première Olympique et les trois premières Pythiques, ou celle du roi de Cyrène, , pour lequel il compose les et Pythiques. Ces clients princiers, à la tête d'une importante fortune, étaient en effet seuls à pouvoir pratiquer l'élevage et posséder des attelages pour les deux épreuves de la course de chevaux et de la course de chars. Dans le domaine des épinicies commandées par les tyrans grecs de Sicile, il est concurrencé par le poète Bacchylide, caractérisé par un style plus délicat. Cette concurrence se signale par quelques traits de jalousie chez l'un et l'autre de ces deux poètes.

Comme Pindare assiste le plus souvent aux jeux panhelléniques, puis dirige généralement lui-même l'exécution de ses odes triomphales, il est certain que durant ces vingt ans il dut parcourir presque toute la Grèce. Il est en relation avec le roi de Macédoine, , pour lequel il compose un élogeIl n'en reste que les deux fragments 97 et 98.. C'est en souvenir des relations d'Alexandre de Macédoine avec Pindare, que, selon la légende, Alexandre le Grand épargna la maison du poète lyrique à Thèbes pendant le sac de cette ville par les Macédoniens, I, 2.. En 476 vraisemblablement, Pindare se rend en Sicile, à la cour de Théron d'Acragas et à celle de HiéronPindare, Olympiques, Éditions des Belles Lettres, 1970, Introduction par Aimé Puech, VII-VIII.. À cette occasion, il parcourt les principales villes de Sicile, dont Syracuse. Il semble traduire une impression personnelle lorsqu'il évoque, dans la Première Pythique, l'Etna en éruption avec ses torrents de lave rouge roulant « des blocs de roche avec fracas »Pythiques, I, 19 et suiv. . Un autre voyage le mène sans doute auprès d', roi de Cyrène, cité qu'il semble avoir visitée et dont il décrit la longue route pavée de blocs solides que les ancêtres du roi avaient bâtie au milieu des sables en la conquérant sur le désert.

Pindare était marié à une femme nommée Mégaclée, suivant la biographie d'Eustathe, et il avait deux filles et un fils nommé Daïphantos qui fut daphnéphore à Thèbes.

La vieillesse de Pindare est assombrie par les malheurs de Thèbes, vaincue et dominée par Athènes, de 457 à 447, malgré le succès des Thébains à la bataille de Coronée (446 av. J.-C.). Il meurt à quatre-vingts ans, selon un de ses biographes, peut-être à Argos peu après 446, année qui correspond à la plus tardive de ses œuvres que nous puissions dater. Selon la biographie de SuidasSuidas, 133, 2, édition d'Adler., Pindare serait mort au théâtre d'Argos, au cours d'une représentation, la tête appuyée sur l'épaule de son jeune ami Théoxène de Ténédos, pour lequel il avait composé un Éloge amoureux cité par AthénéeLe texte grec de ce poème figure dans le tome IV des Isthmiques, édition des Belles Lettres, parmi les fragments conservés des Chants de louange. Philippe Brunet a commenté l'établissement du texte dans .. Selon Valère MaximeValère Maxime, Les Faits et dits mémorables, 9, 12, ext. 7, 462, 12 et suiv. (lire en ligne) « Pindare au contraire s'endormit dans un gymnase, la tête appuyée sur les genoux d'un jeune homme qu'il aimait tout particulièrement, et l'on ne s'aperçut qu'il avait cessé de vivre que lorsque le chef du gymnase, voulant fermer les portes, tenta vainement de l'éveiller. Les dieux, à mon avis, furent également bienveillants pour lui en lui donnant une si grande facilité pour la poésie et en lui accordant une mort si paisible »., cette scène se serait produite au gymnase et il avait la tête sur le genou de cet ami.

Œuvres Le corpus pindarique nous est parvenu sous la forme de papyrus (du au ap. J.-C.), comprenant de nombreux fragments de péans et des épinicies. Nous disposons également des manuscrits des , parmi lesquels les plus importants sont l’Ambrosianus C 222, le Vaticanus græcus 1312, le Laurentianus 32, 52 et le Parisinus græcus 2774. Ils proviennent d'une sélection effectuée au et ne comprennent que des épiniciesPindare, Olympiques, édition des Belles Lettres, 1970, Introduction XVI-XVII..

Nous avons conservé de Pindare quatre livres d'épinicies ou odes triomphales (en grec ancien ) : ces chants de victoire composés en l'honneur des vainqueurs des quatre Jeux panhelléniques, étaient chantés ensuite par des chœurs de danseurs sur le passage du vainqueur. Dans ses épinicies, Pindare ne célèbre pas tant la performance sportive que la valeur personnelle de l'athlète.