Augusta Dejerine-Klumpke, née le à San Francisco et morte le à Paris (7e)Acte de décès (n°1724) dans les registres de décès du 7 arrondissement de Paris pour l'année 1927., est une neurologue française d'origine américaine. En 1886, elle est la première femme reçue au concours de l'Internat des hôpitaux de Paris.
Épouse du professeur Jules Dejerine, neurologue lui aussi, elle est chercheuse bénévole, travaillant dans l'ombre de son mari pour devenir enfin chef de clinique en 1915 à l'âge de 56 ans. Elle est considérée comme la première femme neurologue au monde et une neuroanatomiste de réputation internationale.
Biographie Famille Augusta Klumpke est née le à San Francisco. Son père est John Gerard Klumpke, émigré d'Allemagne., un « territorial pionneer » de Californie (un des premiers installés), devenu homme d'affaires..
Elle est la deuxième de six enfants (cinq filles et un garçon), dans l'ordre :
l'aînée, la peintre Anna Klumpke (compagne et biographe de Rosa Bonheur, elle-même peintre animalière) ; la troisième, l'astronome Dorothea Klumpke Roberts ; Mathilda Klumpke, pianiste (carrière aux États-Unis) ; John Williams, ingénieur ; Julia Klumpke, violoniste (carrière aux États-Unis).
Après la naissance du sixième enfant, les parents se séparent en 1871, et sa mère obtient la garde des enfants pour gagner l'Europe et s'installer finalement à Lausanne..
En 1875, Augusta Klumpke apprend que Madeleine Brès est la première Française à devenir docteur en médecine. La famille s'établit définitivement à Paris pour qu'Augusta et ses sœurs finissent leurs études avec des formations de qualité.
Formation En , Augusta Klumpke commence ses études à la faculté de médecine de Paris, la seule faculté française à l'époque à accepter l’inscription d’une femme.
Lors de son inscription, le doyen Alfred Vulpian (1826-1887) lui conseille de ne jamais pénétrer seule dans un amphithéatre en passant par l'entrée des étudiants, mais d'attendre dans le vestiaire des professeurs la venue du conférencier, de le suivre par l'entrée des professeurs, et de prendre place à l'endroit qui lui sera indiqué.
Durant les premières semaines, elle et Blanche Edwards-Pilliet (1858-1941) subissent un chahut lors de leur arrivée : insultes, boulettes de papier, confettis et mirlitons… Jusqu'au jour où, le calme revenu, elles décident de passer ensemble par l'entrée des étudiants et choisir elles-mêmes leur place sur les bancs étudiants. vignette|Une vue de La Salpêtrière à la Belle Époque. En sus de ses études de médecine, elle suit aussi des cours de sciences de la Sorbonne, et les cours libres de chimie d'Edmond Frémy (1814-1894) au Muséum, d'anatomie de Joseph-Auguste Fort (1835-1912), et d'histologie de Louis-Antoine Ranvier au Collège de France. Elle acquiert les bases d'une recherche lui permettant plus tard d’approfondir la neuropathologie.
Elle fait ses stages hospitaliers en suivant consultations et leçons cliniques, notamment la leçon de clinique de Jean-Martin Charcot (1825-1893) à la Salpêtrière le dimanche matin, et celles de Valentin Magnan (1935-1916) à Saint-Anne.
Elle obtient la médaille de vermeil du prix d'anatomie de l'Enseignement libre (1878-1879) qui récompense la première place du concours final des élèves.
Concours de l'externat En 1879, Augusta Klumpke demande à concourir à l'externat, ce qui lui est refusé par l'Assistance publique. Dès lors, sous la conduite de Blanche Edwards, un mouvement s'engage à coups de démarches et de pétitions pour admettre les femmes à l'externat.
En , l'Assistance publique donne un avis favorable, entériné par un arrêté préfectoral du , mais avec des réserves considérables : contrairement à leurs collègues masculins, le statut de femmes externes est analogue à celui des stagiaires bénévoles, et ne donne pas accès au concours de l'internat.
Klumpke et Edwards se présentent au concours de l'externat d', et sont reçues. Klumpke raconte (le concours était oral et public) :« J'ai parlé sur Artère fémorale et j'ai piqué 18, j'ai parlé tout mon temps, j'ai fini ma question et j'ai été complète. Ils (c'est-à-dire les étudiants) étaient fort convenables et quand je suis descendue dans l'arène, ils ont applaudi, sans cris et sans hennissements, ni sifflements. »
Concours de l'internat Polémiques En 1884, les deux ans d'externat permettent en principe de se présenter au concours de l'internat, mais l'administration ne suit pas les avis favorables et refuse l'inscription des femmes ; une polémique publique s'engage, qui va durer un an. Entre-temps, le concours d' se déroule sans que Klumpke puisse y prendre part..
Contrairement à ce qui s'était passé pour le concours de l'externat, il existe une forte opposition de l'Assistance publique, appuyée par une pétition d'internes, de médecins et chirurgiens des hôpitaux. En séances extraordinaires, plusieurs sociétés savantes se prononcent à une très forte majorité contre l'internat des femmes. Une contre-pétition – favorable aux femmes – circule, signée par plusieurs professeurs et praticiens des hôpitaux.
La polémique pour/contre prend de l'ampleur dans la presse médicale et scientifique, comme dans la presse politique grand public. Le débat est relancé sur l'admission des étrangers à l'internat, ainsi Augusta Klumpke ne pourrait pas se présenter, non pas parce qu'elle est une femme, mais parce qu'elle est d'origine étrangère.
Finalement sur l'injonction du ministre de l'Instruction publique Paul Bert (1833-1886) et ardent défenseur de l'émancipation féminine, le préfet de la Seine Eugène Poubelle (1831-1907) autorise les femmes à se présenter à l'internat par l'arrêté du .
Épreuves La Doctoresse, comédie de Paul Ferrier et Henry Bocage, présentée le 17 octobre 1885 au théâtre du Gymnase.La doctoresse repousse ainsi les avances d'un amoureux : . Augusta Klumpke se présente au concours de l'internat des hôpitaux de Paris, qui commence le . Pour l'épreuve d'oral, elle raconte : . Finalement tout se passe bien, mais l'épreuve est annulée, un membre du jury ayant communiqué les sujets à l'un de ses élèves.
Un nouveau jury est désigné, et le concours recommence le . Elle obtient la meilleure note à l’écrit, 29/30, sur le sujet : Circonvolutions de l'écorce cérébrale, signes et causes de l’hémiplégie organique, mais elle échoue à l'oral. Augusta Klumpke est alors nommée interne provisoire.
Elle se représente l'année suivante, au concours du , pour obtenir de nouveau la meilleure note à l'écrit, et après l'oral, elle est enfin reçue comme interne titulaire ( sur 52).
Elle prend sa première fonction dans le service de Félix Balzer (1849-1929) à l'hôpital Lourcine, puis dans le service de Louis Landouzy (1845-1917). En tant que première femme reçue au concours de l'internat des hôpitaux de Paris, elle effectue deux années sur quatre, en arrêtant son cursus lors de son mariage, en ..
La première femme qui terminera l'ensemble des quatre années d'internat sera Marie Wilbouchewitch, seconde femme reçue au concours, en Jacques Poirier, « Le docteur Marie Wilbouchewitch-Nageotte (1864-1941) Pionnière de l’orthopédie pédiatrique et musicienne » in Histoire des sciences médicales, tome LII, n°4, 2018 . ; concernant l'internat des hôpitaux de province, la première femme reçue à ce concours fut Glafira Ziegelmann à Montpellier en 1897 (elle sera également la première femme reçue au concours du clinicat en 1903, et à l'écrit de l’agrégation de médecine en 1910)..
Vers le doctorat En 1882, en stage chez le professeur Hardy à l’hôpital de la Charité de Paris, son chef de clinique est Jules Dejerine, qu’elle épouse en 1888 ..
Jules Dejerine la fait entrer au laboratoire du professeur Alfred Vulpian pour compléter sa formation. En 1889, elle soutient une thèse intitulée Des polynévrites en général, des paralysies et atrophies saturnines en particulier. vignette|Portrait d'Augusta et Jacqueline Dejerine-Klumpke. Carrière professionnelle Augusta Dejerine-Klumpke n'a pas de poste officiel, mais elle poursuit ses recherches en laboratoire en suivant son mari, devenu professeur de neurologie : d'abord à l’hospice de Bicêtre, puis à la Salpêtrière en 1895.
Élue membre de la Société de neurologie en 1901, elle en sera présidente en 1914 et 1915.
En 1905, elle est décorée de la médaille du courage, pour avoir secouru, au cours de ses vacances en Suisse, une jeune fille qui se noyait dans l'Aar.
En 1913, elle est nommée chevalier de l'ordre national de la Légion d'honneur par le ministère de l'Instruction publique.
Querelles entre le couple Dejerine et Pierre Marie Le service de Charcot à la Salpêtrière était considéré comme « la Mecque » de la neurologie mondiale. À la mort de Charcot en 1893, Jules Dejerine l'emporte sur Pierre Marie (1853-1940) pour la succession. Cette rivalité s'aiguise lorsque Pierre Marie écrit dans une revue médicale que Dejerine fait de la science . Jules Dejerine provoque aussitôt Pierre Marie en duel, annulé in extremis par une lettre de celui-ci affirmant qu'il n'a jamais mis en cause ni l'honneur, ni le travail de Dejerine.
En 1906, la querelle porte sur la localisation exacte des lésions aboutissant à l'aphasie de Broca. Pierre Marie prétend qu'elles siègent dans un « quadrilatère » auquel il donne son nom. Les Dejerine contestent son existence même, et donnent une localisation plus précise : le troisième gyrus frontal. En 1908, le débat enflamme plusieurs séances successives de la Société de neurologie. Augusta Dejerine-Klumpke y met un terme en démontrant, par arguments anatomiques, que le troisième gyrus frontal se situe dans le quadrilatère imaginaire défini par Pierre Marie lui-même.
En 1917, à la mort de Jules Dejerine, Pierre Marie est choisi pour prendre la succession. Il prend aussitôt sa revanche : sa première décision est d'expulser Augusta de son laboratoire de la Salpêtrière en lui donnant quinze jours pour emporter ses affaires.
Pendant et après la Première Guerre mondiale Augusta Dejerine-Klumpke installe à la Salpêtrière un service neurologique des blessés militaires. En 1915, à l'âge de 56 ans, elle est nommée chef de clinique, même si elle n'a fait que deux ans d'internat. Cette officialisation (du fait de la guerre) ne change rien à son travail mais lui procure un salaire.
En 1917, elle est chargée d'organiser un service des grands infirmes à l'hôpital des Invalides en s'occupant de leur rééducation, ce qui lui vaut d'être nommée officier de la Légion d'honneur par le ministère de la Guerre en 1921. thumb|Tombe au cimetière du Père-Lachaise. Le mari d'Augusta Dejerine-Klumpke meurt en 1917. Cette dernière, avec l'aide de sa fille et de son gendre, consacre les dix années suivantes à reconstituer son ancien laboratoire et sa bibliothèque pour en faire un musée destiné à conserver les souvenirs scientifiques du couple Dejerine. Depuis 2016, le fond Dejerine est conservé dans les collections médicales et d'anatomie pathologique de l'université Pierre-et-Marie-Curie, devenue depuis Sorbonne Université.
Elle meurt le à Paris, où elle est enterrée au cimetière du Père-Lachaise à côté de son mari (division 28).
De son mariage avec Jules Dejerine naît une fille, Yvonne, qui devint médecin, épousa le professeur Étienne Sorrel et se consacra à la tuberculose osseuse à l’hôpital de Berck. L'aînée de ses petites-filles, Jacqueline Sorrel-Dejerine, sera aussi médecin.
Travaux Par son éducation, Augusta Klumpke connaît l'anglais, l'allemand et le français, ce qui lui donne accès immédiat à la recherche internationale de son époque.
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