Henryk Adam Aleksander Pius Sienkiewicz armoiries Oszyk, né le à Wola Okrzejska (Pologne) et mort le à Vevey (Suisse), est un écrivain et philanthrope polonais. Le plus grand romancier polonais de son époque, il jouit de son vivant d'une renommée internationaleCf. Site officiel des prix Nobel. grâce à l'immense succès de son roman Quo vadis ? (1896), qui lui vaut une réputation universelle et le prix Nobel de littérature en 1905Site officiel des Prix Nobel.. Il a également milité pour les droits des Polonais, alors occupés par la Prusse puis l'Empire russe.

Biographie Fils de Józef Sienkiewicz et Stefania née Cieciszowska, Henryk Sienkiewicz est né au sein d'une noblesse polonaise appauvrie, dans le petit domaine de sa branche maternelle de Wola Okrzejska près de Lublin, à l'époque en zone russe. Sa mère, qui écrit des vers qu'elle publie dans divers journaux, donne très tôt à son fils le goût de la littérature. La famille œuvre activement pour l’indépendance de la Pologne. Ce patriotisme sera très présent dans les écrits du futur auteur.

Avec son frère aîné et ses quatre sœurs cadettes, Henryk est d'abord éduqué par un précepteur, puis, à partir de 1858, il poursuit son éducation dans un collège à Varsovie. Trois années plus tard, ses parents, ruinés, le rejoignent à la capitale, après avoir dû vendre leurs terres. Ne pouvant pas compter sur une aide financière de ses parents, Sienkiewicz est obligé de travailler et s'engage comme précepteur dans la famille Weyher à Płońsk. Il y prépare seul son baccalauréat, qu'il obtient en . Il intègre peu après l’université, au mois de , où il entame des études d'abord en faculté de médecine puis en droit, puis en lettres jusqu'en 1872.

Tout en poursuivant ses études universitaires, il entame une carrière de journaliste. Il attend pourtant deux années et le pour voir son premier article publié dans la presse polonaise : une critique théâtrale pour le Przegląd Tygodniowy. Au cours de l’été 1872, un autre journal, Wieniec, publie une de ses nouvelles, En vain. La même année, alors que Sienkiewicz abandonne l’université, le Przegląd Tygodniowy édite deux volumes de ses nouvelles, intitulés Les Humoresques. Ces premières œuvres sont à dominante satirique.

Il devient chroniqueur pour le journal Gazeta Polska. Ses revenus lui permettent d'entreprendre en 1874 un premier voyage à l’étranger, en Belgique et en France. En 1876, il entreprend un voyage aux États-Unis en qualité de correspondant du Gazeta Polska. De ce périple de deux ans, au cours duquel il vit de petits emplois et du soutien de la diaspora polonaise - notamment californienne - il rapporte ses Lettres d’Amérique. Il y relate, avec un grand sens de l'observation et avec humour, ses expériences et impressions sur les Amérindiens, les Américains polonais, la nature et la vie sauvage américaines. Parues d'abord dans la Gazeta Polska, ces Lettres sont traduites dans neuf langues et valent à son auteur d'être reconnu aux États-Unis.

Il fait de nombreux séjours en France et en Italie. Au mois de , il est à Venise : il y fait la connaissance de Maria Szetkiewicz qu'il épouse le . Après la naissance de deux enfants, Maria contracte la tuberculose et en meurt le , à 31 ans, quatre ans après leur mariage.

En 1883, Sienkiewicz commence la rédaction de ses grands romans nationaux : Par le fer et par le feu, Le Déluge et Messire Wołodyjowski. Ce cycle forme une trilogie dans laquelle revit le passé glorieux de la Pologne du , trilogie qui vaut à son auteur l’admiration sans bornes de ses compatriotes, puis du public étranger, mais soulève l'inquiétude de la censure russe. I. Jankul, censeur de Varsovie, prévient Sienkiewicz qu'il ne permettra plus la publication d’aucune autre œuvre ayant pour thème l'histoire de la PologneHenryk Markiewicz : Sienkiewicz, Henryk Adam Aleksander Pius, Polski Słownik Biograficzny, vol. XXXVII, 1997, .. Sienkiewicz écrit ensuite deux romans de mœurs : Sans Dogme et La Famille Połaniecki.

En , il embarque pour l'Afrique où il prend part à des parties de chasse en Afrique du Sud. De ce voyage, il écrira les Lettres d'Afrique.

A l'âge de quarante-sept ans, il se remarie, le , avec Maria Romanowska-Wołodkowicz (1874-1966), âgée de dix-neuf ans et fille adoptive d'un riche négociant d'Odessa, mais celle-ci le quitte deux semaines après le mariage. Sienkiewicz accuse alors la famille de celle-ci d'avoir comploté la chose. Le pape lui accorde l'annulation de son mariage le . En 1904, à l'âge de cinquante-huit ans, il convole en troisièmes noces avec une cousine éloignée, Maria Babska (1864-1925).

C'est en que Henryk Sienkiewicz commence à publier Quo vadis ? en feuilleton dans la Gazeta Polska, le journal pour lequel il avait travaillé plus jeune en tant que journaliste. Ce roman, qui relate la persécution des premiers chrétiens dans l'Empire romain sous Néron, est un phénomène de la littérature mondiale. Rarement un livre a atteint un tel nombre d'éditions (il est traduit dans plus de quarante langues) : en France, c'est le roman le plus vendu en 1900« Un best-seller » 1900 : « Quo vadis ? » de Maria Kosko ; Paris : J. Corti, 1961, 185 p., (cf. notice n°: FRBNF37475946 de la BnF)., et des chevaux participant à la course hippique du Grand Prix de Paris portent le nom des personnages du roman Janina Kulczycka-Saloni : [Henryk Sienkiewicz: Materiały zebrała i wstępem opatrzyła Janina Kulczycka-Saloni, 1966 Lire en ligne. Państwowe Zakłady Wydawnictw Szkołnych. . Consulté le 18 mai 2013.] ; aux États-Unis, exemplaires se vendront en huit mois. Le roman est adapté au cinéma dès 1901. Quo vadis ? vaut à son auteur le prix Nobel de littérature en 1905 et une renommée internationale. Pour éviter les journalistes et les fans importuns, Sienkiewicz doit maintenant voyager parfois incognito.

L'auteur revient ensuite à l’histoire de la Pologne avec Les Chevaliers teutoniques, publié en 1900, qui est un autre grand succès ; ce roman est considéré comme sa dernière grande œuvre. La même année, une souscription nationale est lancée en Pologne pour récolter des fonds permettant le rachat du château ancestral de son père à Oblęgorek, près de Kielce (aujourd’hui un musée).

En 1912, Sienkiewicz publie son unique roman pour la jeunesse : Au Désert et dans la brousse, traduit en français en 1934, sous le titre Le Gouffre noir, souvenir d'un voyage en Afrique effectué en 1891. Avec ses descriptions magistrales, ses scènes d'actions palpitantes et pleines d'humour et ses personnages émouvants, ce roman, devenu un classique, remporte un grand succès. Ses adaptations cinématographiques de 1971 et 2001 connaissent également un grand succès en Pologne.

Il publie encore une série de contes philosophiques. Sa dernière œuvre, parue en 1914, est le roman Les Légions sur la période de la participation des Polonais dans l'armée napoléonienne.

Sienkiewicz a souvent utilisé ses confortables revenus d'auteur pour soutenir les écrivains en difficulté. Il a récolté des fonds pour des projets d'aide sociale tels que le combat contre la famine et la construction d'un sanatorium pour les tuberculeux à Zakopane. En 1905, il est l'un des fondateurs de la Société polonaise pour l'éducation.

À la déclaration de la Première Guerre mondiale, l'écrivain est en Suisse. En 1915, lors d'une conférence à Lausanne, il fait une allocution dans laquelle il exhorte les nations civilisées à venir en aide aux populations polonaises sur la ligne du Front de l’Est. Il apporte son soutien financier à la Croix-Rouge. Jusqu’à sa mort en 1916, Sienkiewicz est à la tête du Comité Général de Suisse pour les Victimes de Guerre en Pologne (Comité de Vevey)Cf. Notice n°: FRBNF31365521. Son engagement dans une collecte de fonds internationale en faveur des terres polonaises détruites est financièrement fructueux (20 millions de francs suisses de l’époque sont envoyés à la Pologne à la fin de l’année 1919), et ses efforts pour attirer l’attention sur la « question polonaise » à l’issue de la guerre connait un écho dans les soutiens du président des États-Unis Woodrow Wilson et du pape Benoît XV.

Henryk Sienkiewicz meurt d'une embolie, le , à l'âge de 70 ans, au Grand Hôtel du Lac à Vevey, avant d’avoir pu assister à l'indépendance de la Pologne pour laquelle il a tant œuvré. Aux funérailles sont présentes des délégations officielles de la coalition Empire allemand-Autriche-Hongrie-Empire ottoman (Empires centraux) et de la Triple-Entente (France, Royaume-Uni et Russie impériale), et un discours du pape Benoît XV est lu.

Ses restes sont solennellement transférés en Pologne, alors devenue indépendante, en 1924, dans la crypte de la cathédrale Saint-Jean de Varsovie.

Œuvre littéraire En sus de son œuvre propre, Sienkiewicz écrit également des articles dans lesquels il donne son avis sur cette œuvre ainsi que sur la littérature contemporaine. Conformément à l'esprit du positivisme, il défend, dans ses premiers romans et nouvelles, la littérature réaliste avec sa représentation de la vie sociale, son message humaniste et son attachement aux nations.

Il s’intéresse à trois sujets majeurs: l'extinction de la vie patriarcale (Le Vieux Serviteur, 1875), le sort de la paysannerie (Esquisse au fusain, 1877 ; Janko le musicien, 1879, et autres) et les États-Unis (Pour le pain). Il critique le décadentisme et le naturalismeHenryk Markiewicz : Sienkiewicz, Henryk Adam Aleksander Pius, Polski Słownik Biograficzny, vol. XXXVII, 1997, ., notamment dans O naturaliźmie w powieści ( Sur le naturalisme dans le roman, 1881). Pour lui, la littérature doit aider le lecteur : l'écrivain, dit-il, doit toujours se demander si « au lieu de pain, il n'a pas procuré du poison ». Il est, à ce sujet, très critique du roman français naturaliste, visant en particulier Émile ZolaCf. sa Lettre sur Zola, Extrait de la Revue hebdomadaire, février 1902 (Notice n°: FRBNF38668220 de la BnF) qui en est l'un de ses plus illustres représentants. Il dénonce la complaisance dans la description de situations trop noires ne rendant pas suffisamment compte de la beauté de la vie : « L'analyse ! On analyse au nom de la vérité qui doit être dite, mais on analyse le mal, la saleté, la pourriture humaine et la laideur ». Il s'agit-là selon lui d'une « propension maladive à la pourriture » qui fait de l'écrivain français « un commis voyageur en pourriture »Daniel Beauvois, Prologue de Quo Vadis, Éditions GF Flammarion, Paris, 2005. Plus tard, au début des années 1900, Sienkiewicz éprouve une hostilité (qui est réciproque) envers Jeune Pologne, un mouvement littéraire moderniste.