L’histoire de la Namibie se divise en plusieurs époques très distinctes. La Namibie est le troisième pays le plus jeune d'Afrique après l'indépendance de l'Érythrée en 1993 et du Soudan du Sud en 2011, la Namibie est indépendante depuis 1990.
Autrefois « terre sans nom », baptisée Deutsch-Südwestafrika à partir de la colonisation allemande en 1884, ce territoire a été administré par le dominion de l'Union d'Afrique du Sud de 1915 à 1961, puis fut placé sous la tutelle de la république d'Afrique du Sud jusqu'en 1990.
De la préhistoire au
Premiers habitants Il y a peu de traces des premiers habitants de Namibie. La découverte en 1991 dans les monts Otavi de la mâchoire d'un grand singe du miocène moyen, l'Otavipithecus (qui n'est pas un hominidé au sens strict), de fragments d'os crânien, de vertèbres, d'outils et d'armes de l'âge de la pierre atteste d'une présence ancienne humaine et pré-humaine dans cette région d'Afrique australeChristian Bader, La Namibie, chap. Les premiers habitants, Karthala, 1997, 35 à 56..
C'est dans cette actuelle Namibie que l'on trouve également les traces les plus anciennes d'art rupestre du continent africain. Datant de , elles sont attribuées à des populations nomades dont les Bochimans ou San) seraient les descendants directs. De ce fait, les bushmen/bochimans sont considérés comme les plus anciens habitants de l'Afrique du Sud-OuestChristian Bader, bien que d'autres découvertes d'art pariétal attestent de la présence de populations antérieures non encore déterminées. On dénombrait environ bushmen en 1955 sur le territoire namibien et un peu plus de à la fin du (2 % de la population).
Immigrations khoisans (IXe) et bantoues (XVIe) (900c-1500c)
Les immigrations successives en provenance d'Afrique centrale peuplent très progressivement le territoire.
Au début du , le territoire est également peuplé de Namas (5 % de la population à la fin du Christian Bader, ), arrivés par l'est plus tôt, et de Damaras (8,2 % de la population namibienne à la fin du Christian Bader, 52 à 55), originaires du Soudan actuel.
Bien que plus grands et plus foncés de peau, les Namas sont des Khoïsan partageant avec les Bushmen 33 % de leur vocabulaire. Installés à la hauteur de la rivière Swakop et dans la région du grand Namaqualand, c'est un peuple d'éleveurs, divisé en clans, qui se désigne comme le peuple des vrais hommes (Khoe-Khoe) et connu également sous le terme de « Khoïkhoïs ou Hottentot ». On sait peu de choses des contacts qu'ils entretenaient avec leurs voisins avant le Christian Bader, .
Les Damaras (également appelés Berg Damara) sont pour leur part un peuple de chasseurs-cueilleurs, aux origines encore peu connues, vivant dans les montagnes peu hospitalières du nord-ouest. Réduits un temps en esclavage par les Namas, ils seront par la suite asservis par les Héréros. Plus grands et plus foncés, les Damaras sont assimilés aux peuples khoïsans bien que descendant d'un peuple bantou ou pré-bantou, arrivé dans le nord de l'actuel Namibie, avant même que les Namas aient atteint les rivages de la Swakop.
Vers 1550, originaires de la région des grands lacs ou de l'Afrique orientale, les peuples bantous (Ovambos, Kavangos et Héréros) arrivent dans le nord de l'actuelle Namibie Christian Bader, La Namibie, Karthala, . Ils vont constituer la majorité du peuple namibien (75 % de la population namibienne à la fin du ). Lors de leurs installations, ces premiers groupes bantous se confrontent aux Sans qui parviennent à les soumettre à leur autorité durant à peu près une centaine d'années. Le nombre sans cesse croissant de Bantous met cependant un terme à la domination des San qui sont progressivement défaits, dispersés ou asservis. De ces groupes bantous, les Ovambos deviendront la population la plus importante, constituant même la moitié de la population namibienne à la fin du . Établis principalement dans le Nord, les Ovambos se consacrent principalement à l'agriculture. Arrivés par le nord-est, ils auraient séjourné autour de l'Okavango avant d'être chassés par les pressions exercées notamment par le Royaume Lunda du Katanga et de se disperser entre les actuels territoires namibiens et angolais. Dans le courant du , les tribus ovambos se constituent en royaume. Les guerres deviendront incessantes entre les royaumes tribaux que ce soit pour des raisons économiques ou dynastiques. Les vaincus sont parfois réduits en esclavage, alimentant le large trafic qui sévit jusqu'au dans cette région de l'Afrique.
Les Héréros (ce qui signifie « résolus » ou « impétueux ») se consacrent pour leur part à l'élevage. Originaires également de la région des grands lacs, leurs caractéristiques ethniques, culturelles et sociales évoquent celles des nomades de la Corne de l'Afrique. Convertis au matriarcat après leur installation dans le sud-ouest de l'Afrique australe, ils seraient arrivés en remontant le fleuve Zambèze dans les plaines du nord du lac salé d'Etosha, en même temps que les Ovambos, avant de s'établir parmi les Tswanas puis de s'éparpiller jusque dans l'actuelle Angola. Refoulés par les Ovambos, ils s'installent finalement dans les régions montagneuses du Kaokoveld.
D'autres minorités bantoues s'installent progressivement dans l'actuelle Namibie, notamment après avoir longé l'Okavango tels les Kavangos (9,7 % de la population à la fin du ) ou les TswanasChristian Bader, 76 et. s.
Premiers explorateurs européens (1486-1800c)
En 1486, le navigateur portugais Diego Cão débarque près de l'actuel Henties Bays (à Cape Cross) où il fait dresser une croix haute de deux mètresChristian Bader, 84 à 88.. Après avoir atteint la baie des baleines (Walvis Bay), Bartolomeu Dias mouille son navire à Angra Pequena (Dias Point) le avant de poursuivre en 1488 vers le cap de Bonne-Espérance. Néanmoins, l'inhospitalier désert du Namib et le désert du Kalahari constituent une formidable barrière au peuplement du territoire et à l'exploration européenne en provenance des mers. En 1589, Andrew Battels, un déserteur anglais recruté comme soldat en Angola, est le premier blanc à voir l'intérieur du territoire de l'actuelle Namibie où il erre pendant six mois parmi les Ovambos dans le futur Ovamboland (au nord) qu'il fut le premier à décrire par écrit.
Le territoire commence à être exploré par les Européens au .
En 1750, Jacobus Coetse, un chasseur d'éléphants du Cap, est le premier Africain d'origine européenne à traverser le fleuve Orange, ouvrant ainsi la voie aux chasseurs, aux explorateurs et aux missionnaires.
À partir des années 1760, des aventuriers et explorateurs comme les frères Van Reenen franchissent à leur tour le fleuve Orange. Le Français François Levaillant (1753-1824) effectue plusieurs expéditions mais personne ne songe à s'installer durablement dans la régionChristian Bader, .
Les premiers contacts commerciaux ont lieu avec les peuples nomades namas. Le négoce devient assez important pour que Walvis Bay, Angra Pequena et l'île de Halifax soient revendiqués par le gouverneur de la colonie du Cap au nom de la couronne néerlandaise. En 1793, les Hollandais prennent possession de Walvis Bay (Walvisbaai en afrikaans)Christian Bader, . Deux ans plus tard, les Britanniques annexent le Cap, prennent possession de Walvis Bay et revendiquent le littoral de l'Afrique du Sud-Ouest, nom sous lequel la région commence à être désignée.
Métis, missionnaires, pionniers (1800-1884) À partir des années 1800, les Anglais de la London Mission Society, les missionnaires luthériens, les méthodistes allemands et finlandais commencent à explorer le Sud-Ouest africain et à construire écoles et missions. Le premier établissement est érigé à Warmbad en 1805. Dans leur sillage suivent les clans Oorlams, les marchands et les chasseurs. Tout au long du , les tribus du nord (Ovambos, Kavangos, Capriviens) restent cependant relativement isolées et les contacts avec les autres tribus, les explorateurs et les missionnaires demeurent rares voire conflictuels.
Domination des métis Oorlams (1824-)
À partir des années 1824, les Oorlams (« Hottentots coloniaux » ou petits Namas) — des métis de Namas et d'Afrikaners — qui fuyaient les lois discriminatoires de la colonie du Cap et l'expansionnisme des colons européens émigrent dans le centre de l'actuelle Namibie et se rendent maîtres de la région située entre le fleuve Orange et la Swakop, chassant les quelques missionnaires allemands de la régionChristian Bader, La Namibie, Karthala, . Sous la conduite de Jonker Afrikaner, la tribu nama des Oorlam s'établit en 1840 au lieu appelé //Ai-//Gams/ par les Namas et Otjomuise par les Héréros. Le lieu est rebaptisé Winterhoek (« le coin de l'hiver »). Forts de leur organisation en commando militaire inspiré des Boers d'Afrique du Sud, ils n'ont guère de difficultés à s'imposer aux grands Namas, aux Héréros et aux Damaras (réduits en esclavage ). En 1842, des missionnaires allemands, Hugo Hahn et Heinrich Kleinschmidt, s'établissent également à Winterhoek. Ces derniers forcent les Héréros à conclure une paix inégale avec les Oorlams. La pénétration des terres est ensuite facilitée avec la construction de la route de la baie en 1843 par Jonker Afrikaner entre Winterhoek et Walvis BayChristian Bader, infra, . Il impose alors un monopole commercial aux marchands à travers de lucratifs courtages faisant des Oorlams des intermédiaires obligatoires avec les autres tribus.
En 1850, le conflit est de nouveau ouvert avec les Héréros qui sont réduits à l'état de vassaux. Ces derniers s'allient alors aux grands Namas. En 1858 pourtant, la suzeraineté de Jonker Afrikaner est réaffirmée par un traité. Dans les années qui suivent, les Oorlams poussent leurs expéditions jusqu'en territoire Ovambo au nord. Mais après la mort en 1861 de Jonker Afrikaner, la coalition des Héréros et des Namas, armée par des marchands suédois, finit par venir à bout des Oorlams, tuant Christiaan Afrikaner, le successeur de son père. C'est en 1870 que la paix est enfin signée entre les Héréros du chef Maharero et Jan Jonker Afrikaner, le fils cadet de Jonker, consacrant la suprématie des Héréros.
En 1872, les Basters de Rehoboth, descendants de colons néerlandais et de femmes africaines de la colonie du Cap, s'établissent à Rehoboth dans le centre du Sud-Ouest africain où ils fondent une petite république libreChristian Bader, infra, .
Odyssée des Dorslandtrekkers (1870)
En 1870, la population de descendance européenne au nord du fleuve Orange et au sud du fleuve Kunene comporte cent trente-sept hommes et une dizaine de femmes et enfantsChristian Bader, 88 à 91..
Entre 1874 et 1892, quatre convois en provenance de la république sud-africaine du Transvaal amènent des immigrants Boers en quête de terre promise. Ils sont appelés les Dorslandtrekkers (« ceux qui voyagent au pays de la soif ») après leur traversée du désert du Kalahari. Leur épopée les conduit en pays héréros, au pied des montagnes du Waterberg, puis au bord de l'Okavango.
Décimés par les fièvres et la soif, les premiers de ces pionniers se joignent à William Worthington Jordaan, chasseur d'éléphants et journaliste métis du Cap, qui conta leur épopée. Sous sa conduite, ces Boers longent le lac salé d'Etosha, contournent le pays Ovambo et atteignent l'Angola en 1880 où cinquante-cinq familles s'établissent dans la région fertile de Sa da Bandeira (ils obtinrent par la suite la nationalité portugaise). Si les Dorslandtrekkers ne jouent qu'un rôle mineur dans la colonisation du territoire, ils introduisent au nord du fleuve Swakop la langue afrikaans appelée à devenir la lingua franca de Namibie.
En 1878, le Royaume-Uni annexe Walvis Bay à la colonie du CapChristian Bader, . Walvis Bay est pourtant située en plein cœur du Namib mais c'est le seul site en eau profonde où un port peut être construit.