thumb|La principauté de Catalogne en 1608 ou 1612. Le territoire actuel de la Catalogne a été articulé politiquement à travers les comtés établis par l'Empire carolingien entre le et le sous l'autorité de la maison de Barcelone. Au , le comté de Barcelone est devenu progressivement indépendant de la domination franque. En 1137, Raimond-Bérenger IV, comte de Barcelone fiancé à l'héritière du royaume d'Aragon, Pétronille, établissant l'union dynastique de Barcelone avec Aragon, la couronne d'Aragon, tandis que le comté de Barcelone et les autres comtés catalans devient progressivement un État à la fin du Moyen Âge, la principauté de Catalogne, avec ses institutions comme les Corts, son droit compilé dans les Usatges, constitutions et autres droits, ou encore sa langue, le catalan, qui se constitue en langue administrative, juridique et littéraire à partir du . Par le système politique de monarchie pactiste, la Catalogne conserve ses spécificités institutionnelles, coutumières et juridictionnelles au sein de la couronne d'Aragon puis de la monarchie d'Espagne, jusqu'aux décrets de Nueva Planta de 1716 et l'imposition de l'absolutisme.
Après le mouvement de renouveau de la langue et de la culture catalanes de la Renaixença dans la deuxième moitié du , le nationalisme catalan ou « catalanisme » se structure idéologiquement à la fin du , tandis que la Catalogne est l'une des rares régions d'Espagne à connaître alors une importante révolution industrielle. De même, le mouvement artistique du modernisme témoigne de l'ouverture sur l'Europe ainsi que du nouveau rayonnement culturel que connaît ce territoire.
Au , la Catalogne a gagné et a perdu des degrés variables d'autonomie. La Deuxième république espagnole a établi l'autonomie politique de la Catalogne et l'usage officiel de la langue catalane. Comme d'autres parties de l'Espagne, la Catalogne s'est battue pour défendre la République dans la guerre civile dévastatrice de 1936-1939. Avec la défaite de la République par les forces de droite de Francisco Franco, les autonomies ont été supprimées. Avec l'Espagne dévastée et coupée du commerce international et de la politique autarcique du régime, la Catalogne, en tant que centre commercial et industriel, a ponctuellement souffert et la reprise économique était très lente. Entre 1959 et 1974, l'Espagne a connu la deuxième expansion économique la plus rapide au monde appelé le Miracle espagnol et la Catalogne a prospéré considérablement en tant que destination touristique et industrielle la plus importante d'Espagne. En 1975 Franco meurt, mettant fin à son régime dictatorial, la nouvelle constitution espagnole démocratique de 1978 reconnaît l'autonomie et la langue de la Catalogne. Il a regagné une autonomie considérable dans les affaires intérieures et est maintenant l'une des communautés les plus économiquement dynamiques de l'Espagne. Dans les années 2010, il y a eu des appels croissants pour l'indépendance de la Catalogne.
Préhistoire vignette|Les danseurs de Cogul, dans l'actuelle province de Lleida, est l'une des œuvres les plus représentatives d'art levantin. L'homme de Tautavel est un Homo heidelbergensis qui vivait il y a 300 000 à 450 000 ans (Pléistocène moyen). Il est connu par des fossiles découverts à partir de 1971 par l'équipe d'Henry de Lumley dans la Caune de l'Arago à Tautavel (commune française des Pyrénées-Orientales). L'industrie lithique associée est typique du Paléolithique inférieur européen.
Le peuplement du territoire actuel de la Catalogne est également attesté au Paléolithique moyen. Une mandibule de prénéandertalien d'environ a été mise au jour à Banyoles. Parmi les gisements les plus importants de cette période, il convient de citer celui des grottes de Mollet (Serinyà, Pla de l'Estany), du Cau del Duc, dans le massif du Montgrí, le gisement de Forn d’en Sugranyes (Reus) et les abris Romaní et Agut (Capellades). Pour le Paléolithique supérieur, les sites les plus importants sont ceux du Reclau Viver, la grotte de l'Arbreda et la Bora Gran d’en Carreres, à Serinyà, ou le Cau de les Goges, à Sant Julià de Ramis.
Pour l'Épipaléolithique et le Mésolithique, d'importants gisements se sont conservés, la plupart datés entre et av. J.-C., comme Sant Gregori (Falset) et el Filador (Margalef de Montsant).
Le Néolithique débute en terres catalanes environ av. J.-C., même si le degré de sédentarisation était nettement inférieur à celui d'autres régions ; en effet, l'abondance de zones boisées permit de maintenir un rôle majeur à la chasse et à la cueillette au sein des activités de subsistance. Les principaux gisements néolithiques de Catalogne sont la grotte de Fontmajor (l'Espluga de Francolí), la grotte de Toll (Morà), les grottes Gran et Freda (Montserrat) et les abris de Cogul et Ulldecona.
Le Chalcolithique (ou Énéolithique) de Catalogne est daté entre et av. J.-C., et correspond à la production des premiers objets en cuivre.L'âge du bronze est daté dans la région de à 700 av. J.-C. et a livré peu de restes, à l'exception de la zone du Baix Segre. Cette période correspond à l'arrivée des peuples indo-européens, par flux migratoires successifs à partir de av. J.-C., et responsables des premiers habitats de structure proto-urbaine. À partir du milieu du , le territoire catalan entre dans l'âge du fer.
Antiquité Le littoral catalan reçoit de nombreuses colonies grecques, parmi lesquelles on peut citer Empúries (Emporion, "marché") ou Roses (Rhodos, "l'île de Rhodes").
Période pré-romaine
thumb|droite|Vestiges de l'enceinte d'une ancienne cité ibérique à Ullastret (Baix Empordà, Gérone). À l'époque pré-romaine, le territoire de Catalogne, comme le reste de la partie méditerranéenne de la péninsule, a été peuplé par les Ibères. D'après les éléments livrés par l'archéologie et les recherches les plus récentes, il semble falloir abandonner l'idée, longtemps défendue par l'historiographie, que les Ibères soient un peuple migrateur venu d'Afrique, mais qu'ils soient le fruit d'apports de population différentes (notamment indo-européennes) ayant fini par développer une culture commune. Les Ibères connaissent un développement qui prend sa source au début du et se termine avec la conquête romaine dans le courant du Pierre JACOB, Les villes de la façade méditerranéenne de la péninsule Ibérique du avant J.-C. au après J.-C. Processus d'urbanisation et structures urbaines. Thèse d'État, université des sciences humaines de Strasbourg, Diffusion ANRT, Lille, 2004. ..
En réalité, c'est seulement à partir du que les régions du Nord de l'Ibérie, et surtout la région de la basse vallée de l'Èbre, commencent à prendre plus de visibilité sur le Sud, jusque-là favorisé par ses activités minières et ses relations commerciales avec les peuples puniques. Cette région septentrionale, comprenant l'actuel territoire de la Catalogne, jusque-là d'un caractère plutôt agricole en regard des territoires du Sud, miniers, connaît alors un développement singulier, avec le développement d'une civilisation proto-urbaine, l'entrée dans l'âge du fer et l'invention d'une écriture. Certaines agglomérations deviennent des cités importantes, notamment Ilerda (Lérida) à l'intérieur des terres, Biscargis (à l'emplacement inconnu mais situé au sud de la Catalogne actuelle ou au nord de la Communauté valencienne), Hibera (peut-être Tortosa) ou Indika (Ullastret). Les Ibères de cette région (dont les principaux peuples sont les Ilergetes, les Indigetes, les Lacétans ou les Cerretains) entretiennent également des relations avec les peuples du Nord de la Mer Méditerranée : Gaulois, Grecs, et plus tard Romains. Des colonies marchandes côtières ont été établies par les anciens grecs qui se sont installés à Emporion (Empúries) et à Roses.
Romanisation
Après la défaite des Carthaginois face à la République romaine en , ce territoire est devenu la première région ibérique à passer sous domination romaine en intégrant l'Hispanie, la partie occidentale de l'Empire romain. Tarraco (Tarragone) était l'une des plus importantes cités romaines en Hispanie, et la capitale de la province de Tarraconaise (ou Hispanie citérieure). Les autres cités importantes de la période romaine dans cette région sont Ilerda (Lérida), Dertosa (Tortosa), Gerunda (Gérone) ainsi que les ports d'Empuriæ (ancienne Emporion) et Barcino (Barcelone). Il s'agit de l'une des premières parties de l'Empire à se romaniser, entre le et le Jean-Marie André, Hispanité et romanité, Madrid, Casa de Velázquez, 194 p. .. Comme pour le reste de l'Hispanie, le droit latin est accordé à l'ensemble des cités sous le règne de Vespasien (69-79), tandis que la citoyenneté romaine est accordée à tous les hommes libres de l'Empire par l'édit de Caracalla en 212 (Tarraco, la métropole, était déjà une colonie de droit romain depuis ). C'est une province riche, agricole (huile d'olive, vigne, blé), tandis que la période de la République puis du Haut-Empire romain correspond à la construction de routes (dont la plus importante reste la Via Augusta, parallèle au littoral méditerranéen) et d'infrastructures pour l'irrigation.
vignette|gauche|Cimetière paléochrétien de Tarragone. Au Bas-Empire, les provinces sont réorganisées en 293 et la Tarraconaise réduite au nord-est de la péninsule, correspondant à un territoire légèrement plus vaste que l'actuelle Catalogne. La christianisation, commencée de manière attestée au , est achevée au . De plus, il s'agit du seul territoire hispanique à rester sous contrôle romain et à ne pas passer sous la domination des Vandales, des Suèves et des Alains au , bien que les principales cités y aient subi des pillages fréquents qui provoquent une certaine désurbanisation (à commencer par le déclin de Tarraco ou la destruction d'Empuriæ). Un repli défensif s'opère vers les grands domaines latifundiaires de la vallée de l'Èbre ou vers les montagnes. C'est l'installation dans cette région d'un peuple barbare fédéré à Rome, les Wisigoths, qui contribue au maintien d'une certaine stabilité.
Moyen Âge
Période wisigothique Après la chute de l'Empire romain d'Occident, la région est l'un des principaux foyers d'installation des Wisigoths et l'un des points de départ de leur conquête d'une grande partie du reste de la péninsule ibérique. Ils contribuent à ramener une stabilité et un essor économique, ainsi qu'au développement de nouveaux centres urbains qui existaient déjà à l'époque romaine mais qui étaient jusque-là d'importance secondaire, à commencer par Barcino (Barcelone).
Étymologie de la Catalogne Au , les Wisigoths s'emparèrent de cette région, ce qui, selon certains historiens, expliquerait l'origine du mot Catalunya comme venant de Gothalonia (ce qui signifie « pays — ou Land en allemand — des Goths »). Une autre hypothèse qui semble aujourd'hui plus crédible, qui fait découler Catalunya du pays des castlans, des habitants des châteaux, comme semble le prouver l'usage dans le Languedoc du du même mot latin cathalani pour parler des Catalans et des castlans. Ainsi le nom de Catalogne viendrait de son dense réseau castral édifié face aux maures d'al-Andalus, de la même manière que la Castille.
Période musulmane
vignette|Conquête musulmane de 711 à 718 La région fut ensuite conquise par les Arabes en 714. Un gouverneur régional est nommé pour administrer la province et est devenu une partie d'al-Andalus, une province du Califat omeyyade.