thumb|Monnaie d'un solidus et demi de Constantin, 327, Thessalonique.

Le solidus (au pluriel solidi) est la monnaie romaine d'or au début du . Cette monnaie, remplaçant laureus, connait une exceptionnelle stabilité qu'elle conserve à Byzance jusqu'au et devient la base du système monétaire du Bas Empire puis de l'Empire byzantin.

Le nom du solidus évolue au fil des siècles en français vers les mots sol et sou.

Origine du solidus Composé de d'or fin, le solidus est créé par Constantin pour financer son armée et ses guerres civiles. Il remplace officieusement l'aureus frappé par l'empereur Dioclétien correspondant à 1/60 de livre romaine, soit , et devient la nouvelle unité de compte de l'Empire au détriment du denarius d'argentLucien Jerphagnon, Les Divins Césars, Paris, Pluriel Fayard, 2007, p. 325..

Cette monnaie est frappée pour la première fois à l'atelier de Trèves vers 309 ou 310 avec une première diminution de poids, puis après la victoire sur Maxence en 312 par les ateliers monétaires d'Italie, avec un poids de nouveau diminué à 1/72 de livre, soit , et parfois une marque LXXII précisant ce poids. En même temps, les émissions de l'aureus de cessent en 313.

Par la suite Constantin put maintenir le poids du solidus à 1/72 de livre en récupérant en 324 le trésor de guerre de son adversaire Licinius, puis en 331 par les confiscations de métal précieux conservé dans les temples. Enfin, pour réalimenter son stock d'or de façon plus régulière et assurer ses dépenses considérables, Constantin dut créer de nouveaux impôts, payables pour la plupart en or : le chrysargyre (en grec, or et argent), levé tous les quatre ans sur les commerçants et les artisans l'or coronaire (aurum coronarium), dû par les décurions des cités l'or oblatice (aurum oblaticium, or offert), contribution imposée aux sénateurs

Outre l'émission régulière de solidus, des multiples d'un solidus et demi, deux solidi, voire plus, sont frappés en nombre limité pour commémorer des événements tels que les anniversaires impériaux, des nominations de hauts fonctionnaires, ou pour des cadeaux. Certaines frappes atteignent plusieurs centaines de grammes d'or, mais il ne s'agit alors plus d'objets destinés à la circulation mais de médailles que l'on thésaurise.

Consolidation du solidus vignette| Solidus de Valens, revers avec la marque OB certifiant le titre en or pur. La production de solidi, ralentie après le recyclage des trésors de Licinius, reprend à partir de 340 grâce à un nouvel afflux d'or en provenance de nouveaux gisements caractérisés par leurs impuretés de platine, exploités jusque vers 390.

La garantie du poids du solidus est économiquement nécessaire, mais elle est menacée par l'usure naturelle des pièces causée par leur circulation, et aussi par les fraudes au limage ou au rognage, consistant à prélever un peu d'or sur chaque pièce. L'empereur Julien instaure en 363 des fonctionnaires contrôleurs dans chaque grande ville de l'Empire chargés de vérifier le poids des solidi et d'arbitrer les conflits entre vendeurs et acheteurs de solidiCode Théodosien, 12, 7, 2. Les contrôleurs procédaient avec des poids ou des petites balances calibrés à . Cette mesure est maintenue par ses successeurs les Valentiniens.

En 368, et Valens renforcent la valeur du solidus en faisant passer le titre en métal précieux de 95 % à plus de 99 %, garanti par la marque OB (pour obryziacus, en or pur) au revers des monnaies.

Sous Théodose, la création du demi solidus, dit semissis, et surtout du tiers de solidus, ou trémissis ( d'or), abondamment frappé, rend l'or plus accessible pour les particuliers et augmente encore sa diffusion dans les circuits économiques.

Prépondérance du solidus Unique monnaie stable d'un système monétaire où les poids des monnaies d'argent et de bronze fluctuaient fréquemment, généralement à la baisse, et diffusé dans tout l'Empire romain, le solidus est le seul moyen d'exprimer les dettes et les prix en se protégeant des dépréciations. Georges Depeyrot le résume ainsi :

L'or devient la référence pour le système fiscal et les dépenses impériales. Les taxes s'expriment en solidi, et parfois en fraction de solidus. Les amendes, connues par le Code Théodosien, ne s'expriment plus qu'en or à partir de 360 environ. Les dépenses militaires, les soldes régulières et les gratifications exceptionnelles (donativa) se règlent en solidi (d'où le nom « solde »).

Par le biais de l'impôt, les solidi revenaient dans les caisses de l’État, pour être refondus en lingots, ce qui permettait un comptage au poids, puis re-frappées. Les solidi émis servant à la solde de troupes, et partant de l'évaluation des effectifs de l'armée dans la seconde moitié du , la production annuelle de solidi est estimée entre 1 et de pièces, et vraisemblablement davantage à l'occasion des grandes mobilisations militaires lors des conflits.

Le solidus dans l'Antiquité tardive thumb|Solidus au nom de Libius Severus (461-466), frappe wisigothique, marque d'atelier R A CONOB. Ref RIC X 3755Crédit : www.cngcoins.com.. vignette|Solidus à la victoire au nom de Anastase (491-518), frappé sous Clovis. En 395, la dernière séparation de l'empire entre Occident et Orient ne change pas l'unité du système monétaire, les solidi frappés à Constantinople circulent en Occident. Dans l'empire d'Orient, le nom grec de la monnaie est dès son origine le nomisma, nom qui perdure tandis que l'usage officiel du latin disparaît, mais les numismates continuent de désigner le type par le nom latin solidus pour ses productions jusqu'au , époque de sa dévaluation.

La situation est plus complexe dans l'empire d'Occident après les Grandes invasions : dans le réduit romain, les ateliers monétaires impériaux de Ravenne, de Milan, de Rome et parfois d'Arles continuent d'émettre des solidi à l'effigie des empereurs, jusqu'à Romulus Augustule en 476, tandis que les peuples germaniques installés comme fédérés dans les provinces périphériques frappent à leur tour des solidi, également au nom de l'empereur en titre, mais avec des marques d'ateliers fictives. Ainsi, à partir de la fin du règne de vers 450, le royaume wisigoth de Toulouse émet des solidi de poids moindre, l'éphémère royaume suève d'Espagne des tiers de solidi, puis les Burgondes font de même..

Après la fin politique de l'empire d'Occident, marquée par la destitution de Romulus Augustule en 476, le solidus a toujours cours. Il est imité par les rois barbares, en particulier les MérovingiensUn sou d'or mérovingien, à la tête de Magnence, datant du sur Gallica., quoique le plus souvent sous forme de « tiers de sou » (tremissis)Les monnaies des rois Mérovingiens.. Il est employé comme unité de compte pour les amendes du wergeld, droit germanique qui établit les indemnités financières pour les atteintes à la personne.

Évolution du solidus byzantin

Après les reconquêtes de Justinien en Afrique et en Italie, des ateliers monétaires reprennent les émissions de solidi à Syracuse et à Carthage, avec le même alliage et le même poids que les solidi émis à Constantinople, mais avec une forme géométrique différente. Au à l'atelier de Carthage, les solidi frappés sont de plus en plus épais. D'un poids égal, ils ont un diamètre moindre, prenant la forme dite du solidus globulaire. Cette évolution locale de la fabrication pourrait s'expliquer par la moindre force nécessaire à la frappe et l'absence de préparation préalable du flan, qui a pour conséquence une usure moins rapide des coins monétaires et une productivité accrue de l'atelier.

L'atelier de Syracuse fonctionne plus longtemps que celui de Carthage, de 650 à 870, Entre 650 et 690, la masse du solidus syracusain baisse, son diamètre diminue tandis que l'épaisseur reste la même que pour le solidus de Constantinople. L'atelier de Syracuse opère une première dévaluation du solidus vers 700 qui passe le titre de la monnaie de 93 % d'or à 67 % par addition d'argent, pour ensuite se stabiliser à un titre entre 80 % et 85 %. Une seconde dévaluation sous Michel III (842-867) et (867-886) fait tomber le titre d'or à 27 % principalement remplacé par du cuivre. Ces alliages dévalués étant plus durs et plus difficiles à frapper, l'épaisseur du solidus de Syracuse augmente et son diamètre diminue.

Les premiers dinars omeyyades sont frappés en 696 en s'inspirant du solidus byzantin, entre autres ceux fabriqués sous Héraclius Adam Abdullah, « The Islamic Monetary System: Diar and Dirham », in: International Journal of Islamic Economics and Finance Studies, avril 2020, 6(1), - lire en ligne..

Postérité du solidus Le nom est à l'origine des appellations sol et, plus près de nous, sou, et également du solde comptable et en économie, de la solde et du soldat via l'italien soldoDictionnaire de la langue française, Larousse-Bordas, 1999.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

, s. v. « Solidus » ; Michel Amandry (dir.), Dictionnaire de numismatique, Paris, 2001 ().

Cohen Henry, Description Historique des monnaies frappées sous l'Empire Romain, deuxième édition, Paris, 1880-1892. Lien vers l'ouvrage Mommsen Theodor, Histoire de la monnaie romaine, traduction par Le duc de Blacas, Tome I, II, III et IV. Tome I Tome III Tome IV

Articles . Georges Depeyrot, « Le trésor de Dortmund et les solidi milanais COM et COMOB : l'apport de la mesure », Histoire & Mesure, 1986 volume 1 - n°3-4. Varia. p. 229-238

Articles connexes Monnaie romaine Ateliers monétaires romains Aureus Nomisma Sou Antiquité tardive Glossaire de la numismatique

Liens externes Tous les détails sur les monnaies d'or romaines Exposition numismatique en ligne: "This round gold is but the image of the rounder globe (H. Melville). La fascination de l'or dans les monnaies antiques

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