Héliogabale ou Élagabal (en latin : ou ), probablement né en 204 à Émèse (province de Syrie-Phénicie) et mort assassiné entre le 11 et le à Rome, est un empereur romain de la dynastie des Sévères, régnant du à sa mort. Connu comme Bassien () dans son enfance, il prend le nom de règne d'Antonin () à son accession au trône.
Héliogabale est issu des Sampsigéramides, dynastie des rois-prêtres d’Émèse, État client de Rome dans la province de Syrie. Il est grand-prêtre du dieu solaire Élagabal, dont le nom servira d'épithète moqueuse envers l'empereur. En 187, sa grand-tante Julie Domne épouse l'empereur Septime Sévère. Leur fils Caracalla devient empereur à la mort de son père en 211, puis est assassiné en 217, près de Carrhes. Macrin, préfet du prétoire, est proclamé empereur par l'armée. Julie Mèse, sœur de Julie Domne, organise une révolte pendant laquelle elle fait passer son petit-fils Héliogabale pour un fils illégitime de Caracalla. En 218, Macrin est vaincu et le jeune Héliogabale devenu empereur fait son entrée à Rome en 219.
Malgré les tentatives de Mèse pour influencer son petit-fils, Héliogabale entend être indépendant et impose un hénothéisme en l’honneur d’Élagabal. Le Sénat et le peuple romain acceptent mal l’importation de cette divinité étrangère, ainsi que les coutumes orientales, le favoritisme outrancier et les scandales répétés du nouvel empereur. En 221, après plusieurs mariages infructueux, Mèse pousse prudemment Héliogabale à adopter et faire césar son cousin Sévère Alexandre, qui est plus populaire et plus romanisé que lui. Jaloux, l'empereur tente plusieurs fois de le faire assassiner. La vigilance de Julie Mamée, mère d’Alexandre, et la menace de la garde prétorienne le poussent à renoncer temporairement. En 222, c'est l’empereur avec sa mère, Julie Soémias, que les prétoriens assassinent. Exécrés par tous, leurs corps sont jetés dans le Tibre et Sévère Alexandre est acclamé comme nouvel empereur. Par la suite, plusieurs mesures d'Héliogabale sont annulées et le Sénat vote sa .
L'historiographie traditionnelle est hostile à Héliogabale, décrivant un prince cruel et débauché, n’écoutant que ses favoris et sa mère. À partir du , il inspire plusieurs artistes qui perpétuent l’image d'un empereur décadent et cultivant l’androgynie. Il est aussi un sujet d'étude historique sur l'identité de genre étant donné ses mœurs et orientations sexuelles. La critique historique continue d’entretenir la légende noire héliogabalienne, notamment en raison de préjugés racistes et homophobes, malgré quelques examens de sa psychologie. Les premières analyses nuançant véritablement l'image du prêtre-empereur émergent au début du .
Sources biographiques La vie d'Héliogabale est connue par deux ouvrages contemporains de langue grecque, lHistoire romaine de Dion Cassius, membre de l'élite sénatoriale, et l'Histoire des empereurs romains de Marc Aurèle à d'Hérodien, affranchi ou fils d'affranchi. Héliogabale est présenté comme un mauvais empereur, Dion étant le plus hostile des deux biographes.
Ces ouvrages sont complétés par la , « Vie d'Héliogabale Antonin » prétendument écrite au par un dénommé Lampride, contemporain de Constantin le Grand. Cette biographie et celles d'autres empereurs ou usurpateurs, écrites par différents auteurs et à différentes époques, auraient été compilées en un seul ouvrage, lHistoire Auguste. Cependant, il s’agit de l'œuvre d’un anonyme latin du , basée sur des sources antérieures et pleine d’anecdotes à la véracité contestable.
Origines
Parentèle
Lucius Septime Sévère est issu des Septimes, une opulente et notable ; il est d’origine lepcitaine par son père et italienne par sa mère. Le jeune chevalier progresse rapidement dans le , devenant commandant en chef de l’armée de Pannonie. Après l’assassinat de Commode en 192 par ses favoris, Sévère prête allégeance au consul Pertinax, qui est exécuté par la garde prétorienne. Le sénateur Dide Julien prend le pouvoir, mais les légions d’Orient sont levées par Pescennius Niger, avec qui Sévère fut consul en 190. Poussé par ses proches, celui-ci se proclame empereur et marche droit sur Rome. Niger, resté à Antioche-sur-l'Oronte, est vaincu à la bataille d'Issos (194). Sévère réforme la garde prétorienne et se montre généreux avec l’armée. Il prétend être un Antonin en se proclamant , « fils du divin Marc [Aurèle] [et] frère du divin Commode».
En 187, Sévère épouse en secondes noces Julie Domne, qui accouche de Caracalla (188) et de Gète (189). Elle est issue des Sampsigéramides, une dynastie gouvernant sur le territoire de l'ancien royaume d’Émèse, dans la province romaine de Syrie. Elle est la fille aînée de Jules Bassien, grand-prêtre du dieu Élagabal. Julie Mèse, la cadette, est mariée à Caius Julius Avitus Alexianus, un sénateur, consul suffect et proconsul d’Asie, dont elle a deux filles, Julie Soémias et Julie Mamée. Les quatre sont connues dans l'historiographie comme « les princesses syriennes ». Leur destin est indissociable de celui des Sévères et, particulièrement, du règne d'Héliogabale..
Soémias, aînée des sœurs, épouse le procurateur Sextus Varius Marcellus, originaire d'Apamée comme elle, dont elle accouche d'un fils appelé Bassien, le futur Héliogabale. Marcellus, qui appartient à l'ordre équestre, reçoit le rang de sénateur par . Leur union doit se situer entre 192 et 194, quand Septime Sévère tente de sécuriser sa position en Orient, dans sa lutte contre Niger. La paternité de Marcellus est remise en question par David L. Vagi, car ses fonctions obligent le couple à de longues séparations et Soémias a de nombreux amants. Sa sœur Mamée est réputée pour sa fidélité. Cette dernière épouse, en secondes noces, le procurateur Gessius Marcianus, originaire d'Arcé, ville en actuel Liban. Leur fils Alexien, le futur Sévère Alexandre, y naît en 208. Le couple a aussi une fille, traditionnellement appelée Théoclia, et peut-être un fils aîné, M. Julius Gessius Bassianus, en 214.
Généalogie ascendante
Naissance
Lieu et date de naissance La plupart des auteurs situent la naissance de Bassien à Émèse. Certains chercheurs proposent une naissance à Rome ou à une quarantaine de kilomètres plus loin, au domaine familial de Velitrae, actuelle Velletri. Les fragmentaires chants des Jeux séculaires de attestent la présence de Soémias, présentée comme la première des matrones équestres.
Hérodien affirme que Bassien a environ quatorze ans lors de la révolte contre Macrin, successeur de Caracalla en 217. Cependant, il le décrit âgé d'environ seize ans lorsqu'il adopte Alexien, en 220, engendrant une incohérence chronologique. L'âge attribué à Bassien par Hérodien lors de son accession est néanmoins compatible avec les indications données par Dion, qui lui attribue dix-huit ans à sa mort, en . Certains situent sa naissance en 203, mais l'année 204 semble privilégiée. D'autres maintiennent les deux dates, sans nécessairement trancher. Suivant les indications de Dion, Martijn Icks la situe entre le et le . Toutefois, Robert Turcan la place durant les Jeux séculaires, tandis que Pierre Forni préfère une date postérieure aux célébrations.
Milieu familial alt=Photographie d'un socle rectangulaire avec une inscription, surmonté par la sculpture d'une femme endormie.|vignette|Épitaphe bilingue de Marcellus, conservée aux musées du Vatican. L'épitaphe grecque et latine du sarcophage de Marcellus, réalisée par Soémias, est découverte en 1765 à Velletri. Marcellus est probablement mort peu après son au Sénat en raison de l'absence de la mention d'un lien avec Macrin. Son décès pourrait être advenu durant de son gouvernorat de Numidie ou lors de son retour à Rome, vers 214-215. Michel Christol propose qu'il fut purgé par Macrin, avec les autres soutiens des Sévères.. Après la mort de Marcellus, Dion dit que son épouse se console dans les bras d'un dénommé Gannys, qu'il décrit comme le père nourricier et le tuteur de Bassien.
L'épitaphe de Marcellus indique que le couple a plusieurs enfants, Bassien devait avoir au moins un frère ou une sœur, au(x) nom(s) inconnu(s). L'hypothèse d'une sœur est préférée par François Chausson : un frère aîné aurait été choisi par Mèse pour succéder à Caracalla, tandis que l'adoption d'un frère cadet aurait été préférée à celle d'Alexien. Il semble, néanmoins, avoir été le seul enfant survivant du couple.
Nom de naissance Le nom de naissance le plus souvent donné par les historiens modernes est Sextus Varius Avitus Bassianus, mais il est possible que Bassien ait reçu le de , comme son grand-père maternel. En effet, part de l'hypothèse qu'il est l'aîné des enfants de Marcellus et de Soémias. Il fait consensus que n'est pas un surnom mais son nom de famille, étant né dans la Varia.
Le est celui de son grand-père maternel et pourrait être un indice pour déterminer qu'il est un fils cadet : selon Jona Lendering, Bassien aurait reçu celui de son grand-père paternel s'il avait été le fils aîné. Enfin, il porte l' de , signifiant . Formé du phénicien , , avec le suffixe indiquant une origine, il est rattaché à la famille d'Émèse. On le retrouve chez Caracalla, qui est né Lucius Septimius Bassianus, ainsi que chez Soémias, dont le nom latin complet est .
Jeunesse
Entre Rome et Émèse Hérodien rapporte que Bassien et Alexien sont élevés par leurs mères et leur grand-mère, rendant possible une éducation dans l'entourage impérial direct. Aurelius Victor et lHistoire Auguste mentionnent leur présence à la Cour, qui était peut-être itinérante. L'inhumation de Marcellus à Velitrae suggère que Bassien n'a pas toujours vécu en Syrie. Jean Gagé soutient que Plautille, brève épouse de Caracalla, est accouchée d'un garçon entre la fin de 203 et le début de 204, mais cette théorie est rejetée par Ze'ev Rubin et Anthony Birley. Mais si l'enfant meurt prématurément, comme le conjecture Pierre Forni, Caracalla put chérir particulièrement Bassien comme fils de substitution. Cela expliquerait les particulières largesses envers Marcellus.
Caracalla est proclamé empereur en 211 avec son frère Gète, qu'il fait assassiner. Suite à ce fratricide, Mèse va à la Cour pour réconforter sa sœur éplorée. Caracalla mène une expédition sur les bords du Rhin en 213, mais il est peu probable que Bassien et Alexien soient avec lui. En , ses troupes hivernent à Nicomédie, en Bithynie. L'empereur reprend la route au pour aller à Antioche-sur-l'Oronte, qui est joignable en passant par Thyatire, en Mysie voisine. La proximité avec Émèse put amener sa famille à séjourner avec lui, à Thyatire ou à Antioche. Plusieurs hypothèses ont été formulées pour expliquer que Bassien accompagne Caracalla à Thyatire, selon une inscription locale réalisée vers 214.
Grand-prêtre d'Élagabal Aurelius Victor et lHistoire Auguste écrivent que Bassien va à Émèse après la mort de Caracalla. L'hypothèse généralement retenue est que Bassien ne devient grand-prêtre d’Élagabal qu'après le renvoie du clan émésien de Rome, en 217. Cependant, Bassien dû recevoir une éducation sacerdotale dès son plus jeune âge, ce qui expliquerait son fanatisme. Un temple dédié à « Sol Invictus Alagabalus » existe alors à Rome, dans le Trastevere, quartier cosmopolite où se trouvent d'autres cultes orientaux. Le prêtre Tiberius Julius Balbillus, un parent émésien officiant à Rome, put être le pédagogue de Bassien, qui aurait possiblement quitté l'Italie à partir de 214, afin de parfaire son éducation en Syrie. Selon P. Forni, Alexien reçoit probablement une éducation plus classique d'un fils de sénateur, tout en suppléant Bassien occasionnellement dans le culte de la pierre noire d’Émèse. Le texte d'Hérodien est ambigu, laissant ouvert la question si les garçons sont ou à Élagabal. J. S. McHugh pense que leurs devoirs durent les obliger à passer la plupart de leur jeunesse à Émèse, n'allant que rarement à la Cour.