(en latin : Flavius Valentinianus), né en 321 et mort le , est un empereur de l’Antiquité tardive régnant de 364 à 375 et résidant principalement à Trèves de 365 à 375Jones (1964) .. Il gouverne la partie occidentale de l’empire, tandis que son frère Valens règne sur la partie orientale.
Valentinien entretient des rapports difficiles avec l’aristocratie sénatoriale et préfère s’entourer de conseillers, pour la plupart militaires, dont bon nombre viennent comme lui de Pannonie. Sur le plan intérieur, il accorde une attention aux plus pauvres, réformant le régime de propriété du sol ainsi que le dispositif de taxation, créant un système rudimentaire de santé publique et donnant dans les grandes villes une importance nouvelle aux « protecteurs du peuple » chargés de veiller à ce que justice soit rendue aux plus démunis. Sur le plan religieux il fait preuve de tolérance, sauf à l’endroit des manichéens vus comme une secte antisociale en Italie et des donatistes en Afrique.
Son règne est dominé par la lutte contre les ennemis extérieurs : Alamans sur le Rhin et le Neckar, Saxons et Irlandais en Bretagne, Maures en Afrique, Sarmates et Quades dans la région danubienne.
Il fonde une courte dynastie qui ne compte véritablement que deux générations : la sienne et celle de ses fils Gratien et . Celle-ci se prolongera toutefois par union matrimoniale avec la dynastie théodosienne en Orient. (r. 425–455) sera le dernier empereur de cette dynastie en OccidentVoir à ce sujet l’article « Dynastie valentinienne »..
Contexte historique
thumb|left|L'Empire romain vers 400, montrant la division entre Orient et Occident ainsi que leurs provinces et diocèses respectifs.
Divisé entre ses fils, l’empire de (r. 309-337) est de surcroit affaibli par les luttes entre officiers supérieurs de l'armée sur le plan intérieur ainsi que par divers envahisseurs sur le plan extérieur : d'une part les Perses, qui établissent leur emprise dans la région mésopotamienne, en Asie mineure, d'autre part divers peuples faisant leur apparition sur le Rhin, le Neckar et le Danube, en EuropeOstrogorsky (1983) ..
À cela s’ajoutent les conflits religieux qui laissent pressentir la division entre Orient et Occident. Déjà en 325, Constantin doit convoquer un concile à Nicée pour résoudre (sans succès) la crise ariennePetit (1974) .. La progression du christianisme sous Constantin et ses fils est brièvement interrompue par le court règne de l’empereur Julien (r. 361-363) qui permet le retour au pouvoir d’une partie de l’aristocratie païennePetit (1974) ..
Pour succéder à Julien, l’armée choisit Jovien, jeune officier chrétien d’une trentaine d’années, dont le règne — aussi court que celui de son prédécesseur (r. 363-364) — est marqué par le retour définitif du christianisme et par une paix déshonorante pour l’Empire avec les Sassanides. Lorsque Jovien décède, probablement accidentellement, le , c’est à nouveau l’armée qui lui choisit pour successeur un autre officier chrétien originaire de Pannonie, Flavius ValentinianusMorrisson (2004) .Petit (1974) ..
Jeunesse et arrivée au pouvoir
thumb|right|La Pannonie dans l’Empire romain.
Valentinien naît en 321Ammianus Marcellinus, Res Gestae, 30.6.6. à Cibalae, en Pannonie du sud (aujourd’hui Vinkovci en Croatie), dans une famille illyro-romaineLenski (2002) .. De même que son frère cadet Valens (r. 364-378), qui deviendra son coempereur, il est le fils d’un important général de l’armée sous et , du nom de Gratianus FunariusTomlin (1973) .. Les deux frères grandissent dans le domaine familial où ils reçoivent une très bonne éducation, dans diverses disciplinesAurelius Victor, Epitome de Caesaribus, 45.5..
Vers la fin des années 320, ou au début des années 330, les deux frères suivent leur père en Afrique où celui-ci est nommé comes AfricaePour les titres et fonctions se rapporter à l’article « Glossaire des titres et fonctions dans l’Empire byzantin"., poste qu’il doit bientôt quitter après avoir été accusé de détournement de fondsTomlin (1973) .. Rappelé en service au début des années 340, il devient comes britanniae, avant de se retirer définitivement sur ses terres à CibalaeAmmianus Marcellinus, Res Gestae, 30.7.3.. (r. 337 – 361) doit cependant confisquer celles-ci après que Gratianus Funarius est accusé de complicité avec l’usurpateur Magnence (r. 350 – 353).
Ayant décidé d’embrasser la carrière militaire comme son père, le jeune Valentinien rejoint les rangs de l'armée vers la fin des années 330 et, quelques années plus tard, occupe probablement la position de protector domesticusUnité d’élite de l’armée romaine de l’Empire tardif. Ses membres servaient comme gardes du corps de l’empereur et occupaient d’autres fonctions au sein de l’administration. Après quelques années dans ce corps, les officiers pouvaient recevoir une commission à la tête d’une unité militaire.. Comme son père toutefois, il est victime d’intrigues politiques. Tribun de cavalerie en 357, il est accusé avec son collègue Bainobaudes de saboter les opérations par , jaloux des succès du césar Julien auprès des soldats, et est à son tour démis de ses fonctionsAmmianus Marcellinus, Res Gestae, 16.11.6-7.Tomlin (1973) ..
Avec son épouse Marina Severa, Valentinien se retire sur son nouveau domaine de Sirmium, où en 359 naîtra son fils Gratien, le futur empereurTomlin (1973) .. Il semble que, bien qu’en défaveur, il continue à servir dans l’armée et les sources lui assignent des postes de commandement dans des endroits très différents : Philostorgius à Thèbes en Égypte, Sozomen à Mélitène en Arménie, la Chronique pascale à Sélymbria de Thrace et Théodoret dans « un fort lointain »Sources citées par Tomlin (1973) ..
Quoi qu’il en soit, après la mort de Julien, Valentinien est rappelé par l’empereur Jovien. Après une difficile mission en Gaule sous les ordres du général Lucillien, à l'issue de laquelle il échappe de peu à la mort., il est promu tribun des scholae secundae scutariorum, une unité d’élite des Scholae palatinae, et envoyé à AncyreSelon Ammianus Marcellinus 25.10.6-9; Zosime (3.35.1.2) raconte pratiquement la même histoire mais la situe plutôt en Pannonie.Kienast (2017d) .. C’est là qu’il se trouve en , lors de la mort de Jovien — survenue entre Ancyre et Nicée, probablement asphyxié par les fumées d’un braseroAmmianus 25.10.13; Consularia Constantinopolitana 364.2; , « Fl. Jovianus 3. ».
Avènement
thumb|left|Valentinien et Valens assis sur un trône. Revers d’un solidus de Valens avec la légende « Victoria augg » (La victoire de nos augustes).
Une fois encore, il appartient à l’armée de choisir un successeur, ce qu’elle fait sans consulter le SénatComme dans le cas de Jovien, on ne trouve aucune mention du Sénat dans les sources ; celui-ci dut toutefois être appelé à ratifier le choix par la suite (Jones ).. Le temps presse, car elle se trouve en territoire hostile et en position d’infériorité. L’état-major se réunit quelques jours plus tard de façon informelle à Nicée, avec quelques dignitaires civils, dont le préfet du prétoire d’Orient, Secundus Salutius, et le patrice Datianus, ancien favori de Constance. Salutius, qui a déjà refusé la pourpre après la mort de l’empereur Julien, décline une nouvelle fois cet honneurPetit (1974) .. Deux nouveaux candidats sont alors proposés : Equitius (ou Aequitius), Pannonien promu comes rei militaris par Jovien, lequel est rejeté comme trop rustre et brutalAmmianus Marcellinus, Res Gestae, 26.1.4., et le frère de Jovien, Januarius, aussi comes rei militaris, mais alors posté en Thrace, et de ce fait, considéré comme trop éloigné pour prendre rapidement la tête de l’arméeAmmianus Marcellinus, Res Gestae, 26.1.5.Jones (1964) .. Finalement, le , un vote de compromis se porte sur Valentinien, Pannonien comme son prédécesseur, chrétien modéré, reconnu pour son énergie et son honnêtetéPetit (1974) ..
Ce compromis est accueilli de diverses façons. Au sein des troupes, on ne semble guère convaincu par les projets du nouvel empereur et, nous dit Ammianus Marcellinus, celui-ci doit interrompre la préparation de son discours d’acceptation pour aller rassurer les soldats inquiets de ses priorités. Par ailleurs, sans doute pour éviter toute nouvelle vacance du pouvoir en cas de décès subit de l’empereur, ainsi que pour apaiser toute opposition civile ou militaire dans la partie orientale de l’empire — soucieuse de ne pas voir ses intérêts oubliés par un empereur siégeant en Occident —, on exige de lui qu’il s’adjoigne un coempereurAmmianus Marcellinus, Res Gestae, 26.2.2-11.Roberts (2001) « », para 6..
Valentinien obtempère tout en choisissant quelqu’un dont il peut être certain de la loyauté absolue : son frère, Valens (r. 364-378), de huit ans son cadet. Ce dernier n’a du reste d’autre qualité que familiale pour assumer cette fonction. Valens, en effet, ne possède ni l’énergie, ni le courage de son frère ; Valentinien est chrétien nicéen, Valens, arien ; Valentinien a fait carrière dans l’armée, Valens n’a aucune aptitude militaireJones (1964) .. Les deux frères ne semblent avoir en commun qu’un tempérament prompt à la colère, qui peut les mener aux pires brutalitésNorwich (1989) .. Aussi, Valentinien prépare-t-il le terrain, en nommant d’abord son frère, jusque-là simple protector, au rang de tribun le et en le nommant responsable des écuries impériales. Ce n’est qu’une fois arrivé à Constantinople que, passant outre aux objections de son magister equitum (commandant de la cavalerie), DagalaifusAmmianus Marcellinus, Res Gestae, 26.4.1-2., il en fait son coempereur le . Il est toutefois évident que Valens ne sera pas le collègue de Valentinien, mais son adjoint en OrientAmmianus Marcellinus, Res Gestae, 24.6.3.; 26.5.1.. Valens reçoit la charge de la préfecture du prétoire d'Orient, dont le préfet demeure le même Saturninius Secundus Salutius qui, à deux reprises, a refusé le trône ; Valentinien prend la responsabilité de la préfecture du prétoire des Gaules, ainsi que de celle de l’Italie-Afrique-Illyricum, ces trois derniers territoires étant regroupés sous la direction du préfet Claudius MamertinusAmmianus Marcellinus, Res Gestae, 26.5.5.; Zosime 4.3.1.; Theodoret, Historia Ecclesiastica, 5.5..
Politique de défense
Ayant établi son quartier général en Gaule et résidant principalement à Trèves de 365 à 375Jones (1964) ., Valentinien fait de la défense des frontières sa priorité. Il commence par réorganiser l’administration civile et militaire, se séparant des sophistes et des philosophes qui ont proliféré à la cour de JulienGibbon, chap. 23 et 25., retient les services de Dagalaifus — en dépit des objections de ce dernier à la nomination de son frère —, promeut son compatriote Equitius (l’un des candidats à la succession de Jovien) comme comes Illyricum, de même qu’un autre Pannonien, Serenianus, comme commandant des domesticorum scholaeAmmianus Marcellinus, Res Gestae, 25.10.6.Selon Zosime, un païen qui voyait avec amertume le retour du christianisme, Valentinien aurait remplacé tous les ministres et conseillers nommés par Julien ; des historiens plus modernes comme Gibbon ont atténué cette affirmation, montrant que les changements étaient principalement dus aux compétences des candidats..
Campagnes en Gaule et Germanie
thumb|right| Le « limes germanicus » de 83 à 260.