Un monostique est, comme l'indiquent les deux racines grecques qui le composent, une strophe d'un seul vers. Ce terme s'emploie aussi comme adjectif.
La variante monostiche est utilisée par de nombreux auteursNouvelle Revue Française, N° 272 du mai 1936, page 717, texte d'Emmanuel LochacLe monostiche verlainien, par Jean-Louis Aroui in Revue Verlaine n° 2, Charleville-Mézières, 1994 (pages 108-128) ainsi que par des universitaires compétents en linguistiqueVéronique Brient, Une figure de la francophonie chinoise : François CHENG, Pèlerin entre l’Orient et l’Occident, Thèse, Tours, mars 2008. L'existence des deux variantes résulte de celle de deux transpositions françaises de la racine grecque stikhos : -stique comme dans distique, -stiche comme dans hémistiche.
Un exemple très souvent citéDictionnaire de Poétique et de Rhétorique, Henri Morier, PUF 1961, page 798 est le poème de Guillaume Apollinaire, Chantre, dont le texte intégral — qui commençant par une conjonction de coordination et ne contenant pas de verbe peut être à lecture perçu comme un fragment isolé d'un texte plus vaste — est donné ci-dessous : Et l'unique cordeau des trompettes marines
(Voir le commentaire proposé par Alain Frontier, dans La Poésie, Belin, édition de poche, 1992, p. 325-326.)
Deux autres exemples, plus significatifs encore car contenant une approche de définition de cette forme brève, extraits de l'œuvre d'Emmanuel Lochac : Maint poème est la cage où chante un vers captifMonostiches, 1936 Vers unique : poème en son intégritéLe manuscrit intégral, année n° 24, revue, Auguste Blaizot et Fils Libraires-Éditeurs, Paris 1929, page 109
Alors que l'exemple tiré de l'œuvre d'Apollinaire ressort d'un emploi circonstanciel, sans trace d'une volonté stylistique de l'auteur, Emmanuel Lochac a théorisé sur le monostiche considéré comme genre poétiqueNotes I, 1981, publié par Raquel, textes rassemblés par Emmanuel Hocquard et Claude Royet-Journoud à part entière.
Emmanuel Lochac poussera la recherche de concision jusqu'à raccourcir le monostique du format de l'alexandrin à celui de l'octosyllabe, et nommera micronesIn Obélisque, avril 1949, Édition Marsyas cette forme abrégée. Exemple, très significatif lui aussi de cette forme brève, car en contenant une approche de justification : Tout croupit quand s'éteint le rythme
La terminologie anglaise, plus explicite pour le commun des lecteurs, est One-line poemAction poétique n° 105, 1986, article d'Henri Deluy et Jean Tortel..
Emploi en poésie Le monostique (surtout présent à titre de forme brève dans les répliques du théâtre classique et romantique, où il participe à la stichomythie) a été couramment employé par les poètes surréalistes, à des fins d'énigme, ou, plus récemment, par Daniel Boulanger, dans ses Retouches.
C'est le poète Emmanuel LochacEmmanuel Lochac, ses visages et leurs énigmes, ouvrage collectif sous la direction de Jacques Arnold, avec la participation de Serge Brindeau, Jean-Pierre Desthuilliers, Georges Friedenkraft, Pierre Menanteau, Yves Martin, Jacques Simonomis,240 pages, La Jointée éditeur, 1994 qui en a systématisé l'emploi dès 1936, en particulier dans son recueil éponyme, MonostichesMonostiches, éditions Marsyas, à Aigues-Vives, 1936.
Le monostique est en règle générale un poème non titré, la présence d'un titreExemple de monostique avec titre venant casser l'effet de brièveté. Une des exceptions les plus connues est le poème de Jean Chrysostome Larcher, intitulé Paris en été :
De la pluie et du vent, du vent et de la pluie.
Antoine de Rivarol jugea : «C'est bien, mais il y a des longueurs», voulant dire paraît-il que le premier hémistiche disait déjà tout.
Références
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