Marcel Peyrouton, de son nom complet Bernard Marcel Peyrouton, né le à Paris (). et mort le à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), est un homme politique français célèbre pour avoir signé le l'abrogation du décret Crémieux, mettant ainsi fin à la citoyenneté française des juifs d'Algérie.

Administrateur colonial. de sensibilité ., il occupe des postes importants, notamment en Afrique du Nord où il est résident général de Tunisie au moment de la défaite.

Il rejoint le gouvernement de Vichy dès mais, écarté en raison de son opposition à Pierre Laval, il est en exil en Argentine quand il est recommandé au général Henri Giraud après le débarquement allié en Afrique du Nord, et devient gouverneur général de l'Algérie de janvier à . Son passage au gouvernement de Vichy le rattrape alors, il perd son poste, puis il est arrêté en et sa carrière publique s'achève. Il termine sa vie professionnelle dans la presse au Maroc.

Biographie Jeunesse et début de carrière Marcel Peyrouton est le fils d'Abel Peyrouton (avocat et homme de lettres) et d'Octavie Marie Léontine Milne. Le premier témoin ayant signé son acte de naissance est Alfred Louis de la Sauvignière, homme de lettres, auteur de romans de fiction (1844-1912).

Il fait ses études secondaires à la Martinique où son père est trésorier général. Après son baccalauréat obtenu en métropole, il s'engage dans l'armée pour une durée de trois ans. Ses études universitaires, reprises ensuite, lui permettent d'obtenir un doctorat en droit ... Il est reçu en 1910 au concours du ministère des Colonies. Il reçoit une affectation à Tahiti, en tant que chef de cabinet du gouverneur. Lors de la Première Guerre mondiale, où il est rappelé, il est blessé au combat. Rétabli, il est affecté dans l'aviation et sert aux Dardanelles.

Il épouse Paulette Malvy (Anne Eugénie Paule Malvy), fille de Louis Malvy.., à Paris (16) le ..

Il est initié au Grand Orient de France., mais il quitte l'ordre en 1934..

Entre-deux-guerres Pendant l'entre-deux-guerres il retrouve son activité de haut fonctionnaire et remplit diverses missions avant d'être nommé à Madagascar, puis au Cameroun, au Togo et en Afrique du Nord. En 1928, il est chef-adjoint de cabinet du ministre des Colonies, André Maginot..

Afrique du Nord Administrateur colonial, il occupe plusieurs postes de haut fonctionnaire en Afrique du Nord.

Il est secrétaire général de l'Algérie, de 1931 à 1933., dans le cabinet du gouverneur général Carde.

Puis il est nommé résident général de France en Tunisie, du au .. Son passage par la Tunisie est marqué par l'augmentation sensible de la répression à l'égard des militants nationalistes du Néo-Destour.. Les mesures répressives de Peyrouton s'intensifient avec l'envoi en exil forcé dans les territoires militaires du Sud, le , des leaders du mouvement national., dont Habib Bourguiba.. Malgré d'importantes mesures prises en 1935 pour remédier aux effets les plus graves de la crise économique des années 1930, Peyrouton est remplacé en ; cette décision du gouvernement Sarraut est accueillie favorablement par l'opinion tunisienne.

Il devient alors résident général de France au Maroc, du au ., ..

Diplomate Le , Léon Blum le remplace par le général Noguès, mais le nomme ambassadeur de France en Argentine.

Seconde Guerre mondiale Au début de la Seconde Guerre mondiale, il est nommé ambassadeur en Roumanie, le . Marcel Peyrouton est de nouveau nommé résident général de Tunisie, par Paul Reynaud, le . Il reste à ce poste jusqu'au .

Dans le gouvernement de Vichy Il est appelé par Vichy le au secrétariat général du ministère de l'Intérieur dans le gouvernement Laval.. Il assume le portefeuille de ministre de l'Intérieur, le de la même année en remplacement d'Adrien Marquet. C'est à ce titre qu'il procède à l’épuration du corps préfectoral, signe, aux côtés de Pétain, Laval, Alibert, Baudouin, Huntziger, Bouthillier, Darlan, Belin, et Caziot, et fait appliquer le texte discriminatoire du Journal officiel de l'État français du . envers les Juifs. À la suite de cette loi, le , Peyrouton abolit le décret Crémieux, datant de 1870, relatif à la naturalisation des Juifs d'Algérie... Après-guerre Peyrouton tente de justifier la législation de Vichy contre les Juifs, d', par les menaces du Reich, ce qui est infirmé par les recherches effectuées dans les archives allemandes par l'historien Robert Paxton :

Il est l'auteur de la circulaire, dite « circulaire Peyrouton », du . qui, avec la loi du , autorise l'internement administratif par simple décision préfectorale : et , alors que le décret-loi d'Édouard Daladier du interdisant le Parti communiste, prorogé par Vichy, laissait cette prérogative au seul ministre de l'Intérieur.

Il fait partie de ceux qui font pression sur Pétain pour renvoyer Laval du gouvernement, le . ; il fait occuper son appartement à l'hôtel du Parc par les forces spéciales de sécurité., les « Groupes de protection » (GP), qui sont constitués d'éléments venant du CSAR recrutés par lui en zone libre et en Algérie, comme Henri Martin et le colonel Groussard.. Il le fait arrêter et placer en résidence surveillée, dans sa propriété de Châteldon, par l'inspecteur général de la Sûreté nationale, Antoine Mondanel, en donnant des ordres pour qu'il ne soit pas attenté à sa vie.. Après quoi, le , en représailles en faveur de Laval, l'ambassadeur Abetz demande, parmi d'autres exigences, le départ du gouvernement de Peyrouton et des autres ministres , sans succès.. En réaction à l'éviction de Laval et encouragé par Abetz, le journal collaborationniste de Marcel Déat, L'Œuvre du fait paraître un article qui dénonce ..

Toujours selon Paxton, contrairement à ce qui a été prétendu après-guerre, par, entre autres, Bouthillier et Peyrouton, l'éviction de Laval en n'avait pas pour but de . mais les raisons seraient plutôt à chercher dans la rivalité entre Pétain et Laval (affaire de l'installation du gouvernement français à Versailles que Pétain souhaitait, en opposition à Laval et aux Allemands, rôle devenant prépondérant de Laval, soutenu par Abetz, dans la « politique nouvelle » de collaboration ainsi qu'un certain nombre de conflits de personnes vis-à-vis des ambitions de Laval qui souhaitait s'emparer du ministère de l'Intérieur.). Par la suite, lors de l'entrevue avec Pétain, le . à La Ferté-Hauterive., Laval pour se justifier vis-à-vis de Pétain qui lui faisait, parmi d'autres, en explication des motifs de son éviction du Gouvernement, le reproche de ne pas être populaire, Laval lui répond .

Peyrouton est maintenu à son poste de ministre de l'Intérieur dans le gouvernement Flandin. Le , faisant suite aux décisions du de son prédécesseur Marquet, Peyrouton avait fait placer en résidence surveillée à Arles, en zone libre, sans demandes des autorités d'occupation, deux réfugiés allemands en France et opposants à Hitler, les sociaux-démocrates Rudolf Breitscheid (ancien député au Reichstag) et l'ancien ministre des Finances de la République de Weimar, Rudolf Hilferding, les empêchant ainsi de partir aux États-Unis.. Après leur avoir, sur intervention de Flandin, fait remettre des visas par le préfet de Marseille, et se soumettant, le , aux injonctions du policer nazi Hugo Geissler, il fait procéder à leur arrestation par la police française, sans consulter Flandin, le .. Ces deux personnalités sont livrées le lendemain à la Gestapo. Hilferding meurt à la prison de la Santé le jour même, Breitscheid meurt en 1944, à Buchenwald.

Le , sur ordre de Peyrouton qui cède à Geissler, l'industriel allemand, ancien soutien financier d'Hitler, Fritz Thyssen et sa femme, réfugiés en France après la Nuit de Cristal, sont arrêtés à Nice, par la police française accompagnée d'un commissaire allemand, et livrés à la SD, le à Moulins.. Thyssen est déporté au camp de concentration de Sachsenhausen.

Parmi les éléments de sa politique, il impose aux communes, par circulaire du , la débaptisation de rues dont le nom ne concorde pas avec les valeurs du nouveau régime, notamment les rues évoquant l'Angleterre (anglophobie), les Juifs (antisémitisme), le communisme, etc., en s'appuyant sur des dispositions remontant aux derniers mois de la Troisième République..

Parce que Peyrouton était impliqué dans l'éviction de Laval, les Allemands obtiennent son départ du gouvernement de l'amiral Darlan., en ., selon le vœu d'Otto Abetz., déjà exprimé en . Peyrouton ne reste donc ministre de l'intérieur de Darlan que du 10 au (Darlan lui succède à ce poste en plus de ses autres responsabilités ministérielles).

Retour en Argentine Peyrouton redevient alors ambassadeur de France en Argentine., jusqu'en , où le retour de Laval au pouvoir le contraint à démissionner..

Lors des décisions de Vichy décrétant l'exclusion de la fonction publique des anciens dignitaires francs-maçons et la publication de leurs noms (loi du ), Peyrouton bénéficie d'une mesure spéciale qui lui permet de ne pas être inquiété.. La présence de son nom sur les listes qui paraissent à partir d' (Documents maçonniques, publiés par Robert Vallery-Radot) confirme ce fait. Il en est de même du Journal officiel du , où son nom figure sur la liste des francs-maçons en même temps qu'un décret dérogatoire le concernant. Peyrouton indique lui-même plus tard avoir obtenu de son ancien vénérable une lettre confirmant son départ de la franc-maçonnerie depuis de nombreuses années.

Rallié au général Giraud Sur recommandation de l'amiral Darlan.. et proposition de Robert Murphy, représentant politique du président Roosevelt en Algérie, il est rappelé d'Argentine, où il avait été ambassadeur du gouvernement de Vichy, par le gouvernement des États-Unis pour être ensuite nommé gouverneur général de l'Algérie. par le général Giraud, commandant en chef civil et militaire en Afrique du Nord. Il reste à ce poste du au .

Si les lois de discrimination raciales de Vichy sont abrogées, en accord avec Giraud, il refuse de rétablir le décret Crémieux (qui est en fait lui aussi abrogé, par une ordonnance du ) au motif que ce rétablissement aurait des conséquences négatives sur la population musulmane.. En effet, Giraud et Peyrouton considèrent que le décret Crémieux, en accordant la nationalité française aux Juifs d'Algérie en 1870, .. Peyrouton a donc aboli par deux fois le décret Crémieux au cours de la guerre (voir : « Évolution du statut des Juifs en Algérie »). Néanmoins, il préside progressivement au démantèlement des autres réformes vichystes, qu'il avait contribué à mettre en œuvre en tant que ministre de l'Intérieur..

À la fin des hostilités en Tunisie, il participe à la déposition du souverain Moncef Bey, qui est réalisée sous prétexte de sa collaboration avec l'Axe, mais aussi à cause de ses positions complaisantes pour les nationalistes...

La liberté de la presse, rétablie en AFN, permet aux journaux issus de la Résistance, en particulier Combat, de dénoncer ouvertement ceux qui ont collaboré avec l'ennemi.. C'est alors que le Comité français de libération nationale décide de procéder à l'épuration des collaborateurs, et obtient, entre autres, le départ de Peyrouton le . Il est arrêté le .

Après la Libération Inculpé d', pour lesquels la peine maximum prévue par le code pénal est de cinq ans de prison, Marcel Peyrouton est libéré en après une longue période de détention préventive... Il est acquitté par la Haute Cour le .....