vignette|Dans les bras de Joseph, Guido Reni (1635). vignette|Diptyque avec la Lettre de Lentulus, description littéraire la plus célèbre de la personne du Christ (musée du couvent Sainte-Catherine à Utrecht, vers 1500)Cette représentation du Christ rompt avec l'art byzantin pénétré des lois du hiératisme. L'auteur du diptyque s'inspire probablement de la redécouverte du portrait de profil à la Renaissance dans la peinture et l'art des médailles, notamment de l'émeraude gravée (représentant Jésus-Christ de profil) donnée par le sultan Bayézid II au pape Innocent VIII en 1492. Cf .. vignette|Représentation de Jésus-Christ dans un manuscrit médiéval, le Codex Bruchsal datant des années 1220, conservé à Karlsruhe (Allemagne). vignette|Christ imberbe, cheveux courts, figuré avec les attributs de Sol Invictus : la tête radiée, triomphant sur son char tiré par des chevaux se cabrant. Mausolée des Julii, mosaïque de pavement de la nécropole du Vatican, vignette|Le Christ crucifié (Vélasquez, vers 1632) représente une image canonique du Christ dans l'art : cheveux longs séparés par une raie médiane et descendant jusqu'aux épaules, barbe bifide, nez aquilin, pommettes saillantes.
La représentation artistique de Jésus-Christ dans l'art chrétien est devenue un thème majeur de l'art occidental, ainsi qu'en Europe orientale. Jésus-Christ a été représenté de différentes manières au cours des époques, ainsi que pour illustrer les différents épisodes de sa vie codée par l'iconographie chrétienne.
Les sources et leurs interprétations inventives L'iconographie christique s'appuie notamment sur les quatre évangiles canoniques : Matthieu, Luc, Marc et Jean. Cependant, les récits évangéliques évoquent différemment certains passages de la vie de Jésus, omettant ou rajoutant des détails ou des événements, ce qui donne lieu à des essais d'harmonies des Évangiles, des débats qui trahissent l'embarras des théologiens, et des représentations iconographiques diverses. En outre, la sobriété et la symbolique de ces récits laissent place à beaucoup d'interprétations pour les artistes qui n'hésitent pas à puiser dans les images acheiropoïètes, les productions successives des arts visuels, et des sources littéraires diverses (textes canoniques mais aussi apocryphes qui comblent les lacunes narratives des premiers, commentaires patristiques et médiévaux, écrits théologiques textes liturgiques…) ou donnent libre cours à leur imagination individuelle dans ce qu'elle a de perméable voire de soumis aux besoins d'un courant artistique, d'une mode esthétique ou d'habitudes d'atelier qui fournissent des modèles au répertoire iconographique chrétien.. Ces différents facteurs expliquent la liberté inventive des artistes d'Occident qui contraste avec celle des artistes orientaux tenus de se concevoir comme des ministres de l'Église et de suivre les schémas iconographiques dans l'art byzantin..
Sur des sujets comme la description physique ou la sexualité du Christ, sur des représentations audacieuses comme la Nativité ou la Crucifixion, les théologies et spiritualités chrétiennes ont souvent été d'une discrétion proche de l'esquive voire du mutisme, si bien que l'étude des représentations de Jésus-Christ dans l'art chrétien François Bœspflug, Le Dieu des peintres et des sculpteurs, , p. 106. La grande liberté inventive accordée aux artistes par les théologiens et les autorités ecclésiastiques (développant selon les époques et les régions un discours de légitimation reconnaissant aux images un rôle didactique, mnémonique et affectif) s'explique aussi par les rapports privilégiés que la religion chrétienne entretient avec le principe même de la figuration (le culte et la vénération des images, proscrit comme une idolâtrie dans les religions abrahamiques mais approuvé par le concile de Nicée en 787) . Ainsi, la production artistique caractérisée notamment par son insolence, son impertinence et son inventivité, n'a pas été aussi contrôlée que ce qui est traditionnellement dit, et n'a certainement pas été programmée. Les artistes chrétiens, dont les œuvres constituent de nombreuses interprétations inventives et suppléances des sources textuelles, ont pu mettre dans leurs créations beaucoup d'eux-mêmes (leur foi, leurs interrogations), mais aussi de leurs commanditaires et destinataires. Ils se sont employés, depuis les origines de l'art sacré, à négocier ..
Évolution de la représentation du Christ vignette|La codification extrême du visage christique dans les icônes byzantines a mis un terme sur les représentations trop intellectuelles ou trop subjectives concernant l'aspect physique du Jésus des Évangiles, celui d'une humanité banaleÉpiphane de Salamine le croit semblable aux apôtres car s'il avait eu vraiment une allure particulière, le baiser de Judas qui le fait désigner à la troupe venue l'arrêter n'aurait pas été nécessaire. qui n'est jamais décrit. Ces icônes établissent une tradition iconographique assez puissante pour imposer, pendant plusieurs siècles, la représentation canonique du visage de Jésus. (icône du monastère Sainte-Catherine du Sinaï, ).
Au tout début du christianisme, le Christ n'est pas représenté physiquement mais est évoqué d'abord par le chrisme et par des symboles comme celui de l'ichtus ou de l'agneau, puis par des métaphores comme l'Hermès-Bon Pasteur.. L'existence d'images du Christ confectionnées de son vivant (les acheiropoïètes, c'est-à-dire des images produites sans intervention de la main humaine) relève de légendes, de création tardive (à partir du )..
Après cette phase d'aniconisme, Jésus-Christ est représenté sous des traits différent à partir du , ce que les historiens de l'art ont appelé le polymorphisme de la représentation du Christ, François Bœspflug, Une histoire de l'éternel dans l'art, p. 79. Les traits iconiques peuvent varier selon l'âge (une figure de Christ imberbe, d'âge variable coexiste avec une figure d'homme d'âge mûr ou de vieillard barbu), l'expression du visage (doux ou sévère), le type ethnique, l'esthétique (règne sans partage de l'« autorité du beau » jusque dans la seconde moitié du ), l'impact de ces représentations pouvant être plus fort que celui des Saintes Écritures, selon le vieil adage scolastique ad modum recipientis..
L'iconographie de Jésus peut emprunter en Occident ses traits aux divinités païennes et privilégier le type hellénistique ou romain : il est généralement représenté comme un jeune homme imberbe (pour le différencier des philosophes grecs, des devins et des dieux païens, tous barbus), aux cheveux courts et bouclés, vêtu d'une toge ou d'une tunique, reprenant le modèle de l'Orateur, avec le bras droit enroulé dans les plis de son manteau et la main posée sur la poitrine, le bras gauche appuyé sur la hanche, donnant une image du Christ sauveur en bon berger, législateur, docteur, juge, philosophe ou thaumaturge.. Les artistes en Orient privilégient le type syro-palestinien, un personnage majestueux qui s'inspire des représentations impériales, au caractère panégyrique, développant progressivement un modèle sémitique (cheveux longs, châtain roux, séparés par une raie médiane et tombant sur les épaules, petite moustache et collier de barbe, nez aquilin, pommettes saillantes) qui établit le canon iconographique du Christ Pantocrator des icônes et des mosaïques byzantines. Les premières icônes byzantines datant du , des légendes autour de tissus censés représenter la Sainte Face à partir du , et la Lettre de Lentulus considérée comme un texte apocryphe qui n'est pas antérieur au , vont imposer cette représentation traditionnelle du Christ.. La querelle iconoclaste à partir de 723 provoque la persécution des artistes byzantins qui s'exilent en Italie où ils diffusent leur Pantocrator christique. En 787, le deuxième concile de Nicée rétablit le culte des images. Le Pantocrator byzantin devient alors un thème iconographique majeur dans le monde occidental chrétien jusqu'au (abside, tympan des portails) et ses traits caractéristiques (homme mature, au visage allongé doté d'une peau mate et de pommettes saillantes, un nez légèrement aquilin, une bouche petite mais bien ourlée, une petite moustache et un collier de barbe bifide, une abondante chevelure châtain roux séparée par une raie médiane et descendant jusqu'aux épaules, une petite mèche sur le haut du front, un regard exprimant la compassion) perdurent les siècles ultérieurs.. Ainsi, le Christ hellénistique et le Christ sémitique ont coexisté jusqu'au , période qui voit les artistes choisir sa physionomie définitive : ..
Des typologies générales, des schémas légués par la tradition (attributs, attitudes, expressions), les artistes religieux de la pré-Renaissance et la Renaissance savent tirer un type de Christ particulier, sorti du moule d'une esthétique personnelle et enrichi par leur imagination..
Épisodes de la vie du Christ et œuvres associées Enfance
Nativité
thumb|Nativité, Giotto di Bondone (1305). L'iconographie du christ commence avec la Nativité, représentant la naissance de Jésus dans la crèche. Les premières représentations de la Nativité ne montrent pas d'étables, et dépeignent une vierge allaitante. La scène se fige plus tard dans l'idée de la naissance dans une étable. On y place un bœuf et un âne (non présents dans les Évangiles). Joseph est souvent représenté endormi.
Conrad von Soest : Marienaltar (1400) Fra Angelico (1439) Giotto Francesco Botticini Pietro Cavallini Les Très Riches Heures du duc de Berry Robert Campin : La Nativité (1425) Petrus Christus : Nativité (1465) Piero della Francesca : La Nativité (1475) Maître de Moulins : Nativité avec le portrait du cardinal Jean Rolin (1480) Lorenzo Costa : La Sainte Famille (1490) Gérard de Saint-Jean : Nativité de nuit (1490) Sandro Botticelli : La Nativité (1476) et La Nativité mystique (1500) Le Pérugin : Nativité (1500) Lorenzo Lotto (1527) Le Greco : La Nativité (1597) Le Caravage : La Nativité avec saint François et saint Laurent (1609) Philippe de Champaigne : La Nativité (1643) Georges de La Tour : Le Nouveau-né (1648) Charles Le Brun Jean-Charles Frontier : La Nativité (1743)
Annonce faite aux bergers thumb|Peinture de Taddeo Gaddi sur le thème de l'Annonce aux bergers (entre 1327 et 1330). Les bergers gardant leurs troupeaux dans les champs pour le solstice, sont prévenus de la naissance du Christ non loin d'eux, par un ange depuis le ciel.
Taddeo Gaddi Abraham Hondius Rembrandt
Adoration des bergers thumb|L'Adoration des bergers par Fragonard. Les bergers et leurs bêtes se rassemblent autour de la Sainte Famille pour célébrer la venue du Seigneur.
Giotto Andrea Mantegna : L'Adoration des bergers (1455) Martin Schongauer (1475) Giorgione (1477) Hugo van der Goes : Adoration des bergers (1480) Carlo Crivelli : L'Adoration des bergers (1480) Domenico Ghirlandaio : Adoration des bergers (1485) Le Corrège : L'Adoration des bergers (1530) Lorenzo Lotto Bartolo di Fredi Bronzino Guido Reni Le Pérugin Le Caravage : L'Adoration des bergers (1609) Le Greco : L'Adoration des bergers (1614) Matthias Stomer : L'Adoration des bergers (vers 1635-1637) Georges de La Tour : L'Adoration des bergers (1645) Fragonard : L'Adoration des bergers (1775)
Adoration des mages thumb|L'Adoration des mages par Léonard de Vinci (1481-1482).
Masaccio (1423) Lorenzo Monaco : L'Adoration des mages (1420) Gentile da Fabriano : L'Adoration des mages (1423) Fra Filippo Lippi : Tondo Cook (1430) Jacopo Bellini (1430-1440) Domenico Veneziano : L'Adoration des mages (1441) Benozzo Gozzoli : La Chapelle des Mages au Palazzo Medici Riccardi à Florence (1450) Andrea Mantegna : Triptyque des Offices (1461) Hans Memling : Polyptyque Hulin de Loo (1464) et Triptyque de l'Adoration des mages (1470) Sandro Botticelli : L'Adoration des mages médicéenne (1475) et L'Adoration des mages (1482) Léonard de Vinci : L'Adoration des mages (1481)