La Legio VI Ferrata ( légion « couverte de fer », référence probable à son armure)Le nombre (indiqué par un chiffre romain) porté par une légion peut porter à confusion. Sous la République romaine antique, les légions étaient formées en hiver pour la campagne d’été et dissoutes à la fin de celle-ci ; leur numérotation correspondait à leur ordre de formation. Une même légion pouvait ainsi porter un numéro d’ordre différent d’une année à l’autre. Les nombres de à étaient réservés aux légions commandées par les consuls. Sous l’Empire, les empereurs numérotèrent à partir de « » les légions qu’ils levèrent. Toutefois, cet usage souffrit de nombreuses exceptions. Ainsi, Auguste lui-même hérita de légions portant déjà un numéro d’ordre qu’elles conservèrent. Vespasien donna aux légions qu’il créa des numéros d’ordre de légions déjà dissoutes. La première légion de Trajan porta le numéro , car 29 légions existaient déjà. Il pouvait donc arriver, à l’époque républicaine, qu’existent simultanément deux légions portant le même numéro d’ordre. C’est pourquoi s’y ajouta un cognomen ou qualificatif indiquant : (1) ou bien l’origine des légionnaires (Italica = originaires d’Italie), (2) un peuple vaincu par cette légion (Parthica = victorieuse sur les Parthes),(3) le nom de l’empereur ou de sa gens (famille ancestrale), soit qu’elle ait été recrutée par cet empereur, soit comme marque de faveur (Galliena, Flavia),(4) une qualité particulière de cette légion (pia fidelis = loyale et fidèle).Le qualificatif de « Gemina » désignait une légion reconstituée à partir de deux légions ou plus dont les effectifs avaient été réduits au combat [Adkins (1994), ]. fut une légion romaine recrutée en 52 av. J.-C. par Jules César en Gaule cisalpine.
Après avoir participé à la bataille d’Alésia et avoir combattu les Carnutes en Gaule, la légion fut de presque tous les combats qui marquèrent la lutte entre César et Pompée. Après l’assassinat de celui-ci, elle fut reconstituée par Lépide avant de se ranger aux côtés de Marc Antoine et d’être reprise par Octave. Après que celui-ci fut devenu Auguste, elle fut envoyée en Syrie et participa sous les ordres de Tibère à la guerre contre les Parthes visant à faire de l’Arménie un État tampon entre les deux empires. Elle devait retourner sur la frontière avec l’Arménie au cours de la campagne de Corbulo contre les Parthes en 54 et participer à la répression de la révolte juive de 67. Après la chute de Néron, la légion se rangea aux côtés de Vespasien et fut envoyée en Mésie où les Daces avaient traversé le limes danubien et un de ses détachements prit part à la première guerre de Trajan contre ceux-ci. La légion elle-même accompagna Trajan dans ses campagnes contre les Parthes en Arménie, Mésopotamie et Babylonie. Vers 123, elle devait quitter Bosra pour s’établir à Caparcotna, en Galilée. Elle devait par la suite rester longtemps en Syrie-Palestine avant d’être transférée vers la Syrie-Phénicie. On sait qu’elle existait encore sous Philippe l’Arabe qui fit frapper des monnaies en son honneur. La légion disparaît des sources par la suite et n’est plus mentionnée dans la Notitia Dignitatum datant d’environ 400, dressant une liste des légions existantes.
Comme presque toutes les autres légions recrutées par César, elle avait le taureau comme emblème. On retrouve aussi parfois la louve romaine du Capitole avec les louveteaux Romulus et RemusLendering (2002), §17..
Histoire de la légion
Sous la République
Jules César recruta cette légion en Gaule cisalpine en 52 av. J.-C. pour l’aider dans ses campagnes contre les Gaulois. Une de ses premières grandes batailles fut celle d’Alesia contre Vercingétorix. Après avoir passé l’hiver à Châlons-sur-Saône ou Macon, la légion combattit les Carnutes de la Loire inférieure avant d’être envoyée à OrléansLendering (2002) § 1..
Au cours de la guerre civile entre César et Pompée, la Ferrata fut l’un des plus importants appuis de César dans la lutte pour le pouvoir; extrêmement mobile, elle fut présente à presque toutes les grandes batailles qui marquèrent son accession au pouvoir. À l’été 49 av. J.-C., elle combattit les partisans de Pompée en Espagne lors de la bataille de Ilerda. Stationnée en Illyrie, elle prit part à la bataille de Dyrrhachium dans les premiers mois de 48 av. J.-C. En aout de la même année on la retrouve à la bataille de Pharsale, puis ayant accompagné César à Alexandrie (48/47 av. J.-C.) elle joua un rôle décisif à la bataille de Zela (2 aout 47 av. J.-C.) dans le Pont. Ayant subi de lourdes pertes au cours de ces campagnes, elle fut renvoyée en Italie où César établit ses vétérans à Arles dans la Colonia Iulia Paterna Arelatensium Sextanorum (Colonie ancestrale Julia des légionnaires de la Sixième à Arles). La légion elle-même participa à la bataille de Munda, le 17 mars 45 av. J.-C. Déjà, elle portait le surnom (cognomen) de « ferrata », probablement en raison de son armureKeppie (1998), .Lendering (2002) § 2..
Après l’assassinat de César, la légion fut reconstituée par Marcus Aemilius Lepidus (Lépide) qui la remit à Marc Antoine en 43 av. J.-C. Après la bataille de Philippes (42 av. J.-C.) où elle combattit Brutus et Cassius, assassins de Jules César, une nouvelle colonie fut fondée pour accueillir ses vétérans à Bénévent en Italie. La légion pour sa part partit pour l’Orient avec Marc Antoine et fut stationnée en Judée après avoir aidé le roi Hérode à s’emparer du trône (37 av. J.-C.). L’année suivante, elle prit part à une campagne contre les Parthes dont l’issue s’avéra désastreuse et les survivants gagnèrent à grand peine l’Arménie. Au cours de la guerre civile qui opposa Marc Antoine à Octave, la Ferrata fut envoyée en Grèce où elle ne fut guère active, l’issue des combats se déroulant sur la mer et se terminant par la victoire d’Octave à ActiumLendering (2002), § 2-4.Adkins (2004), ..
Sous la dynastie julio-claudienne
thumb|right|La province romaine de Syrie sous Trajan.
Après la victoire d’Octave, la légion fut envoyée à Laodicea ad Mare (aujourd’hui Lattaquié) dans la province de SyrieSartre (2005) où, avec les légions Gallica, Fretensis et Fulminata, elle contribua à assurer la sécurité de la région. Ces quatre légions prirent part en 20 av. J.-C. aux campagnes de Tibère chargé par Octave devenu Auguste de faire de l’Arménie un État tampon entre les empires romain et parthe. Effrayés par l'avancée de cette immense armée, les Parthes acceptèrent un compromis en vertu duquel ils restituèrent les insignes et les prisonniers en leur possession depuis la défaite de Crassus lors de la bataille de Carrhes en 53 av. J.-C.Auguste, Res Gestae Divi Augusti, 29; Suétone, Vie des douze Césars, « Tibère », 9..
Le gouverneur de Syrie, Publius Quictilius Varus utilisa la Ferrata pour réprimer la rébellion juive de 4 av. J.-C. qui suivit la mort d’HérodeLendering (2002), § 6.. Dans les années 20, Pacuvius, le légat de la Legio Ferrata exerça la charge de gouverneur de Syrie en remplacement de Lucius Aelius LamiaGebhardt (2002) .. L’empereur Claude en 45 apr. J.-C. créa la Colonia Claudii Caesaris près de Ptolemais (Akkon) pour y établir les vétérans de ces quatre légionsRitterling (1925), col. 1671-1678Colonia Claudio Caesaris (dans) http://www.ancientlibrary.com/gazetteer/006.html..
En 55, Néron nomma Cnaeus Domitius Corbulo légat de Cappadoce et lui fournit des moyens exceptionnels, incluant les légions Gallica et Ferrata en provenance de l’armée de Syrie, la IV Scythica de Mésie et l’habituel contingent de forces auxiliairesLuttwak (1976) . La ville de Artaxata (aujourd’hui Yerevan) fut prise en 58 suivie de Tigranocerta en 59. Le statu quo rétabli, le roi Tiridate , installé sur le trône par son frère, le roi des Parthes, Vologèse Tacite, Annales .50-51., fut remplacé par le pro-romain Tigranes , un petit-fils du roi HérodeLendering (2002), §8.. Corbulo laissa , trois cohortes d'auxiliaires et deux alae de cavaliers (environ ) pour soutenir le nouveau monarque, et rentra avec le reste de l'armée en Syrie, dont il avait reçu le gouvernorat (en 60) en récompense de ses succèsTacite, Annales .26..
thumb|right|Statue de Corbulo à Voorburg (Pays-Bas).
En 61, Tigrane envahit l'Adiabène, une importante région du royaume de ParthieTacite, Annales .1.. Vologèse se prépara à chasser Tigrane. Corbulo répliqua en envoyant les légions Scythica et Fulminata en Arménie, pendant qu'il disposait ses trois autres légions ( Gallica, Ferrata et Apollinaris) pour fortifier la ligne des rives de l'Euphrate, craignant que les Parthes n’envahissent la Syrie. Au même moment, il implora Néron de nommer un légat pour la Cappadoce, avec la responsabilité de conduire la guerre en ArménieGoldsworthy (2007), .. Néron nomma effectivement Lucius Caesennius Paetus, le consul romain de l'année précédente (61), comme nouveau légat avec mission de ramener l'Arménie sous administration directe de Rome. L'armée fut divisée entre lui et Corbulo. Les Scythica et Fulminata, la Macedonica nouvellement arrivée et les auxiliaires du Pont, de Galatie et de Cappadoce allant avec Paetus, pendant que Corbulo gardait les Gallica, Ferrata et FretensisTacite, Annales .6.. La mission de Paetus fut un échec complet et bientôt Corbulo fut remis en charge, parvenant à rétablir la situation et à forcer Tiridates à se rendre à Rome pour y recevoir une deuxième fois sa couronne des mains de NéronLendering (2002), § 9.Luttwark (1976), ..
Après ce nouveau succès, Corbulo renvoya les troupes défaites et humiliées de la Scythica et de la Fulminata en Syrie, laissant la Fretensis en garnison en Cappadoce, et prenant la tête des légions de vétérans Gallica et Ferrata à Mélitène auxquels se joignirent la Macedonica, la Apollinaris arrivée de Pannonie, ainsi qu'un grand nombre d'auxiliaires, et se prépara en 63 à traverser l’Euphrate. Effrayé devant l’ampleur de cette armée, Tiridate et Vologèse durent négocier la paixTacite, Annales, .26..
En l'an 67, éclatèrent les révoltes juives en Judée. Corbulo avait alors été écarté par Néron qui voyait en lui un usurpateur potentiel; ce fut Caius Cestius Gallus, gouverneur de Syrie, qui conduisit la Legio Fulminata ainsi que des détachements des légions Ferrata et Scythica pour mater la rébellion. Après s’être emparé de Bezetha dont les habitants avaient fui devant luiFlavius Josèphe, Guerres contre les Juifs, 2, 18, 9-11., Cestius Gallus voulut s’attaquer à Jérusalem. Mais il s’avéra incapable de s’emparer de la colline du Temple. Dans sa retraite, il fut écrasé à Beth-Horon par Eleazar ben Simon et perdit la presque totalité de sa légion, soit à peu près et 480 cavaliers. Ayant dû battre en retraite, il s’enfuit vers Antioche en sacrifiant la plus grande part de son armée et de ses équipementsTacite, Histoires, 10, 13.. Néron décida alors de donner à T. Flavius Vespasianus, le futur empereur Vespasien, la mission d'écraser la rébellion juive.
Sous la dynastie flavienne
En 68, Néron fut contraint au suicide. Dans la guerre civile qui s’ensuivit, la Legio Ferrata prit le parti de Vespasien, mais ne fut toutefois pas vraiment impliquée dans la guerre, bien qu’elle ait pris part avec les autres légions d’Orient à sa marche sur Rome. Il se peut que Vespasien doutât des qualités militaires de cette légion défaite trois ans plus tôt devant JérusalemLendering (2002), § 10.. La majeure partie de la légion, sous les ordres de Gaius Licinius Mucianus fut plutôt envoyée en Mésie où les Daces avaient franchi le Danube exposé aux invasions pendant que les légions marchaient sur Rome. On sait toutefois qu’au moins une unité de la légion entra dans Rome avec VespasienTacite, Histoires, , 46..