Les Ailuridés (Ailuridae) sont une famille de mammifères carnivores caniformes de la super-famille des Mustéloïdes. Taxon actuellement monogénérique, ne contient que deux espèces du genre des Ailures (Ailurus) : Le panda fuligineux (Ailurus fulgens) et le Panda de Styan (Ailurus styani), il est cependant riche d’un large registre fossile constitué d’un grands ensemble de sous-familles, de genres et d’espèces de toutes conformations et ayant vécu sur tout les continents du monde. La classification systématique de la famille des Ailuridés a fait partie des questions les plus longuement débattues au sein des Carnivores.
Taxonomie Histoire taxinomique Découverte et rattachements initiaux L'espèce Ailurus fulgens a été décrite par Frédéric Cuvier en 1825 qui l'a initialement rattachée aux ratons, en raison de similitudes morphologiques au niveau du crâne et de la queue annelée. Par la suite, le genre a également été attribué temporairement au groupes des Ours (Ursina, Ursina etc…). En 1843, le zoologiste britannique et conservateur au British Muséum John Edward Gray utilise pour la première fois le nom un groupe spécifique pour le panda (Ailurus fulgens) sous le nom d’Ailurina, cependant, il ne s’agissait pas vraiment d’une famille à proprement dite, mais une subdivision de la famille des Ursidés (Ursidae). La véritable première fois où le panda sera le représentant de sa propre famille des Ailudés, sera en 1869 où il décrit le taxon comme suit .
Évolution de la position phylogénétique Durant les XIXe et XXe siècles, la position de la famille est restée très controversée, les études morphologiques suggérant tour à tour des liens avec les Procyonidés, les Ursidés, ou même les pinipèdes (Pinnipedia). Le tournant phylogénétique est amorcé par les travaux du paléontologue allemand Norbert Schmidt-Kittler en 1981 et du paléontologue polonais Mieczysław Wolsan en 1993, incluant des formes fossiles et récentes, qui identifient les Ailuridés comme un groupe étroitement lié aux mustéloïdes (Musteloidea) tout en occupant une position basale. En 1998, le paléontologue américain John J. Flynn et le biologiste moléculaire Michael A. Nedbal sont les premiers auteurs à placer le genre Ailurus dans sa propre famille sur la base de données moléculaires. Depuis lors, de nombreuses analyses de phylogénie moléculaire ont étayé cette classification, bien que les relations de parenté exactes entre les Ailuridés, les Méphitidés (Mephitidae), les Procyonidés et les Mustélidés fassent l'objet de plusieurs hypothèses concurrentes selon Klaus-Peter Koepfli et al. (2017). Par ailleurs, des analyses par horloge moléculaire estiment que la lignée des Ailuridés aurait divergé des autres mustéloïdes durant l'Oligocène, la radiation évolutive de l'ensemble du groupe trouvant ses racines dans la transition Éocène-Oligocène avec l'Asie comme centre potentiel.
Taxonomie interne La taxonomie interne des Ailuridés a considérablement évolué au fil de l'histoire des recherches. Avant 1997, la famille comprenait cinq genres et environ 16 espèces, dont seulement deux genres, Ailurus et Parailurus, étaient rattachés aux Ailurinés. Dans la synthèse des paléontologues Michael Morlo et Stéphane Peigné (2010), on dénombrait déjà neuf genres, dont cinq ailurinés, pour un total d’environ 26 espèces.
Une révision phylogénétique réalisée par Jorge Morales et al. (2025) sur la base de nouveaux fossiles provenant du Miocène de Madrid a conduit à une réorganisation complète, divisant les Ailuridés en trois sous-familles : Les Ailurinés (Ailurinae) : comprend les genres Ailurus, Parailurus et Pristinailurus. Au sein des Ailurinés, le paléontologue américain Steven C. Wallace et l'écologue Lauren M. Lyon (2022) ont distingué deux tribus : les Ailurini avec le genre récent Ailurus, ainsi que les Pristinailurini avec les genres éteints Parailurus et Pristinailurus, les Simocyoninae : comprend les genres Simocyon, Protursus, Alopecocyon et Actiocyon, ainsi que les Magerictinae, nouvellement érigée en 2025 : comprend Magerictis et le genre nouvellement décrit la même année Rothictis.
Classification Liste des espèces Outre le genre Ailurus, la famille des Ailuridés comprend sept genres éteints, dont la plupart sont rattachés à trois sous-familles : les Amphictinae, les Simocyoninae et les Ailurinés : + Taxonomie historique de la famille des Ailuridés (avant la révision de 2025) Sous-famille Tribu Genre Espèce Sous-famille †Amphictinae ? Winge, 1896 — †Amphictis ? Pomel, 1853 †Amphictis borbonica Viret, 1929 †Amphictis ambigua (Gervais, 1872) †Amphictis milloquensis (Helbing, 1936) †Amphictis antiqua (de Blainville, 1842) †Amphictis schlosseri Heizmann & Morlo, 1994 †Amphictis prolongata Morlo, 1996 †Amphictis wintershofensis Roth, 1994 †Amphictis cuspida Nagel, 2003 †Amphictis timucua J.A. Baskin, 2017 Sous-famille †Simocyoninae Dawkins, 1868 — †Actiocyon Stock, 1947 †Actiocyon parverratis Smith et al., 2016 †Actiocyon leardi Stock, 1947 †Alopecocyon Camp & Vanderhoof, 1940 †Alopecocyon getti Mein, 1958 †Alopecocyon goeriachensis (Toula, 1884) †Protursus Crusafont & Kurtén, 1976 †Protursus simpsoni Crusafont & Kurtén, 1976 †Simocyon Wagner, 1858 †Simocyon primigenius (Roth & Wagner, 1854) †Simocyon diaphorus (Kaup, 1832) Sous-famille Ailurinae J.E. Gray, 1843 — †Magerictis Ginsburg et al., 1997 †Magerictis imperialensis Ginsburg et al., 1997 Tribu Pristinailurini Wallace & Lyon, 2022 †Pristinailurus Wallace & Wang, 2004 †Pristinailurus bristoli Wallace & Wang, 2004 †Parailurus Schlosser, 1899 †Parailurus anglicus (Dawkins, 1888) [syn. †Parailurus hungaricus] †Parailurus tedfordi Wallace & Lyon, 2022 †Parailurus baikalicus Sotnikova, 2008 Tribu Ailurini Ailurus F. Cuvier, 1825 Ailurus fulgens F. Cuvier, 1825 – Petit panda
Systématique actuelle En 2025, une étude approfondie décrivant de nouveaux spécimens de Magerictis imperialensis a également réexaminé la phylogénie de toute la famille ; elle place Magerictis et le nouveau genre Rothictis dans la nouvelle sous-famille des Magerictinae, démontre que les Simocyoninae sont paraphylétiques par rapport aux Ailurinae, et rétablit la famille des Amphictidae pour le genre Amphictis ainsi que le nouveau genre Bonisictis :
+ Taxonomie des Ailuridés (après la révision de Jorge Morales et al., 2025) Sous-famille Tribu Genre Espèce †Magerictinae Morales et al., 2025 Magerictis Ginsburg et al., 1997 †Magerictis imperialensis Ginsburg et al., 1997 †Rothictis prolongata (Morlo, 1996) †Simocyoninae Dawkins, 1868 Actiocyon Stock, 1947 †Actiocyon parverratis Smith et al., 2016 †Actiocyon leardi Stock, 1947 Alopecocyon Camp & Vanderhoof, 1940 †Alopecocyon leptorhynchus (Filhol, 1881) [syn. Alopecocyon goeriachensis] Protursus Crusafont & Kurtén, 1976 †Protursus simpsoni Crusafont & Kurtén, 1976 Simocyon Wagner, 1858 †Simocyon batalleri Viret, 1929 †Simocyon diaphorus (Kaup, 1832) †Simocyon hungaricus Kadic & Kretzoi, 1927 †Simocyon primigenius (Roth & Wagner, 1854) †Simocyon marshi Thorpe, 1921 Ailurinae Gray, 1843 Pristinailurini Wallace & Lyon, 2022 †Parailurus Schlosser, 1899 †Parailurus anglicus (Dawkins, 1888) †Parailurus tedfordi Wallace & Lyon, 2022 †Parailurus baikalicus Sotnikova, 2008 †Pristinailurus Wallace & Wang, 2004 †Pristinailurus bristoli Wallace & Wang, 2004 Ailurinae Gray, 1843 Ailurini Gray, 1843 Ailurus Cuvier, 1825 Ailurus fulgens Cuvier, 1825 Ailurus styani O. Thomas, 1902
Phylogénie Cladogramme externe Le cladogramme est fondé sur la phylogénie moléculaire de six gènes par Flynn et al. (2005), avec les mustéloïdes mis à jour selon l'analyse multigénique de Law et al. (2018) :
Cladogramme Interne Arbre phylogénétique selon Morales (2025):
Évolution Les ailuridés incontestablements les plus anciens proviennent de l'Oligocène supérieur d'Europe. Amphictis, longtemps traité comme le membre le plus basal des Ailuridés, est connu de l'Oligocène supérieur, au Chattien, zone paléogène de mammifères MP 28, il y a environ 25 millions d'années, par l'intermédiaire de plusieurs gisements situés en Europe . La révision phylogénétique de 2025 a toutefois transféré Amphictis dans la famille révalidée des Amphictidae et a identifié Magerictis et Rothictis comme les formes les plus basales des Ailuridés au sens stricte. Les deux genres de Magerictinae sont attestés dans le Miocène de l'Eurasie. Magerictis imperialensis est documenté par de nombreuses découvertes provenant du Miocène moyen, il y a environ 15,5 à 13,5 millions d'années, du bassin paléogène de Madrid en Espagne, et y couvre une période qui coïncide avec la transition climatique du Miocène moyen (MMCT).
Les Simocyoninae ont traversé une radiation adaptive limitée au cours du Miocène moyen et supérieur en Eurasie et en Amérique du Nord. Simocyon, le genre le plus connu de cette sous-famille, a atteint approximativement la taille d'un puma actuel et est attesté dans le Miocène supérieur et le Pliocène inférieur d'Europe, d'Asie et de manière sporadique en Amérique du Nord. Les restes les mieux conservés proviennent du piège à carnivores du Miocène supérieur de Batallones-1, près de Madrid. Sont également rattachés aux Simocyoninae Alopecocyon du Miocène moyen d'Europe, Actiocyon du Miocène moyen et supérieur d'Amérique du Nord, et Protursus du Miocène supérieur d'Europe, bien que les délimitations des genres au sein de ce groupe fassent parfois l'objet de discussions controversées.
Les Ailurinés, la sous-famille à laquelle appartient également les Ailures actuels, apparaissent pour la première fois au Pliocène. Pristinailurus bristoli est connu du Pliocène inférieur dans Hemphillien, du site fossilifère de Gray dans le Tennessee, aux États-Unis, et était nettement plus grand que les Ailures actuels. Le genre Parailurus était largement répandu sur les continents septentrionaux au cours du Pliocène, avec des signalements en Europe, en Asie et en Amérique du Nord. Sa dentition présente déjà des traits prononcés d'adaptation hypocarnivore et omnivore, correspondant à ceux des Ailures actuels, bien que sa taille soit moitié plus supérieure à celle des formes actuelles.
Bien que les Ailures actuels ne soient limités qu’aux régions montagneuses d'Asie du Sud-Est, le registre fossile démontre que les Ailuridés ont autrefois été représentés sur tous les continents septentrionaux et ont présenté la plus forte diversité en Europe pendant la majeure partie de leur histoire évolutive. La dissémination vers l'Asie et l'Amérique du Nord s'est produite à différentes périodes au cours du Miocène et du Pliocène. Les Ailures apparaissent au cours du Pléistocène moyen de la Chine.
Caractéristiques vignette|droite|Illustration d’une reconstitution du crâne de l’espèce Simocyon batalleri, par M. Antón, 2005. Les Ailuridés réunissent un ensemble de caractères diagnostiques qui les circonscrivent au sein des Mustéloïdes. Un caractère dentaire central de la famille est l'allongement prononcé du talonide sur la deuxième molaire inférieure (m2) en raison du développement marqué de l'hypoconulide, ce qui engendre un troisième lobe. Ce trait relie les ailurinés récents à divers représentants fossiles de la famille, mais il est moins prononcé chez les formes plus basales des Magerictinae, que chez les Ailurinés spécialisés, et il est absent chez les Amphictidae.