Littéralement, « le Hollandais volant ». — Le Hollandais volant, en français Le Vaisseau fantôme — est un opéra allemand de Richard Wagner, créé en 1843.

Quatrième opéra de Richard Wagner, il marque encore une transition entre le style dominant de l'opéra de la première moitié du et la révolution formelle à laquelle aspirait le compositeur ; on y retrouve cependant déjà certains des grands thèmes de l'univers wagnérien : l'errance, l'arrivée d'un personnage inconnu, le sacrifice et la rédemption par l'amour.

L'opéra fut créé le à Dresde. En 1860, Wagner révisera partiellement la partition, notamment le finale, afin d'insister sur l'idée de rédemption.

Il dure environ deux heures quinze, sans interruption.

Historique Inspiration

Il semble que ce soit dans un récit de voyages en mer par l'Écossais John MacDonald intitulé Travels in various part of Europe, Asia and Africa during a serie of thirty years and upward publié en 1790 que figure pour la première fois une assez courte référence au . Il y est fait état d'une croyance superstitieuse propagée par les marins à la suite du naufrage d'un vaisseau de guerre hollandais durant une tempête, vaisseau qui serait par la suite brièvement apparu sous une forme fantomatique à son ancien bâtiment d'accompagnement.

Mais il faut attendre 1821 pour voir publier une version écrite détaillée de la légende dans un journal britannique. Ce qui parait en être la première version française a été publiée par Auguste Jal en 1832Augustin Jal, Scènes de la vie maritime, Charles Gosselin, Paris, 1832. Elle peut être résumée de la façon suivante :

Un navire hollandais est pris dans une violente tempête alors qu'il tente de franchir le cap de Bonne-Espérance. L'équipage supplie le capitaine de chercher un abri mais il refuse et s'enferme dans sa cabine pour fumer et boire. La tempête s'aggravant encore, le capitaine défie le ciel de couler le navire. Une forme lumineuse se matérialise à bord du bâtiment devant l'équipage terrorisé. Le capitaine injurie alors l'apparition, braque sur elle un pistolet et tire, mais l'arme lui explose dans la main. Une voix s'élève alors pour lui déclarer : Cette légende inspira, en 1834, une nouvelle au poète allemand Heinrich Heine, Mémoires de Monsieur de Schnabelewopski, qui, mêlée à d'autres éléments de la légende, servit de thème au livret de l'opéra de Richard Wagner ..

vignette|Maison de Meudon en France où fut achevé l'opéra.|alt=Vue de la façade de la maison où Wagner a terminé l'opéra Wagner est enthousiasmé par le sujet quand en 1838 il lit pour la première fois à Riga Mémoires de Monsieur de Schnabelewopski de Heine., où un capitaine fantomatique est voué à naviguer sur les mers pour toujours afin de racheter l'amour d'une femme.. Malgré son enthousiasme pour cette légende, il ne rédige pas immédiatement d'esquisse sur le sujet, ce n'est que durant son voyage avec sa famille vers Paris que la créativité de Wagner est réveillée. Il embarque à bord d'un navire de commerce en direction de l'Angleterre. Le , une terrible tempête éclate et le , le capitaine du navire est obligé de faire une escale dans un fjord norvégien : Sandvika... C'est là que Wagner entend les cris et les chants des marins locaux qui deviendront le futur chant des marins de son opéra, ., c'est aussi là qu'il entend le terme (littéralement : En langue norvégienne « tjener » signifie « servante ». Le participe présent du verbe « servir » est « tjente ».) qui deviendra le nom de l'héroïne de son opéra : ..

Composition Composition initiale À la fin de l'hiver 1840, Wagner commence à composer quelques thèmes comme La Ballade de Senta (Ballade du Vaisseau fantôme). Léon Pillet, directeur du Grand Opéra de Paris est séduit par l'idée du Hollandais volant et demande à Wagner de lui céder son plan pour en donner le livret à Paul Foucher (beau-frère de Victor Hugo) et la musique à Louis-Phillippe Dietsch.. Wagner abandonne son Hollandais volant en France, . et a pour projet de composer la musique et le livret d'un Hollandais volant pour l'Allemagne. Entre le 18 et le , le manuscrit du Hollandais volant est terminé et Wagner en composa la musique en sept semaines, ..

Révision de 1860 En 1860, Wagner révisa partiellement la partition notamment l'ouverture, et le finale en insistant sur l'idée de rédemption (à la manière de Tristan und Isolde ou du Ring), en effet le thème de la rédemption ne fait son apparition qu'en 1860 lors d'un concert donné à Paris.

Création L'opéra est terminé, il faut le faire jouer : Wagner le propose à Leipzig, Berlin et Munich, où il est refusé. Il est accepté à Dresde, mais n'est représenté que quatre fois, malgré l'enthousiasme du public.

L'opéra est créé le à Dresde, au Königlich Sächsisches Hoftheater, sous la direction du compositeur.

Wilhelmine Schröder-Devrient joue le rôle de Senta et elle est considérée comme la seule actrice convaincante de la distribution ; Wagner est alors déçu de ne pas avoir apporté plus de soin au choix de ses chanteurs, ..

L'opéra est créé pour la première fois en France en 1893 à l'Opéra de Lille, pour la première fois aux États-Unis à New York le et pour la première fois en Grande-Bretagne le au théâtre de Drury Lane à Londres..

Présentation Titre original : Der fliegende Holländer Titre français : Le Vaisseau fantôme ou Le Hollandais volant Genre : Opéra romantique en trois actes Durée : environ Numéro de catalogue : Wagner-Werk-Verzeichnis 63 Livret du compositeur, d’après les Mémoires de Monsieur de Schnabelewopski d’Heinrich HeineHeinrich Heine, Die Memoiren des Herrn von Schnabelewopski, livre I, chapitre Langue : Allemand Dates de composition : Livret : Esquisse en français de mai à , rédaction de mai à Musique : De mai à et de mai à Dédicataire : Ida von Lüttichau Création : Königlich Sächsisches Hoftheater, Dresde, , sous la direction du compositeur. Entrée au répertoire du Festival de Bayreuth : 1901. Direction musicale : Felix MottlAffiche de la première Éditeur : B. Schott’s Söhne, Mayence

Personnages Le Hollandais (baryton-basse) : Ce personnage vit dans un univers mythique (il est condamné à errer sur les mers), de ses colères ressort un sentiment de lassitude. Le rôle, vocalement hybride (Fa # grave au fa aigu), est fait pour une basse capable de monter dans les notes aiguës ou un baryton au registre grave plus long, puissant et facile que celui d'un vrai baryton. L'interprète doit pouvoir utiliser tout son timbre pour permettre de faire ressortir le désespoir et la violence quand le compositeur le demande... Daland, un riche marchand norvégien (basse) : Ce personnage est la figure du père qui même s'il est attiré par l'or, vend sa fille à un marin inconnu. Ce rôle est joué par une basse qui doit pouvoir utiliser la technique du bel canto... Senta (soprano) : C'est la fille de Daland, c'est un être qui fuit la réalité et préfère le surnaturel. Son rôle est joué par une soprano possédant une grande tessiture (du si bémol grave au si aigu), ce rôle exigeant nécessite d'être interprété par une grande voix de soprano lyrique, Le nom Senta s'inspire du mot traditionnel tjenta qui signifie une servante.. Erik (ténor) : C'est un chasseur et aussi le fiancé de Senta, il est l'incarnation de l'amour . Ce rôle doit être joué par un ténor lyrique. Mary (mezzo-soprano) : C'est la nourrice de Senta. Bien que son rôle soit court, il nécessite une voix d'alto puissante. Le pilote de Daland (ténor) : Le pilote a une grande importance psychologique, c'est le gardien des hommes. Au niveau musical son rôle n'apporte que du beau chant et des mélodies apaisantes, il doit être interprété par un ténor léger (jusqu'au si bémol aigu). Matelots norvégiens, l’équipage du Hollandais volant, jeunes filles.

Orchestration L'effectif orchestral comprend : 1 piccolo, 2 flûtes, 2 hautbois, 1 cor anglais, 2 clarinettes, 2 bassons ; 4 cors, 4 trompettes, 3 trombones, 1 tuba ; timbales, machine à vent, tam-tam ; harpe, violons, altos, violoncelles, contrebasses..

Instrumentation de Der Fliegende HolländerCordespremiers violons, seconds violons, altos, violoncelles, contrebasses, harpeBois1 piccolos, 2 flûtes, 2 hautbois, 1 cor anglais

2 clarinettes en si ♭, 2 bassonsCuivres4 cors en mi ♭, 4 trompettes

3 trombones, 1 tubaPercussionstimbales, tam-tam, machine à vent

Argument L'ouverture est remarquable ; c'est la première fois que Wagner emploie réellement et avec brio le leitmotiv dans une ouverture d'opéra dont la fonction sera dorénavant de résumer l'action. L'ouverture commence ex abrupto par le motif vif, féroce, et orageux du Hollandais volant, l'orchestration atteint déjà un degré de fureur incroyable. Mais le navire mouille sur une côte et l'orchestre s'apaise peu à peu. Le motif du Hollandais est réexposé piano: il espère briser la malédiction. Introduction du motif de Senta (extrait de sa « ballade »)..

Acte I Pris dans une tempête, le vaisseau norvégien de Daland est obligé de mouiller dans une baie de la côte norvégienne loin de leur village, alors que Daland se voyait déjà retourner auprès de sa fille Senta. Laissant son pilote veiller, Daland va se reposer. Le pilote, exténué, tente de se tenir éveillé en chantant, mais terrassé par la fatigue il s'endort.

Le vaisseau maudit du Hollandais arrive, voiles rouges, mâts et coque noirs. Dans un grand air très dramatique ('Récit du Hollandais' : 'Die Frist ist um'), le Hollandais se désespère de son sort qui l'oblige à errer sans cesse sur les océans pour l'éternité, à cause du blasphème qu'il proféra un jour de tempête lors du franchissement difficile d'un cap. Sur la prière de son ange gardien, il lui a été accordé de pouvoir toucher terre tous les sept ans, et si alors une femme se révèle capable de l'aimer de manière absolue, jusque dans la mort, il pourra enfin mourir et connaître la paix, et son équipage avec lui.

Daland se réveille, remarque l'arrivée du vaisseau du Hollandais, sermonne son pilote qui se réveille en sursaut, voit le navire, et hèle quelqu'un. Le Hollandais revient, Daland et lui se saluent ; dans la discussion le Hollandais demande à Daland s'il a une fille, si elle est honnête et fidèle. Sur la réponse affirmative de Daland, il la demande en mariage, en échange des immenses richesses que transporte son bateau. L'accord est bientôt scellé, et la tempête calmée, la douce brise du sud se levant, les deux navires reprennent leur route.

Acte II Au village, les femmes attendent le retour des marins, en filant la laine ('Chœur des Fileuses'). Les jeunes femmes demandent à Mary de chanter la ballade du Hollandais, elle s'y refuse vigoureusement car cela porte malheur. Senta chante alors elle-même la complainte du Hollandais, malgré les protestations de Mary. Elle est obsédée par le personnage, dont un portrait imaginaire en peinture figure sur un mur de la maison. Peu à peu gagnée par l'exaltation de son chant, profondément pénétrée de compassion pour le sort du malheureux marin damné, elle décide que ce sera elle la salvatrice du Hollandais et aucune autre. Survient Erik, qui supplie sa promise de revenir à la raison, mais en vain.

Soudain, Daland et le Hollandais paraissent sur le seuil. Senta est médusée à la vue du Hollandais, qui est trait pour trait celui du tableau. Daland fait les présentations et annonce à Senta qu'il l'a promise en mariage à l'étranger. Senta et le Hollandais restent silencieux, les yeux dans les yeux. Daland alors s'éclipse en faisant sortir tout le monde.

Senta et le Hollandais se découvrent et se rapprochent. Quand le Hollandais lui demande si elle acceptera la volonté de son père elle lui promet un amour indéfectible. Daland et sa maisonnée reviennent : réjouissance générale.

Acte III