thumb|250px|La Vieille-Seille à Marsal Le briquetage de la Seille est un vaste site archéologique de l'âge du Fer, constitué d'immenses accumulations de terre cuite, correspondant aux restes d'une exploitation "proto-industrielle" des sources salées naturelles de la vallée de la Seille, au sud du département de la Moselle.
Présentation du site
Qu'appelle-t-on briquetage? Ces vestiges de terre cuite correspondent aux déchets de production de salines celtiques et gauloises exploitant les sources salées de vallée, qui sont alimentées par la dissolution d'une couche de sel gemme du trias supérieur (Keuper) située localement à moins d'une centaine de mètres de profondeur.
Le terme briquetage a été introduit au par l'ingénieur royal Artézé de la Sauvagère, chargé en 1699 des travaux de fortification de la place de Marsal, sous les ordres de Vauban. C'est à l'occasion de ces terrassements que d'épaisses couches de restes de terre cuite ont été découvertes, auxquels les habitants donnaient le nom de "briquetis" ou "briquetage". Devenu un terme international de l'archéologie du sel, le briquetage désigne des restes de récipients et d'appareillages de fourneaux à sel en terre cuite.
La saumure était d'abord mise à filtrer et à concentrer dans des bassins. Lorsqu'elle était parvenue à saturation, celle-ci était mise à chauffer dans des fourneaux équipés de bassines en terre cuite. Le sel cristallisé pouvait être conditionné ensuite dans des moules à sel, également en terre cuite. Les moules étaient brisés sur place pour en retirer les pains de sel, destinés à l'exportation.
Dans la vallée de la Seille, l'essor de cette technique ignigène d'extraction du sel date de la période du premier âge du Fer, dans le courant du VIe s. av. J.-C. Dans une seconde phase, datée du second âge du Fer (IIe-Ier s. av. J.-C.), les volumes de déchets de production suggèrent le passage à une exploitation de type "proto-industrielle", avant que cette technique ne soit abandonnée au début de l'époque romaine, au profit de celle dite des "poêles à sel".
La chronologie du briquetage de la Seille
Avant le briquetage de la Seille L'exploitation des sources salées naturelles de la vallée de la Seille débute vraisemblablement au Néolithique final, durant lequel apparaît une concentration de sites d'habitats situés aux alentours immédiats. La découverte de vestiges de l'âge du Bronze suggère également l'existence d'une activité d'extraction du sel, dont les traces archéologiques ne sont pas identifiées.
La phase ancienne du briquetage de la Seille L'apparition du briquetage semble simultanée sur tous les sites de la vallée, où elle se produit dans le courant de la deuxième moitié du VIe s. av. J.-C. Les zones d'ateliers, qui atteignent des surfaces de 1 à 5 hectares, sont alors dispersées sur l'ensemble de la vallée, de Salonnes à Marsal. Elles sont abandonnées entre la fin du VIe s. et le début du Ve s. av. J.-C.
La phase récente du briquetage de la Seille Dans une seconde phase, datée des IIe-Ier s. av. J.-C., les ateliers se concentrent à l'emplacement de trois centres de production majeurs, sur lesquels se développeront les agglomérations de Vic-sur-Seille, Moyenvic et Marsal au cours de l'époque romaine. La production du sel atteint alors un véritable stade "proto-industriel" et parait se poursuivre jusque dans les premières décennies du Ier s. de notre ère.
Après le briquetage de la Seille La technique de cuisson de la saumure dans des fourneaux en terre cuite est abandonnée au cours de l'époque romaine, où elle est remplacée par celle des poêles à sel, dont l'usage a perduré jusqu'à la révolution industrielle du . Les bassines à saumure en terre cuite sont alors abandonnées au profit de plaques de chauffe de la saumure en plomb, puis en ferJean-Claude Hocquet, Hommes et paysages du sel. Une aventure millénaire, éd. Actes Sud, 2001.
La topographie des zones d'ateliers Les accumulations de déchets de cette industrie d'extraction du sel s'étendent sur une longueur de près de 11 kilomètres. Ils sont répartis en sept pôles d'ateliers principaux :
l'écart de Burthecourt, sur le territoire de la commune de Salonnes. Les accumulations de briquetage y atteignent une épaisseur de 7,55 m et couvrent une surface totale d'environ 5 hectares. La masse des rejets de production est principalement constituée d'éléments techniques de la phase ancienne du Briquetage de la Seille. le village de Salonnes. Les constructions du village sont établies sur deux accumulations de briquetage d'une épaisseur d'environ 5 m. La masse des rejets de production est constituée d'éléments techniques de la phase ancienne du Briquetage de la Seille. Leur extension n'est pas connue pour le moment avec précision. le bourg de Vic-sur-Seille. L'extension et l'épaisseur des accumulations de briquetage, qui sont recouvertes par d'importantes stratigraphies urbaines, ne sont pas connues avec précision. La masse des rejets est constituée d'éléments techniques de la phase récente du Briquetage de la Seille. l'éminence du "Châtry" entre Vic-sur-Seille et Moyenvic.Les accumulations de briquetage y atteignent un diamètre d'environ 400 m, pour une épaisseur de 4,50 m. La masse des rejets est constituée d'éléments techniques de la phase ancienne du Briquetage de la Seille. Un secteur d'atelier de la même période a été détecté à l'occasion des recherches récentes, s'étendant sur une surface de plus de 7 hectares. le bourg de Moyenvic. Les accumulations de briquetage y atteignent une épaisseur d'environ 11 m. La masse des rejets est constituée d'éléments techniques de la phase récente du Briquetage de la Seille. Un vaste secteur d'ateliers de la phase ancienne a été détecté à l'est et au sud-est du bourg à l'occasion des recherches récentes sur une surface d'environ 25 hectares. la plaine alluviale de Marsal. Une série de zones d'ateliers s'étendent sur des surfaces de 1 à 8 hectares, sur une longueur d'environ 1,5 km. L'épaisseur des accumulations atteint 2 à 4 m. La masse des rejets est principalement constituée d'éléments techniques de la phase ancienne du Briquetage de la Seille. le bourg de Marsal. Les accumulations de briquetage y atteignent une épaisseur d'environ 7,50 m. La masse des rejets est constituée d'éléments techniques des phases ancienne et récente du Briquetage de la Seille.
Un patrimoine exceptionnel en partie protégé Le briquetage de la Seille est l'un des plus importants sites de production du sel de l'Europe ancienne. Seul le briquetage de Marsal est classé au titre des monuments historiques par décision publiée dans le Journal officiel du .
Trois siècles de recherches
Les premières recherches du XVIIIe siècle Les premiers travaux de reconnaissance du briquetage de la Seille sont réalisés dans les premières années du XVIIIe siècle par l'ingénieur royal Félix Le Royer de La Sauvagère, chargé des travaux de construction des fortifications de Marsal, sous la direction de Vauban. La présence d'accumulations de briquetage est attestée sous les fondations des villes de Marsal et de Moyenvic, ainsi qu'à l'écart de Burthecourt. vignette|Plan du Briquetage de Marsal d'après la Sauvagère (1740) Ces vestiges considérables, dont la finalité n'est pas comprise, sont alors attribués aux Romains. On imagine qu'ils ont servi de remblais pour édifier des agglomérations fortifiées dans la vallée de la Seille.
Les premières fouilles allemandes À l'occasion du Congrès international de la Société d'anthropologie de Berlin de 1901, des fouilles de grande ampleur sont effectuées sur le site de Burthecourt par l'archéologue allemand Johann Baptist Keune, conservateur du musée de Metz. Une accumulation de plus de 7 m de briquetage y est mise en évidence.
Les fouilles permettent d'obtenir une première datation de l'atelier de Burthecourt au premier âge du Fer. Les restes de briquetage sont attribués à une industrie d'extraction du sel utilisant la chaleur pour chauffer la saumure des sources salées locales.
C'est à cette occasion que le terme "briquetage" est adopté par la communauté scientifique internationale pour désigner les accumulations de déchets de terre cuite ayant servi à extraire le sel de la saumure par une méthode ignigène; c'est-à-dire faisant appel à la chaleur produite artificiellement dans des fourneaux.
Les recherches des années 1960 et 1970 Une série de campagnes de sondages est effectuée entre 1969 et 1976 sur les différents sites de briquetage identifiés dans la vallée de la Seille, par Jean-Paul Bertaux, ingénieur de recherches au Service régional d'Archéologie de Lorraine. vignette|Vases en céramique de Marsal "Pransieu" (Moselle) Ces recherches permettent d'esquisser une première typologie des différents types de récipients en terre cuite utilisés à la fois pour chauffer la saumure et mouler des pains de sel. Les premiers fourneaux sont identifiés en 1976 dans la zone d'ateliers du "Pransieu" à Marsal.
Le programme de recherches pluridisciplinaires des années 2000 et 2010 Un programme de recherches pluridisciplinaires, mené de 2001 à 2017, a renouvelé nos connaissances sur cette exploitation du sel aux époques celtique et gauloise. Conduites par le musée d'Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye sous la direction de l'archéologue Laurent Olivier, ces recherches ont mobilisé une vingtaine de laboratoires et d'universités en France et à l'étranger.
Les reconnaissances géophysiques préliminaires vignette|Prospection géophysique héliportée de la vallée de la Seille (Moselle) Une première campagne de prospection géophysique aéroportée a été entreprise en 2001 en collaboration avec le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Effectuées par le Bundesanstalt für Geowissenschaften und Rohstoffe (BGR) de Hanovre (Allemagne), ces prospections héliportées ont été menées sur une surface d'environ 70 km², afin de déterminer l'extension des résurgences d'eau salée et des accumulations de terre cuite dans la vallée. vignette|Fourneaux à saumure de Marsal "Pransieu" (Moselle) Des prospections géomagnétiques au sol ont ensuite été conduites sur chacun des secteurs détectés, afin d'obtenir une cartographie détaillée de la structure interne des zones d'ateliers, dont certaines s'étendent sur des surfaces de plusieurs dizaines d'hectares. Confiées au groupe Posselt und Zickgraf Prospektionen (PZP) de Marburg (Allemagne), ces recherches ont couvert une surface totale de plus d'une centaine d'hectares jusqu'en 2017.
Les travaux de reconnaissance bio-stratigraphiques Parallèlement à ces reconnaissances géophysiques extensives, un programme de carottages géo-archéologiques a été mené à l'échelle de la vallée supérieure de la Seille, afin de déterminer les grandes séquences de transformation du cadre paléo-environnemental dans lequel se sont développés les sites d'exploitation du sel de l'âge du Fer. Confiés au groupe ArchaeoScape de l'université de Londres (Grande-Bretagne), ces travaux ont permis de reconstituer l'histoire environnementale de la vallée, depuis le début de la période de l'Holocène (vers 10000 ans avant notre ère) jusqu'à l'époque contemporaine.
La fouille de l'atelier de sauniers celtique de La Digue à Marsal vignette|Baquet à saumure de Marsal "La Digue" (Moselle)