Thomas More, latinisé en Thomas Morus (, Londres – , Londres), est un saint catholique, juriste, historien, philosophe, humaniste, théologien et homme politique anglais. Grand ami d'Érasme, érudit, philanthrope, il participe pleinement au renouveau de la pensée qui caractérise cette époque, ainsi qu'à l'humanisme, dont il est l'un des représentants anglais.
Nommé « ambassadeur extraordinaire », puis « chancelier du roi » par , il désapprouve le divorce du roi et refuse de cautionner le schisme avec Rome : il démissionne de sa charge en 1532. Devant la persistance de son attitude, il est emprisonné, puis décapité comme « traître ».
Béatifié le par Léon XIII, Thomas More est canonisé le par le pape .
Biographie Famille et études vignette|gauche|350px|La Famille de Sir Thomas More par Rowland Lockey d'après Hans Holbein le Jeune (1594).
Thomas More est le fils de l'homme de loi londonien John More (c. 1451-1530)Keith Watson, Sir Thomas More, dans Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée (Paris, Unesco : Bureau international d’éducation), vol. XXIV, 1-2, 1994, ., et d'Agnes MoreNée Agnes Graunger, Granger ou Grainger.. Page du cardinal Morton, archevêque de Cantorbéry, de 1490 à 1492, il intègre grâce à ce dernier l'université d'Oxford à partir de 1492.. En 1494, Thomas s'intéressant de plus en plus aux écrits grecs et latins, son père décide de l'envoyer dans une école de droit, New Inn, et à Lincoln's InnSeymour Baker House, « More, Sir Thomas (1478–1535) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, édition en ligne, janvier 2008. ; parmi ses maîtres, John Colet et Érasme deviendront ses amis. Inscrit à vingt et un ans au barreau des avocats, il enseigne le droit jusqu'en 1510. Il devient l'avocat des marchands de la City et est élu juge (under-sheriff) en 1510 par les habitants de Londres.
Vers 1503, il fait une longue retraite à la chartreuse de Londres, puis épouse Jane Colt en 1505, avec qui il a trois filles et un fils.
Selon Érasme,
À la mort de sa femme en 1511, il se remarie avec Alice Middleton, veuve et mère de deux enfants. Une partie de sa célébrité de son vivant lui vient de l'éducation de haut niveau qu'il fait donner à ses enfants, filles comme garçons.
Carrière politique sous Henri VIII vignette|Le roi Henri VIII.
Membre du Parlement à partir de 1504, il s'élève contre les taxes demandées par le roi Henri VII pour la guerre d'Écosse. Le roi fait emprisonner son père et Thomas More se retire en France (1508). L'avènement d'Henri VIII en 1509 le fait revenir en Angleterre et marque le début d'une brillante carrière politique de plus de vingt ans.
D'abord au service du tout-puissant cardinal Thomas Wolsey, administrateur de ses biens, Thomas More est bientôt nommé par le Roi maître des requêtes, puis à son Conseil privé, et on l'envoie en missions diplomatiques et commerciales aux Pays-Bas (1515), où il rédige L'Utopie, puis à Calais (1517). En 1521, il est nommé trésorier de la Couronne ; en 1523, il est élu, contre son gré, speaker du Parlement, et occupe ce poste d'avril à août. La même année, il commence à participer à la polémique contre les thèses de Luther, ce pour quoi son ami l'évêque Tunstal le mandate en 1528 (il rédige en cinq ans, de 1528 à 1533, sept livres en anglais de réfutation de ces thèses).
Nommé chancelier du duché de Lancastre en 1525, il fait partie de la délégation qui négocie en 1529 la paix avec l'Espagne. La même année, la disgrâce du cardinal Wolsey le fait accéder à la plus haute charge, celle de lord chancelier, premier laïc nommé à ce poste. En tant que lord chancelier, il fait emprisonner quarante personnes acquises aux idées de Luther. En 1531, il fait appliquer la sentence rendue contre condamné à être brûlé vif à Smithfield ; cinq autres condamnations suivent.
Mais la volonté du roi d'épouser Anne Boleyn, dont il s'est épris en 1527, afin d'avoir un fils légitime, se heurte au refus du pape d'annuler le mariage royal avec Catherine d'Aragon, ce qui amène Henri VIII à rompre avec Rome.
More refuse de signer une lettre des dirigeants religieux et des aristocrates anglais demandant au pape d'annuler le mariage d'Henri et de Catherine. En 1531, il présente sans succès sa démission après avoir été obligé de prêter un serment déclarant le roi Chef suprême de l'Église d'Angleterre, auquel il ajoute la mention : . En 1532, il obtient du roi d'être relevé de ses fonctions, se prétendant malade et atteint de vives douleurs à la poitrine.
Rupture avec Henri VIII Accusations de trahison
En 1533, More refuse d'assister au couronnement d'Anne Boleyn, le . En pratique, ce n'était pas un acte de trahison : More avait écrit au roi, reconnu la royauté d'Anne et exprimé son désir de voir le roi heureux. Mais son amitié avec l'ancienne reine, Catherine d'Aragon, le retient d'assister au triomphe d'Anne, ce qui est interprété comme une insulte envers elle.
Peu après, More est accusé d'avoir accepté des pots-de-vin, mais en l'absence de toute preuve, ces charges sont rapidement abandonnées. En 1534, il est accusé d'avoir comploté avec Elizabeth Barton, une religieuse qui avait émis des prophéties mettant en cause le divorce du roi. More produit alors une lettre dans laquelle il ordonne à Barton de ne pas se mêler des affaires de l'État.
Jugement Le de la même année, More est convoqué devant une commission afin de jurer allégeance à l'Acte de succession du Parlement. More reconnaît le droit du Parlement de déclarer Anne légitime reine d'Angleterre, mais refuse de prêter serment à cause d'une préface qui affirme l'autorité du Parlement en matière religieuse, déniant cette compétence au pape :
Quatre jours après, il est emprisonné à la tour de Londres, où il écrit son Dialogue du réconfort dans les tribulations.
Le , More, présenté à des juges parmi lesquels se trouve le nouveau lord chancelier - Sir Thomas Audley - ainsi que les père, frère et oncle d'Anne Boleyn, est accusé de haute trahison pour avoir nié la validité de l'Acte de succession. More pense qu'il ne peut être reconnu coupable s'il ne nie pas explicitement que le roi est à la tête de l'Église. Aussi refuse-t-il de répondre à toute question demandant son opinion sur le sujet. Thomas Cromwell, alors le plus puissant des conseillers du roi, demande au Solicitor General, Richard Rich, de témoigner que More a, en sa présence, nié que le roi était le légitime dirigeant de l'Église. Bien que ce témoignage soit manifestement un parjure (Richard Southwell et Mr Palmer, témoins de l'entretien, ont nié avoir entendu les détails de cette conversation), le jury déclare More « coupable de trahison » (Treason Act, 1535).
Avant l'énoncé de sa sentence, More parle librement de sa croyance qu'. Il est condamné à être pendu, éviscéré et écartelé (hanged, drawn and quartered), mais le roi commue cette sentence en décapitation, par « faveur », ce qui aurait, dit-on, inspiré à More ce mot fameux :
Exécution vignette|droite|Plaque commémorative à l'emplacement de l'ancien échafaud de Tower Hill, à Trinity Square Gardens à Londres.
L'exécution a lieu le . Quand il arrive au pied de l'échafaud de Tower Hill., il dit à l'officier présent :
Il déclare sur l'échafaud qu'il meurt en . Il déclare également à l'exécuteur que sa ; il la positionne ensuite de telle manière qu'elle ne soit pas touchée.
Le corps de More est enterré à la tour de Londres, dans une tombe anonyme de la Chapelle royale de Saint-Pierre-aux-Liens. Sa tête est exhibée sur une pique sur le pont de Londres pendant une année. Sa fille Margaret Roper la récupère, en soudoyant le bourreau chargé d'enlever les têtes des suppliciés, évitant qu'elle ne soit jetée dans la Tamise, et la conserve avec des épices. Elle est trahie par des espions et emprisonnée, mais est rapidement libérée..
Sépulture Margaret meurt en 1544 et est enterrée à sa demande avec la tête de son père, d'abord dans la à Londres, puis à la mort de son mari William au début , réinhumée dans le caveau familial des Roper, dans l'église à Cantorbéry (des chercheurs ont pensé que la tête aurait pu se trouver dans la tombe qu'il avait fait ériger en 1532 dans la vieille église de Chelsea à Londres, avec sa propre épitaphe).. Cela a été vérifié en 1824 quand le caveau familial des Roper a été ouvert. La relique de la tête de Sir Thomas More a été ensuite exposée dans l'église Saint Dunstan pendant de nombreuses années.
Un inventaire du caveau familial des Roper a été réalisé du au , par les membres de la .. Le caveau a été de nouveau ouvert pour travaux, début ..
Hommages More a figuré en bonne place parmi les précurseurs du socialisme, sur un obélisque érigé au pied du Kremlin, à Moscou, de 1918 à 2013.. Il est vénéré comme saint par l'Église catholique (saint Thomas More), béatifié, , par le pape Léon XIII et canonisé, le , par le pape Pie XI. Dans le calendrier liturgique, à partir de 1970, son culte et sa fête, le , sont étendus à l'Église universelle par le pape Paul VI (fête le pour l'Église anglicane). En l'an 2000, le pape Jean-Paul II le fait saint patron des responsables de gouvernement et des hommes politiquesMotu proprio du pape Jean-Paul II pour la proclamation de saint Thomas More comme patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques le 31 octobre 2000.Saint Thomas More, patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques.. Il est aussi le saint patron des enfants adoptés, avocats, fonctionnaires et des mariages difficiles.
Un astéroïde de la ceinture principale a été nommé (37630) Thomasmore en son honneur.
Un think-tank libéral-conservateur nommé Institut Thomas More est créé en 2004.
Œuvres Thomas More est aussi connu pour son essai politique et social Libellus vere aureus nec minus salutaris quam festivo de optimo statu rei publicæ deque nova insula Utopia (L'Utopie). Celui-ci n'est toutefois qu'un élément d'une œuvre écrite considérable : traductions du grec, épigrammes latines, poésies, traités, mais aussi des ouvrages qui témoignent d'une spiritualité profonde. On peut citer à cet égard son Dialogue du réconfort dans les tribulationsVoir sur livres-mystiques.com..
Ses Œuvres complètes en anglais représentent 17 volumes in-quarto publiés par l'université Yale. The Complete Works of Thomas More, 15 volumes, en 21 tomes, édités par Yale University, New Haven et Londres, 1963-1997. Correspondence of Sir Thomas More, éd. E.F. Rogers, Princeton University Press (1947, réimpr. 1971). L'Utopie, 1516, p.ex. Éditions sociales-Messidor, 1966, 1982. L'Utopie, fac-similé du texte latin de l'éd. de Bâle de 1518, traduction, présentation et commentaires par André Prévost, Mame, 1978. EpigrammataTéléchargeable gratuitement sur le site de la bibliothèque de l'État de Bavière à Munich., Bâle, 1520. Lettre à Dorp et La supplication des âmes traduits et présentés par Germain Marc'hadour, Éd. Soleil Levant, Namur, 1962. La Tristesse du Christ, texte latin et traduction sous la responsabilité de Henri Gibaud, Pierre Téqui, 1990. Écrits de prison, précédés de La Vie de Sir Thomas More (1555) par William Roper, choix et traduction par Pierre Leyris, Seuil, 1981 ( éd. 1953) . Les Vérités dernières, trad. M. Cl. Phélippeau, s.l. [Angers], 2001. Prions avec Thomas More, trad. et présent. par G. Marc'hadour, Moreana, 1997 . Œuvres choisies, trad. et annot. par Marie Delcourt, Renaissance du Livre, 1936. Richard III, trad. Pierre Mornand, À l'enseigne du pot cassé, 1932. Dialogue du Réconfort dans les Tribulations, trad. Marie-Claire Laisney, Éd. soleil Levant, Namur, 1959. Poèmes anglais, trad. andré Crépin. Moreanaum 2004. Correspondance Thomas More et Érasme, Trad. Germain Marc'hadour et Roland Galibois, Université de Sherbrooke, 1985. Histoire, Église et Spiritualité. Choix de textes traduits sous l'autorité de Michel Taillé, Bayard, 2005.
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