Robert Smithson ( – ) est un artiste américain représentatif, entre autres, du minimalisme et l'un des fondateurs du Land art.
Auteur de nombreux textes critiques et théoriques largement diffusés par les revues d'art américaines (parfois en collaboration, avec Mel Bochner par exemple), le médium imprimé lui donne la possibilité de développer les aspects discursifs, spéculatifs et documentaires de son travail.
Le Land art est apparu dans les années 1960, alors que le mouvement écologiste aux États-Unis était en pleine croissancePar exemple Lynn Townsend White, jr donne, en 1966, une conférence sur les racines historiques de la crise écologique (The Historical Roots of Our Ecologic Crisis), avant de la publier en 1967 dans la revue Science..
Biographie Enfance et études Smithson est né à Passaic dans le New Jersey. Son père, d'abord mécanicien , est devenu vice-président d'une société de prêt. Son arrière-grand-père paternel, staffeur, avait réalisé des décors dans le métro de New York, l'American Museum of Natural History, le Metropolitan Museum of Art et une centaine d'églises. Son grand-père maternel était charron. Il a passé son enfance jusqu'à l'âge de neuf ans à Rutherford (New Jersey), à de New York. À Rutherford, le poète et médecin William Carlos Williams était le pédiatre de Smithson. Il a notamment écrit le poème épique Paterson, publié de 1946 à 58 ; ces écrits marqueront durablement Smithson qui a 20 ans en 58.
Lorsqu'il a eu neuf ans, sa famille s'était installée dans la section Allwood de Clifton (New Jersey). Très jeune, il se passionnait pour l'histoire naturelle et visitait régulièrement l'American Museum of Natural History. Puis il étudia la peinture et le dessin à la Art Students League of New York de 1955 à 1956, et ensuite, brièvement, à l'école du Brooklyn Museum.
Œuvre Premiers temps Il s'oriente, ensuite, vers la peinture abstraite. Il se voit principalement comme peintre à cette époque et ses premières œuvres exposées ont un large éventail d'influences, notamment la science-fiction, l'art catholique et le Pop artTsai, Eugenie (1991). Robert Smithson Unearthed: Drawings, Collages, Writings. New York: Columbia University Press. .. En 1961, passe trois mois à Rome, pour une exposition personnelle, et lit beaucoup (Jung, Freud, le vorticiste Wyndham Lewis, T. E. Hulme, ainsi que T.S. Eliot, Nightwood de Djuna Barnes, et Naked lunch de William Burroughs). En 1962 il procède à « une sorte d'écriture par collage », selon ses propres mots. Il réalise alors des dessins et des œuvres de collage incorporant des images d'histoire naturelle, des films de science-fiction, de l'art classique, de l'iconographie religieuse et de la pornographie, notamment des « coupures homo-érotiques de »From the Earth, but Never Limited by It, NY Times, 2005, retrieved October 21, 2009. Les peintures de 1959 à 1962 explorent les « archétypes religieux mythiques » et sont également inspirées de la Divine Comédie de Dante, telles que les peintures de 1959 du Wall of Dis et de The Inferno, Purgatory and Paradise, qui correspondent à la structure en trois parties de la Divine ComédieRoberts, Jennifer L. (2004). Mirror Travels: Robert Smithson and History. New Haven: Yale University Press. ..
Alors qu'elle travaille dans une assurance (Lederle Labs in Pearl River), tout en ayant un intérêt pour les arts et les sciences, Nancy Holt se marie avec lui en 1963. Tous deux multiplient les excursions dans leur pays natal, le New Jersey. Il se consacre alors à la sculpture, « une sorte de travail cristallin du plastique », en partie influencé par la cristallographie, à la recherche de « structures provenant d'une réflexion sur les qualités inhérentes aux matériaux ». Dans ce catalogue : Untitled, 1963-64, . Sculpture semblable , sans titre : H. 205 x L. 89 x P. 25 cm. Cadre en acier, néons roses, plaques de plastique, miroirs. Deux pyramides, l'une au-dessus de l'autre, formant unité..
Si l'intérêt de Smithson pour la littérature de science-fiction a été souvent évoquée, c'est plus précisément l'œuvre de J.G. Ballard qui semble souvent très proche de celle de Smithson. J.G. Ballard est devenu célèbre au début des années 1960 avec la publication de quatre romans-catastrophe dans lesquels la Terre, telle que nous la connaissons, est détruite par le vent, les inondations, la sécheresse et la cristallisation, respectivement. Parmi lesquels : Présentation sur Ballardian., 1964, renommé en 1965: Sécheresse (The Drought), et en 1966: La Forêt de cristal (The Crystal World) (Smithson publiera un article, The Crystal Land, en 1966, exploration d'une carrière avec Donald JuddLe pays du cristal, traduction : ). Quant à Brian Aldiss, il a publié en 1965 Terrassement (, en 1966 chez Doubleday) auquel Smithson fait allusion au tout début de « The Monuments of Passaic » : « les « earthworks » paraissaient désigner la construction de terrains artificiels ».... Dans L'entropie et les nouveaux monuments (1966), Smithson cite Keith Laumer, un extrait de The Other Side of Time (1965). Il évoque, dès les premiers mots, après un extrait de John Taine significatif, le fait que la science-fiction suggère, dans ses idées architecturales, une nouvelle forme de monumentalité qui est comparable aux œuvres de Donald Judd, Robert Morris, Sol LeWitt, Dan Flavin et à certains artistes du « » ... jusqu'à Larry Bell.
Après une rupture avec le monde de l'art, Smithson réapparait en 1964 en tant que promoteur du mouvement minimaliste. Son nouveau travail a abandonné la préoccupation du corps qui était courante dans son travail précédent et il commence à utiliser des plaques de verre et des tubes d'éclairage au néon pour explorer la réfraction visuelle et les miroirs. Sa sculpture murale Enantiomorphic Chambers, 1965Dessin: Enantiomorphic Chambers (1965) sur le site du MoMA. La sculpture : Enantiomorphic Chambers, sur le site de Pillanatgépek, blickmaschinen. était faite d'acier et de miroirs et créait l'effet optique d'un « point de fuite inutile » ; il a pris, de lui-même, une photo regardant cette sculpture dans laquelle il apparait, sur un miroir, de profil et sur l'autre de face. Les structures cristallines et le concept d'entropie l'intéressèrent et induiront un grand nombre de sculptures réalisées au cours de cette période, dont Alogon 2 (1966) composé de dix unités, dont le titre fait référence au mot grec pour un nombre irrationnel et innommable.
Smithson s'engage alors dans une exploration plus méthodique des richesses minérales du New Jersey et des sites de mines abandonnées. C'est en 1965, parfois avec Donal Judd et Nancy Holt (The Crystal Land, dans Harper's Bazaar, ), parfois avec toute la bande de ses amis artistes. Il y évoque la géologie très riche de cette régionVoir : dont un grand bloc de lave contenant de petits cristaux de quartz, et passe ensuite à la vue que procure la carrière au-dessus des banlieues de New York, qui lui apparait comme un paysage géologique de béton, avec un « je-ne-sais-quoi » de cristallin : les vitrines des magasins, et ainsi de suite. L'intérêt de Smithson pour l'entropie l'a amené à écrire sur un avenir dans lequel « l'univers s'épuisera en une similitude totale »« The universe will burn out into an all-encompassing samenes ». . Ses idées sur l'entropie ont également abordé la culture, « l'étalement urbain et le nombre infini de logements construits pendant le boom de l'après-guerre ont contribué à l'architecture de l'entropie ». À Passaic il évoque le centre-ville comme « une chaîne d'adjonctions déguisées en magasins ». Il qualifie cet étalement urbain / suburbain et tout ce qu'il contient de slurbs: « quantité de choses visibles qui sont insipides et vides », jugement qu'il partage avec Judd. Cette prolifération incontrôlée a contribué à l'entropie, entropie entendue au sens spécifique du deuxième principe de la thermodynamique, vu ici comme une forme de transformation de la société et de la culture, et un désordre qui ne peut que croître avec ces transformations constantes. Devant le bac à sable de sa ville natale il constate : « ce qui avait existé n'était plus que des millions de grains de sable, un immense amas d'os et de pierre pulvérisés ». Puis il prend l'image du bac à sable pour « prouver l'entropie » : si l'on a du sable blanc d'un côté, du sable noir de l'autre, et un enfant qui cours, etc. : sable gris. De nombreuses photographies témoignent de son regard : noir et blanc, format carré à Passaic, en 67 ; idem, format carré sur des traces d'engins de travaux publics, à Oberhausen en 68.
En 1966, il est artiste consultant d'un projet architectural pour le nouvel aéroport de Dallas-Fort Worth. Il conçoit une série d'ouvrages de terre dans le cadre d'un « art aérien » .
En 1966, Smithson et Mel Bochner, qui ont déjà publié des essais critiques sur l'art, réalisent une œuvre d'art de huit pages, Le domaine de la Grande Ourse, qu'ils font passer pour une étude sur le Hayden PlanetariumLe Hayden Planetarium de 1966 a été reconstruit intégralement en 2000, devenu le . du Musée américain d'histoire naturelle de New York. Les pages étaient couvertes d'images et de textes (50% env.). Les deux pages de Smithson étant composées avec quatre très forts effets de symétrie. C'était une manière radicalement novatrice de présenter une œuvre d'art, sans passer par les galeries qui demandaient déjà de leur envoyer des diapositives de leurs travaux. Ils étaient alors nourri des publications les plus diverses, et en particulier des livres de mathématiques les plus abscons ; c'était selon Mel Bochner « leur mises en pages et leurs diagrammes qui piquaient notre curiosité et que nous cannibalisions »
Smithson s'est alors rapproché d'artistes du Minimal art - Donald Judd publie "Specific Objects" en 1965 - ou aux artistes représentés dans l'exposition de 1966 comme Robert Morris et Sol LeWitt. Son essai Entropy and the New MonumentsTexte intégral sur umintermediai501.blogspot sur le site de The University of Maine. est publié dans le même temps que Primary Structures - The Declaration of a New Attitude de Bochner. Ce sont les deux seuls à faire l'éloge de cette exposition. Smithson fait paraitre dans Artforum de « A Tour of the Monuments of Passaic ».
Maturité Non-sites En 1967, Smithson commença à explorer des zones industrielles autour du New Jersey et fut fasciné par la vue des camions à benne creusant des tonnes de terre et de roches qu'il décrit dans un essai comme l'équivalent des monuments de l'Antiquité.. Cela a abouti à la série des « non-sites » dans lesquels la terre et les roches collectées dans une zone spécifique sont installées dans la galerie sous forme de sculptures, souvent associées à des miroirs ou du verreCorner Mirror with Coral, 1969, MoMA.. Parmi les œuvres de cette période, on compte notamment (projet de la mine de sel de Cayuga) (1969) et la Map of Broken Clear Glass (Atlantis) (1969). En , Smithson publia dans Artforum l'essai « Une sédimentation de l'esprit: projets terrestres » qui faisait la promotion de la première vague d'artistes du Land art. En 1969, il commença à produire des œuvres de Land art pour approfondir les concepts tirés de ses lectures, celles de William S. Burroughs, J.G. Ballard et George Kubler. Les voyages qu'il entreprit étaient au cœur de sa pratique d'artiste et ses sculptures « hors site » comprenaient souvent des cartes et des photographies aériennes d'un lieu donné, ainsi que des artefacts géologiques déplacés depuis ces sites. Parmi ces voyages, plusieurs œuvres sur site ont été produites, dont Mirror Displacements, une série de photographies illustrant son essai « Incidents of Mirror Travels in the Yucatan » (1969).