vignette|redresse=1.2|Gravure de l'enceinte de Bruxelles au , par Wenceslas Hollar. La seconde enceinte de Bruxelles est un ensemble fortifié édifié entre 1356 et 1383. Renforcée aux et s, puis démantelée entre 1782 et 1818, elle fut alors remplacée par les boulevards de la petite ceinture. Jusqu'à l'abolition de l'octroi en 1860, elle subsista sous la forme d'une grille ponctuée de pavillons d'octroi.

Historique

Les Pays-Bas bourguignons vignette|La porte de Louvain en 1612.|alt=

Depuis la construction de la première enceinte (), la ville de Bruxelles a considérablement évolué et a pris beaucoup d’importance. À l’étroit entre ses murailles en raison de la croissance démographique, elle en déborde largement. La nécessité d’envisager de nouvelles protections mieux adaptées à l’époque devient pressante. En 1356, au lendemain de la Guerre de succession du Duché de Brabant, les autorités de la ville (dont Éverard t'Serclaes, nommé échevin) décident d'entreprendre la construction d’une seconde enceinte, les fortifications en place n’ayant pas empêché la prise de la ville.

L'enceinte mesure près de huit kilomètres de long, le double de l'ancienne. La ville poursuit deux buts : englober les faubourgs pour anticiper la croissance démographique, et éloigner l'artillerie ennemie du centre-ville.

Techniquement, elle est construite selon les schémas habituels des défenses médiévales : en effet, la théorie militaire de l'époque ne sait pas anticiper le développement qu'allait prendre l'artillerie. On se contente de placer des canons sur le mur. Il s'agit d'un mur crénelé en briques revêtu de pierres, construit sur des remblais. Comme pour la première enceinte, on suit le terrain naturel avec ses fossés, rivières, marécages et ravins, et avec ses étangs pour l'entourer d’un fossé. La partie basse de celui-ci se remplit d’eau de la Senne. Sur les hauteurs il reste sec, le côté apparaît donc comme le point faible des fortifications.

Cette enceinte est jalonnée de quelque 70 tours semi-circulaires et de deux tours circulaires, plus grandes que les autres, la Grosse Tour et la Tour Bleue, situées à l'est de la ville. Elle compte sept portes principales (les portes de Laeken, de Flandre, d’Anderlecht, de Hal, de Namur, de Louvain et de Schaerbeek), chacune menant vers l'une des sept entrées de la première enceinte. Ces portes sont de véritables forteresses, avec chacune son pont-levis, sa herse et sa porte en chêne. Là où le fossé est sec, elles sont en outre pourvues de défenses avancées sous forme de châtelets d'entrée.

Dès 1383, chacun des sept lignages de Bruxelles est responsable de la défense d'une des portes ; et après la révolte de 1422 les neuf nations partagent cette responsabilité.

Les deux enceintes coexistent jusqu’au , époque du début du démantèlement de la plus ancienne.

L'espace dans les tours et portes sert parfois d'autres buts que la défense. Ainsi, la porte de Hal sert comme grenier à grain public en 1464.

Les Pays-Bas espagnols vignette|La porte de Schaerbeek en 1612.|alt= vignette|La porte d'Anderlecht en 1612.|alt= Au , aux sept portes fortifiées on ajoute une huitième, la porte du Rivage, destinée à contrôler l’accès au port fluvial par le nouveau canal (1561).

Aux et s, les nouvelles techniques de siège et l’évolution de l’armement, avec l’apparition de l’artillerie, nécessitent de grands travaux. La ville doit toujours financer et exécuter les travaux, mais l'initiative passe au pouvoir supérieur et la conception à une nouvelle profession de spécialistes : les ingénieurs militaires. Les milices restent responsables de la défense et les troupes du pouvoir central complètent la garnison.

Les aménagements se font en deux phases. Pendant la Guerre de Quatre-Vingts Ans, c'est sous l'ordre de Guillaume d'Orange et selon les plans de l'ingénieur George qu'on approfondit et élargit les fossés et les renforce, là où ils n'ont pas de l'eau, par de nouvelles demi-lunes (ouvrages défensifs triangulaires dirigés vers l’extérieur). En 1585, la ville capitule devant les Espagnols sans être prise militairement.

En 1671, par ordre du gouverneur espagnol, Juan Domingo de Zúñiga y Fonseca, on construit des nouvelles fortifications tout autour de l'enceinte. Les ingénieurs militaires, Mercx et Blom en dessinent les plans, sous la direction de Philippe-Eugène Martigny. La réalisation la plus importante de l’époque est le Fort de Monterey. Les travaux du Fort sont réalisés entre 1672 et 1675 sur les hauteurs de Obbrussel (Haut-Bruxelles, futur Saint-Gilles), au sud de la porte de Hal.

vignette|plan de l'attaque de 1708

Lors du bombardement de Bruxelles ordonné par le maréchal de Villeroy (1695) à partir des hauteurs de Scheut (nord-ouest de la ville), la ville est détruite, mais pas prise.

Le , une attaque de l'artillerie française ne réussit pas à vaincre les fortifications.

L'espace dans les tours et portes sert parfois à d'autres buts que la défense. Ainsi, la porte de Hal sert comme prison militaire en 1638, 1658 et 1709, d’église luthérienne entre 1658 et 1709.

Les Pays-Bas autrichiens

Lors de la Guerre de Succession d'Autriche les fortifications n'empêchent pas les Français de forcer l'entrée par la porte de Schaerbeek, en 1746.

Après le retrait des Français, les places fortes des Pays-Bas autrichiens sont dans un piteux état. Mais le gouvernement autrichien ne trouve pas les moyens de les réparer. Bruxelles absorbe un huitième du budget pour l'entretien du bâti militaire des Pays-Bas autrichiens, deuxième place forte la plus chère, derrière Luxembourg avec un quart.

Le mauvais état de l'enceinte est aggravé par les habitants. Le la ville se voit contrainte de devoir placarder l'interdiction d'en enlever des pierres. Une enquête, en 1771, révèle que des nombreux lopins de terre dans les fortifications sont devenus des potagers, les portiers en ont droit, l'État loue à des particuliers, et le commandant du fort en loue à son propre compte. En plus, la ville avait planté plus de vingt mille arbres sur les remparts, ce qui en fait un lieu de promenade des habitants mais aussi une source de revenu pour la ville, par la vente de bois à brûler.

L'espace dans les tours et portes sert parfois à d'autres buts que de la défense. Comme ça la porte de Hal sert comme prison civile en 1759.

Vers la fin du , le développement de l’armement, des routes et du commerce met de toute façon fin à la guerre de siège et rend encombrant le système défensif des villes qui entrave la mobilité et la circulation des marchandises.

S'ajoute un élément spécifique aux Pays-Bas autrichiens : l'Autriche est contrainte, par le traité de la Barrière de 1715, d'accepter et de financer l'occupation hollandaise des places fortes du pays. Quand l'empereur Joseph II ordonne, le (publication le ), le démantèlement de la plupart des places fortes des Pays-Bas, dont Bruxelles, il ne se libère pas seulement de leur coût d'entretien, mais aussi des Hollandais - sans places fortes, pas de garnisons. Les troupes hollandaises quittent le pays au début de l'année 1782.

Le magistrat ne s'oppose pas à la destruction des protections de la ville, mais se montre offusqué par la volonté du gouvernement de vendre les terrains libérés au profit de l'État. Le magistrat trouve qu'une grande partie de celles-ci appartient à la ville. Mais la centralisation de l'Autriche avait progressé d'une telle manière que la ville ne peut que se limiter à la gestion de sept bastions côte ouest (sur les trente-neuf au total), dont l'État reconnaît les droits de la ville. C'est son contrôleur des travaux, Claude Fisco, qui est chargé du démantèlement de ces quelques tronçons.

Le projet est, en bref, de ramener les fortifications à l'état des débuts : garder les remparts d'origine, donc un mur plutôt simple, pour garder le contrôle fiscal des entrées en ville et d'empêcher des possibles déserteurs de s'éloigner de leurs casernes. Mais détruire donc ce qui était ajouté pendant les , surtout côté est, dans le haut de la ville. Côté ouest, c'est en même temps plus compliqué et moins intéressant financièrement. Les fossés y sont remplis d'eau et liés à la Senne et au canal. Échappent donc à la destruction les écluses et étangs, nécessaires pour réguler les eaux, ainsi que la porte de Laeken, pour la même raison. La porte de Hal, elle, n'est pas détruite, parce qu'elle sert comme prison civile.

Le gouvernement se montre rapide et efficace, en la personne du lieutenant-colonel de Hucher, qui centralise les opérations. La première partie du projet, la vente aux enchères des matériaux des bâtisses à détruire, est déjà presque terminée en , avant même la publication du décret de démantèlement. Près de la porte de Louvain, où les destructions exposent un rempart en partie en ruines, on construit une palissade provisoire, comme nouvelle clôture de la ville.

Dans un deuxième temps, l'État passe à la vente des terrains. C'est la plus grande opération foncière du Bruxelles de ce fin du . Elle libère de terrains, contre de la suppression des couvents et seulement quelques hectares par le transfert des cimetières à l'extérieur de la ville. L'énorme surface libérée par le démantèlement n'est que très ponctuellement utilisée pour des aménagements urbains : les portes sont réorganisées de telle manière que les chaussées arrivent en ligne droite en ville (). La ville utilise les abords de la porte du Rivage pour l'agrandissement du port et aménage un aqueduc qui apporte de l'eau potable de Saint-Gilles au centre (). Ce qui reste, de terrain, est vendu, avec comme but d'en faire des terres agricoles, aux enchères à 15 acheteurs particuliers. Deux couples d'acheteurs en achètent ensemble près d'un tiers, principalement aux abords des portes. Ces spéculateurs sont les seuls qui pensent à ce moment déjà à une éventuelle extension de la ville.

Annexé à la France vignette|L'éphémère Porte Napoléon (Jan Anthonie Langendijk), ca. 1810. L'annexion française de 1795 mène à des développements contradictoires. Au début, la ville profite de la disparition des Autrichiens pour revendiquer ses droits de propriété et commence même à récolter le fermage des gens qui pensent avoir acheté les terrains aux enchères. Le décret du qui organise les terres annexées en départements français porte un coup dur à la ville de Bruxelles, qui devient le chef lieu du département de la Dyle : elle perd sa cuve, se voit donc limitée par ses remparts, amputée de Saint-Josse-ten-Noode et des autres nouvelles communes voisines. La ville peut continuer de clamer sa propriété sur les anciennes fortifications, celles-ci ne se trouvent plus sur son territoire communal.

Le futur maire de Bruxelles, Jean-Baptiste Verlooy, lance juste avant sa nomination, en 1794/95, le projet d'aplanir les remparts, en commençant par le tronçon entre les portes de Laeken et de Schaerbeek et d'y aménager un boulevard, pourvu d'une palissade, plan qui n'échoue pas seulement parce que la ville s'appauvrit vite sous le régime de guerre. Bruxelles sert aux Français notamment comme ville d'étape, et est déclarée « place de guerre », en 1796, un statut qui rend facile à l'armée de réquisitionner des bâtiments pour ses casernes ou entrepôts. Mais ce statut place aussi les fortifications sous le contrôle de l'armée et en interdit toute détérioration. Alors que l'armée ne se montre dans les faits pas très intéressée par ce qu'il en reste à Bruxelles, les travaux sur les anciennes fortifications sont néanmoins à l'arrêt. Mais comme ni l'armée, ni la ville, ne veulent en financer l'entretien, les remparts, ainsi que les palissades de l'époque autrichienne, se dégradent.