Johann von Leers, alias Omar Amin, né le à Vietlübbe, en Allemagne, mort le au Caire, en Égypte. Membre du parti national-socialiste et de la SS, il est l'un des représentants de l'« aile gauche » du NSDAP, en même temps qu'un antisémite particulièrement virulent.
Après la Seconde Guerre mondiale, il s'exile en Argentine, puis en Égypte, où il travaille pour le ministère égyptien de l'Information. Fasciné depuis sa jeunesse par l'islam, ami personnel du Grand mufti de JérusalemPhilip Rees, Biographical Dictionnary of the extreme right since 1890, Harvester Wheatsheaf, 1990, , il se convertit en 1957 et prend le nom d'« Omar Amin ».
Biographie
Johann von Leers naît le à Vietlübbe, dans le Mecklembourg, dans une famille de Junkers, en proie aux difficultés financières. Son père, fonctionnaire, doit déménager plusieurs fois à travers l'Allemagne..
Débuts Johann von Leers fait des études de droit et d'histoire de l'Europe orientale aux universités de Kiel, Berlin et Rostock. Peu après sa vingtième année il adhère à deux groupes d'orientation völkisch, le Bund Wiking, puis le Jugendbund der Adler und Falken.
En 1925, il s'installe à Berlin. Il y fait la connaissance du Syrien Mohamed Chelebi à l'Institut musulman d'Allemagne nouvellement fondé. La même année, il fait la connaissance du national-révolutionnaire Friedrich Hielscher.
Doué pour les langues étrangères (notamment le russe, le polonais, le yiddish et le japonais), il se tourne vers la carrière diplomatique. De 1926 à 1928, il travaille comme attaché au ministère des Affaires étrangères mais il va renoncer assez vite à cette opportunité pour publier des écrits politiques.
Le NSDAP
À Berlin Il adhère le au NSDAP dirigé par Adolf Hitler. L'affirmation récurrente qu'il aurait été un proche de Joseph GoebbelsSchaul Baumann, The German Movement of Faith and Its Founder Jakob Wilhelm Hauer (1881-1962) [Le mouvement allemand de la foi et son fondateur, Jakob Wilhelm Hauer (1881-1962)], dissertation doctorale, université hébraïque, 1998, 241, n. 49. Voir également Ulrich Nanko, Die Deutsche Glaubensbewegung: Eine historische und soziologische Untersuchung [Le mouvement allemand de la foi : recherche historique et sociologique], Marbourg, Diagonal, 1993), passim [en allemand] est en revanche démentie par la recherche historique récente, notamment par la monographie que lui a consacrée, en 2013, Marco Sennholz.
À la section de Berlin, très marquée par l'aile gauche du parti, animée par les frères Gregor et Otto Strasser, il collabore au journal Der Angriff, puis devient rédacteur en chef du mensuel Wille und Weg. Mais, en , il est éloigné de la rédaction de Der Angriff par Goebbels qui le juge trop proche des dissidents de la gauche du NSDAP, dont certains, comme Walther Stennes, ont été exclus du parti.
Début 1931, il se rapproche de la Herman-Wirth-Gesellschaft, société dont le but est de faire connaître les thèses du chercheur néerlandais Herman Wirth sur l'existence d'une civilisation et d'une tradition « nordico-atlantique » d'où seraient issues les grandes cultures de l’hémisphère nord. Il y fait la connaissance des époux Walther et Gesine Fischer. Les Fischer divorcent. Gesine, passionnée par l’ésotérisme et par la composante matriarcale des thèses de Wirth, devient la femme de von Leers en . Von Leers est d'ailleurs conquis par le livre d’Herman Wirth, Der Aufgang der Menschheit. Untersuchungen zur Geschichte der Religion, Symbolik und Schrift der atlantisch-nordischen Rasse, dont il écrit un compte-rendu très favorable dans la revue Nordische Welt.
En 1932-1933, il est l'un des hauts responsables de la Ligue des étudiants nationaux-socialistes.
Sous le Troisième Reich vignette|Johann von Leers, Sang et race (1936) En 1933, il signe la Gelöbnis treuester Gefolgschaft, serment d’allégeance de 88 artistes à Adolf Hitler.
En 1934, il publie une brochure dans laquelle il critique violemment le dernier livre d'Oswald Spengler, Années décisives, et en particulier son dernier chapitre intitulé « La révolution mondiale des peuples de couleurs ». Selon von Leers, les notions de « communauté de la race blanche » ou d' « empire des peuples blancs » préconisées par Spengler ne seraient qu'une reviviscence du vieux cosmopolitisme libéral, et n'auraient rien de commun avec « les véritables intérêts du peuple allemand ».
Au sein du NSDAP, von Leers va défendre des positions particulières. En politique extérieure, il est russophile avant tout, à l'exemple des nationaux-révolutionnaires qu'il a croisés plus tôt. Dans le domaine culturel, il fait partie des nationaux-socialistes qui s'engagent activement dans la défense politique et artistique de l’expressionnisme. Mais la ligne radicale du théoricien nazi Alfred Rosenberg, à laquelle même Goebbels se soumet, prendra le dessus en 1937, mettant fin aux dissensions sur l'art moderne.
Une autre position particulière que soutient von Leers concerne le rôle que doivent jouer les femmes dans la société allemande. Il se range aux côtés d'un courant, influencé par Wirth et Ernst Bergmann, qui prône un « féminisme völkisch ». Il collabore avec la seule revue de ce courant Die deutsche Kämpferin, qui paraît jusqu'à son interdiction en 1937. Dans ce domaine, Leers se montre très hostile aux formes de Männerbund, regardées au contraire comme l'origine véritable de l'État par des penseurs comme Rosenberg, Alfred Bäumler ou Julius Evola.
Leers, face à la méfiance grandissante de Goebbels et de Rosenberg à son endroit, va se chercher d'autres appuis. Il se rapproche, grâce à ses connaissances en agriculture, de Richard Walther Darré, le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation. Il est admis, le , dans la SS au grade d'Untersturmführer (sous-lieutenant). Il peut désormais écrire dans SS-Leitheft et dans la revue Odal, et faire éditer quelques-uns de ses travaux par la maison d'édition Blut und Boden.
En , von Leers est nommé professeur à l'université Friedrich-Schiller à Iéna. Il enseigne l'histoire juridique, économique et politique sur des bases raciales (Rechts-, Wirtschafts- und politische Geschichte auf rassischer Grundlage).
Antisémitisme obsessionnel et philo-islamisme Johann von Leers est connu pour ses nombreux écrits antisémites obsessionnels. Un manuel de la NSDAP qui répertorie les ouvrages antisémites, le Schriftum zur Judenfrage, classe les écrits de von Leers dans la catégorie des Kampfschriften qui regroupe les textes les plus médiocres. En 1934, il écrit que le terme d’« antisémitisme » devrait être remplacé par celui d' « antijudaïsme », car les autres sémites n'appartiennent pas au judaïsme. Dans ses articles il associe systématiquement le judaïsme avec la délinquance et la criminalité. Pour lui, « le judaïsme est criminalité biologiquement héréditaire, syncrétisme religieux avec une forte influence de la croyance aux démons. Qui combat le judaïsme, celui-là accomplit l'œuvre du Seigneur et mène le combat de Dieu ». Ces propos sont d'ailleurs surprenants de la part de quelqu'un qui se proclame alors encore völkisch et « païen ».
Il publie en 1939, Die Verbrechernatur der Juden. Il y réclame un « droit de poursuite à l'égard des Juifs dans tous les pays afin de les détruire et de les exterminer ». Ce dernier texte est tellement outrancier qu'il ne ressemble à celui d'aucun autre auteur national-socialiste. Tandis que les publications antisémites évoquent en général la mise à l'écart du judaïsme dans des termes vagues ou passibles de différentes interprétations, il n'est pas possible de se méprendre sur ce que von Leers exige : sur une base pseudo-scientifique, il réclame et justifie l’extermination d'un peuple.
En 1938, il expose, dans la revue Weltkampf, les arguments arabes contre la présence des Juifs en Palestine. En 1939, il publie un long article, Islam und Judentum-Zwei unversöhnliche Gegensätze, dans lequel il développe l'un de ses thèmes favoris : loin de relever d'une essence commune, le judaïsme et l'islam doivent être regardés comme deux adversaires irréconciliables.
Pendant la Seconde Guerre mondiale Même en pleine guerre, l'islam fait toujours partie de l'horizon intérieur de von Leers. En 1942, il écrit à Walther Darré : « Si nos valeurs völkisch devaient cesser de vivre ici, y compris dans le domaine religieux, alors je préférerais me faire musulman plutôt que chrétien ».
Von Leers est un membre actif du mouvement de la foi allemande, sous le patronage du nazi Heinrich Himmler. Son objectif était de « libérer l'Allemagne de l'impérialisme judéo-chrétien » en créant, à sa place, une nouvelle religion païenneKarla Poewe, New Religions and the Nazis [Les Nouvelles Religions et les nazis], New York et Londres, Routledge, 2006, . Avec d’autres, il est aussi à l’origine d'un plan pour développer la race aryenne par la procréation. En compagnie d'un certain Friedrich Lamberty-MuckSchaul Baumann, Die Deutsche Glaubensbewegung und ihr Gruender Jakob Wilhelm Hauer (1881-1962) [Le mouvement allemand de la foi et son fondateur, Jakob Wilhelm Hauer (1881-1962)], Alma Lessing, Marbourg, Diagonal-Verlag, 2005, , [en allemand] qui prêche la polygamie, il est l’inspirateur du projet Lebensborn, activement mis en application par Heinrich Himmler.
Le philosophe juif, Emil Fackenheim, explique que von Leers défendit une position selon laquelle « les États qui hébergent des juifs hébergent la peste, et le Reich a le devoir moral et le droit légal de conquérir ces pays parce qu’il doit aller jusqu’au bout de sa lutte sans merci pour éradiquer la peste »Emil L. Fackenheim, To Mend the World: Foundations of Post-Holocaust Jewish Thought [Réparer le monde : Fondements d'une pensée juive après l’Holocauste], Bloomington et Indianopolis, Indiana University Press, 1994, ..
Von Leers posséde d’indéniables talents, qu'il déploie pour asseoir les bases idéologiques de la collaboration du nazisme et de l’islamJeffrey Herf, « Convergence: The Classic Case, Nazi Germany, Anti-Semitism and Anti-Zionism during World War II » [Convergence : Le cas classique, l'Allemagne nazie, l'antisémitisme et l'antisionisme pendant la Seconde Guerre mondiale], The Journal of Israeli History, , , . Dans ce texte, Herf a établi que c'était la politique officielle et « un élément d'un vaste effort stratégique », comme le montrent les directives à la presse et les textes eux-mêmes, « courtiser les Arabes pour qu’ils se joignent aux puissances de l’Axe » (). Il en a résulté "une convergence de l'antisémitisme et de l'antisionisme dans le régime nazi ().. Après la guerre, il poursuit son action en Égypte. Son travail est considéré comme très positif et est pleinement soutenu.