Memphis (en arabe ) est une ville antique, capitale du premier nome de Basse-Égypte, le nome de la Muraille blanche. Ses vestiges se situent près des villes de Mit-Rahineh et d'Helwan, au sud du Caire.
La légende, rapportée par Manéthon, raconte que Memphis fut fondée par le roi Ménès vers Capitale de l’Égypte durant tout l’Ancien Empire, elle est restée une cité importante tout au long de l'histoire égyptienne, placée sous la protection du dieu Ptah, le patron des artisans dont le temple était l’Hout-ka-Ptah (le « château du ka de Ptah »Q3:X1-V28-O6-X1:O1-D28-O49 ḥw.t-k3-Ptḥ = Hout-ka-Ptah.). C'est de ce terme, qualifiant la maison du dieu, que serait dérivé en grec le mot , prototype du nom du pays en latin, .
La ville occupe une place stratégique à l’entrée du delta du Nil et de ce fait regorge d’ateliers et de manufactures, notamment d’armes qui étaient conservées dans de grands arsenaux non loin du port principal de la ville, le Perou Nefer, dont les textes du Nouvel Empire vantent l’activité fébrile.
Son histoire est étroitement liée à celle du pays et sa ruine est due, d’abord, à la perte de son rôle économique à la fin de l’Antiquité et la montée d’Alexandrie, puis à l’abandon de ses cultes à la suite de l’édit de Thessalonique.
Toponymie <center><center><center><center><center><center><center><center><center>
Memphis a eu plusieurs noms au cours de son histoire de près de quatre millénaires. Initialement un premier établissement ceint d'une muraille lui donne le nom dInebou Hedjou, c'est-à-dire « Murs blancs », et, plus tardivement, Ineb Hedj, c'est-à-dire « Mur blanc ».
Par la suite et en raison de son étendue, la cité est aussi nommée sous divers noms qui sont en réalité les dénominations de ses quartiers ou de ses districts ayant eu à un moment donné une importance certaine.
Ainsi, selon un texte de la Première Période intermédiairePapyrus hiératique 1116A de l'Ermitage lmpérial à Saint-Pétersbourg ; cf Scharff, Der historische Abschnitt der Lehre für König Merikarê, ., elle portait le nom de Djed-Sout, c'est-à-dire « Stable de places », qui est le nom de la pyramide de Téti. Ce texte précise que la ville comportait encore dix-mille habitants libres d'impôts, ce qui est considérable pour cette époque trouble de l'histoire du pays qui fait suite à la chute de la royauté de l'Ancien EmpireLes exemptions d'imposition en Égypte antique concernaient essentiellement les personnels des temples et des fondations funéraires royales, et étaient fixées par décrets ; il convient donc d'en exclure les paysans, les commerçants, les artisans et l'administration civile qui ne dépendait pas de ces domaines religieux, qui forment le gros de la population des villes de cette époque..
Le nom dÂnkh Taouy, c'est-à-dire « Vie des Deux Terres », apparaît à dater du Moyen Empire. Ce nom est fréquemment retrouvé dans les textes égyptiens antiques et désigne le quartier occidental de la cité qui s'étend entre le grand temple de Ptah et le désert de Saqqarah, dans lequel se trouvait un verger contenant un arbre sacré.
Attesté pour la première fois à la fin du Moyen Empire et plus généralement utilisé à partir du Nouvel Empire, le nom de Men-néfer, c'est-à-dire « Durable et parfait », vient du nom de la pyramide de () Men-néfer Pépi (également nommée Men-néfer Méryrê). Ce nom est à l'origine du nom grec de la ville « Memphis ».
Le quartier du temple de Ptah était également très important, le nom du temple a donc servi à nommer tout le quartier de la ville où il se trouvait. Hout-ka-Ptah, c'est-à-dire « Château du ka de Ptah ».
Enfin, en raison de son emplacement stratégique essentiel entre la Haute et la Basse-Égypte, la ville porte également le nom de Mekhat Taouy, c'est-à-dire « Balance des Deux Terres ».
Du fait de l'importance des dieux Ptah et Taténen, la ville a parfois été nommé Nout-Ptah et Nout-Taténen, signifiant respectivement « Ville de Ptah » et « Ville de Taténen ».
Noph Noph ou Moph est le nom hébreu de l'ancienne ville égyptienne de Memphis. Elle est mentionnée plusieurs fois dans la Bible hébraïque (Isaïe 19:13 ; Jérémie 2:16 ; 44:1 ; 46:14, 19 ; Ézéchiel. 30:13, 16).
Osée 9:6 utilise le nom MophCambridge Bible for Schools and Colleges, Isaiah 19. (par exemple dans la traduction littérale de Young) bien que de nombreuses traductions anglaises utilisent le nom Memphis dans ce versetTranslations of Hosea 9:6 sur BibleGateway.com. .
Carte de Memphis et de ses nécropoles vignette|redresse=1.7|Memphis et une partie de ses nécropoles occidentales (Abousir au nord (en haut à gauche de l'image), Saqqarah au centre (à gauche de l'image) et le nord de Dahchour au sud (en bas à gauche de l'image)) vus par la Station spatiale internationale.
L'histoire et le rôle de la ville vignette|Carte de l'Égypte antique montrant l'emplacement stratégique de Memphis entre la vallée et le delta du Nil. L'histoire et le destin de la ville sont étroitement liés à la royauté, les couronnements et jubilés (Heb Sed, la fête-Sed) étaient célébrés dans le temple de Ptah. Les premières représentations de ce jubilé ont été retrouvées dans la tombe de Djéser à Saqqarah.
Population
Les estimations de la population historique varient considérablement d'une source à l'autre. Selon , Memphis comptait quelque 30 000 habitants et était de loin la plus grande cité du monde depuis sa fondation jusqu'à environ 2250 AEC et de 1557 à 1400 AECChandler, Tertius ( thertgreg1987). Four Thousand Years of Urban Growth.. K. A. Bard est plus prudent et estime que la population de la ville s'élevait à environ 6 000 habitants pendant l'Ancien EmpireBard, Encyclopedia of the Archaeology of Ancient Egypt, p. 250.
Une fondation légendaire
La légende rapportée par Manéthon était que Ménès, le premier roi à unir les Deux Terres, établit sa capitale sur les rives du Nil en détournant le fleuve par des digues. L'historien grec Hérodote, qui rapporte une histoire similaire, raconte que lors de sa visite dans la ville, les Perses, à l'époque les suzerains du pays, ont accordé une attention particulière à l'état de ces barrages afin que la ville soit sauvée des inondations annuelles.
Il a été théorisé que Ménès était peut-être un roi mythique, similaire à l'histoire de Romulus et Rémus pour la ville de Rome. Les égyptologues ont identifié le légendaire Ménès avec le roi Narmer historique, qui est représenté sur la palette de Narmer comme ayant conquis le territoire du delta du Nil en Basse-Égypte, unifiant ainsi l'Égypte. Cette palette a été datée du et serait donc en concordance avec l'histoire de l'unification de l'Égypte par Ménès.
Cependant, en 2012, une inscription a été découverte dans le Sinaï : l'inscription montre le nom du roi prédynastique (et donc l'un des prédécesseurs de Narmer) Iry-Hor sur un bateau, à côté du mot « Ineb-hedj » signifiant « Murs blancs », le premier nom de MemphisPierre Tallet, D. Laisnay: Iry-Hor et Narmer au Sud-Sinaï (Ouadi 'Ameyra), un complément à la chronologie des expéditions minières égyptiennes, dans : BIFAO 112 (2012), , available online. De plus, le serekh du roi Ka a également été trouvé dans des tombes à Helwan, cimetière de Memphis. Ainsi, si la ville de Memphis et sa fondation sont peut-être liées à l'unification de l'Égypte, cette même fondation est assurément antérieure à Narmer.
Période thinite
Rien n'est connu de la Memphis de cette période. En effet, l'étendue et l'emplacement exact de la ville sont inconnus : des carottages dans la plaine alluviale entre Abousir et Saqqarah-Nord ont révélé une grande concentration de matériels datés de cette période, il est toutefois possible que ces éléments découverts ne proviennent que d'une petite installation au rôle mineur. En effet, le Nil était à l'origine situé dans la partie ouest du bassin fluvial, avant de se déplacer petit à petit vers l'est, ce qui expliquerait par ailleurs l'abandon de la nécropole de Helwan à partir de la . Pendant la période thinite, la zone habitable à l'ouest du Nil entre ce dernier et le désert devait donc être réduite. Malgré tout, l'étude de la nécropole memphite donne certains indices : en effet, elle abrite plusieurs cimetières datant de cette période, montrant que, dès les plus hautes époques, Memphis était déjà un centre important.
Ainsi, un grand cimetière de mastabas datant, pour les plus anciens, au moins de l'époque de Hor-Aha a été découvert à Saqqarah-Nord, et d'autres cimetières datant de la ont été découverts à Zaouiet el-Aryan, Helwan mais aussi Abou Rawash, ce dernier site formant l'extrémité nord de la nécropole avec des tombes de l'élite datant des règnes de Aha et Den.
Pour la , plusieurs mastabas datant de cette époque ont été découverts également à Saqqarah et à Zaouiet el-Aryan. De plus, les tombes des rois Hotepsekhemouy et Nynetjer ont été découvertes à Saqqarah, prouvant l'importance de la ville dès cette époque tandis qu'un culte funéraire des rois Séned et Péribsen se trouvait à Saqqarah.
Capitale de l'Ancien Empire vignette|Vue de la nécropole de Saqqarah depuis le palais de Memphis.
À l’Ancien Empire, l’importance de la ville est égale à l’étendue de sa nécropole qui, de Meïdoum à Abou Rawash, en passant par Dahchour, Saqqarah, Abousir ou encore Zaouiet el-Aryan, est un véritable « négatif » de la cité antique. En effet, la cité se développe et garde un rôle majeur dans la vie du pays, ainsi, de la jusqu'à la , les institutions royales s’y maintiennent et la nécropole royale reste proche, même si la ville voisine d'Héliopolis a pris beaucoup d'importance pendant les et s. Mais peu de choses sont connues de la ville elle-même à cette période.
La capitale des rois de la est probablement située relativement aux environs de Saqqarah-Nord, du fait de la présence des mastabas de cette période. Le complexe de Djéser de la , situé dans la nécropole antique de Memphis à Saqqarah, pourrait alors être l'écho funéraire de cette enceinte primitive et royale abritant tous les éléments nécessaires à la royauté : temples et sanctuaires, cours cérémonielles, palais et casernes.
L'épisode solaire entamé par la , qui met en lutte l'influence sur le pouvoir royal des clergés divins héliopolitains et memphites et se développe à la dynastie suivante, ne semble pas avoir changé le rôle premier de Memphis en tant que résidence royale où les souverains recevaient la double couronne, manifestation divine de l'unification des Deux Terres. La tradition voulait aussi que le rite du Séma Taouy, symbole de la réunion, soit répété à Memphis à chaque couronnement, à chaque jubilé ou fête-Sed, qui renouvelait alors le pouvoir du roi au bout d'une période qui varia selon les époques mais restait traditionnellement la célébration des trente années de règne.
C'est au cours de cette période que se développe le clergé du temple de Ptah. L'existence du sanctuaire est attestée à cette période grâce aux versements de denrées alimentaires et autres biens nécessaires pour assurer le culte funéraire des dignitaires et membres de la famille royaleCf. J. H. Breasted, Ancient records of Egypt historical documents from earliest times to the persian conquest, 1906, vol. The First to the Seventeenth Dynasties, ; qui cite un tel versement au bénéfice du culte de la reine mère Néferhétepès.. Ce sanctuaire est également cité dans les annales conservées sur la pierre de Palerme et, à partir du règne de Mykérinos, on connaît le nom des grands prêtres de Memphis qui semblent fonctionner en binôme au moins jusqu'au règne de Téti.
En l'absence de vestiges probants concernant cette période de la haute Antiquité, les égyptologues ont formulé l'hypothèse selon laquelle la ville des vivants aurait suivi l'établissement des sanctuaires funéraires royaux au fur et à mesure de leurs édifications et du changement de site.
vignette|gauche|Triade memphite de — Musée du Caire.