Une cosmologie religieuse est une représentation sociale proposée par une religion concernant le monde accessible aux êtres humains.

Présentation Historiquement, jusqu'au , l'ensemble du domaine de la cosmologie était intégré à la « métaphysique spéciale » (voir par exemple la classification de Christian Wolff en 1729 et l'article ontologie en philosophie).

Aujourd'hui, les cosmologies « religieuses » n'ont plus vocation à décrire la structure physique et chimique de l'univers d'une façon scientifique, les religions considérant qu'une telle entreprise relève de la responsabilité des scientifiques. Les religions, sur la base de leurs écrits et traditions, décrivent seulement les principes selon lesquels leurs fidèles sont invités à se représenter le monde dans lequel ils vivent, afin de « bien » se comporter avec leurs semblables.

Les religions, telles qu'elles ont évolué jusqu'à aujourd'hui, ne contestent généralement pas telle ou telle théorie cosmologique (Big Bang, univers en expansion, etc.). Cependant, certains mouvements religieux persistent à nier les théories scientifiques sur l'univers, affirmant s'en tenir à une lecture littérale des passages bibliques concernant les descriptions cosmologiques. Cela s'appelle le créationnisme.

En revanche, les représentants des grandes religions et de certaines spiritualités considèrent généralement, d'un point de vue symbolique, qu'il existe une cause première à l'origine de la vie, qu'elles nomment Dieu ou d'une autre appellation.

Cosmologie, calendrier et relation avec les sciences Finalité initiale de la cosmologie : le calendrier Dans l'Antiquité, au Moyen Âge, à la Renaissance et encore pendant les Lumières, la cosmologie religieuse ne se distinguait pas de la cosmologie scientifique. Les principaux objectifs poursuivis par l'étude du ciel concernaient le calcul du temps. L'astronomie avait donc pour application pratique l'établissement des calendriers, ainsi que la fabrication des cadrans solaires, des gnomons, et des horloges. Une autre préoccupation qui apparaît dès l'Antiquité est la détermination des dates des fêtes religieuses.

Dans le christianisme La date de Pâques, dans le christianismeChrétiens orthodoxe et chrétiens d'occident : chaque calendrier utilise un lune fictive différente ., est celle définie lors du Premier concile de Nicée en 325. Le calcul de la date de Pâques en relation avec l'astronomie fait l'objet d'une science appelée le comput, fondée par Bède le Vénérable au et enrichie à la fin du par le moine Birtferth et Gerbert d'Aurillac (pape Sylvestre II) à partir des sciences et techniques islamiques (Al-Khwarizmi). Dans le christianisme, les règles du comput sont utilisées pour l'établissement du calendrier incluant les fêtes religieuses (principalement la date de Pâques)Pour plus de détails sur le calcul de la date de Pâques, voir le site : ..

La relation entre cosmologie, calendrier, et religion apparaît avec évidence dans la création de l'Observatoire du Vatican par le pape Grégoire XIII en 1578, en vue de préparer la réforme du calendrier, c'est-à-dire le passage du calendrier julien au calendrier grégorien (du nom du pape Grégoire XIII), qui sera prolguée en 1582.

Une illustration de la relation entre cosmologie et religion est donnée de nos jours, dans le christianisme, à l'église Saint-Sulpice à Paris, où l'on trouve, dans le transept gauche, un gnomon astronomique, conçu de façon telle que la lumière du soleil éclaire l'autel lors de la fête de Pâques.

Les agendas sont établis en coopération avec les autorités religieuses (Centre national de pastorale liturgique). L'Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides (IMCCE) calcule ainsi la date de Pâques selon les règles du comput ecclésiastique.

Séparation de la cosmologie et de la religion à partir du Ce n'est que plus tard, à partir des , avec Kepler, Tycho Brahe, Galilée, et Newton, que l'astronomie permit de faire des découvertes dans les sciences fondamentales (la gravitation universelle) qui eurent des applications dans d'autres domaines que le calcul du temps et le calendrier : la mécanique ouvrit la voie à la révolution industrielle. L'astronomie, puis la cosmologie, devinrent des sciences autonomes, indépendantes des autorités religieuses, à partir du . Enrichie par les sciences physiques et la chimie (mécanique quantique), l'astronomie a donné naissance à la fin du à l'astrophysique.

La dissociation entre les sciences et les religions relève du principe d'autonomie de la science.

Différentes cosmologies dans le monde Ptolémée était un grand géographe du . Par ailleurs, son système cosmologique (géocentrique) fournissait une explication satisfaisante, pour la vie sociale de cette époque, de la configuration du cosmos, qui pouvait alors être synonyme d'univers.

La civilisation islamique s'intéressa de très près à la cosmologie et à l'astronomie. L'objectif en était simple, il s'agissait de déterminer : les heures de prière (cinq par jour) ; la direction de la Mecque, vers laquelle les fidèles doivent s'orienter lors de la prière.

Les Arabes fabriquèrent des abaques, des cartes géographiques, permettant de déterminer les éléments nécessaires à la prière.

Le principal texte religieux judéo-chrétien, la Bible, raconte en détail l'histoire de la création. Le premier chapitre du livre de la Genèse de l'Ancien Testament décrit la création de la lumière et des ténèbres, la fondation du Ciel et la Terre et la création de toutes les créatures, y compris du premier homme et de la première femme, par Dieu. Selon la Bible, toutes les étapes de la création se produisirent en six jours consécutifs, et le septième jour, Dieu se reposa.

L'archevêque Ussher calcula que le monde aurait été créé le 23 octobre 4004 à 21 h.

La cosmologie dans le système de pensée du haut Moyen Âge Le Moyen Âge a hérité du système de Ptolémée (astronome) enrichi d'une lecture littérale de la Bible.

À l'origine, l'astronomie se confondait avec l'astrologie. Ce dernier terme, employé dans la civilisation islamique, n'avait pas le sens péjoratif que nous lui attribuons quelquefois aujourd'hui (logos signifie discours, science en grec). D'autre part, on ne distinguait pas les aspects scientifiques et religieux de la cosmologie.

L'astronomie était l'une des quatre disciplines du quadrivium, avec l'algèbre, la géométrie, et la musique. Le quadrivium et le trivium formaient les sept arts libéraux.

Ce fut Bède le Vénérable, moine anglais, l'un des plus grands lettrés de son époque, qui, au , donna ses lettres de noblesse à la mesure du temps qui, on l'a vu, était liée à la cosmologie. Bède le Vénérable fut le véritable inventeur de la science du comput. Il a été proclamé docteur de l'Église en 1899, par le pape Léon XIII.

Vers l'an mille, les études du comput reprirent, sous l'impulsion d'un autre moine anglais, Birthfert, qui comprit la complexité de cette science : pour lui, le comput faisait appel à quatre disciplines des arts libéraux : deux du trivium (dialectique et grammaire, à vérifier) et deux du quadrivium (astronomie et algèbre).

Gerbert d'Aurillac fut également un grand astronome, doublé d'un philosophe et d'un mathématicien aux talents exceptionnels pour l'époque (on parlait d'algèbre et de géométrie). Il relança les études de la dialectique et du quadrivium à l'école cathédrale de Reims, diffusant ainsi la connaissance dans tout l'occident.

Gerbert fut le premier introducteur de la représentation du monde d'Aristote en occident. Il devint pape en 999 sous le nom de Sylvestre II, et mourut en 1003.

Intégration de la représentation géocentrique en Occident Aux , l'occident intégra la philosophie et les sciences grecques, par l'intermédiaire des échanges avec la civilisation islamique. Le système de représentation du monde d'Aristote devint progressivement une référence absolue dans les écoles et universités de l'occident chrétien, comme dans la civilisation islamique.

Il représentait le monde centré sur la terre, avec un monde sub-lunaire et un monde supra-lunaire. Les principales traductions des œuvres d'Aristote eurent lieu au .

À partir du , la cosmologie fut intégrée dans la métaphysique générale, qui était intimement liée à la métaphysique spéciale, ou théologie, dans l'école scolastique (Thomas d'Aquin, John Duns Scot, parmi d'autres). La scolastique adopta les théories cosmologiques prédominantes depuis l'Antiquité : Ptolémée ( ap. J.-C.) et Aristote (). Certains astronomes, tels Aristarque de Samos ou Séleucos de Séleucie, avaient déjà compris l'héliocentrisme quelques siècles

Psaume 93 (92) Tout le monde se représentait donc l'univers comme géocentrique, selon les théories d'Aristote et de Ptolémée.

Quelques passages de la Bible étaient également rédigés dans le même sens, comme cette ligne du psaume 93 (92) (Dieu roi de l'Univers) :

Passage du comput julien au comput grégorien On savait depuis l'Antiquité (Jules César) que des corrections astronomiques étaient nécessaires sur le rapport entre le temps de rotation de la terre sur elle-même (journée) et la durée du cycle solaire (année), soit 365,24 au lieu de 365,25.

Dès 1345, Clément VI appela à sa cour à Avignon le grand astronome Jean des Murs et lui commanda un rapport sur la réforme du calendrier.

Le cardinal Pierre d'Ailly rappela au concile de Constance (1415) l'âge d'or où les dignitaires de l'Église primitive « se préoccupaient davantage du calcul des jours et des moments que du compte des deniers et des monnaies ».

Deux conciles examinèrent le projet de réforme, le concile de Bâle (1431-1449) et le Ve concile du Latran (1512-1517), mais il traîna en longueur.

Lorsque Grégoire XIII devint pape en 1572, il fit du projet de réforme l'une de ses priorités. La réforme fut décidée en février 1582.

On passa donc du comput julien au comput grégorien, ce qui entraîna un décalage de calendrier, dont les historiens doivent tenir compte (dix jours supprimés).

Le passage fut progressif dans les pays de la chrétienté : Les pays catholiques et leurs colonies adoptèrent le nouveau calendrier entre 1582 et 1590, Les pays luthériens l'adoptèrent en 1700 (lorsque Descartes écrivit son système philosophique, il était à la frontière des zones julienne et grégorienne).

Apparition de la théorie héliocentrique Copernic (re)découvrit l'héliocentrisme au (1543). La théorie de l'héliocentrisme affirmait que le Soleil était fixe au centre de l'univers.

À partir de 1609, le savant florentin Galilée utilisa la lunette astronomique qu'il avait perfectionnée pour étudier le mouvement des planètes, les étoiles, les taches solaires. Les découvertes de Copernic furent alors confirmées par Galilée.

Une longue lettre de Galilée à Catherine de Lorraine en avril 1615 indique les passages de la Bible qui posaient, pour Galilée, des problèmes d'interprétation par rapport à la cosmologie.

En février 1616, Galilée fut inquiété par un dominicain. Le 5 mars 1616, l'Inquisition publia un décret définissant l'héliocentrisme comme une doctrine fausse et contraire à l'Écriture, et mit tous les écrits sur l'héliocentrisme (dont ceux de Copernic) à l'Index.

Galilée publia en 1632 le dialogue sur les deux grands systèmes du monde, ouvrage dans lequel il ridiculisait un partisan de la représentation géocentrique. Malgré l'appui de certains jésuites, un procès fut intenté en 1633 à Galilée, qui fut condamné par l'Inquisition, pour un motif qui, selon certains historiens, n'aurait pas été entièrement lié à l'héliocentrisme (ce point est discuté). On opposa à Galilée le passage de la Bible où Josué arrête la course du Soleil (Js, 10, 12-13).

Urbain VIII, qui était un ami de Galilée, commua immédiatement la peine en assignation à résidence.