Le Lézard ocellé (Timon lepidus) est une espèce de squamates de la famille des Lacertidae. Susceptible de mesurer jusqu'à in fine 50 à 70 cm, il est l'un des plus grands lézards d'Europe avec le lézard géant de Gran Canaria (Gallotia stehlini). Il vit dans les garrigues, milieu typique du sud-ouest de l'Europe méditerranéenne. À l'instar de nombreux lézards, il reste inféodé aux milieux ensoleillés. Quatre sous-espèces sont répertoriées : T. l. ibericus, T. l. lepidus, T. l. nevadensis et T. l. oteroorum. Cette espèce diurne aux couleurs vives fait partie des espèces patrimoniales du Sud de la France.

Jusqu'au et début du , son apparence en a fait un animal particulièrement convoité par les collectionneurs et terrariophiles ce qui l'a menacé d'extinction, c'est pourquoi cette espèce est aujourd'hui protégée et sa capture, strictement interdite.

Il se nourrit principalement d'insectes, notamment de coléoptères mais peut adopter un régime majoritairement omnivore en cas d'insularité. Des reptiles comme la Couleuvre de Montpellier et des rapaces comme le Milan noir ou la Buse variable font partie de ses prédateurs.

Il est en forte régression ces dernières années sur le territoire français et européen. Le Lézard ocellé fait en effet partie des sept espèces de reptiles menacées d'extinction en France, sur les 37 répertoriées en 2009. Le déclin des populations françaises en particulier, mis en évidence grâce aux différentes études menées, justifie la mise en place de mesures de conservation et l'élaboration d'un Plan national d'action (PNA) dédié au Lézard ocellé est d'ailleurs en cours sur la période 2012-2016.

Des fossiles prouvent l'existence du Lézard ocellé depuis plus de d'années.

Description Morphologie et livrée vignette|upright=1.3|alt=Schéma légendé de la tête d'un Lézard ocellé|Schéma de la face supérieure de la tête du Lézard ocellé.a : Écaille occipitaleb : Écaille pariétalec : Écaille interpariétale (ou préoccipitale)d : Écaille fronto-pariétalee : Écaille frontalef : Écaille palpébrale postérieureg : Écaille palpébrale antérieureh : Écaille fronto-nasalei : Écaille internasalej : Écaille nasalek : Écaille rostralem : Méat auditif thumb|Timon lepidus - "Lacerta ocellata" - Poumons mnhn Paris

Ce reptile a un corps et une queue massifs, avec une tête triangulaire et un museau arrondi. Ses pattes sont robustes et ses griffes longues et recourbées. Sa queue est légèrement plus grande que le corps, elle est cylindrique et verticillée.

Connu comme le plus grand Lacertidé et également des lézards d'Europe, sa longueur peut atteindre de la tête au cloaque. La queue prise en compte, sa longueur totale s'élève en moyenne entre 55 et , les femelles sont plus petites avec une moyenne de . Des individus de plus de de long ont été observés, notamment dans les Pyrénées-Orientales en France. Les individus vivant au Nord semblent plus petits que ceux vivant au Sud.

Les adultes pèsent de 130 à , les plus gros mâles atteignent les .

À leur naissance, les individus présentent une livrée assez similaire aux adultes, quoique plus brune, mais les ocelles sur les flancs sont blancs, cerclés de noir. Progressivement leur robe se rapproche de celle des adultes, par mues successives et les taches blanches deviennent bleues. Avec l'âge, le lézard ne conserve que les ocelles bleus qui deviennent d'une couleur vive, tout comme leur robe verte brillante. Les ocelles sont cernés d'écailles noires, les mêmes qui à la manière d'une mosaïque ponctuent l'ensemble du dos et des flancs de cette espèce. L'iris est jaune chez les jeunes et rougeâtre chez les adultes. Leur face ventrale est toujours plus claire, allant vers le blanc.

Le mélanisme chez le Lézard ocellé a fait l'objet de publications et est donné comme fréquent, mais l'observation d'individus totalement noirs reste somme toute rare.

Comme beaucoup de sauriens, il possède un « troisième œil », appelé œil pinéal, sur le haut du crâne (en bordure de l'écaille interpariétale). Chez le Lézard ocellé, il n'est pas visible car logé sous les écailles crâniennes. Cet « œil » a perdu sa fonction originelle soit la vision. Son rôle est de capter la source lumineuse pour réguler le rythme circadien et donc l'horloge interne des reptiles. Il est relié à l'épiphyse, ou glande pinéale, que l'on retrouve aussi chez les mammifères.

Chez le Lézard ocellé, l'écaille occipitale est très développée, en particulier chez les adultes, au moins aussi large que les pariétales ou la frontale. La plaque frontale est peu rétrécie en arrière. En général, elle est au moins aussi large que les pariétales dont le bord antérieur est fortement tronqué pour recevoir les écailles fronto-pariétales. Les écailles temporales sont larges. Le collier est séparé des écailles du thorax dans toute son étendue et se porte en ligne droite d'un côté du cou à l'autre, tandis que son bord est dentelé. Les écailles abdominales forment huit à dix rangées longitudinales, leur bord latéral est oblique et arrondi et les deux médianes sont notablement plus étroites que celles qui les avoisinent. Les écailles du dos sont petites et granulées. Il existe une large écaille médiane au devant de l'anus, et celles de la queue sont longues, étroites, légèrement carénées, équilatérales et terminées en pointe aiguë. Les verticilles qu'elles forment sont très marquées. Les pores fémoraux sont au nombre de douze ou quatorze et ne se prolongent pas au-delà du pli de l'aine. Enfin la patte postérieure appliquée contre l'abdomen arrive à peu près au niveau de l'aisselle.

Dimorphisme sexuel Le mâle est globalement plus robuste et plus grand que la femelle. À taille égale, le mâle est 4 à 8 % plus lourd que la femelle.

La tête du mâle est particulièrement massive et large, les bajoues très gonflées. C'est par cette différence que le dimorphisme sexuel est le plus explicite visuellement. La couleur de la robe est également bien plus vive et contrastée chez le mâle, avec un vert intense. La coloration des ocelles bleues est généralement moins forte et leur taille est plus réduite chez la femelle. La taille de la tête du mâle représente 27 % de sa taille corporelle et seulement 22,8 % chez la femelle. Les pores fémoraux sont plus visibles et colorés chez le mâle. Ils lui permettent de marquer son territoire via des phéromones.

Un bon critère de détermination sexuelle est de compter le nombre de bandes d'écailles que l'individu a sous le ventre. Le mâle en a généralement 30 à 33, la femelle 33 à 36. Selon d'autres auteurs, en Espagne le nombre de rangées d'écailles ventrales varie de 30 à 39 pour les femelles et de 27 à 35 pour les mâles.

Enfin, après la période d'accouplement, lorsque la femelle est gravide, son corps est très gros et dilaté.

vignette|center|upright=2.3|alt=On observe deux Lézards ocellés, un mâle à la tête épaisse et une femelle plus menue sur un rocher, tête levée|Le mâle, à droite, présente très distinctement une tête épaisse et robuste, aux bajoues fortes, quand celle de la femelle est plus menue.

Espèces ressemblantes Il ne doit pas être confondu avec une autre espèce dans son aire de répartition, le Lézard vert occidental (Lacerta bilineata) mais aussi le Lézard de Schreiber (Lacerta schreiberi). Il ressemble également au Lézard vert oriental (Lacerta viridis), autre grande espèce de lézard d'Europe, mais vivant en Europe de l'Est. Ces derniers ne possèdent pas d'ocelles sur les flancs, sont plus petits à l'âge adulte et sont les seuls, en ce qui concerne le mâle, à présenter une gorge uniformément bleue en période de reproduction.

Lézard vert oriental - Lacerta viridis Lézard de Schreiber - Lacerta schreiberi Lézard vert occidental - Lacerta bilineata 220px|border|alt=Vue d'un Lézard vert oriental|Vue de Lacerta viridis. 220px|border|alt=Vue d'un Lézard vert oriental|Vue complète de Lacerta viridis. 140px|border|alt=Vue d'un Lézard de Schreiber|Vue complète de Lacerta schreiberi. 220px|border|alt=Vue d'un Lézard vert occidental|Vue complète de Lacerta bilineata. 220px|border|alt=Vue d'un Lézard vert occidental|Vue complète de Lacerta bilineata.

Répartition thumb|right|alt=carte de répartition du Lézard ocellé, à savoir le Sud méditerranéen et la péninsule ibérique|upright=1.3| Répartition du Lézard ocellé. Cette espèce se rencontre dans le nord-ouest de l'Italie, dans le sud de la France, en Espagne, à Gibraltar et au Portugal dans les Plazas de soberanía. Il se trouve jusqu'à d'altitude au Portugal et au-dessus de en Espagne. En France, la limite altitudinale se trouve aux environs de Err dans les Pyrénées-Orientales à . Il atteint près d'Aurillac dans le Massif central, région bien moins favorable au Lézard ocellé du fait du climat.

En France, l'espèce est présente sur une aire continue allant de la frontière italienne jusqu'à l'Espagne, soit l'ensemble de la zone méditerranéenne. Une partie de la façade atlantique est également colonisée par le Lézard ocellé. Une hypothèse décrit la colonisation ancienne de la façade atlantique via les reliefs nord-pyrénéens et les causses du Tarn et du Lot.

À la suite de sa forte régression, sa fréquence voire sa présence au sein de son aire de répartition reste méconnue. Pour y remédier, il fait en France l'objet d'une enquête « interactive » dans le cadre d'un dispositif de type science citoyenne, initié et piloté par l'Observatoire naturaliste des écosystèmes méditerranéens (OnEm). En l'espèce est redécouverte sur l'île de Porquerolles, dans le Var, d'où elle avait été signalée disparue depuis le début des années 2000.

Biotope Le Lézard ocellé vit dans les écosystèmes à affinité méditerranéenne en dehors des forêts denses et des zones de grandes cultures dépourvues d'abris. Ses milieux de vie ont comme caractère commun d'être des espaces très ensoleillés. Ainsi, les coteaux secs et broussailleux, les garrigues ouvertes, les champs cultivés ou enfrichés, les dunes grises fixées ou les pelouses sèches calcicoles sont des biotopes qu'il affectionne particulièrement, soit les habitats xériques. Le milieu qui semble le mieux lui convenir reste les pelouses rocailleuses escarpées avec des arbustes çà et là.

Malgré cette apparente affinité pour les milieux arides — il peut vivre en Espagne à Cabo de Gata, où tombent seulement de précipitations par an — le Lézard ocellé peut être paradoxalement présent dans des régions très arrosées comme la sierra de Grazalema où les précipitations dépassent /an. Cela ne reste pas un cas isolé avec des mentions également dans le massif des Maures, avec /an. Le Lézard ocellé recherche davantage le couvert de gîtes qu'un climat foncièrement sec.

vignette|270px|left|alt=Lézard ocellé dont on ne distingue que la tête dépassant d'anfractuosités de la roche|Les anfractuosités des enrochements constituent pour le Lézard ocellé un gîte où il peut se nourrir, se protéger des prédateurs et des conditions climatiques.

Il peut exister un lien étroit entre la présence de terriers de lagomorphes et la densité de Lézard ocellé sur un milieu. Sur l'île d'Oléron, les terriers de lapin de garenne constituent l'essentiel des gîtes pour cette espèce (86 % en 2002). Plus généralement, il y a une corrélation positive entre la disponibilité de caches et refuges (comme les crevasses, les terriers, les tas de roches) et la densité de Lézards ocellés au sein des espaces ouverts. Le Lézard ocellé est donc, comme beaucoup d'espèces incapables de creuser leurs propres terriers, contraint dans sa capacité de colonisation d'aires nouvelles et directement soumis à la biocénose fouisseuse et aux disponibilités du biotope.

La multiplicité des caches est donc un facteur prédominant pour ce reptile, qui peut en investir plus d'une dizaine pour les femelles et jusqu'à 21 au printemps pour les mâles sur quelques centaines de mètres carrés.