La Legio III AugustaLe nombre (indiqué par un chiffre romain) porté par une légion peut porter à confusion. Sous la république, les légions étaient formées en hiver pour la campagne d’été et dissoutes à la fin de celle-ci ; leur numérotation correspondait à leur ordre de formation. Une même légion pouvait ainsi porter un numéro d’ordre différent d’une année à l’autre. Les nombres de I à IV étaient réservés aux légions commandées par les consuls. Sous l’empire, les empereurs numérotèrent à partir de « I » les légions qu’ils levèrent. Toutefois, cet usage souffrit de nombreuses exceptions. Ainsi Auguste lui-même hérita de légions portant déjà un numéro d’ordre qu’elles conservèrent. Vespasien donna aux légions qu’il créa des numéros d’ordre de légions déjà dissoutes. La première légion de Trajan porta le numéro XXX, car 29 légions étaient déjà en existence. Il pouvait donc arriver, à l’époque républicaine, qu’existent simultanément deux légions portant le même numéro d’ordre. C’est pourquoi s’y ajouta progressivement un cognomen ou qualificatif indiquant (1) ou bien l’origine des légionnaires (Italica = originaires d’Italie), (2) un peuple vaincu par cette légion (Parthica = victoire sur les Parthes), (3) le nom de l’empereur ou de sa gens (famille ancestrale), soit qu’elle ait été recrutée par cet empereur, soit comme marque de faveur (Galliena, Flavia), (3) une qualité particulière de cette légion (Pia fidelis = loyale et fidèle). Le qualificatif de « Gemina » désignait une légion reconstituée à partir de deux légions ou plus dont les effectifs avaient été réduits au combat (Adkins (1994) ). était une légion romaine recrutée, comme sa jumelle la Legio II Augusta, vraisemblablement en 43 av. J.-C. par le consul Caius Vibius Pansa pour Octave (le futur empereur César Auguste). Son nom constitue un jeu de mots pouvant signifier à la fois « la troisième légion d’Auguste » et « la troisième auguste légion ». Contrairement à la plupart des autres légions qui se déplacèrent fréquemment au cours de leur existence à travers l’empire, celle-ci demeura en permanence en Afrique du Nord où elle assura seule la protection de la région, des renforts lui étant adjoints pour de brèves périodes. Auguste la positionna vers 30 ap. J.-C. à Ammaedara. En 75, elle fut déplacée vers Theveste, un peu à l’ouest d’Ammaedara pour des raisons stratégiques afin d’être plus près des tribus qu’elle avait pour mission de surveiller. Enfin, elle fut transférée en 128 à Lambaesis, à nouveau pour des raisons stratégiques. À la fin du  siècle, cette légion était constituée à 93 % de berbères d'Afrique du Nord dont 40 % de fils de vétérans [référence invérifiable].

Bien que l’Afrique ait été une partie de l’empire relativement paisible, la légion dut mater diverses révoltes des tribus nomades de la région. De 17 à 34, elle dut faire face à un ancien légionnaire devenu chef de bande du nom de Tacfarinas. En 71, la légion entreprit une grande offensive contre les Garamantes, peuple berbère libyen, ancien allié de Tacfarinas qui avait mis à sac la ville de Leptis Magna en Tripolitaine. Dix ans plus tard, ce furent les Nasamons, peuple nomade de Libye qui résidaient tantôt sur les côtes tantôt dans le désert, et servaient d'intermédiaire au commerce entre Carthage et l'Égypte qui se révoltèrent contre les taxes imposées par les Romains. Après un siècle de relative tranquillité, ce fut au tour des Quinquegentiens, coalition tribale maure (de l'actuel Tizi-ouzou), et des Fraxinenses, coalition tribale berbère, de reprendre les armes. Il fallut près de dix ans à la légion reconstituée pour mettre fin, vers 260, à cette rébellion qui ressurgit quelque trente ans plus tard et força l’empereur Maximien à venir lui-même y mettre un terme.

Pendant les périodes de calme, divers détachements de la légion furent envoyés à l’extérieur et participèrent à diverses campagnes : celles de Trajan contre les Parthes, celle qui devait mettre un terme à la révolte juive de Bar-Kochba au cours de laquelle la légion fut envoyée à Alexandrie remplacer celle partie en Judée, les guerres contre les Perses sous Lucius Verus d’abord, puis sous Caracalla, ainsi qu’aux guerres de Marc Aurèle contre les Marcomans et à celles de Caracalla, à nouveau contre les Parthes.

Relativement éloignée de l’Italie, la légion ne fut guère impliquée dans les jeux de pouvoir qui amenèrent le renversement de nombreux empereurs, pendant l’Année des quatre empereurs d’abord et pendant l’Anarchie militaire plus tard. Toutefois, en avril 68, le légat de la légion, Lucius Clodius Macer, fut l’un de ceux qui se révolta contre l’empereur Néron qui se suicida en 68. Par la suite, la légion donna son appui d’abord à l’empereur Galba, puis à Vitellus, avant de se rallier à Vespasien, mais seulement après qu’il eut effectivement pris le pouvoir. Sous les Sévères, elle appuya Septime Sévère, originaire de la province d’Afrique, contre l’usurpateur Pescennius Niger.

Une seule exception: lorsque le proconsul de la province d’Afrique, Marcus Antonius Gordianus et son fils furent proclamés empereurs. Restée fidèle à l’empereur Maximin, la légion III quitta la Numidie, marcha sur Carthage et défit . Après la chute de Maximin, le petit-fils de , , se hâta de dissoudre la légion pour avoir combattu son grand-père. Elle ne devait être reconstituée que sous Valérien en 253.

Par la suite, et bien que la légion ait sans nul doute joué un rôle important lorsque l’empereur Maximien Hercule dut venir lui-même mettre fin à une révolte en 298, et que les troupes de Maxence durent faire de même en 310, on ignore le rôle précis de la légion.

Elle est encore mentionnée dans la Notitia Dignitatum, document datant vraisemblablement du début du .

Son emblème fut le cheval ailé Pégase ainsi probablement que le Capricorne.

Histoire de la légion

Sous les Julio-Claudiens thumb|La région de l’Aurès aux confins de l’Algérie et de la Tunisie où fut stationnée la Legio III Augusta pendant pratiquement toute son existence.

La légion fut vraisemblablement recrutée en 43 av. J.-C. en même temps que la Legio II Augusta, par le consul Caius Vibius Pansa Caetronianus au nom d’Octave, le futur empereur Auguste. Au cours de la guerre civile, la légion prit vraisemblablement part à la bataille de Philippes en Macédoine orientale au cours de laquelle les triumvirs Octave et Marc Antoine vainquirent les républicains Brutus et Cassius Lendering (2002) para 2.. Après cette bataille, elle accompagna Octave en Sicile où, avec Lépide, il combattit Sextus Pompée qui menaçait l’approvisionnement en blé de Rome. Après cette guerre, Lépide tenta de s’emparer du commandement des troupes d’Octave, mais abandonné par ses troupes, il fut limogé de ses fonctions de triumvir et Octave lui reprit en 36 av. J.-C. la province d’Afrique, laquelle lui avait été attribuée par le traité de Brundisium en 40 av. J.-C. Il est possible que la légion soit partie pour le continent africain lors de ce conflitHurlet (2015) ..

thumb|right|Site archéologique d’Ammaedara (aujourd’hui Haïdra en Tunisie), premier cantonnement de la Legio III Augusta en Afrique.

Chose certaine, Auguste stationna la légion de façon permanente à Ammaedara en 30 av. J.-C. Ses déplacements successifs de Ammaedara (Haïdra en Tunisie) vers Thevesta (Tebessa en Algérie) et Lambaesis (Lambèse-Tazoult en Algérie) témoignent de l’extension de la frontière de la province vers le sud et l’ouestManon (1998) .. En plus de protéger le territoire de l’empire, les légionnaires furent affectés à des travaux de voirie comme la construction d’une route en 14 ap. J.-C. reliant leur quartier général de Ammaedara à l’oasis de Gafsa en passant par Thelepte, ainsi que celles allant de Tébessa à Hippo Regius et de Tébessa à Carthage. Autour des campements militaires se construisirent rapidement des bourgades civiles et des développements agricoles (plantation d’oliviers fournissant de l’huile pour Rome) favorisant le développement économique de ces régions. Les légionnaires construisirent également des arcs de triomphe marquant la séparation entre leur campement et les habitations civiles, des aqueducs pour amener l’eau des montagnes voisines, ainsi que des colonies pour leurs vétérans, comme celles de Thuburbo Majus et de Cuicul (aujourd’hui Djémila)McMullan (1959) .Manton (1988) .Frothingham (1915) ..

Bien que l’Afrique ait été une province relativement paisible au sein de l’empire, la légion dut lutter de 17 ap. J.-C. jusqu’à 34 contre des rebelles numides (berbères) sous la conduite de Tacfarinas, ancien soldat romain devenu déserteur puis chef de guerre numide, sous le règne de l’empereur Tibère. Sa petite armée, composée principalement de brigands et de rebelles, commença à attaquer les Romains alors qu’ils venaient à peine de terminer leur premier projet de construction de route en 14 ap. J.-C., route qui passait sur leurs terres Raven (1993) .. Menés par cet ancien légionnaire, ces hommes acquirent rapidement l’expertise et la précision nécessaire pour inquiéter sérieusement les Romains Tacite, Annales, 2.52.1.. Après avoir été défait par le gouverneur (proconsul) Marcus Furius Camillus en 17, il entreprit une guerre de guérilla à laquelle les Romains n’étaient guère préparés. L’année suivante, il attaqua de la sorte une cohorte de la Legio III qui campait près de la rivière Pagyda dans le sud tunisien. Le centurion fit sortir ses hommes hors du camp pour préparer une bataille rangée. Mais les hommes de Tacfarinas les maitrisèrent et les légionnaires se débandèrent. Pour punir ce déshonneur, le nouveau proconsul, Lucius Apronius, ordonna que les survivants soient décimés (i.e. qu’un soldat sur dix soit mis à mort). Après de nouvelles attaques en l’an 20, la Legio VIIII Hispana fut envoyée pour lui prêter main-forte l’année suivante. En 24 le proconsul Junius Blaesus crut avoir maté la révolte et la Legio VIIII quitta le pays. Sitôt celle-ci partie, Tacfarinas vint assiéger la ville de Thubuscum. Mais grâce à l’aide du roi Ptolémée de MaurétanieCelui-ci était le petit-fils d’Antoine et de Cléopatre; il était cousin germain de l'empereur romain Claude et cousin issu de germain de Néron et Caligula. le nouveau proconsul, Publius Donabella, parvint à le défaire lors de la bataille d’AuzeaBunson (1994) « Tacfarinas » .Harwell, « Legio III Augusta », para 7-10). Lendering (2002) para 6..

La légion III Augusta était alors la seule légion de l’empire encore commandée par un sénateur ayant titre de proconsul (gouverneur à la fois civil et militaire) d’Afrique. Après l’entrée en fonction de Lucius Calpurnius Piso, l’empereur Caligula (r. 37-41) jugea dangereux de laisser la légion sous le commandement d’un sénateurDion Cassius, Histoire romaine, LIX, 20,7.. Aussi nomma-t-il en 40 un préfet pour commander celle-ci avec le titre de Legatus Augusti pro praetore. Ce légatTitre porté par les représentants officiels de Rome mettant l’accent sur le fait qu’ils étaient envoyés dans les provinces ou dans une nation étrangère (en latin legatus, envoyé, député) par le Sénat de Rome et, par la suite, de l’empereur fut nommé responsable de la Numidie (la partie occidentale de la province, séparée de celle-ci en 193) et de la protection de l’ensemble des frontières de l’Afrique proconsulaireHarwell, « Legio III Augusta », para 11., politique qui se continuera sous les empereurs Claude et Néron.

Après que le dernier roi de Maurétanie, Ptolémée, se fut avéré incapable de contrôler la situation instable de son royaume et ait été exécuté alors qu’il se rendait dans la capitale impériale, son royaume fut annexé par Rome provoquant une grande agitation dans le pays; il fallut trois ans à la Légion III et au légat Suetonius Paulinus, nommé par l’empereur Claude, pour venir à bout de la révolte avec des renforts empruntés aux légions d’Espagne Suétone, Vie des douze Césars, « Caligula » 26. Harwell, « Legio III Augusta », para 12..