vignette|Spécimen de mur pouvant faire l'objet d'une archéologie du bati. L’archéologie de la construction, appelée plus spécifiquement en France archéologie du bâti, archéologie des élévations ou archéologie du mur, est une discipline de l'archéologie qui étudie les élévations de toute construction bâtie, qu'elles soient religieuses (églises, abbayes), civiles (maisons individuelles, immeubles résidentiels, bâtiments industriels, commerciaux et agricoles, infrastructures de transport, constructions hydrauliques) ou militaires (châteaux, fortifications). D'où son autre appellation : archéologie des élévations. Celles-ci peuvent être en matériaux "durs" (pierres), ou, bien que ce soit plus rare, en matériaux périssables (bois, torchis).
Deux principes de base On réduit souvent le travail de l'archéologue à une fouille du sous-sol. C'est oublier que la recherche archéologique porte depuis ses origines sur l'étude des parties aériennes. L'archéologie du bâti consiste à : « lire les murs » (R. Krautheimer) afin de « retrouver les phases de construction, les traces de reprises et de transformation »Nicolas Reveyron, « les nouvelles approches de l'architecture médiévale, Les dossiers d'archéologie. Comment construisait-on au Moyen Âge ?, , mars 2000, .. L'archéologie du bâti considère qu'un bâtiment évolue et qu'il est modifié par les individus qui l'habitent. Elle a pour but de restituer l'histoire et la chronologie relative de celui-ci en étudiant les modifications apportées à sa structure (percements, bouchage d'ouvertures, rehaussement des sols…). comprendre l'activité de bâtir. Comment s'organisait le chantier ? Comment travaillaient les bâtisseurs ? Quelles étaient leurs techniques ?
Techniques De la même manière que pour l'archéologie traditionnelle, chaque modification, chaque élément (sol, enduit, papier peint, peinture, mur, porte) d'une construction est considéré comme une unité stratigraphique. Sauf que cette stratigraphie est verticale au lieu d'être horizontale.
L'archéologue du bâti procède à un relevé « pierre à pierre » des façades qui permet de repérer les césures et les phases de construction. De plus en plus, il s'appuie aussi sur les apports de l'archéométrie, tels que la datation au C ou par la thermoluminescence, l'identification de la nature des roches, ou encore l'analyse de mortiers.
Principaux éléments d'étude : Analyse des pierres, de leur type, de leur gabarit, de leur forme, de leur appareillage, de leur montage et de leur origine géographique. Repérage des marques lapidaires, des traces d'échafaudage, d'accrochage, d'outils. Analyse des mortiers, des enduits ainsi que des décors éventuels (fresques, peintures murales), de leurs compositions physico-chimiques, de leurs couleurs, de leur histoire et de leur signification. La superposition des couches d'enduit (stratigraphie verticale) permet de repérer les différents états de décor d'un édifice et de fournir des indications essentielles sur les différents remaniements du bâtiment (percement ou bouchage d'ouverture par exemple). Analyse des charpentes, des techniques d'assemblage.
Histoire L'archéologie de la construction puise ses origines au dans l'archéologie classique qui intéresse les antiquaires à l'époque de l'humanisme de la Renaissance, avec des pionniers comme Cyriaque d'Ancône, Flavio Biondo, Poggio Bracciolini, Antonio Loschi, ou Pomponio Leto qui fonde l' en 1466. Le mouvement des antiquaires culmine au et disparaît dans la seconde moitié du lorsque cette archéologie devient une discipline scientifique qui acquiert son autonomie vis-à-vis de la philologie ou de l'histoire, grâce au développement d'une méthode scientifique spécifique basée sur trois piliers : la science du classement des artefacts appelée typologie, la et l'histoire des techniques.
En France, la révolution réveille le patriotisme et suscite « un intérêt sentimental » pour les monuments qui conservent la mémoire du passé national, comme le montre la création du musée des monuments français par Alexandre Lenoir en 1795. Le terme « Antiquités nationales », inventé en 1790 par Aubin-Louis Millin lorsqu'il publie Antiquités Nationales ou recueil des monuments qui peuvent servir à l'histoire de France, désigne alors les œuvres d’art médiévales ou modernes devenues biens nationaux. L'intérêt pour l'archéologie classique s'accompagne alors de l'engouement pour l'archéologie monumentale (archéologie des grands monuments surtout religieux, parfois civils, à partir du deuxième quart du ). Ainsi, alors que les études étaient surtout réalisées sur les monuments antiques (arènes, théâtres), elles se portent principalement, à partir du milieu du , sous l'impulsion du romantisme (Victor Hugo et Notre-Dame de Paris, Viollet-le-Duc, Arcisse de Caumont), sur les monuments médiévaux (Carcassonne, Fontevraud)..
En France, cette discipline est théorisée et propagée à partir des années 1970 et 1980, sous l'impulsion de chercheurs comme Nicolas Reveyron, Rollins Guild, Jean-François Reynaud, Daniel Prigent, Catherine Arlaud, Christian Sapin ou Joëlle Burnouf. L'archéologie de la construction , en se basant sur quatre approches : archéologie des matériaux de construction ; archéologie des techniques de mise en œuvre de ces matériaux qui conduit « du projet au chantier » ; archéologie des aménagements intérieurs et extérieurs ; études des espaces en trois dimensions pour mieux comprendre leur agencement avec les modifications successives et les choix architectoniques..
L'archéologie du bâti médiéval L'archéologie du bâti est abondamment employée pour l'étude de la période médiévale, principalement car on dispose de vestiges en élévation en quantité bien supérieure aux époques précédentes. Les bâtiments civils ou religieux, plus ou moins bien conservés, peuvent livrer de très riches informations concernant la conception des édifices et les techniques de construction mises en œuvre.
Il se peut également que l'on dispose - mais cela est variable selon les zones géographiques et les époques - d'une documentation textuelle très riche : actes notariés, comptabilité… autant de textes qui peuvent renseigner avec précision la construction ou l'entretien d'un bâtiment.
L'utilisation conjointe des sources écrites et archéologiques s'avère souvent un bon moyen de restituer d'une manière détaillée les édifices médiévaux. On peut, par exemple (les possibilités sont innombrables), à l'aide d'un compte de construction, compléter les parties inconnues d'un édifice (parties hautes incomplètes, pans entiers disparus) ou préciser certains détails (présence de vitres et volets aux fenêtres, enduits peints…). L'étude des matériaux (pierre, bois, terre) renseigne sur l'économie du chantier. À l'inverse, l'étude des vestiges peut pallier les imprécisions des textes, identifier les outils et techniques employés ou encore montrer l'évolution dans le temps d'un édifice que les textes ne décrivent qu'une fois terminé.
Archéologie du bâti et restauration Comme le souligne René Dinkel, auteur de "l'Encyclopédie du patrimoine", le Conservateur du patrimoine et les maîtres d’œuvre sont au premier abord déconcertés par la variété des techniques et l’hétérogénéité des murs. Si l’on ne se référait qu’aux critères décoratifs traditionnels, on ne manquerait pas de tomber dans la caricature suivante : les murs anciens seraient beaux, avec des pierres soigneusement équarries posées en lits bien ajustés, les murs plus récents seraient « disgracieux » avec des moellons simplement dégrossis, au tout-venant, posés en lits irréguliers entraînants des joints larges. Les recherches des historiens d’art et des archéologues permettent à l’heure actuelle d’aller au-delà de cette image d’Épinal. Nous pouvons établir une chronologie assez complète des formes. L’objectif est de mettre au point les conditions de restauration, en fonction des techniques de construction.
L’analyse s’effectue par la lecture des changements d’appareil, des reprises ou coutures. La chronologie relative que l’on peut ainsi établir constitue le livre d’histoire architecturale du monument, même en l’absence d’histoire écrite. Il paraît donc de la première importance de ne pas falsifier les parements par l’introduction abusive de pierres neuves, par le nettoyage immodéré qui efface les traces des outils ou par le recouvrement intempestif par des crépis. Une analyse sanitaire et archéologique n’est pas seulement indispensable pour les murs, mais aussi pour l’assiette et pour les abords. D’une façon générale, mais plus particulièrement pour les sites semi-troglodytiques ou ceux qui remodèlent les sites d’implantation, l’étude minutieuse du socle se révèle indispensable tant du point de vue géologique qu’archéologique.
Des études historiques et archéologiques visant à établir un dossier documentaire exhaustif retraçant l’histoire et les évolutions d’un monument ou d’un site sont réalisées par des chercheurs indépendants, des centres d’études ou des sociétés (comme la Société française d’archéologie, le Centre d’étude des châteaux forts) et des sociétés spécialisées (comme le Groupe de recherches art, histoire, architecture et littérature, GRAHAL). Une recherche systématique est conduite dans les dépôts d’archives. Aux sources ainsi dépouillées s’ajoute l’ensemble des représentations tirées des fonds iconographiques. Chaque dossier ainsi constitué comporte une chronologie détaillée, un bilan historique synthétique et un rapport analytique, les références complètes des sources et de la bibliographie ainsi qu’un volume iconographique. Ces dossiers servent de référence documentaire préalable à toute opération sur l’édifice ou le site.
La mémoire et le projet Chaque site, chaque monument qui doit faire l’objet d’une restauration, nécessite au préalable un relevé détaillé. C’est la raison pour laquelle il est essentiel que les archéologues (le responsable des fouilles et l’historien de l’architecture), ou parfois le restaurateur lui-même s'il en a les compétences, interviennent très en amont pour comprendre et expliquer l’évolution de l’édifice. En illustration du type d’observations à recommander, nous citerons les études statistiques d’appareils réalisées à l’intérieur de l’abbaye de Fontevraud, à l’abbaye d’Otterberg en Palatinat et dans la région de MontpellierExemples d'études d’appareils :- Daniel Prigent, dans Revue Archéologique de l’Ouest, 6, 1989, .- Charles-Laurent Salch, Appareil alterné en Languedoc oriental (Châteaux-Forts d’Europe n°14), 2000.- Michael Michael Miwerling, Die Baugeschichte der ehemaligen Abtei Otterberg, Kaiserslautern, 1986
Une analyse sanitaire et archéologique n’est pas seulement indispensable pour les murs, mais aussi pour l’assiette et pour les abords. D’une façon générale, mais plus particulièrement pour les sites semi-troglodytiques ou ceux qui remodèlent les assiettes d’implantation, l’étude minutieuse du socle se révèle indispensable tant du point de vue géologique qu’archéologique.
Notre propos est d’insister sur la nécessaire fidélité des relevés. Il faut chercher à disposer le plus souvent possible d’une grande et conforme documentation de mémoire qui serve de support à une bonne archéologie des murs.
Les recommandations formulées le 26 février 1849 par la Commission des arts et édifices religieux