Reginald Pole (, Staffordshire – ) est un ecclésiastique et auteur britannique de la Renaissance. Il fut le dernier archevêque de Cantorbéry catholique, cardinal de l'Église catholique romaine, légat pontifical à la première session du concile de Trente.

Biographie Origines vignette|Portrait de femme, la tradition le reconnaît de Margaret Pole, VIII comtesse de Salisbury, (1535), National Portrait Gallery, London

Il était le troisième fils de Sir Richard Pole et de Margaret Plantagenêt, descendant d’une ancienne famille du Pays de Galles, dont la mère était comtesse de Salisbury. Le père de Reginald se distingue dans les guerres d’Écosse ; devenu chambellan de la reine, puis gouverneur du Pays de Galles, il fut un grand seigneur de l’époque. Il avait épousé en 1491 Margaret Plantagenêt, comtesse de Salisbury, fille de Georges, et Isabelle Neville, nièce d’Édouard IV et sœur du comte de Warwick, Édouard Plantagenêt.

Formation Selon Dom Reginald Biron, Margaret Pole, après la mort de son mari Richard Pole, en 1505, trouva un ferme appui dans le jeune roi Henry VIII qui, à cause de ce que les Tudors avaient fait subir à la famille Plantagenêt, voulait redonner une place à ses cousins dans la noblesse d'Angleterre. C'est ainsi que le roi devint officiellement le protecteur de ses jeunes cousins et Reginald put achever sa première formation dans la chartreuse de Sheen entre 1507 et 1512, et continuer ses études à l'université d'Oxford.

Une très bonne éducation humaniste à l’université d’Oxford (1512-1521) vignette|Thomas More par Hans Holbein le Jeune.

Interne de Magdalen College à l'université d'Oxford de 1512 à 1519, il suivit l'enseignement de William Latimer et de Thomas Linacre. Étudiant brillant, féru de grec et de latin, instruments précieux pour l'étude de la logique et de la philosophie à laquelle Reginald s'adonna avec ardeur, il soutint une thèse sur la morale et la logique et il fut fait bachelier le . En février 1518 Henri VIII le nomma doyen de la cathédrale de Wimborne, dans le Dorset.

Cependant, Pole demeura à Oxford jusqu'en 1521, où il eut l'occasion de fréquenter des gens qu'il devait plus tard retrouver dans de hautes fonctions et qui eurent sur sa vie une influence décisive. Par exemple, c'est de son séjour à l'Université que datent ses premiers rapports avec Thomas More qui se prolongèrent jusqu'à la mort du chancelier. Initié à un humanisme anglais, une parenté spirituelle unit Pole à Colet, More, Fisher, intellectuels anglais .

Son premier séjour à Padoue et ses nouvelles amitiés parmi les intellectuels italiens (1521-1526)

Reginald Pole demanda au roi, à l’exemple de ses maitres d’Oxford, de compléter sa formation humaniste à Padoue. Henry VIII ne s’y opposa pas et, au contraire, il est même probable qu’il se trouvât fier des talents de son jeune cousin. À cette période, l’université de Padoue était un carrefour où se retrouvaient les esprits les plus brillants de toute l’Europe au point qu’Érasme la désigna Athènes de l’Europe. À Oxford, Reginald Pole eut d’excellents tuteurs, car la Seigneurie de Venise, en honneur de son rang, lui donna pour professeur de philosophie l’un des plus savants de l’époque, ainsi que Romolo Quirino Amaseo qui devint par la suite secrétaire du pape Jules III. Or, deux autres professeurs de l'Université, Flaminio et Lazzaro Bonamico devinrent les amis intimes du jeune Anglais et firent partie de sa , c'est-à-dire qu'ils vivaient sous son toit et mangeaient à sa table, ainsi qu’un jeune étudiant, Christophe de Longueil, dont la mort prématurée fit écrire au jeune étudiant anglais la Vita Longili .

Mais Réginald Pole ne fréquentait pas uniquement à Padoue les cercles des maîtres et des étudiants. Sa situation sociale lui permettait de pénétrer dans les milieux les plus choisis où il fut longtemps connu sous le nom de Monseigneur d'Angleterre. Ce fut vraisemblablement un de ses maîtres qui l'introduisit auprès de l'illustre Pietro Bembo. Le célèbre poète vénitien, le prince des humanistes, installé à Padoue depuis la mort de son patron Léon X pour y soigner sa santé, fut bientôt gagné par le charme qui se dégageait de la personne du jeune anglais, qui lui faisait écrire de Pole :

À Padoue, Pole rencontra aussi d'autres personnalités comme Gianmatteo Giberti (anciennement membre de la Curie romaine de Léon X), Jacopo Sadoleto, Gianpietro Carafa (le futur pape Paul IV), Rodolfo Pio, Otto Truchsess, Stanislaus Hosius, Cristoforo Madruzzo, Giovanni Morone, Pier Paolo Vergerio le jeune, Pietro Martire Vermigli (Pierre Martyr), et Vettor Soranzo, ces trois derniers ayant d'ailleurs été condamnés pour hérésie.

Son élection au collège de Corpus Christi College d'Oxford, le , lui fournit l'argent nécessaire pour poursuivre des études à l'étranger encore quelques années.

Après ses années de formation à Padoue, Reginald Pole part pour un bref pèlerinage à Rome avant de débarquer dans sa patrie en 1526.

Difficultés avec Henry VIII vignette|Henri VIII par Hans Holbein le Jeune.

Le retour en Angleterre et le schisme (1526-1532) Pole retourna en Angleterre en juillet 1526, traversant la France en compagnie de Thomas Lupset.

Dès son retour en Angleterre, Pole, par son rang et ses capacités, aurait pu avoir une place politique importante ; cependant il s’écarte très vite de l’entourage du roi en demandant de loger à la chartreuse de Sheen pour une vie plus paisible et s’adonner ainsi aux études de théologie que jusqu’à alors il n’avait pas entamées. Pour prendre encore plus de distance avec la cour et ses mesquineries, il sollicite du roi, peu de temps après, la permission d’aller faire ses études de théologie à l’Université de Paris.

Toutefois, à la fin de 1529, Henry VIII envoie des agents dans les diverses facultés d’Europe pour recueillir les opinions des théologiens et des canonistes en faveur de son divorce d'avec Catherine d'Aragon et faire pression sur le verdict de Rome : Reginald Pole, se trouvant déjà en France, fut sollicité pour s’occuper lui-même de ce dossier auprès des maîtres de la Sorbonne. Cependant, très vite, il demanda de renoncer à sa fonction au profit d’Edward Foxe. En effet, Pole était opposé à ce divorce ; Henri VIII lui refusa le siège de York, laissé vacant par la mort de Thomas Wolsey, et le diocèse de Winchester.

Malgré cela, en 1531, le roi Henry VIII fit signer aux deux chambres ecclésiastiques les 5 articles de reconnaissance de l’acte de suprématie royale : c’est le premier pas de la rupture avec Rome. Dans ce contexte de tension politique, dangereux pour ses idées, Pole demanda au roi de pouvoir partir en Italie pour perfectionner ses études. Malgré les convictions de son cousin, Henry VIII le laissa quitter le royaume en confirmant une pension annuelle de 400 ducats avec l’espoir que son protégé, avec le temps, consentirait à sa cause.

Son deuxième séjour à Padoue et les réseaux d’amitiés autour de Bembo et Contarini (1532-1536) vignette|Gasparo Contarini. Avant son arrivée en Italie, Pole séjourna dans la prestigieuse université d’Avignon, où il rencontra Sadoleto, évêque de Carpentras, avec lequel il noua une profonde amitié : plus tard leurs destins furent unis par l’œuvre commune de rénovation au sein de l’Église. Cette amitié naquit tout d’abord grâce à des relations épistolaires par l’intermédiaire de l’humaniste Bembo ; il existait un réseau européen parmi les intellectuels humanistes de l’époque avec des liens et sentiments d’estime réciproque, comme l’amitié avec l’évêque humaniste de Vérone, Gian Matteo Giberti, chez qui Pole passa un court séjour une fois qu’il eut quitté Avignon du fait de problèmes de santé dus au climat, avant d’arriver définitivement à Venise, puis à Padoue.

vignette|gauche|Tiziano, Pietro Bembo (1539) Washington, National Gallery of Art

Dans ces deux villes vénitiennes, Pole renoua très vite avec ses vieilles amitiés. et sut facilement s'en créer de nouvelles, au point que sa maison devint le centre d'un cercle d’intellectuels amoureux des belles-lettres, tout en partageant le souci du bien de l'Église, car, parmi eux, il y avait plusieurs membres de l'Oratoire du Divin amourSociété religieuse créée à Gènes le 26 décembre 1497 par aidé par sainte Caterina Fieschie et transférée à Rome, en 1513, fut approuvée par Léon X et il se diffuse rapidement dans diverses villes italiennes.. Dans le contexte vénitien, parmi les nouveaux amis de Reginald Pole, on comptait Gian Pietro Carafa, Contarini, Cortese, Marcantonio Flaminio, Ludovico Beccadelli, .

Sans doute, les événements d’Allemagne et les nouvelles qui leur parvenaient d’Angleterre étaient des sujets de conversations courantes dans ce cercle, avec le souci de réfléchir à des solutions de réforme au sein de l’Église ainsi que la nécessité d’être au clair sur la doctrine de l’Église. Sur ce dernier aspect, en effet, Venise, grâce à ses imprimeries, ses commerces et ses libéralités, était une capitale devenue rapidement un foyer pour les idées nouvelles, et à Padoue, ville universitaire de la Sérénissime, autour de Pietro Bembo dans sa demeure de Tréville, commençaient à mûrir les orientations iréniques propres au groupe des Spirituels à partir des études de textes bibliques et patristiques et des écrits d’Érasme. D'ailleurs, le , devient la véritable pierre d’achoppement des Spirituels, est le point de référence pour notre jeune étudiant anglais.

La rédaction de avec la déclaration nette d’opposition à la politique d’Henry VIII

Pendant ces premières années trente où les idées de réforme des Spirituels prenaient forme et aboutissaient à l’élévation inattendue à la pourpre cardinalice du laïc Contarini, les événements se précipitaient au royaume d’Angleterre : Henry VIII avait épousé secrètement Anne Boleyn en janvier 1533 ; le , Cranmer, archevêque de Cantorbéry, avait déclaré l’union valide, et en juillet le pape Clément VII avait menacé ces trois hauts personnages d’excommunication. Thomas Cromwell, Cuthbert Tunstall, Thomas Starkey et d'autres personnalités rédigèrent au nom du roi une série de questions qu'ils soumirent à Pole.

Reginald Pole, à cause de son rang, ne pouvait plus tergiverser et devait prendre position sur le mariage du roi, d'autant plus que Charles Quint l’avait indirectement sollicité pour prendre la tête d’une invasion de l’Angleterre avec l’aide des armées impériales. Du fait de son tempérament et de sa fidélité à son cousin, le jeune prince Plantagenêt n’aurait jamais pu être un chef rebelle.

Néanmoins, la demande insistante et insidieuse d'Henri VIII de se positionner permet de voir la manière dont l’humaniste anglais cherche une solution : au printemps 1535, il trouve refuge dans la maison de campagne de son ami Priuli, non loin de Castelfranco, pour mieux méditer dans le silence et pendant tout l’été ; il se consacre à l’étude en réunissant des documents et en méditant sur les Écritures dans l’intention de rédiger un mémoire à adresser uniquement au roi, sans la volonté de le divulguer par la publication, pour exposer ses idées sur la question du divorce et sur le rapport entre la suprématie pontificale et l’autorité royale, avec l’espérance de ramener son cousin à la raison par des arguments solides et convaincants.