Eisleben (officiellement Lutherstadt Eisleben) est une ville d'Allemagne, dans le land de Saxe-Anhalt, à environ à l'ouest de Halle.
Cette ville, qui pendant des siècles a tiré sa prospérité de ses mines de cuivre, est surtout connue comme lieu de naissance et de décès de Martin Luther. La mémoire du Réformateur est évoquée non seulement dans sa maison natale et dans la maison qui le vit s'éteindre, mais aussi par l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul où il fut baptisé en 1483, l'église Saint-André, qui abrite la chaire où il prêcha pour la dernière fois, et la Marktplatz, où sa statue fut érigée en 1883.
Géographie Le centre-ville se trouve à l'ouest de Halle (Saale) au milieu d'un bassin oblong, dit « dépression d'Eisleben » qui occupe le sud-est de l’arrondissement. Le site urbain est dominé par les installations industrielles alentour, et la ville est traversée par des ruisseaux, les Böse Sieben. Les quartiers d'Unterrißdorf et d'Oberrißdorf sont séparés par un plateau, la terrasse Mansfeld (Mansfelder Platte), occupé pour l'essentiel par la ville. La moitié sud d'Eisleben est dominée par le promontoire boisé de Hornburger Sattel, et le faubourg sud d'Osterhausen se trouve pratiquement dans la vallée de l'Helme.
Communes voisines Les communes voisines sont Gerbstedt au Nord, Seegebiet Mansfelder Land à l'est, Farnstädt et Querfurt (tous deux dans l'arrondissement de Saale) au sud, et Allstedt, Bornstedt, Wimmelburg, Hergisdorf, Helbra et Klostermansfeld à l'ouest.
Climat vignette|gauche|Diagramme climatique d'Eisleben-HelftaDeutscher Wetterdienst, Normalperiode 1961–1990.
La température moyenne à Eisleben-Helfta est de , et le volume des précipitations annuelles de : un nombre si bas qu'il classe la ville dans le dernier vingtième de pluviométrie pour l'Allemagne, et même moins de 2 % des stations du Service météorologique allemand enregistrent une pluviométrie inférieure. Le mois le plus sec est février, l'essentiel des pluies survient au mois de juin, avec près de deux fois plus d'eau qu'en février. Les précipitations varient peu et sont à peu près également réparties sur l'année ; seules 7 % des stations météorologiques allemandes présentent des variations plus faibles.
Histoire Appartenances historiques 1069-1780 1780-1806 1806–1815 (province de Saxe) 1815–1871 1871–1918 1918–1933 1933–1945 1945–1949 1949–1990 1990–présent Colonisation Entre le et le , à l'époque des Grandes invasions, des tribus Suèves, Angles et Warnes émigrèrent du Holstein, du Schleswig et du Mecklembourg vers le sud. On retrouve un témoignage de cette migration dans les toponymes à finale en -leben, de l'ouest de l'Elbe et de la Saale à la Thuringe : plus de 100 villes et villages entre Haldensleben et Erfurt. Selon Hermann Größler, ce suffixe signifiait « lopin » ou « héritage. » , et les noms préfixés seraient ceux du clan ayant fondé la colonieD'après ..
Au , ces peuplades s'étaient agrégées aux Hermundures autochtones et formèrent la ligue des Thuringes, soumise en 531 par les conquérants Francs. Avec l'évangélisation, le Nord de la Thuringe a été colonisé par les Saxons, puis les rois francs y établirent des paysans de Souabe, de Hesse et de Frise, d'où les toponymes de Schwabengau, Hassegau et de Friesenfeld.
Moyen âge Les premières traces écrites évoquant le site de Helfta, situé aux portes de la ville, remontent à l'époque carolingienne. L'histoire locale mentionne un bourg du nom de Helpide ou Helphidesburg à la fin du . Au , Otton le Grand (912-973), roi des Francs orientaux et empereur romain à partir de 962, et son fils Otton II (955-983) y auraient séjourné au moins deux fois. Le palais de Helfta est mentionné dans la chronique écrite entre 1012 et 1018 par l'historien Dithmar de Mersebourg. en tant que palais royal de la dynastie saxonne des Ottoniens. Otton le Grand y est présent dans les années 960. Il fait consacrer par l'évêque Bernhard de Halberstadt l'église de Helfta à Radegonde, princesse de Thuringe, vénérée comme sainteSara de Lacerda, Sur les traces du palais royal de Helfta, résidence au 10e siècle de l'empereur Otton le Grand, sciencesetavenir.fr, 11 octobre 2021 1,000-Year-Old Church Built by Otto the Great Discovered in Germany, artnews.com, 9 juillet 2021.
Château fort du lac Faulen Aux , il y eut une motte castrale sur la rive ouest du lac Faulen. On trouve la première mention d'Eisleben (avec six autres villages) dans un décret du futur empereur Othon III, daté du , qui lui confirme les droits de foire, de monnaie et d'octroi. Ce marché, situé au carrefour de deux routes commerciales et mis sous la protection du fort du lac Faulen, était propriété du roi, et collectait les impôts des villages avoisinantsD'après ..
« Roi des aulx » vignette|Le « roi des aulx » (Knoblauchkönig). En 1081, les princes saxons élurent le comte Hermann de Luxembourg (1053–1088) roi de Germanie, pour contester l'autorité de Henri IV, dont l'armée était bloquée en Italie. Hermann, qui s'était retranché dans le château d'Eisleben, se trouva encerclé par les troupes frisonnes de Henri. Le comte Ernst von Mansfeld vint à son secours et chassa les Frisons. Longtemps, on appela le champ de bataille FriesenstrasseCyriacus Spangenberg, Mansfeldische Chronik. (auj. Freistrasse). Hermann, n'ayant pu réunir suffisamment d'adhérents à ses prétentions au trône, perdit finalement la ville en 1084. Comme un champ d'ail avait poussé sous les remparts du château, Hermann fut surnommé désormais le roi des aulx (Knoblauchkönig, ou KnoblauchskönigCf. .D'après .). On peut encore voir sur la façade nord de l'hôtel de ville une console en grès à l’effigie de l'antiroi HermannD'après ., devenue un symbole touristique de la ville.
Première charte En 1069 l'empereur Henri IV octroie aux seigneurs du château de Mansfeld le titre de comtes et leur accorde entre autres fiefs la terre d'Eisleben. Eisleben devient alors la capitale du comté.
En 1121, les comtes de Mansfeld établissent un bailliage pour gouverner la ville, qui n'aura de bourgmestres indépendants qu'à partir de 1809. L'assèchement du lac Faulen, sur les franges orientales de la ville, n'est entrepris qu'à partir de 1150. L'évêque Wichmann de Magdebourg fit venir pour cela des Frisons et des Flamands pour le creusement des fossés et la construction des digues : ces nouveaux-venus peuplèrent le faubourg Saint-Nicolas.
La construction des premiers remparts, au-delà des rues entourant la place du marché, remonte au . Ces remparts furent érigés par les citadins aux-mêmes et chaque confrérie de métier avait la charge de la construction et de l'entretien d'un pan de la muraille. La garde des portes de ville était confiée à une milice stipendiée.
En 1180, Eisleben reçoit le statut de ville (civitas) avec douze conseillers (Consules) dirigés par le bailli du comte de Mansfeld. Les bourgeois payaient tribut aux comtes de Mansfeld, en contrepartie de l'exercice du droit de basse-justice. Les plus anciennes monnaies frappées à Eisleben remontent à l'année 1183. La ville comptait alors les deux paroisses de Saint-André et de Saint-Gotthard.
Première exploitation des schistes cuivreux On découvrit vers 1200 un premier filon de cuivre sur la colline du Kupferberg, à Hettstedt : une légende attribue cette découverte à deux amis, Nappian et Neucke, qui sont depuis des symboles des mines de Mansfeld. Au début les paysans ramassaient le minerai sur leurs propres terres, mais au fil des années la concurrence se fit plus âpre, et l'empereur Frédéric II y mit un terme en accordant en 1215 aux comtes de Mansfeld un privilège d'exploitation (Bergregal) ; en 1364, ce privilège fut renouvelé par l'empereur Charles IV. Les mines bouleversèrent l’économie de la région et firent non seulement la fortune des princes mais aussi la prospérité de la ville.
Abbaye de Helfta Le cloître cistercien Sainte-Marie a été fondé par le comte Burchard Ier de Mansfeld en 1229 et édifié à côté du château de Mansfeld. Il comprenait l’hospice sainte-Catherine d'Eisleben. En 1234, il fut déplacé près du village de Rossdorf (au nord-ouest d'Eisleben près du bosquet Sainte-Catharine) par la veuve de Burchard, jugeant qu'il n'était pas judicieux de placer cet édifice à côté du château ; toutefois, Rossdorf, manquant d'eau, ne s'avéra guère plus convenable.
En 1258, le couvent fut de nouveau transféré à la demande de l'abbesse Gertrude de Hackeborn à Helfta, qui est aujourd'hui un quartier d'Eisleben. L'abbesse venait d'en racheter les terrains à ses frères Albrecht et Ludwig, seigneurs de Helfta. Mais dès 1284, le couvent était pillé par Gebhard von Querfurt.
vignette|Maison de l'administrateur de la fondation sainte-Catherine. Au cours du siège de la ville par le duc de Brunswick (1342), qui fut un échec, le couvent et les villages alentour furent pillés. Cette attaque incita à repousser l'enceinte pour la cinquième fois. On déplaça le couvent contre les remparts, à l’emplacement de l'actuelle Klosterplatz. Ce n'était toutefois pas sa destination ultime, car en 1525 il fut de nouveau détruit au cours de la Guerre des paysans, chassant l'abbesse Catherine de Watzdorf et les nonnes à Halle, alors que Charles Quint voulait les envoyer en Moravie, afin qu'elles redonnent vie à un couvent abandonné ; mais dans l'année elles revenaient à Eisleben à la demande du comte , qui avait fait réparer les communs, à Alt-Helfta. Ce ne fut toutefois qu'un séjour éphémère.
En 1542, la Réforme imposait l'office protestant dans les églises. Toutes les voies ayant été épuisées pour amener la dernière abbesse, Walburga Reuber, et ses moniales à embrasser le Protestantisme, le comte Georg von Mansfeld-Eisleben, qui s'était converti à la foi nouvelle, dispersa la congrégation en 1546. La dernière mention du couvent date du . Avec l'autorisation du comte, plusieurs paysans des villages détruits alentour s'établirent au pied des remparts, au-delà du ruisseau des Böse Sieben (qui s'appelait encore le Willerbach). On peut encore voir ces maisons campagnardes typiques dans la Rammtorstraße.
Le couvent, laissé à l'abandon, fut converti en entrepôt à l'époque de la RDA. Sa reconstruction a été entreprise en 1998, à l’initiative d'un professeur d'histoire de l'art. Les cisterciennes y tiennent une maison d'hôtes et un centre de formation.
Essor urbain jusqu'à l'incendie de 1498 Il s'ensuivit un siècle d'essor continu. Au cours de la faide de Halberstadt, la ville soutint un siège en 1362. La Fondation du Saint-Esprit est mentionnée pour la première fois en 1371 et en 1408, il est question d'un premier hôtel de ville en pierre. Le chœur de l'église Saint-Nicolas, reconstruit à l’emplacement des fondations de l'église Saint-Gothard, est consacré en 1462. En 1433, il y a sur la place du marché un entrepôt équipé d'une bascule. En 1440, la ville compte 530 propriétaires et . L'édification des tours de la cathédrale Saint-Pierre-et-Paul commence en 1447, les clochers des églises Saint-Nicolas et Saint-André datent de 1462.
En 1454, le conseil municipal obtient des comtes de Mansfeld le droit d'exercer la basse-justice dans l'enceinte, moyennant une accise de 900 florins rhénansCf. ..
vignette|Statue de Luther. C’est dans la grand-rue (Lange Gasse) du faubourg de Brückenviertel (trans aquam) qu'est né Martin Luther le . Il a été baptisé le lendemain dans l'église Saint-Pierre-et-Paul. Sa famille n'est restée à Eisleben que jusqu'au printemps 1484 ; mais par son lieu de baptême, Luther resta toute sa vie attaché à la ville. Depuis la chute du mur de Berlin, les autorités municipales s'efforcent de valoriser ce passé, notamment en 2017, pour le jubilé de la RéformeCf. ..