Claude de France, née le à Romorantin et morte le à Blois, fille de et d'Anne de Bretagne, devient duchesse de Bretagne en 1514 et reine de France en 1515 lorsque son époux, François d'Angoulême, cousin de , devient roi sous le nom de .
Elle meurt à après avoir mis au monde sept enfantsVoir sur univ-lyon2.fr.., notamment le futur . Elle est la seule princesse royale à avoir été à la fois fille, épouse et mère de rois de France.
Son nom a été donné à une variété de prunes, la reine-claude, dont l'ambassadeur de France auprès de la Sublime Porte avait rapporté un plant, cadeau du sultan ottoman Soliman le Magnifique.
Biographie Origines familiales et titres Claude naît le à RomorantinSite de Romorantin... Elle est la fille du roi , précédemment duc , cousin de son prédécesseur sur le trône (1470-1498), de la maison de Valois. laissant veuve Anne de Bretagne, en fait son épouse dès , afin de conserver le contrôle sur le duché de Bretagne, difficilement acquis au cours des guerres (1485-1491) qui ont marqué le règne de Charles VIII.
Claude reçoit son prénom en hommage à saint Claude, que sa mère avait invoqué lors d'un pèlerinage vers Saint-Claude, afin de pouvoir donner le jour à un enfant viable. En effet, des quatorze enfants qu'elle a mis au monde, seuls deux lui ont survécuClair L'Hoër, Anne de Bretagne, p. 191, 2020 .
Reine de France et duchesse de Bretagne, Claude a aussi été comtesse de Soissons, de Blois, de Coucy, d'Étampes, de Montfort, ainsi que duchesse de Milan dans le cadre des guerres d'Italie.
Alors qu'elle peut succéder à sa mère sur le trône de Bretagne, elle ne peut succéder à son père sur le trône de France du fait que la loi salique, instaurée en 1328 lors de l'avènement de la dynastie des Valois, exclut les filles du roi défunt de la succession.
Claude est l'unique enfant survivant de ses parents avant la naissance en 1510 de sa sœur Renée. Elle grandit principalement au château de Blois où ses parents la couvrent d'attention. Très pieuse comme sa mère, elle reçoit une éducation solide, comme en témoigne son livre d'heures, commandé en 1517 et rédigé en latin et en grecKathleen Wilson-Chevalier, « « Trinités royales » et « quadrangle d’amour » : Claude de France, Marguerite de Navarre, François Ier, Louise de Savoie et la réforme fabriste de l’Église », p. 123, in Murielle Gaude-Ferragu et Cécile Vincent-Cassy, La dame de cœur, Presses universitaires de Rennes, 2016..
Projet de mariage avec Charles de Habsbourg (1501-1506) Héritière du duché de Bretagne, Claude est fiancée en 1501 avec Charles de Habsbourg, futur Charles QuintCharles Quint (c'est-à-dire ) est son nom d'empereur (élu en 1520). En Castille et en Aragon, il sera (1516). (1500-1558), fils aîné et héritier du duc de Bourgogne Philippe le Beau (1479-1506), lui-même fils de Maximilien d'Autriche (1459-1519), empereur et chef de la maison de Habsbourg, qui avait d'ailleurs épousé par procuration Anne de Bretagne en 1490 (mariage cassé manu militari par en 1491). Philippe le Beau est aussi l'époux de Jeanne de Castille, fille et héritière présomptive d'Isabelle de Castille et de Ferdinand d'Aragon, les Rois catholiques d'EspagneLa succession d'Isabelle de Castille a lieu en 1504 ; Philippe le Beau est reconnu par les Cortes comme roi consort en 1506, mais meurt quelques semaines plus tard..
Ce mariage revient à remettre le duché de Bretagne aux mains du duc de BourgogneEn titre. Le duché de Bourgogne (Dijon) a été confisqué par en 1482. Mais le « duc de Bourgogne » détient toujours le comté de Bourgogne (à l'est du royaume) et les Pays-Bas bourguignons (au nord), et va devenir roi de Castille et d'Aragon (au sud)., ce que avait refusé en 1491. Cette démarche est cependant soutenue à la fois par Anne de Bretagne et par le cardinal d'Amboise. Celui-ci s'oppose au maréchal de Gié, partisan d'un mariage de Claude avec François d'Angoulême, cousin de Louis XII et premier prince du sang, héritier présomptif du royaume tant que n'a pas de fils, fait duc de Valois en 1499. La reine veut, en tant que duchesse de Bretagne, s'assurer que le duché reste en dehors du domaine royalJoël Blanchard, Philippe de Commynes, Paris, Fayard, 2006, . et au moins éviter qu'il tombe aux mains de François. Elle déteste en effet la famille d'Angoulême et en particulier le futur roi et sa mère, l'ambitieuse Louise de SavoieSimone Bertière, « Chapitre VI. Claude de France », pp. 143-166, in Les reines de France, vol. 1, Le siècle des Valois, Perrin, 2022..
Il semble que ait hésité. Louise de Savoie, mère de François, aurait obtenu en de lui la promesse (secrète) que Claude serait mariée avec son filsPhilippe Tourault, Anne de Bretagne, Perrin, Paris, 1990, : une déclaration datée du à Lyon, non publiée, déclarait nulle toute union de Claude de France avec un autre prince que le futur ..
accepte finalement l'union avec le prince Habsbourg parce qu'il a besoin du soutien de l'empereur et du roi d'AragonFerdinand d'Aragon est aussi roi de Sicile et le roi de Naples, , est issu de la maison d'Aragon. pour ses projets italiensJean Pierre Bois,La Paix, histoire politique et militaire, Paris, Perrin, 2012, .. Il s'apprête en effet à s'engager dans la troisième guerre d'Italie (1501-1504), dans laquelle il est allié au départ avec Ferdinand d'Aragon pour conquérir le royaume de Naples.
Un contrat de mariage est signé le à Lyon par François de Busleyden, archevêque de Besançon, Guillaume de Croÿ, Nicolas de Rutter et Pierre Lesseman, ambassadeurs de Philippe le Beau. Ce contrat prévoit expressément qu'à la mort d'Anne de Bretagne, le duché passera à Claude et à son époux.
Après la guerre, perdue par (après avoir conquis le royaume de Naples avec le concours du roi d'Aragon, en a été chassé par son allié), trois traités sont conclus en 1504 pour préciser le contrat de mariage, entre (en position de faiblesse), Maximilien d'Autriche et Philippe le Beau : ils assurent à Claude une dot considérable en cas d'absence d'héritier mâle de : outre le duché de Bretagne, elle recevrait le duché de Milan, le comté d'Asti, le comté de Blois et surtout le duché de BourgogneYves Bottineau, d'Amboise (1460-1510) : un prélat normand de la Renaissance, Rouen, PTC, ., ce qui revient à recréer l'État bourguignon de Charles le Téméraire.
En 1505, , malade et craignant de mourir incessamment (sans fils), prend conscience de la charge que ces traités imposeraient à son héritier présomptif. Il fait donc casser les fiançailles de Claude par les États généraux de , tenus à Tours, au profit de François d'Angoulême. Philippe le Beau est alors très occupé en Castille pour se faire reconnaître comme roi consort (). Sa mort peu de temps après () permet d'éviter que la rupture du contrat ait des conséquences trop graves.
La page Pierre de Rohan-Gié indique qu'il a été condamné par le Parlement de Toulouse, mais en février 1506, avant les Etats généraux de Tours.
Mariage avec François d'Angoulême (18 mai 1514) vignette|Fiançailles de François d'Angoulême et Claude de France par , Chroniques de , BNF, Fr.5083, .
La reine Anne meurt le , Claude devient duchesse de Bretagne. Le , le mariage de Claude, âgée de 15 ans, avec François d'Angoulême, âgé de 20, a lieu dans la chapelle du château de Saint-Germain-en-Laye. François est donc assuré de devenir duc de Bretagne, au cas où, Louis XII ayant eu un fils, il ne deviendrait pas roi de France. En effet, le , le roi épouse une princesse anglaise, Marie Tudor, fille du roi (mort en 1509) et sœur de . Mais il meurt le 1515, sans que Marie ait conçu d'enfant. François d'Angoulême devient le roi et Claude reine de France.
Claude n'a jamais gouverné la Bretagne. Elle en cède l'usufruit à son mari, dès le Joachim Darsel, « Amirauté de Bretagne des origines à la Révolutio »n, p. 189, in Gérard Le Bouëdec (ed.), L’Amirauté en Bretagne, Presses universitaires de Rennes, 2012..
Reine de France Autrefois choyée par ses parents, Claude de France devient une reine discrète et peu attrayante, cantonnée à son rôle de génitrice de futurs héritiers par Louise de Savoie, et freinée par sa propre timidité. La Cour de la reine est conduite par Louise de Savoie, qui est au conseil privé du roi, et par la fille de celle-ci, Marguerite d'Angoulême, élégante et pleine d'esprit, protectrice des arts et habile diplomate, qui remplace parfois la reine lors de cérémonies. Claude accompagne le roi à Reims pour son sacre, et, tout comme sa mère, elle est elle-même couronnée reine de France à la basilique Saint-Denis, mais une première grossesse reporte cette cérémonie au . Le suivant, elle cède tous ses droits au roi sur le duché de Milan dont elle est l'héritière par son père. Claude ne manifeste pas de volonté politique, notamment pour défendre les intérêts du duché de Bretagne comme l'avait fait sa mère, et contrairement à sa sœur cadette Renée qui fait plus tard un procès à son petit-neveu afin de récupérer ses droits sur le duché, sans succès, mais avec des compensations.
En dix ans de mariage, Claude donne naissance à sept enfants, que Louise de Savoie se charge d'éduquer. Le roi prend des maîtresses, notamment la comtesse de Châteaubriant, qui est la principale favorite de François I jusqu'à sa captivité à Pavie en 1525. Cependant, il ménage Claude, qui lui donne de nombreux enfants viables, et Louise de Savoie veille à la moralité de la Cour comme l'avait fait Anne de Bretagne avant elle.
Bien que Claude soit enceinte la moitié de son règne, elle doit constamment suivre son époux et sa cour itinérante. Les hivers sont passés à Amboise, les étés à Blois, et les voyages à travers le royaume, effectués tant pour des raisons politiques que militaires, sont fréquents. Ainsi, au début de 1516, elle part avec Louise de Savoie à Sisteron retrouver François I qui rentre victorieux de Marignan, puis le couple royal se rend à la Sainte-Baume puis à Marseille, dont c'est la première visite royale depuis le rattachement de la Provence à la Couronne. La Cour remonte ensuite la vallée du Rhône jusqu'à Lyon. La reine se rend enfin à Amboise où naît sa fille Charlotte alors que le roi part jusqu'à Paris.
En 1517, le couple royal entreprend un long voyage à travers la Picardie et la Normandie, étant accueilli à Écouen, Compiègne, Amiens, Abbeville, Boulogne-sur-Mer, Dieppe, Rouen, Gaillon, Évreux, Lisieux puis Argentan, avant un retour à Blois et un voyage à Moulins dans le Bourbonnais. La reine donne naissance au dauphin François à Amboise au début de 1518, puis la Cour part en Bretagne, s'arrêtant à Angers puis entrant à Nantes où la reine Claude reçoit ses courtisans dans son fief pour la seule fois de son règne. Tandis que François I poursuit la route jusqu'à Quimper, la reine doit se reposer au château du Plessis-de-Vair à Anetz en pays nantais. Elle retrouve le roi à Beaugé en Anjou. Leur fille aînée Louise est morte entre-temps ; c'est l'unique enfant que Claude perd avant sa propre mort à 24 ans.
Le long voyage de l'année 1518 s'achève à Paris, où François I est de plus en plus présent. La Cour gagne la capitale par Vendôme et Chartres. En 1519, Claude donne naissance au futur Henri II à Saint-Germain-en-Laye, ville où ses trois accouchements suivants ont lieu. L'hiver 1519-1520 est toutefois marqué par un voyage au sud de la Loire, d'abord dans le Poitou à Châtellerault chez le connétable de Bourbon et à Bonnivet, puis dans le fief familial du roi, à Cognac. En 1520, Claude, enceinte de sept mois, est présente au Camp du Drap d'Or où François I rencontre Henri VIII. La guérison du roi après un accident en 1521 motive Claude à se rendre en pèlerinage à Cléry pour remercier la Vierge.
Descendance À l'âge de et demi, elle met au monde son premier enfant et en aura sept en 9 ans de mariage : Louise ( - ), Charlotte (Amboise, - Saint-Germain-en-Laye ), François (Amboise, - Tournon-sur-Rhône, ), dauphin de France, couronné à Rennes duc de Bretagne sous le nom de ,