Christian Dutoit, né le à Rabat (Maroc) et mort le à ParisÉtat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970, est un journaliste français, fondateur et dirigeant de plusieurs services et chaînes de télévision.
Proche de Pierre Desgraupes, il fait sa carrière à l'ORTF, dans les années 1960 et 1970. En 1981, il est nommé sous sa présidence, à la direction des programmes d'Antenne 2.
On le retrouve ensuite chargé du développement et du lancement de La Cinq en 1985. Après sa privatisation en 1987, il codirige l'antenne de TF1 puis il conçoit et lance sa chaîne d'information LCI en 1993.
En 1995, il conçoit et lance les 18 chaînes du bouquet AB-sat (Mediawan) puis élabore la chaîne i>télévision (CNews) pour le groupe Canal+ à partir de 1997 pour laquelle il est nommé directeur général. En 2002, il prend la direction du groupe de productions Expand (Canal+).
De 2003 à 2009, il est membre du Conseil supérieur de l'audiovisuel.
En 2009, il rejoint le Conseil économique, social et environnemental.
Débuts de carrière au Maroc
Alors que le Maroc est encore sous protectorat français, le jeune Christian Dutoit fait ses études au Lycée d'Oujda.. Bien qu'il soit âgé de 16 ans et qu'il n'ait pas achevé ses études, il entre comme journaliste au quotidien Le courrier du Maroc en 1956..
Il collabore ensuite successivement à l'agence United Press International et à l'Agence centrale parisienne de presse, concurrente de l'AFP, pour lesquelles il assure la couverture de la guerre d'Algérie..
La télévision à l'ORTF
En 1963., il entre à la Radiodiffusion-Télévision Française qui devient l'ORTF une année plus tard., comme journaliste affecté au bureau des informations à Paris, alors sous l'égide de Raymond Marcillac. La rédaction de la télévision nationale se situe dans les mythiques locaux de la rue Cognac-Jay. Il sélectionne, traite, réécrit et transmet les dépêches imprimées par les téléscripteurs de toutes agences..
Dès lors, il est très proche de Pierre Desgraupes. dont il devient progressivement le bras droit, jusqu'en 1985..
Cette époque télévisuelle est principalement marquée par le succès du célèbre et populaire magazine d'actualités Cinq colonnes à la une..
Le 3 avril 1967, il participe à la création du tout premier journal télévisé de la deuxième chaîne ORTF, pour lequel il est nommé chef d'édition.
Le 12 mai 1968, à la suite d'une censure directe, les journalistes et producteurs de Cinq colonnes à la Une entament une grève à laquelle participe ensuite toutes les catégories de personnel de l'ORTF..
Durant l'été 1968, le gouvernement licencie ou mute une soixantaine de journalistes, des producteurs et des techniciens; Christian Dutoit est licencié au même titre que ses célèbres confrères Claude Darget, Frédéric Pottecher, Emmanuel de La Taille, Léon Zitrone, Robert Chapatte, François de Closets, Thierry Roland, Roger Couderc, Michel Drucker, Maurice Séveno, Michel Honorin, Jean-Claude Dassié, Jacques Alexandre, Philippe Harrouard et Daniel Estève..
L'émission Cinq colonnes à la une fait aussi les frais de ce mouvement; certains journalistes, réalisateurs ou producteurs doivent attendre jusqu'en 1981 pour reprendre du service..
Durant une courte période de transition, Christian Dutoit participe à la création d'une unité de production alternative à l'initiative du créateur du Centre de recherche sur l'éducation permanente et l'action culturelle (CREPAC)..
Il collabore ainsi à Scopcolor, mouvement de contre-pouvoir des informations officielles produisant des documentaires de 52 minutes sur pellicule 16 mm; à l'instigation de Roger Louis, ancien grand reporter et de Marcel Trillat, tous deux anciens de Cinq colonnes à la une, il côtoie aussi Frédéric Pottecher, Robert Doisneau, Sylvie Jézéquel, Jean Lanzi, Alain Claverie, Pierre-Henri Arnstam..
À l'occasion du changement politique ayant suivi l'élection du président Georges Pompidou, le Premier ministre Jacques Chaban-Delmas entend réformer l'ORTF et donner à l'information une certaine indépendance éditoriale, avec notamment la suppression du ministère de l'Information, en novembre 1969..
Pierre Desgraupes est invité à revenir à la télévision; Il embauche ce qui va devenir l'élite du journalisme français dans les années 80 : Paul Lefèvre, Christian Dutoit, François de Closets, Emmanuel de la Taille (tous licenciés de l'ORTF après Mai 68), Pierre Lescure, Pierre Géraud, Michel Thoulouze, Jean-Claude Pâris, Jean-Pierre Guérin, Michel Drucker, François-Henri de Virieu, Olivier Todd, Michel Bassi, Jean-Pierre Elkkabbach, Philippe Gildas et Étienne Mougeotte... Desgraupes demande que Christian Dutoit soit réintégré en novembre 1969, au poste de rédacteur en chef de l'édition "Télé-Midi - Information Première" sur la première chaîne ORTF..
Christian Dutoit est également nommé rédacteur en chef adjoint du journal de 20h, Information Première, où il retrouve François-Henri de Virieu, Étienne Mougeotte, Philippe Gildas, Marc Gilbert ou encore Joseph Pasteur..
En 1971, après avoir dirigé la radio publique, Roland Dhordain est chargé de présider la première chaîne de télévision de l'ORTF..
Pour constituer son équipe, il fait appel à Pierre Desgraupes, Pierre Wiehn, Christian Dutoit, Étienne Mougeotte, Joseph Pasteur, Philippe Gildas et François Henri de Virieu... Pour laquelle il estime qu'il s'agit « d'une équipe de francs-tireurs dont le pouvoir se débarrasse assez vite »..
En 1972, Christian Dutoit refuse sa mutation sur la deuxième chaîne ORTF; il est alors affecté au département de la formation professionnelle et il va former de nombreux jeunes espoirs, dans le cadre du Centre de formation des journalistes de l'ORTF, jusqu'en 1974.
Les années Antenne 2
L'année 1974 est marquée par de nouveaux changements politiques avec la mort inattendue du président Georges Pompidou et l'élection de Valéry Giscard d'Estaing. Après le démantèlement de l'ORTF, Marcel Jullian, premier PDG d'Antenne 2, nomme Christian Dutoit rédacteur en chef technique de l'information en 1975 à la deuxième chaîne nationale.
Marcel Jullian lui propose de devenir secrétaire général à la production, ce qui lui permet de monter dans la hiérarchie d'Antenne 2 et d'intégrer pour la première fois, le cercle des dirigeants de télévision.
Mais dès l'arrivée de Jean-Pierre Elkkabbach à la direction de l'information d'Antenne 2 en 1977, Christian Dutoit est relevé de ses fonctions.
Avec le nouveau changement politique de mai 1981, le nouveau premier ministre Pierre Mauroy nomme Pierre Desgraupes à la présidence d'Antenne 2..
Son bras droit Christian Dutoit le rejoint alors, pour la période historique la plus faste de la chaîne..
Parmi les responsables de programmes qui sont sélectionnés, on compte notamment Pascale Breugnot, Catherine Clément, Nicole Courcel, Georges Conchon, Claude Goretta et Bernard Pivot.. Dès 1981, Desgraupes tient à ce que chaque délégué contrôle une unité de programmes autonome et qu'il assume individuellement la responsabilité éditoriale et financière de son secteur.
Dutoit et Michel Thoulouze se déplacent jusqu'au domicile de Pierre Lescure pour le convaincre de rejoindre Antenne 2 afin de diriger les variétés et les émissions pour la jeunesse.
Dutoit présente ensuite le monteur créatif Alain de Greef. à Pierre Lescure, alors en quête d'un « véritable numéro 2 » pour les variétés et divertissements; Dutoit estime que leur travail en commun sera productif pour Antenne 2. L'aventure commune des Enfants du rock et du futur Canal+ s'engage. Dans son autobiographie parue en 2012, Lescure déclare que « Dutoit a eu du nez » quand il lui a conseillé De Greef.
Progressivement, la deuxième chaîne devient première en audience. et connaît de nombreuses innovations : Christine Ockrent à la présentation du journal de 20h, Télématin, les Enfants du rock, L'Heure de Vérité, le magazine Ciné Cinémas, Champs-Élysées, La Chasse aux trésors, Résistances, Gym Tonic, Psy-Show ou encore Le Théâtre de Bouvard, ainsi qu'un traitement éditorial original des émissions..
L'année 1983 voit ainsi Antenne 2, pour la seule et unique fois de son histoire, dépasser TF1 avec 55% de parts d'audience.
Fort du succès de la deuxième chaîne et à la suite du départ forcé de Pierre Desgraupes, mis à la retraite d'office le 13 septembre 1984, par une loi spécialement votée à cet effet., Christian Dutoit est pressenti pour lui succéder à la tête d'Antenne 2 et être nommé par la Haute autorité de l'audiovisuel.
Les chaînes privées
En 1984, Christian Dutoit et Pierre Lescure sont pressentis par André Rousselet pour diriger Canal+; Dutoit décline et lui conseille de choisir Pierre Lescure.
Au printemps 1987, Michèle Cotta conseille à Francis Bouygues de recruter Christian Dutoit pour soutenir le dossier de candidature pour la privatisation de TF1 : il préconise une nouvelle grille de programme, visant à fidéliser les téléspectateurs; une stratégie que Bouygues valide.
En 1985, il quitte le service public pour participer au lancement de La Cinq, projet piloté par Jérome Seydoux
Il tente aussi de convaincre sans succès son complice Michel Drucker, de le rejoindre sur La Cinq.
La Cinq est en concurrence directe avec TF1 et les spécialistes estiment que le gâteau publicitaire ne peut pas permettre à toutes les chaînes de subsister, Christian Dutoit réussit un coup double : diffuser certaines retransmissions de boxe tout en offrant en contrepartie des rencontres aux producteurs, de l'espace publicitaire à l'antenne qu'ils ont le loisir de commercialiser directement. Le publicitaire Jacques Séguéla, patron d'Havas-Advertising accepte d'en acheter la moitié, pour de francs ().
En 1987, Francis Bouygues, PDG de TF1 qui vient de recruter Étienne Mougeotte, propose à Christian Dutoit de devenir le numéro deux de l'antenne fraichement privatisée; c'est-à-dire son directeur général adjoint.. Également sollicités, Philippe Labro et Pierre Lescure déclinent les propositions de rejoindre TF1.
Christian Dutoit est considéré par Étienne Mougeotte, comme étant à la fois agile, imaginatif et intuitif. Francis Bouygues fait comprendre à Christian Dutoit qu'il a des ennemis dans la profession mais que cela ne l'empêchera pas de l'embaucher. Le 27 avril 1987, Dutoit accepte la proposition de TF1 privatisée dont la direction de la rédaction est proposée à Jean-Claude Pâris, sans qu'il l'accepte, ni la refuse. Michèle Cotta quitte ses fonctions à la Haute autorité de l'audiovisuel en septembre 1986, à la suite du changement politique et de gouvernement puis Christian Dutoit la nomme Directrice de l'information à TF1, un an plus tard.
Durant cette période, TF1 voit un grand nombre de ses animateurs et producteurs partir sur La Cinq : Patrick Sabatier, Patrick Sébastien, Stéphane Collaro, Marie-France Brière ou encore Philippe Bouvard.
Rapidement, Mougeotte et Dutoit doivent tenter de retourner la situation et obtenir des succès d'audience et d'image. TF1 connaît certaines innovations : la création de nouvelles émissions de variétés; avec Sacré soirée de Jean-Pierre Foucault dont une spéciale tournée notamment sur l'ex-paquebot France (Norway), au Mexique, de nouveaux programmes de divertissement dont le Club Dorothée, Ciel, mon mardi !, ou encore les magazines Ushuaïa, Perdu de vue et Sans aucun doute. Pour l'information, Patrick Poivre d'Arvor venu d'Antenne 2 et Jean-Pierre Pernaut successeur d'Yves Mourousi, reprennent respectivement es journaux de 20h et de 13h. Le succès est au rendez-vous et TF1 connaît une période faste et des audiences historiques.
Outre Dorothée, la chaîne met ainsi en lumière Anne Sinclair, Nicolas Hulot, Philippe Risoli, Christian Morin, Christophe Dechavanne, Fabrice, Bernard Montiel, Alexandre Debanne, Catherine Laborde, Patrick Poivre d'Arvor, Patrick Roy, Jacques Pradel...