L'alcazar de Séville (en , ) est un palais fortifié (alcazar) construit à Séville par les Omeyyades d'Espagne et modifié à plusieurs reprises pendant et après la période musulmane. Il est considéré comme l'exemple le plus brillant de l'architecture mudéjar sur la péninsule Ibérique. La famille royale d'Espagne utilisait encore récemment l'étage, mais préfère actuellement l'hôtel Alphonse XIII à côté. Pour indiquer leur présence, le drapeau de l'entrée touristique est baissé.
L'alcazar de Séville est inscrit au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO depuis 1987.
Histoire Construit sur un ancien site romain, puis wisigoth, par les Omeyyades d'Espagne à partir de 844 sous le règne de l'émir Abd al-Rahman II, l’alcazar fut modifié à plusieurs reprises durant la période musulmane, notamment sous les Almohades. Au , entreprit la construction d'un premier palais, de style gothique sur le site de l'alcazar musulman. Au siècle suivant, , à la suite du tremblement de terre de 1356 qui détruisit une grande partie de Séville, y ajouta un splendide palais de style mudéjar. L'ensemble, qui ne conserve que peu de vestiges de l'époque d'al-Andalus, fut modifié une nouvelle fois par Charles Quint au .
Période islamique vignette|redresse=0.8|Détail d’un arc de la cour du Plâtre, faisant partie du palais musulman primitif. L’alcazar commença à prendre l’aspect d’un palais fortifié après la conquête de Séville (712) par les Arabes, qui, dès 720, utilisèrent ces lieux comme résidence de leurs dirigeants. En 884, la forteresse contribua à contrecarrer une invasion de la ville par les Vikings..
Depuis sa construction par les Arabes, la forteresse comprenait plusieurs secteurs, comme la « maison des Princes » (casa de los Príncipes), habitations qui s’étendaient de la plaza del Triunfo jusqu’au quartier de Santa Cruz.
Le palais islamique primitif est de la même époque que l’Alhambra de Grenade. Y furent ajoutés au le palais des émirs, puis, au , l’« Alcázar » ou « palais des Bénédictions », alors que les fortifications étaient renforcées. Un siècle plus tard, les Almohades édifièrent encore d’autres cours et palais. Les seuls éléments du palais islamique qui subsistent encore aujourd’hui sont la cour des Stucs (patio del Yeso), la salle de Justice (sala de la Justicia), la cour en croix (patio del Crucero, convertie peu après pour accueillir les bains de doña Marie de Padilla), la cour de la maison du Commerce (patio de la Casa de Contratación) et les murailles, qui entourent le complexe historique.
Période chrétienne vignette|gauche|redresse=0.8|Détail d’un arc polylobé mudéjar dans le palais de Pierre . Après la prise de la ville par le roi en 1248, l’alcazar fut converti en résidence royale. Son fils le Sage fit exécuter les premiers réaménagements, faisant notamment construire en 1254 trois grands salons en style gothique. En 1364, décida d’ériger ce que l’on appelle de nos jours le palais Mudéjar, qui fut le premier palais d’un roi de Castille à ne pas être fortifié et qui nous émerveille aujourd’hui par la richesse de son ornementation mudéjar. En 1366, une fois terminé le nouveau palais, une guerre civile éclata, opposant à son demi-frère et s’achevant par la mort de Pierre en 1369, qui ne put guère profiter du nouveau palais..
Le palais de Pierre est considéré comme étant l’exemple le plus complet d’architecture mudéjar en Espagne.
Furent érigés par la suite la chapelle gothique, le hall des Cavaliers (Apeadero), la cour de la Vénerie (patio de la Montería) et, dans les jardins, la galerie des Grotesques (Grutescos).
L’alcazar de Séville et la monarchie espagnole vignette|Arcs en fer à cheval dans le salon des Ambassadeurs. Au fil de l’histoire, l’alcazar a été le théâtre de divers événements liés à la couronne espagnole. En 1477, les Rois catholiques vinrent s’installer à Séville, dans l’enceinte de l’alcazar. Un an plus tard, le , naissait au palais leur deuxième fils, le prince Jean d'Aragon. En 1526 fut célébré à l’alcazar le mariage de Charles Quint ( d’Espagne) et de sa cousine Isabelle de Portugal..
En 1823, lors de la campagne menée par la France afin de rétablir le roi Ferdinand VII, la famille royale résida à l’alcazar de Séville pendant deux mois. C’est lors de ce séjour que naquit, le , l’infant Henri de Bourbon, fils de l’infant François de Paule de Bourbon et de Louise-Charlotte de Bourbon-Siciles, auquel le roi conféra quelques jours après sa naissance le titre de Duc de SévillePatrick Van Kerrebrouck, La Maison de Bourbon, , 2004 ..
Par décret du , le gouvernement de la Seconde République espagnole céda l’alcazar à la commune de Séville..
Enfin, le , l’alcazar servit de cadre au banquet et à la réception donnés à l’occasion du mariage de l’infante Hélène de Bourbon, fille du roi , et de Jaime de Marichalar..
La famille royale utilise aujourd’hui l’étage du palais.
Le palais vignette|280px|Plan de l'Alcázar 1-Porte du Lion 2-Salle de Justice et cour des Stucs cyan 3-Cour de la Vénerie rose 4-Salon de l'Amiral et maison du Commerce crème 5-Palais mudéjar ou de Pierre rouge 6-Palais Gothique bleu 7-Bassin de Mercure 8-Jardins vert 9-Vestibule baroque jaune 10-Cour des Drapeaux
Porte et cour du Lion (puerta y patio del León) vignette|gauche|Muraille extérieure et porte du Lion. On pénètre actuellement dans l’alcazar par la porte dite du Lion. Appelée autrefois « porte de la Vénerie » (puerta de la Montería), elle servait de hall d’entrée donnant accès à la cour du même nom. De style almohade, elle est surmontée d’un panneau d’azulejos réalisés en 1894 en céramique sévillane par la fabrique de Mensaque, dans le quartier de Triana.
Une fois franchie la muraille arabe du , on accède à la cour du Lion, sur laquelle donne, à gauche, la salle de la Justice (sala de la Justicia). En face, trois grands arcs s’ouvrent dans la muraille, restes d’une ancienne façade almohade qui faisait partie de l’enceinte défensive de l’alcazar. Ces ouvertures, réalisées dans l’axe du palais du roi Pierre de Castille, sont postérieures à la construction de celui-ci. Les deux arcs latéraux, à l’origine en fer à cheval, sont identiques, tandis que l’arc central, plus élevé et réalisé en pierre, est un arc en plein cintre surhaussé. Mais avant de passer ces arcs, on pénètre à gauche dans la salle de Justice et accède à la cour de la Vénerie (patio de la Montería).
Salle de Justice (sala de la Justicia) vignette|gauche|Salle de Justice.
Connue aussi sous le nom de salle des Conseils, elle fut construite après 1340 par Alphonse XI, sur les ruines de l’ancien palais almohade. C’est là que le roi Pierre le Cruel rendait ses jugements. La salle, de plan carré, est couverte d’un plafond à caissons formés de motifs polygonaux qui s’imbriquent les uns dans les autres pour s’organiser en étoiles, élément de style typique de l’architecture mudéjar, appelé artesonado. Le sol, refait récemment, est pavé de tomettes et ponctué d’azulejos, disposés géométriquement autour d’un joli bassin circulaire en marbre blanc, à fleur de terre.. La salle de Justice communique avec la cour des Stucs, qui lui sert pour ainsi dire de puits de lumière. C’est l’un des rares éléments qui nous restent de l’époque almohade. De plan presque carré, elle comporte en son milieu un bassin rectangulaire. Le mur droit accuse une succession d’arcs polylobés surmontés d’une riche et délicate décoration.
Cour de la Vénerie (patio de la Montería) vignette|Cour de la Vénerie. De retour dans la cour du Lion, on franchit sur la gauche l’un des trois grands arcs décrits plus haut et accède à la cour de la Vénerie (patio de la Montería).
Elle doit son nom aux veneurs (« monteros »), qui accompagnaient le roi dans ses parties de chasse. De forme trapézoïdale, elle est dominée à l’est par la façade du palais mudéjar du roi Pierre , qui décline à l’infini arcatures polylobées et décors filigranés. Sur la droite, la façade est en double galerie d’arcades, à baies ouvertes au rez-de chaussée et vitrées à l’étage. C’est de là qu’on accède au salon de l’Amiral et à l’escalier qui mène au Haut Palais. En quittant la cour sur la gauche, on parvient à la cour de la Croisée (patio del Crucero) puis au palais Gothique.
Salon de l'Amiral et maison du Commerce (cuarto del Almirante et casa de Contratación) vignette|redresse=0.8|Retable de la Vierge des Navigateurs, œuvre d’Alejo Fernández (entre 1531 et 1536). Le salon de l'Amiral se trouve au rez-de-chaussée, à droite de la cour de la Vénerie.
Histoire Après la découverte de l'Amérique, la reine Isabelle la Catholique décida en 1503 de créer la maison du Commerce des Indes, organisme institutionnel chargé de régler les relations avec le continent américain et dont les attributions étaient aussi de réceptionner et de remettre des marchandises, de prendre des mesures de caractère technique et scientifique et de mener des actions judiciaires, par exemple en cas de conflits entre les commerçants. C'est par ailleurs dans ses salles que furent projetées les principales expéditions des grands navigateurs de l’époque.
La ville de Séville fut choisie pour héberger cette institution, qui siégeait dans le salon dit de l'Amiral, aménagé sur l'ancien palais de la dynastie abbadite, remanié par les Almohades.. L'année même de la création de l'institution, il fut donné ordre de construire et d'aménager les bâtiments nécessaires pour l'accueillir. Ce qui reste aujourd’hui de l'ancienne maison du Commerce ne forme qu'une partie des édifices qu'elle occupait à l’époque, lesquels s'étendaient de l'actuelle cour de la Vénerie jusqu'à la plaza de la Contratación, où se trouvait sa façade principale. Ce secteur comprenait entre autres le salon de l'Amiral ou salle capitulaire, deux nefs sur la hauteur de deux étages, une chapelle, et enfin des magasins et des habitations regroupés autour d’une cour et attenants à la plaza de la Contratación, ce dernier ensemble ayant été détruit en 1964. En 1717, la maison du Commerce fut transférée à la ville de Cadix. Depuis 1793, année où la maison du Commerce fut dissoute, toutes ses dépendances furent incluses dans le complexe de l'alcazar.
Description des salles actuelles Les salles aujourd’hui conservées comprennent un premier salon où sont exposés plusieurs tableaux importants, dont L'inauguration de l'Exposition ibéroaméricaine de 1929, qui préside la salle, œuvre du peintre sévillan Alfonso Grosso, Les derniers moments de la vie de san Fernando, de Virgilio Mattoni, aux dimensions spectaculaires (400 x ); la Prise de la Loja par Ferdinand le Catholique, œuvre d'Eusebio Valldeperas, et les portraits de Ferdinand VII et de Marie-Christine de Naples, de Carlos Blanco, datés du premier tiers du . On parvient ensuite à la salle des Audiences, où Christophe Colomb rencontra Ferdinand et Isabelle à la suite de son second voyage. Transformée en chapelle au , cette salle est couverte d'un superbe plafond en remplage du au riche décor géométrique et présidée par un précieux retable, la Vierge des Navigateurs, original d'Alejo Fernández, peint entre 1531 et 1536. La Vierge couvre de son manteau le roi Ferdinand le Catholique, l'empereur Charles Quint (à la cape rouge) et, à genoux, les navigateurs Christophe Colomb, Amerigo Vespucci et l'un des frères Pinzón. Les volets du retable représentent quatre saints (saint Sébastien, saint Jacques le Majeur, saint patron de l’Espagne, Saint Elme, patron des marins, et saint Jean l'Évangéliste. Il s'agit de l'une des premières œuvres picturales illustrant la découverte des Amériques et où figure Christophe Colomb.
Les salles de l'étage sont dédiées à la collection Carranza de céramiques, prêtée pour vingt ans.
Palais mudéjar ou de Pierre vignette|redresse=0.8|Façade du palais de Pierre , dans la cour de la Vénerie.