Voyage autour du mondeTitre complet de l'édition originale : Voyage autour du monde par la frégate du roi "la Boudeuse" et la flûte "l'Étoile"; en 1766, 1767, 1768 & 1769 est le journal de voyage de Louis-Antoine de Bougainville lors de son expédition autour du monde de 1766 à 1769. Louis-Antoine de Bougainville était officier de marine, navigateur et explorateur français. Sous l’influence de Louis XV et de son premier ministre Étienne de Choiseul il devint pourtant le premier navigateur français à entreprendre un tour du monde. Le voyage se réalise sur fond de conflit colonial et scientifique avec l'Angleterre, suite, notamment, au traité de Paris de 1763.
Louis-Antoine de Bougainville souhaite découvrir des contrées jusque-là ignorées et établir des recherches scientifiques. Il quitte le port de Brest en 1766 à bord d’une frégate nommée La Boudeuse ; il est rejoint en Amérique du Sud par un navire de charge, la flûte L'Étoile, ancienne navire de commerce.
Parmi les savants embarqués se trouvent le botaniste Philibert CommersonJeanne Barret, compagne de Commersson et également botaniste, s'habillera en homme pour monter sur le navire et sera la première femme à boucler un tour du monde en 1775.Commerson mourra sur l'Îsle-de-France où il avait débarqué avec sa compagne Jeanne Baret., le cartographe Charles Routier de Romainville, et l'astronome Pierre-Antoine VéronVéron, descendu à l'Îsle de France, mourra de maladie à Timor.. L'aventurier Charles-Henri-Othon de Nassau-Siegen fait également partie du voyage. Bougainville mentionne, au terme du chapitre IV de la Seconde partie, la présence à bord de l'Étoile de Jeanne Barret (ou Barré), recrutée en tant que « domestique » de Commerson. Initialement grimée en homme, Jeanne Barret éveilla les soupçons de l'équipage lorsque les habitants de l'île de Tahiti commencèrent à lui faire la cours. Bien que la présence à bord d'une femme soit interdite, Bougainville ne mena aucune action contre Jeanne Barret mais loua, au contraire, son abnégation, et la remercia de toute l'aide fournit pour la bonne poursuite de l'expédition. Elle devient ainsi la première femme à faire le tour du monde. Enfin, Aotourou, le tahitien offert par ses compatriotes de l'île de Tahiti, resta célèbre ; Bougainville le pris sous son aile durant l'expédition, suivit ses conseils durant la découvertes des nouvelles îles du Pacifique, jusqu'à l'emmener à Paris, où il devint la coqueluche de la noblesse. Bougainville, cependant, dépensa le tiers de sa fortune pour que Aotourou puisse rejoindre son île natale, qu'il n'atteindra jamais, puisqu'il mourut de la petit vérole en 1771 à Madagascar.
Le bateau traverse l’Atlantique. Le navire fait escale au Brésil à Rio de Janeiro où il doit régler quelques accords diplomatiques afin de continuer l’exploration. Il est rejoint par une flûte nommée l’Étoile, le « garde-manger » du voyage. Bougainville emprunte le détroit de Magellan et fait escale à Tahiti où il rencontre les insulaires. Le navigateur vogue d’île en île. C’est après deux escales en Nouvelle-Guinée puis sur l’île Maurice qu’il franchit le cap de Bonne-Espérance, contourne l’Afrique et revient, non sans peines, à Saint-Malo en 1769.
Extraits
« Le 19 à midi j’observai vingt-huit degrés deux minutes de latitude boréale ; et en la faisant cadrer avec le relèvement de l’île de Fer, pris à cette même heure, je trouvais une différence de quatre degrés sept minutes, valant par le parallèle de vingt-huit degrés deux minutes environs soixante et douze lieues dont j’étais plus est que mon estime. »
« La polygamie paraît générale chez eux, du moins parmi les principaux. Comme leur seule passion est l'amour, le grand nombre des femmes est le seul luxe des riches. Les enfants partagent également les soins du père et de la mère. Ce n'est pas l'usage à Tahiti que les hommes, uniquement occupés de la pêche et de la guerre, laissent au sexe le plus faible les travaux pénibles du ménage et de la culture. Ici une douce oisiveté est le partage des femmes, et le soin de plaire leur plus sérieuse occupation [...] Je ne saurais assurer si le mariage est un engagement civil ou consacré par la religion, s'il est indissoluble ou sujet au divorce. Quoi qu'il en soit, les femmes doivent à leurs maris une soumission entière : elles laveraient dans leur sang une infidélité commise sans l'aveu de l'époux. Son consentement, il est vrai, n'est pas difficile à obtenir, et la jalousie est ici un sentiment si étranger que le mari est ordinairement le premier à presser sa femme de se livrer. Une fille n'éprouve à cet égard aucune gêne ; tout l'invite à suivre le penchant de son cœur ou la loi de ses sens, et les applaudissements publics honorent sa défaite. Il ne semble pas que le grand nombre d'amants passagers qu'elle peut avoir eu l'empêche de trouver ensuite un mari. Pourquoi donc résisterait-elle à l'influence du climat, à la séduction de l'exemple ? L'air qu'on respire, les chants, la danse presque toujours accompagnée de postures lascives, tout rappelle à chaque instant les douceurs de l'amour, tout crie de s'y livrer. »
Analyse L'auteur décrit dans son journal de voyage les conditions de vie à bord des bateaux, les maladies qui hantent les navigateurs, les conditions du commerce (échanges) entre les marins et les insulaires. Il livre une description détaillée de la colonie espagnole qui deviendra l'Argentine, des populations et des paysages de la Patagonie, de Tahiti, ainsi que des possessions hollandaises en Asie du Sud-Est (la future Indonésie).
Écrit par un homme qui se disait des Lumières, ce récit de voyage frappa les contemporains par son portrait d'une société tahitienne guidée par la quête du plaisir, où l'homme apparaissait délivré de la tyrannie du travail.
À certains égards, Bougainville se montre distant de l'idée que se font les Lumières de l' « état de nature » ou du « bon sauvage ». Le Discours préliminaire du Voyage autour du monde cible d'emblée Jean-Jacques Rousseau qui, dans une note du chapitre X du Second discours, accablait les marins pour leur incapacité à offrir de bonnes descriptions des « sauvages » rencontrées durant leurs voyages. La philosophie qui, elle, « ne voyage pas », serait la plus à même d'épouser la réalité, quand bien même le philosophe n'aurait jamais vu de tels sauvages. Bougainville, sous la forme de fausse modestie, répond alors à Rousseau : « Je suis voyageur et marin ; c'est-à-dire, un menteur, et un imbécile aux yeux de cette classe d'écrivains paresseux et superbes qui dans les ombre de leurs cabinets, philosophent à perte de vue sur le monde et ses habitants, et soumettent impérieusement la nature à leur imagination. Procédé bien singulier, bien inconcevable de la part de gens qui, n'ayant rien observé par eux-mêmes, n'écrivent, ne dogmatisent que d'après des observations empruntées de ces mêmes voyageurs auxquels ils refusent la faculté de voir et de penser. » La description et le jugement émit par Bougainville à propos des Pêcherais, peuplade qu'il rencontre en Patagonie, s'éloigne de l'idée, souvent laudative, d'un état de nature de l'humanité, heureuse, sans vice, dans lequel les hommes vivraient en concorde entre eux et avec leur milieu : « De tous les sauvages que j'ai vu de ma vie, les Pêcherais sont les plus dénués de tout : ils sont exactement dans ce qu'on peut appeler l'état de nature ; et en vérité si l'on devait plaindre le sort d'un homme libre et maître de lui-même, sans devoirs et sans affaires, content de ce qu'il a parce qu'il ne connaît pas mieux, je plaindrais ces hommes qui, avec la privation de ce qui rend la vie commode, ont encore à souffrir la dureté du plus affreux climat de l'univers. »Dans son Supplément au Voyage de Bougainville, Denis Diderot s'appuie sur le récit de Bougainville pour entamer une réflexion sur la morale.
Éditions Louis-Antoine de Bougainville, Voyage autour du monde par la frégate du roi la Boudeuse et la flûte l'Étoile en 1766, 1767, 1768 et 1769, Paris, Saillant & Nyon, 1771 (lire en ligne sur Gallica). Jacques Proust (éd.), Louis-Antoine de Bougainville, Voyage autour du monde, Folio, Paris, 1982 (ISBN : 9782070373857)
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Voyage d'exploration scientifique Histoire de la marine française Supplément au voyage de Bougainville (1772) de Denis Diderot
Liens externes Voyage autour du monde par la frégate du roi "la Boudeuse" et la flûte "l'Étoile"; en 1766, 1767, 1768 & 1769 par Louis Antoine de Bougainville (1771) Le journal peut être consulté ici sur le site France-Diplomatie du Ministère des Affaires étrangères. Voyage autour du monde, version audio
1768 Bougainville expedition, route of the Boudeuse TLCMaps 1768 Bougainville expedition, route of the Etoile TLCMaps
Catégorie:Littérature maritime Catégorie:Tour du monde dans la littérature Catégorie:Livre paru en 1771