Joseph Darnand, né le , à Coligny et mort fusillé le , au fort de Châtillon, à Fontenay-aux-Roses, est un militaire et homme politique français. Il est, sous l'Occupation, une figure majeure de la collaboration en France.

Ancien combattant de la Première Guerre mondiale et de la campagne de France de 1940, militant d'extrême droite dans l'entre-deux-guerres, il choisit la voie de la collaboration totale avec l'occupant nazi en s'engageant dans les Waffen-SS le .

Il reste pour l'histoire le secrétaire général et véritable chef opérationnel de la Milice française, organisation paramilitaire de type fasciste, supplétive de la Gestapo, chargée de la traque des résistants, des Juifs, des francs-maçons et des réfractaires au STO, créée par Pierre Laval, en accord avec Pétain, par la loi du . Après avoir été nommé, à la demande des autorités allemandes, secrétaire général au maintien de l’ordre dans le gouvernement de Vichy le , il devient secrétaire d’État à l’Intérieur le .

Les exactions et les crimes commis par les miliciens sous ses ordres, principalement au sud de la ligne de démarcation, valent à Darnand d'être considéré comme l'une des personnalités les plus jusqu'au-boutistes de la collaboration. Il est jugé, condamné à la peine de mort et fusillé après la Libération.

Origines familiales et formation Joseph Darnand est né dans une famille nombreuse et modeste, d'origine paysanne, de tradition catholique. et dont le père est cheminot à la gare de Bourg-en-Bresse. On le décrit comme un . Il est élève de l'école Saint-Louis à Bourg-en-Bresse jusqu'à l'âge de puis d' à au collège Lamartine de Belley.. Contraint d'abandonner l'école, il rentre à Coligny pour commencer un apprentissage de trois ans en ébénisterie.

Première Guerre mondiale vignette|gauche|Joseph Darnand, jeune soldat du d'infanterie de Belfort (1916). Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, il a et cherche en vain à s'engager. Il est finalement incorporé au d'infanterie, le . Il est nommé caporal en , sergent le et affecté au d'infanterie où il se fait remarquer : Il est promu adjudant en 1918. Plusieurs fois blessé, il reçoit six citations, dont deux à l'ordre de l'armée pour son courage comme « nettoyeur de tranchées » ..

Le , son corps franc fait vingt-sept prisonniers au sein d'un état-major de régiment allemand et s'empare de documents essentiels qui permettent de connaître le plan de l'offensive ennemie du : celle-ci avorte à la suite des manœuvres du général Gouraud, qui commande la .

vignette|Le général Gouraud, à gauche, décorant Darnand, sur le champ de bataille. Darnand reçoit la médaille militaire le des mains de Pétain, à qui il voue par la suite un attachement sans bornes. D'après d'autres auteurs, cette remise a lieu le par le général Gouraud. Pour ce même fait d'armes, le général Gouraud remet également à l’adjudant Darnand la croix de la Légion d’honneur le , au cours d'une prise d'armes dans la cour des Invalides. La croix est accompagnée de cette citation : ; ..

Dans une lettre adressée à Maxime Real del Sarte, Raymond Poincaré, l'ancien Président de la République devenu Président du Conseil, s'excuse de son absence au banquet qui a lieu après la cérémonie et salue en lui .Jean Mabire, La Division Charlemagne, J. Grancher, 1998, 48..

En , il s'engage pour deux ans dans l'armée. Après un passage dans les troupes d'occupation en Allemagne, il participe à la campagne contre les forces de Kemal Atatürk en Cilicie. Il part en permission libérable en , quittant l'armée avec le grade d'adjudant.

Entre-deux-guerres Après une vie quelque peu instable, il entre comme vendeur décorateur à la fabrique de meubles Chaleyssin à Lyon. Il devient ensuite directeur de la succursale niçoise de cette société puis directeur en 1929 de la société des bus du littoral à Nice. Il fonde aussi une société de transports. Il milite d'abord dans le cadre de l’Action française (AF)Gisèle et Serge Berstein, Dictionnaire historique de la France contemporaine, : 1870-1945, Éditions Complexe, 1995 . à partir de 1925, à Lyon puis à Nice, comme commissaire d'AF puis chef des commissaires d'AF de cette ville.. Lorsque la section de Nice leur fait savoir en qu'il a reçu la Légion d'honneur, les chefs de la ligue royaliste décident d'utiliser cette décoration pour leur propagande. Alors que l'Action française a été condamnée par le pape en 1926, ils soulignent son appartenance à la ligue, lui offrent plusieurs fois la « une » de l'Action française, le présentent comme , lui font publier un récit de son exploit., font venir des militants de la ligue pour l'acclamer lors de la prise d'armes du ., organisent un banquet à Paris en son honneur. auquel prennent part des dirigeants d'associations d'anciens combattants et les chefs de la ligue, dont Charles Maurras, Maxime Real del Sarte et Maurice Pujo. Darnand y déclare : .

En 1928, Darnand est président de la fédération des commissaires d'Action française des Alpes-Maritimes.

En , les dirigeants de la ligue lui offrent la présidence d'une réunion publique à Paris d'anciens combattants, organisée par les royalistes, contre la ratification des dettes interalliéesPour le gouvernement Raymond Poincaré, il s'agissait de ratifier les accords Mellon-Béranger () et Caillaux-Churchill (), auxquels s'étaient opposés les anciens combattants, afin de faciliter les négociations dans le cadre du plan Young. Ils le furent finalement en ., auquel prend part le président de l'Union nationale des combattants, Henri Rossignol, et le secrétaire général de l'Association des mutilés de guerre, Edmond Bloch, aux côtés de dirigeants de la ligue, dont son président ; ; ; .. Deux jours plus tard, il prend part au défilé organisé sur l'avenue des Champs-Élysées par l'Action française et des associations d'anciens combattants pour protester contre la ratification et contre le Gouvernement ; il porte le drapeau des anciens combattants d'AF et défile à leur tête ; .. En , les chefs de la ligue royaliste lui offrent la présidence de leur association d'anciens combattants, l'Association Marius Plateau, constituée légalement le de cette année ; ; . Il n'a donc pas quitté l'Action française en 1928 et n'a pas été le chef des Camelots pour toute la Provence, comme on peut le lire parfois, notamment dans .. Il quitte cette fonction au cours de l'année 1931Il est remplacé par Georges Gaudy.. Il semble quitter l'Action française avant 1935, déçu par son manque d'activismeGérard Gaudin, « L'Action française en Provence », dans Michel Leymarie, Jacques Prévotat, L'Action française : culture, société, politique, Éditions du Septentrion, 2008, ..

Il adhère ensuite aux Croix-de-Feu et à partir de 1936 au Parti populaire français (PPF), mais il est une nouvelle fois déçu par le manque d'action directe, notamment contre les communistes qu'il détesteMichèle Cointet, La Milice française, Fayard, 2013.. Il conspire contre la République en liaison avec le complot de la Cagoule, dont il est le responsable à Nice. Arrêté le ; ; ; ., il prend comme avocat Xavier Vallat ; .. Il est libéré le . et bénéficie d'un non-lieu.

Seconde Guerre mondiale . Il est affecté, comme lieutenant, dans un corps franc de 150 hommes du de chasseurs de la , chargé d’actions de commando et de renseignement derrière les lignes ennemies. À la suite d'une mission de renseignement, les et , à Forbach, il est nommé « premier soldat de France » et fait officier de la Légion d’honneur, par le général Georges, pour être retourné chercher aux mains de l'ennemi le corps de son chef et ami, le capitaine Agnely. La couverture de MatchAncien nom de Paris Match. du lui est même consacrée. ; voir aussi : .. Après de nombreux combats lors de la bataille de France, de la Somme à la Loire, il est fait prisonnier le , il parvient à s’évader du camp de Pithiviers en et à rejoindre Nice.

Pétain et le SOL Après l'arrivée au pouvoir de Pétain, en , Joseph Darnand se rallie à lui , en raison du prestige de Pétain puis adopte les principes de la Révolution nationale. À l’automne 1940, il prend la tête de la nouvelle Légion française des combattants (LFC) dans les Alpes-Maritimes., laquelle comptera jusqu'à dans ce département. Après l’ouverture de la LFC aux jeunes partisans du régime qui n’ont jamais combattu, il fonde en , dans son département, un Service d'ordre légionnaire (SOL), où s’introduisent certains éléments du milieu niçois. Ce SOL, étendu ultérieurement à toute la zone non occupée (le ) et à l’Afrique du Nord, prône la Collaboration active avec l’occupant allemand. Plusieurs chefs et militants des SOL se livrent à des actions brutales contre les adversaires réels ou supposés du régime et déclenchent une vague de délation qui n’épargne pas les autorités civiles de l’État français.

Lorsque le commandement national du SOL est attribué à Darnand, en , il s’installe à Vichy et il affiche des positions ouvertement collaborationnistes et racistes, tout en restant toujours très proche de Pétain ; .. Darnand devient en délégué permanent de la Légion auprès du gouvernement..

En , au retour d'un voyage en Pologne à l'invitation des Allemands, il adhère à la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF) .

Selon le résistant Claude BourdetClaude Bourdet, L'Aventure incertaine - De la Résistance à la Restauration, Stock, 1975., des résistants des Alpes-Maritimes tentèrent en 1940 de convaincre Darnand d'entrer dans la dissidence et de fonder les groupes-francs de la Résistance. Un instant hésitant, Darnand refusa au nom de son allégeance absolue à Pétain. En 1943, dans un moment de négociations difficiles avec Laval et les Allemands, Darnand, un temps découragé, fit quelques sondages en direction de la France libreCharles de Gaulle, Mémoires de guerre – Le Salut : 1944-1946, , Paris, éd. Plon, 1959 ; rééd. Pocket, 1999 (nouvelle édition 2006, texte intégral), 567 , ., puis abandonna définitivement toute idée de changer de camp ; selon Jean Lacouture (qui, dans sa biographie de De Gaulle, cite Louis Vallon), à la suite du signalement fait par le BCRA de la demande de Darnand, le général de Gaulle s'y était opposé violemment en ces termes : Jean Lacouture, Charles de Gaulle, I. Le rebelle 1890-1944, Paris, Le Seuil, 1984 , ..

Il convient par ailleurs de préciser que, selon l'historien Jean-Marc Berlière, Darnand est responsable du Centre d'informations et d'études (CIE) de Marseille, en 1940. Considéré comme la première police parallèle du régime de Vichy, le CIE a pour particularité d'enquêter à la fois sur la Résistance et les Allemands. Créé par Georges Groussard, le CIE sera dissous par les Allemands, en 1940, après avoir été à l’origine de l’arrestation de Pierre Laval. À la suite de sa dissolution, certains de ses membres, comme son directeur Georges Groussard, entreront de manière définitive dans la Résistance.

En , Darnand est à Espalion et assiste aux obsèques de Louis Canaguier, légionnaire aveyronnais.

Lors du débarquement allié du en Afrique du Nord, Darnand donne l'ordre aux SOL de résister. La Phalange africaine est créée en Tunisie le sur suggestion des Allemands et Darnand prononce un discours appelant les jeunes Français à s'enrôler pour combattre à leur côté par pour ne pas . Bon nombre des officiers de la Phalange africaine proviennent du SOL.

Dans un message aux Français du Philippe Pétain, Discours aux Français, –, Paris, Albin Michel, 420 , ., Pétain déclare que les SOL lui et que ceux d'Afrique du Nord, . En réalité, lors des opérations de , seules quelques dizaines des hommes de Darnand, sur des milliers, se sont battus contre les Alliés à Oran et au Maroc, tandis qu’à Alger les SOL se sont tous laissé capturer sans résistance.

Naissance de la Milice thumb|Loi du portant création de la Milice française, Archives nationales A/1853. thumb|Drapeau de la Milice thumb|L'emblème de la Milice.