François Magendie, né à Bordeaux le et mort à Sannois (Seine-et-Oise) le , est un médecin et un physiologiste français. Il exerce la médecine à l'hôtel-Dieu de Paris et à l'hôpital de la Salpêtrière avant d'occuper la première chaire de physiologie expérimentale du Collège de France. Il est considéré comme un des pionniers de la physiologie expérimentale moderne.

Biographie Jeunesse Il est le fils d'Antoine Magendie (chirurgien à Bordeaux) et de Nicole de Perey de Launay. Son père est adepte des thèses de Jean-Jacques Rousseau, ce qui lui vaudra de n'apprendre à lire qu'à l'âge de dix ans, mais aussi l'énergie, la franchise, l'indépendance de jugement, et le mépris des conventions qui marqueront son style personnel et ses travaux scientifiques. Il perd sa mère à neuf ans.

Il commence sa scolarité à Bordeaux – interrompue par la Révolution – avant que sa famille ne s'établisse à Paris. Là, il suit son père, qui l'oblige à faire médecine, dans les hôpitaux et les amphithéâtres de la Faculté de Médecine de Paris. À l'âge de , il est initié à l'anatomie et à la dissection par Alexis de Boyer, chirurgien à l'hôtel-Dieu de Paris.

En 1801, il entre à l'École de Médecine de Paris. Très tôt, il est reçu interne des hôpitaux lors de son premier concours (17 floréal de l'an , c'est-à-dire le ). C'est l'un des premiers médecins à être entièrement formé par le nouveau système d'enseignement médical, mettant l'accent sur l'expérience clinique hospitalière et les exercices pratiques à tous les niveaux.

Il mène alors de front des études d'anatomie et des études littéraires, abordant notamment le latin. L'attrait pour les phénomènes naturels l'oriente rapidement vers la physiologie. Il proclame vouloir jeter les nouvelles bases de cette science naissante et encore mal définie. Dès ses premières publications, il s'oppose au vitalisme défendu par Bichat.

Carrière scientifique vignette|François Magendie. Lithographie de Nicolas-Eustache Maurin.

Dès 1807, il occupe le poste d'aide d'anatomie. En 1808, à l'âge de vingt-cinq ans, il soutient une thèse de doctorat en médecine, abordant deux sujets distincts : la fracture des côtes et les usages du voile du palais. Après son internat, il occupe une place de prosecteur à l'École de médecine de Paris, dont il démissionne en 1813, à la suite de frictions personnelles avec Chaussier (professeur d'anatomie) et Dupuytren (professeur de Chirurgie).

Auditeur assidu de l'Académie des sciences, il gagne l'estime de Cuvier et de Pinel, et le patronage actif de Laplace. Dans cette période troublée, il est exempté du service militaire par décret impérial du .

Il ouvre un cabinet de médecin praticien, en organisant un cours privé de physiologie qui connait un grand succès. En 1816-1817, il publie ce cours sous le titre Précis élémentaire de Physiologie qui connaitra françaises et plusieurs traductions en Anglais, Allemand, et autres langues.

En 1818, il est nommé au Bureau Central des Hospices Parisiens, mais on ne lui assigne aucun poste jusqu'en 1826, où il donne des cours de clinique à l'Hôtel-Dieu, pour y être directeur du quartier des femmes en 1830. Il est aussi médecin à la Salpêtrière de 1826 à 1830.

Il est élu membre de l’Académie des sciences en 1821 mais il est récusé pour la chaire de physiologie à la faculté de médecine de Paris en 1823.

Il est le fondateur du Journal de physiologie expérimentale et pathologique, qui paraît à partir de 1821. Le premier du genre en Europe. Le journal sert de tribune pour défendre sa conception de la physiologie comme science. La publication s'arrête en 1831, Magendie ayant trouvé une autre tribune : cette année-là, il est nommé professeur à la chaire de médecine (transformée pour l'occasion en chaire de physiologie expérimentale) du Collège de France (1831-1855). Les leçons magistrales sont composées de ses recherches en cours. Claude Bernard y sera son préparateur à partir de 1841.

Son activité tourne alors sur trois centres : l'Hôtel-Dieu (études cliniques et expériences pharmacologiques), le Collège de France (leçons et présentation de ses recherches), l'Académie des Sciences (où il représente la physiologie dans diverses commissions de travail).

Il meurt en 1855, à l'âge de soixante-douze ans, probablement d'une cardiopathie ischémique. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise ( division), à Paris

Travaux Prémices de la pharmacocinétique Ses premières publications (Mémoire sur les organes de l'absorption chez les mammifères, 1809) portent sur le phénomène d'absorption des « matières nutritives ». À cette époque, il était admis que les matières nutritives et médicamenteuses (voie orale) étaient absorbées d'abord, et exclusivement, par les chylifères (canaux lymphatiques de l'intestin grêle). Par des séries d'expériences, Magendie réfute cette théorie et démontre qu'il existe un passage direct dans le sang expliquant l'action rapide de certaines drogues et autres poisons, comme des extraits de lupas ou de la nux vomica.

Il émet l'hypothèse d'une absorption veineuse par « attraction moléculaire » après un «tamisage qui ne devrait laisser pénétrer que les fluides les plus ténus»Frédéric Dubois d'Amiens, Éloge de , Paris, Impr. L. Martinet, 1855 (circa), Texte intégral. C'est le point de départ de la pharmacocinétique.

Débuts de la pharmacologie En 1822, ses travaux pharmacologiques paraissent sous la forme d'un Formulaire, ouvrage de poche d'allure modeste, sorte de guide pratique des médicaments. Ce Formulaire connaîtra neuf éditions en français, et des traductions en anglais, allemand, néerlandais, italien et scandinave. Magendie s'est associé à plusieurs pharmaciens chimistes, dont Pelletier et Caventou. Les substances végétales comme l'opium, l'écorce de quinquina, l'écorce de saule, la noix vomique... se présentaient alors sous forme de poudre ou d'extrait. Ce sera désormais sous la forme de fractions actives: les alcaloïdes, qui seront objet d'expérimentation. Ces nouvelles substances tirées des premières sont la morphine, la quinine, la strychnine, la codéine, l'émétine etc. Pour chacune d'entre elles, Magendie établit les aspects physico-chimiques, l'effet sur l'animal, l'évaluation chez l'homme, et enfin les normes d'usage thérapeutique.

Finalement, Magendie réunit, dans un seul et même processus, la pharmacie chimique, la pharmacologie et la thérapeutique, préfigurant ainsi des principes actuels de production industrielle et d'évaluation des nouveaux médicaments.

Physiologie nerveuse L'intérêt de Magendie pour le système nerveux nait de ses travaux pharmacologiques sur la strychnine, qu'il détermine comme « irritant de la moelle épinière ». Au début des années 1820, il a accès à l'École vétérinaire d'Alfort qui lui fournit local et animaux d'expérience. Il y fait la première démonstration expérimentale de la différence entre les nerfs moteurs et les nerfs sensitifs dans leurs rapports avec les cornes antérieures et postérieures de la moelle. Il précisa ainsi les découvertes faites par Charles Bell en montrant la distinction entre racines motrices et racines sensitives des nerfs rachidiens, les premières conduisant les influx moteurs, les secondes véhiculant les messages sensitifs d'origine cutanés et musculaires (loi de Bell-Magendie)Cæsar H. » Br Med J. 1869 9; 1(419):21–23. Texte intégral.

À partir de 1826, à la Salpêtrière en pratiquant plus de 50 autopsies, il étudie le liquide cérébrospinal qu'on croyait, depuis l'antiquité, être un liquide pathologique. Il montre qu'il s'agit d'un liquide normal dont il précise la localisation, les lieux de productions, le volume et la pression. Les troubles allégués ne sont pas dû au liquide en tant que tel, mais à un excès de volume ou de pression

Critiques et controverses La personnalité de Magendie Magendie lui-même est à la source de critiques et controverses. Il est né peu avant, et a grandi sous la Révolution Française dont il semble avoir absorbé tous les caractères. L'énergie et la franchise, mais pouvant aller jusqu'à la brutalité ; l'indépendance de jugement mais aussi les opinions tranchantes et obstinées ; le mépris des conventions jusqu'à l'opposition systématique ; mais il peut aussi séduire par son ambition basée sur sa hauteur de vue et sa philanthropie. Il se voit en représentant d'une génération nouvelle, en rupture avec tous ceux qui l'ont précédé, de là sa fameuse formule : « supposons que rien n'est fait et que tout est à faire ».

Une telle attitude fait obstacle à sa carrière en faculté de Médecine et dans les Hôpitaux (oppositions de Chaussier et de Dupuytren). Mais, par ses idées, il gagne l'estime et le soutien des grands savants de son époque comme Laplace, Gay-Lussac, Cuvier, des pharmaciens chimistes, et des professeurs vétérinaires. Significatif est le fait qu'un des rares professeurs de médecine qui le soutienne soit l'aliéniste Philippe Pinel, considéré comme le père de la psychiatrie française, et auteur d'une autre fameuse formule « les fous sont des citoyens comme les autres ».

Le vitalisme de Bichat En 1800, Bichat (1771 - 1802) publie une de ses œuvres majeures, Recherches physiologiques sur la vie et la mort, qui se présente en deux parties, l'une sur les idées générales, l'autre sur les moyens d'études (observation, expérimentation). Bichat opère une distinction radicale entre les phénomènes physiques et les phénomènes vivants : « la vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort ». La vie est une réaction contre les forces destructrices du monde physique. Le vivant se caractérise par deux propriétés vitales : la sensibilité (qui détecte la nécessité d'une réaction), et la contractilité (la capacité à réagir). La santé et les maladies sont un équilibre ou un déséquilibre entre ces deux propriétés vitales.

En 1822, Magendie publie une édition critique de l'ouvrage. Il juge les idées de Bichat comme un « échafaudage branlant ». Les seules bases solides sont l'observation et expérience en laboratoire. Pour Magendie, l'expérience précède l'idée, elle s'oppose aux systèmes spéculatifs. Les propriétés vitales ne sont que de nouvelles entités « gothiques », comme autant de voiles et de brouillards, qui s'interposent entre le savant et son objet ; seules existent des fonctions dont on peut découvrir les lois, à la façon de Laplace en astronomie, ou de Cuvier en zoologie.

L'opposition Bichat - Magendie est le plus souvent représentée de cette façon tranchante. Cependant, pour J.E Lesch, cette opposition n'est pas aussi nette. Magendie est aussi vitaliste que Bichat, il pense comme lui qu'il existe une force vitale inconnaissable, équivalente à la force de gravitation en astronomie. La différence étant que l'un interpose des propriétés et que l'autre n'en veut pas. De plus, Bichat a développé des méthodes que Magendie améliore. En critiquant les concepts de Bichat, Magendie masque sa propre dette « expérimentale » envers lui. Tous les deux n'ont pu s'approcher du concept de « biologie », qui n'apparaitra qu'avec l'élève (collaborateur assistant) de Magendie, Claude Bernard.

La vivisection