Le biélorusse (en biélorusse : , biélarouskaïa mova ; łacinka : ) est une langue appartenant au groupe slave oriental de la famille des langues indo-européennes.

Orthographes Il existe deux systèmes orthographiques pour le biélorusse. L'orthographe dite classique ou orthographe de Tarachkievitch (en biélorusse tarachkievitsa) a été mise au point par Branislaw Tarachkievitch en 1918. Elle est aujourd'hui surtout utilisée par la presse d'opposition et la diaspora biélorusse. L'autre (appelée également ), plus proche du russe, a été mise au point en 1933 et est la norme officielle du gouvernement biélorusse.

Noms Il existe un certain nombre de noms sous lesquels la langue biélorusse a été connue, à la fois contemporaine et historique. Certains des plus dissemblables sont de la vieille période biélorusse.

Officiels (romanisés) Biélorusse (ou biélorussienVirginie Symaniec, Alexandra Goujon, Parlons biélorussien, langue et culture, Paris, L’Harmattan, 1997 .) — dérivé du nom russe de la Biélorussie (, Bieloroussia), utilisé officiellement à l'époque de l'URSS et, plus tard, en Russie. Bélarusse (ou bélarussien, bélarusienhttps://rm.coe.int/un-avenir-democratique-pour-le-belarus/1680adee85, biélarusse, ) — dérivé de Bélarus, forme romanisée du nom biélorusse du pays (, Biélarous), officiellement approuvé pour une utilisation à l'étranger par les autorités biélorusses (vers 1992) et promu depuis. Ruthénien blanc (ou blanc-russien, ou russe blanc) — traduction littérale du mot « biélorusse ».

Alternatifs Grand-lituanien (, vialikalitovskaïa mova) — proposé et utilisé par à partir des années 1960 pour prendre ses distances avec la et se rattacher à la . Kryvien ou Krivien (, kryvitskaïa mova, , kryvitchanskaïa mova, ou , kryvskaïa mova ; en ) — dérivé du nom de la tribu slave des Krivitches, l'une des principales tribus à l'origine de la nation biélorusse. Créé et utilisé au par les écrivains biélorusses de langue polonaise Jaroszewicz, Narbut, Rogalski et , et fortement promu par Vatslaw Lastowski. Ruthène noir commun (, prostoï tchernorousski) — utilisé au début du par le chercheur russe Baranovski pour désigner le biélorusse vernaculaire contemporain.

Vernaculaires Langue commune (, prostaïa mova) ou locale (, touteïchaïa mova) — utilisés principalement dans les périodes précédant la reconnaissance commune de l'existence de la langue biélorusse, et de la nation en général. Ces désignations sont supposées avoir été utilisées jusqu'à la fin des années 1930, notamment en Biélorussie occidentale.

Classification et relations avec d'autres langues vignette|Arbre des langues slaves orientales. Il existe un haut degré d'intelligibilité mutuelle entre les langues biélorusse, russe et ukrainienne. qui sont toutes issues du vieux russien. Le biélorusse a une intelligibilité mutuelle de 80 % avec l'ukrainien, de 75 % avec le russe et de 41 % avec la langue polonaise.. Parmi les langues slaves orientales, la langue biélorusse est la plus étroitement liée à l'ukrainien..

Répartition et statut officiel Le biélorusse est parlé, avec le russe (qui domine la vie publique notamment en milieu urbain), en Biélorussie (où il est la langue nationale et une des langues officielles), dans la voïvodie de Podlachie (Est de la Pologne) et dans des communautés émigrées (notamment au Canada). Bien qu'il soit langue officielle au même titre que le russe en Biélorussie, le biélorusse n'est presque plus parlé dans les grandes villes du pays. Le gouvernement d'Alexandre Loukachenko a d'ailleurs tendance à le considérer comme une langue rurale sans valeur autre que folklorique.. D'après pravfond, en 1995, Loukachenko a ainsi déclaré que

Statut et histoire En 1884, la langue biélorusse est reconnue par l'académie royaleJean-Pierre Jeantheau, Les choix linguistiques parentaux en milieu scolaire au Bélarus révélateurs des politiques et du conflit linguistique (1984 à 1998) : approches statistique et historique (compte-rendu), Revue des Études Slaves, 2002, n°74-1, p.243-248..

En 1897, 95 % de la population de l'ouest de l'empire parle biélorusse, ce qui conduit en 1921 à la création de la République socialiste soviétique de Biélorussie (RSSB). La RSSB développe les écoles de langue biélorusse.

À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, les usages linguistiques se trouvent modifiés par le retour au système soviétique après l'épisode nazi : le yiddish ne joue plus le même rôle alors que la langue biélorusse se trouve associée à certains nationalistes ayant participé au gouvernement nazi-antirusse. Le biélorusse perd aussi de l'influence à mesure que prennent fonctions des cadres en provenance de Russie.

Sous la période de Staline (1922-1952), la diversité linguistique est sensiblement maintenue. Sous les périodes de Khrouchtchev (1958-1964) et de Brejnev (1960-1982), la société biélorusse est russifiée. En particulier, Khrouchtchev développe le « libre choix », qui favorise la langue russe au détriment du biélorusse : une fois que la langue principale de l'école devient le russe, le biélorusse acquiert un statut de langue secondaire aux yeux de certains parents.

En 1990, la langue biélorusse acquiert le statut de langue officielle unique juste avant l'indépendance de 1991. En 1995, ce choix est infléchi par référendum : le 14 mai 1995, le russe est imposé comme deuxième langue d’ÉtatRainer Lindner, « La Biélorussie en Europe, Héritage incertain de l'Union soviétique », Outre-Terre, 2003/3 (n°4), pages 149 à 158 ..

En 2020, seuls 8 % de la population parle biélorusse au quotidien, selon un sondage publié par le ..

Le biélorusse jouit d'un rôle de langue identitaire alors que le russe joue le rôle de langue utilitaire, quand certains parents souhaitent que leurs enfants bénéficient également d'un enseignement en langue anglaise.

Prononciation et écriture

Prononciation vignette|Un locuteur du biélorusse. Le biélorusse moderne utilise environ cinquante phonèmes, dont six voyelles et de 39 à 48 consonnes. Le nombre des consonnes dépend des dialectes et des accents variables d'une région à l'autre ; le nombre le plus généralement retenu est 39 consonnes.

Le biélorusse possède un accent tonique à position variable.

Le biélorusse a subi une très forte apophonie accentuelle, marqué par un glissement du son vers le son hors accent. Ce glissement se retrouve à l'écrit (à l'inverse du russe, qui a gardé la graphie ). On trouve par exemple le mot Фанетыка (fanietyka, « phonétique »). À noter également le signe là où on aurait attendu , phénomène très fréquent en biélorusse.

Écriture Le biélorusse s'écrit surtout avec l'alphabet cyrillique, selon les conventions de l'orthographe dite classique (codifiée en 1918 par Branislaw Tarachkievitch et aujourd'hui surtout utilisée par la presse d'opposition et la diaspora biélorusse) ou de la (orthographe plus proche de celle du russe, en usage officiel en Biélorussie depuis la ). Il a aussi pu s'écrire avec l'alphabet łacinka (alphabet latin modifié) ou avec l'alphabet arabe (utilisé par la très restreinte communauté tatare il y a plusieurs siècles).

Le tableau suivant présente les majuscules de l'alphabet cyrillique biélorusse et leur équivalent orthographié selon les usages français :

MajusculeMinusculeNomAPITranscription (francophone) de la CNTTranslittération ISO 9 1995.Romanisation BGN/PCGN (anglophone)Gouvernement biélorusse А а a a Б б bé ~ b В в vé ~ v Г г hé ~ h gh Д д dé ~ d Е е ié e, ie e yeieJe en début de mot ou après une voyelle. Ё ё io e, io ë yoioJo en début de mot ou après une voyelle. Ж ж jé j ž zhž З з zé ~ z І і i , , iìi Й й i bref и нескладовае ïParfois omis en finale. j yj К к ka ~ k Л л él ~ l М м ém ~ m Н н én ~ nEn français, -ne en position finale. О о o o П п pé ~ p Р р ér ~ r С с és ~ s-ss- entre voyelles pour la transcription francophone Т т té ~ t У у ou ou u Ў ў ou bref у нескладовае vPlus souvent transcrit w ou uŭwŭ Ф ф éf ~ f Х х kha ~ kh h khch Ц ц tsé ts c tsc Ч ч tché tch č chč Ш ш cha ch š shš Ы ы y y Ь ь signe mou мяккі знак - ’◌́Se transcrit par un accent aigu sur la lettre précédente. Э э è e è e Ю ю iou iou û yuiuJu en début de mot ou après voyelle. Я я ia ia-ïa après voyelle. â yaiaJa en début de mot ou après voyelle. ’ - apostrophe апостраф - ’ -

Remarques

Officiellement, la lettre г correspond autant au son qu'au son , ce qui lui donne invariablement ses usages russe et ukrainien. Mais en pratique, seul le premier son correspond à cette lettre, qui prend la valeur de afin uniquement d'écrire des emprunts aux langues étrangères. Autrefois, la lettre ґ effaçait ces confusions en incarnant le son , mais la standardisation du biélorusse l'a supprimée.

La combinaison de la lettre д avec les lettres ж ou з crée des sons particuliers, et . Ces consonnes affriquées sont parfois précisées dans les alphabets biélorusses de cette façon, .

La lettre Ў représente le phonème comme dans l'anglais ou l'allemand , neutralisation du et du avant une consonne ou à la fin d'un mot.

Inconnue dans les variations de l'alphabet latin comme une lettre à part entière, l'apostrophe est essentielle en biélorusse. Elle sert à montrer, lorsqu'une consonne est suivie d'une voyelle, que la première n’est pas palatalisée.

Grammaire

Le biélorusse est une langue fléchie avec conjugaisons et déclinaisons. L'ordre des groupes syntaxiques est principalement défini par la structure communicative.

Déclinaison du substantif

La flexion nominale est basée sur un système de déclinaisons. Les formes plurielles des différentes déclinaisons sont presque unifiées.

Les noms se divisent en trois déclinaisons :

la première déclinaison rassemble les noms masculins terminés par une consonne et les noms neutre terminés par une voyelle, la deuxième déclinaison rassemble les noms féminins en -а et -я, la troisième déclinaison rassemble les noms féminins terminés en consonne.

Le système traditionnel de numérotation en vigueur dans les écoles inverse la première et la deuxième déclinaison...

Principales altérations

Les déclinaisons existent en général sous trois variantes : Terminaison (ou voyelle initiale de la terminaison)modèle mixtemodèle moumodèle durradical en consonne -ь (ou й) -radical en voyelleая ау ю у ы і ы еэыо ёо Le modèle mixte est constitué de bases vocaliques dures à l'exception de -е. Le modèle dur est identique au modèle mixte sauf la voyelle molle -е qui est remplacée par -ы. Il est ainsi strictement parallèle au modèle mou (tous deux partagent l'absence de différence entre -ы/-е). Les mots du modèle dur ont un radical terminé par -ш, -ч, -ж, -дж, -дз, -ц ou -р.

Les consonnes г, к et х ont certaines particularités. D'une part, elles provoquent le remplacement des terminaisons en -ы par des terminaisons en -і : Nominatif singulierGénitif singulier ou nominatif plurielTraductionнаг-а наг-і 'la jambe' рук-а рук-і 'la main' страх-а страх-і 'le revêtement du toit' D'autre part, ces trois consonnes subissent une mutation par palatalisation devant la terminaison -е : Nominatif singulierDatif ou prépositif singulierTraductionг > знаг-а наз-е 'la jambe' к > црук-а руц-э (1) 'la main' х > сстрах-а страс-е 'le revêtement du toit'

(1) -э remplace -е après ц (tout comme dans le modèle dur) .

Les consonnes т et д sont également soumises à une mutation devant cette terminaison : Nominatif singulierDatif ou prépositif singulierTraductionд > дзпраўд-а праўдз-е 'la vérité' т > цпланет-а планец-е 'la planète'

Dans ce cas, -е est conservé après ц.

Première déclinaison (formes du singulier)

Cette déclinaison comprend des noms masculins et neutres. Les noms masculins se divisent en animés et non animés +Nom masculinsmodèle mixtemodèle moumodèle durTraduction'la forêt''le cheval''le couteau'Nominatifлес конь (1) нож (1)Accusatif (2)Nominatif ou génitif Génitif (3)лес-у кан-я наж-аDatifлес-у кан-ю наж-уPrépositif (4)лес-е кан-і наж-ыInstrumental (5)лес-ам кан-ём наж-ом