vignette|right|La Trinité par Masaccio (v. 1425), basilique Santa Maria Novella, Florence.
La théologie catholique est l'analyse, l'interprétation et l'étude méthodique de la Révélation de Dieu en Jésus-Christ, pour les catholiques qui, d’une manière rationnelle, veulent approfondir l’intelligence de la foi chrétienne. La formule d'Anselme de Cantorbéry pour définir la théologie est Fides quaerens intellectum (la foi qui cherche l'intelligence). Ainsi, la théologie catholique explore rationnellement le mystère chrétien.
Elle comporte plusieurs disciplines principales, elles-mêmes subdivisées en catégories : la théologie biblique, la théologie historique (étude de la doctrine), la théologie systématique (philosophie, théologie fondamentale, théologie dogmatique, théologie morale, éthique sociale) et la théologie pratique (théologie pastorale, études liturgiques, droit canonique).
La théologie catholique adopte un point de vue confessionnel et diffère en cela des sciences religieuses. Elle accomplit néanmoins une tâche de réflexion sur la foi vis-à-vis de l'Église, de la société et de la science. En outre, elle est prise en compte dans les études culturelles, la recherche historique et archéologique, la sociologie religieuse et la psychologie religieuse.
Sur le plan doctrinal, la théologie catholique trouve dans la Trinité son principe, sa fin et son unité.
Histoire Origines
vignette|Jean Chrysostome et Grégoire de Nazianze. Au cours des premiers siècles, la doctrine chrétienne a été élaborée par les Pères de l'Église.
En 1110, Abélard introduit dans l'enseignement la logica nova, les études aristotéliciennes et l'exégèse biblique à la lumière des auteurs antiques. Inventant ainsi la scolastique dans la lignée d'Anselme de Cantorbéry, il fait redécouvrir le terme de « théologie », qui désigne alors la seule mythologie grecque d'Hésiode, pour introduire le discours des auteurs préchrétiens dans une perspective chrétienne. Il scandalise les milieux conservateurs, pour lesquels l'enseignement ne peut être qu'une répétition à la lettre de la seule parole du Christ qu'achève la prière, un miroir contemplatif et non discursif de l'Esprit. Dans ce débat entre foi et raison, il faut attendre l'agrément obtenu par Thomas d'Aquin auprès de l'Université pour que la théologie devienne l'enseignement officiel.
Jusqu'au inclus, la théologie et la philosophie sont très intimement liées. Dans l'école scolastique, l'une des branches de la philosophie est la métaphysique générale, la théologie étant aussi appelée la métaphysique spéciale. La réconciliation du christianisme et de la philosophie d'Aristote par Thomas d'Aquin (philosophie première) au se forge autour de cette ligne de force.
À partir de la Renaissance, en même temps que la Réforme protestante ouvre la lecture de la Bible aux non-latinistes et remet en cause une partie des acquis dogmatiques, la scolastique entre dans une phase de décadence qui s'accélère aux et s. Même si ses méthodes de raisonnement logique sont élaborées, l'incapacité de la hiérarchie catholique à prendre en compte les observations scientifiques, par exemple lors du procès de Galilée, entraîne peu à peu la disparition de cette école. Le théologien marquant de l'époque est Blaise Pascal.
À la même époque, de nombreux philosophes font des travaux en logique, en métaphysique, en morale, et introduisent des modifications profondes dans les mentalités et les structures sociales.
La controverse moderniste
À partir de la seconde moitié du et jusqu'au début de la Première Guerre mondiale, une controverse divise les théologiens catholiques, entre la papauté, qui défend la Tradition avec son épistémologie scolastique, et les tenants d'un renouvellement de l'exégèse biblique. Une série de mesures de répression frappe alors les théologiens accusés de modernisme, dont l'excommunication de plusieurs d'entre eux, la mise à l'index de leurs ouvrages et l'obligation de prêter le « serment antimoderniste »..
Ces débats ont perduré pendant près d'un siècle. Ils n'ont été résolus qu'au concile Vatican II.
Vatican II vignette|Les pères conciliaires, Vatican II. Photographie de Lothar Wolleh.
Le concile Vatican II (1962-1965), souvent considéré comme l'événement le plus décisif de l'histoire de l'Église catholique au , se caractérise par une ouverture aux réalités du monde moderne et aux questions soulevées par sa déchristianisation. En effectuant un retour aux racines juives du christianisme, le concile entreprend une mise à jour de l'héritage du concile de Trente et de la Contre-Réforme.
Par la déclaration Nostra Ætate sur les relations avec les religions non chrétiennes (1965), et particulièrement le paragraphe 4 concernant les relations avec la religion juive, les pères conciliaires abandonnent implicitement la théologie de la substitution, selon laquelle l’Église remplace Israël dans une nouvelle alliance avec Dieu, et qui a nourri un antijudaïsme séculaire alimenté par ailleurs par certains textes du Nouveau Testament. Concernant les relations avec la religion juive, le concile « veut encourager et recommander entre Juifs et Chrétiens la connaissance et l'estime mutuelles, qui naîtront surtout d'études bibliques et théologiques, ainsi que d'un dialogue fraternel »
Vatican II s'attache également à souligner l'importance des Églises locales au sein de leurs cultures respectives. À cette occasion, l'Église catholique réexamine ses rapports avec les autres confessions chrétiennes, mais aussi avec les autres religions, et avec la société en général.. Elle repense à nouveaux frais une partie des débats de la théologie traditionnelle, comme la liberté religieuse et la Révélation Claus-Peter März, « Die Dogmatische Konstitution über die göttliche Offenbarung Dei Verbum », in Theologie der Gegenwart, vol. 58, n° 1, 2015, p. 54..
Les enjeux contemporains
Au , si la théologie protestante a été marquée par plusieurs individualités fortes, telles que Dietrich Bonhoeffer, Paul Tillich, Karl Barth ou Rudolf Bultmann, la théologie catholique s'est surtout caractérisée par des écoles de pensée, plus particulièrement parmi les Dominicains et les Jésuites.
Les questions les plus fréquentes ont concerné la nécessité de renouveler la vie ecclésiale en tant que lieu de la présence du Christ dans sa dimension liturgique, en particulier dans l'eucharistie, l'étude de la Révélation en lien avec la théologie kérygmatiqueVoir à ce sujet Henri Derroitte, « Le kérygme et la catéchèse missionnaire », Revue Lumen Vitae, 2020/3 (vol. LXXV), p. 323-333, université catholique de Louvain., et enfin l'approfondissement de la relation entre l'enseignement évangélique et ses manifestations concrètes, notamment par l'exercice de la charité. En plus de Jacques Maritain et d'Étienne Gilson, partisans d'un humanisme chrétien, Yves Congar a proposé une Église comprise moins comme une institution que comme une communauté de salut. S'éloignant du thomisme ambiant, Pierre Teilhard de Chardin a cherché une synthèse entre d'une part les lois de la physique et de l'évolution, et d'autre part le contenu de la foi.
D'autres théologiens, comme Marie-Dominique Chenu, Karl Rahner, défenseur d'un « tournant anthropologique »David Sendrez, « Le fondement de l’intelligence de la foi selon Karl Rahner », Transversalités 2016/3 (n° 138), p. 69-93., Hans Urs von Balthasar et Henri de LubacJoseph Moingt, « Henri de Lubac au Concile », Recherches de science religieuse, 2009/2 (tome 97), p. 237-244., ont été les précurseurs du concile Vatican II, qui a autorisé le débat sur la relation avec les réalités terrestres et le problème de la sécularisation, tout en ouvrant la voie à un œcuménisme grandissant. La « théologie de l'espérance »Adolphe Gesché, « Jürgen Moltmann, Théologie de l'espérance. Études sur les fondements et les conséquences d' une eschatologie chrétienne », compte rendu, Revue théologique de Louvain, 1971/2-4, p. 469-474. a engendré ses propres concepts politiques, suivie, selon des modalités différentes, par la théologie de la libération, qui a accueilli une partie de l'implantation marxiste en Amérique latine, mais aussi par la théologie de la libération noire.
La théologie catholique présente maintenant les caractéristiques suivantes : le retour aux sources des textes anciens, qui s'est fait avec les autres confessions chrétiennes depuis le concile Vatican II, l'œcuménisme et le dialogue interreligieux, une ouverture sur le monde que l'on ressent davantage depuis Vatican II.
Au , plusieurs théologiens ont été condamnés par les congrégations vaticanes. Ces dissidents incluent notamment Hans Kung, Charles Curran et Leonardo Boff.
Domaines de la théologie Exégèse
Des traductions de la Bible peuvent s'appuyer sur des éléments externes aux textes originels (qui sont pour l'essentiel en hébreu et en grec ancien). Ainsi, la Logique de Port-Royal (traduction de la Bible en français au , travaux auxquels a participé Pascal), ont introduit des modifications syntaxiques et grammaticales dans le texte biblique en français, qui ont eu probablement certains effets sur la langue française.
Quelques précurseurs catholiques relancent les études bibliques au . Le chanoine Augustin Crampon effectue un travail de réinterprétation et de traduction en français de l'ensemble des textes canoniques, à partir des sources les plus authentiques à cette époque. En 1890, le dominicain Marie-Joseph Lagrange fonde l'École pratique d'études bibliques, devenue en 1920 École biblique et archéologique française de Jérusalem.
Léon XIII reconnaît la nécessité d'approfondir l'exégèse biblique, tout en publiant l'encyclique Providentissimus Deus (1893), destinée à réaffirmer l'inerrance biblique. La Commission biblique pontificale, qu'il crée en 1902, a pour but de garder sous contrôle les auteurs soupçonnés de modernisme. En 1920, à l'occasion du quinzième centenaire de la mort de Jérôme de Stridon, Benoît XV publie l'encyclique Spiritus paraclitus sur les principes qui doivent régir l'étude des Écritures et reprend à son compte la position antimoderniste de Léon XIII.
En 1943, Pie XII élargit les conditions d'exercice de l'exégèse dans l'encyclique Divino afflante Spiritu. Pour la première fois, sont autorisées la lecture et l'étude de la Bible dans d'autres versions que la Vulgate. Pour la première fois également, la papauté permet aux spécialistes de recourir à la méthode historico-critique dans l'analyse des textesRichard N. Soulen, R. Kendall Soulen, Handbook of Biblical Criticism, 2001, Louisville, Kentucky, Westminster John Knox Press, p. 49., méthode utilisée depuis plus d'un siècle par les biblistes protestants et jusqu'alors interdite à leurs confrères catholiques.
Pendant le concile Vatican II, la Commission biblique pontificale fait paraître une Instruction sur la vérité historique des évangiles (). En 1993, elle publie un texte intitulé L'Interprétation de la Bible dans l'Église qui constitue une synthèse des principes exégétiques pour le catholicisme.
Les travaux exégétiques liés aux directives pontificales conduisent à de nouvelles traductions de la Bible dans la seconde moitié du : la Bible de Jérusalem et la Traduction œcuménique de la Bible (ou TOB), cette dernière étant effectuée avec les autres confessions chrétiennes. Les passages à caractère cosmologique de la Bible sont maintenant rédigés d'une façon plus claire, et permettent d'éviter les confusions sur les questions de représentation du monde.
Herméneutique L'herméneutique biblique est l'art de comprendre et d'interpréter les textes bibliques.
Elle se fixe trois orientations : la recherche du sens des textes (notamment la théorie des quatre sens), la compréhension de la Parole de Dieu en rapport avec l'existence humaine, l'efficacité du message biblique dans l'Histoire et le contexte sociopolitique.
Théologie dogmatique