Ebla (, ʾĪblā) ou Tall Mardikh (, Tall Mardyḫ) est une ancienne ville de la Syrie des , dont les ruines se trouvent à l'emplacement du site archéologique de Tell Mardikh. Elle se situe à au sud d'Alep sur la route de Hama, après la bifurcation en direction de Lattaquié. Il occupe une position stratégique, à la porte d'un col contrôlant l'accès à la mer Méditerranée.
Le site se présente sous la forme d'un tell ovale de dominé par une acropole centrale. Il a été découvert en 1964 et fouillé par les équipes du professeur Paolo Matthiae (de l'université La Sapienza de Rome) en 1968.
Ebla est une riche cité dès le Ses rois commencent à partir de à étendre leur domination sur le Moyen Euphrate et sur une partie de la Syrie. Les fouilles ont permis de mettre au jour une salle d'archives, riche de plus de et fragments de tablettes d'argile gravées en sumérien et en éblaïte, la langue locale. Ces textes ont fourni des informations précieuses sur l'économie, le commerce, l'industrie, l'administration et la diplomatie de ce puissant royaume. Des archives économiques, des traités d'alliance avec les États voisins, des relations de guerre et de paix, des épopées et des hymnes religieux montrent qu'Ebla fut l'une des plus puissantes cités-États de la Syrie entre 2500 et
Il est possible de visiter les vestiges dégagés de palais, de temples et d'autres édifices. Alors que la documentation écrite concerne les , les monuments, les objets et les œuvres d'art dégagés datent essentiellement du début du , la dernière période pendant laquelle Ebla florissait avant sa destruction finale.
Redécouverte, fouilles et dégradations vignette|upright=1.4|Vue aérienne du Tell Mardikh en 2005, avec la localisation des principales zones fouillées.
Le site de Tell Mardikh commence à être fouillé par une équipe archéologique italienne dirigée par Paolo Matthiae en 1964, dans le but de trouver des informations sur la Syrie intérieure du . Après de premières campagnes qui n'ont fourni que des résultats modestes, une statue portant une inscription a été découverte en 1968 et a permis l'identification du site fouillé : il s'agit de l'antique ville d'Ebla, capitale d'un royaume déjà connu par plusieurs textes et dont on cherchait la localisation.
Les fouilles du site connaissent surtout une grande notoriété en 1975, quand sont mis au jour plus de et fragments de tablettes datant d'environ 2400 av. J.-C., période pour laquelle on n'imaginait pas qu'il existait en Syrie une administration utilisant l'écriture cunéiforme. La région était tenue pour être « en retard » par rapport à la Basse Mésopotamie. Une polémique éclata même, lorsque des journaux anglo-saxons prétendirent que ces archives révélaient des informations sur le temps des Patriarches de la Bible, et que le gouvernement syrien cherchait à occulter. La polémique retomba finalement une fois les tablettes publiées, et lorsqu'il fut prouvé qu'elles n'avaient que des rapports très lointains avec la Bible.
Les fouilles mirent au jour peu d'espaces datant du et dégagèrent essentiellement des bâtiments du début du . Elles se sont poursuivies chaque année sous la direction de Paolo Matthiae jusqu'à leur interruption par la guerre civile en 2011. Elles apportent des informations précieuses sur la culture de la Syrie intérieure du . Il en est de même pour l'édition et surtout l'analyse des tablettes du , effectuées notamment par Alfonso Archi, Pelio Fronzaroli et Giovanni Pettinato.
Guerre civile syrienne Depuis le début de la guerre civile syrienne en 2011, les fouilles du site ont été abandonnées. Le site a été investi par des groupes armés, et il a rapidement fait l'objet de fouilles clandestines, dans des nécropoles encore non explorées par les fouilles régulières. Des analyses d'images satellites du site datant de 2014 indiquent que les zones fouillées ont été profondément dégradées, si ce n'est détruites, avec des engins mécanisés, et que les fouilles clandestines se sont étendues sur une surface très large, où sont repérables de nombreuses fosses.
Le royaume d'Ebla durant la période « proto-syrienne » (c. 2500-2300 av. J.-C.)
Le premier niveau d'habitation du site (Mardikh I) correspond à la seconde moitié du . Le second niveau (Mardikh II) couvre la majorité du . Il est divisé en plusieurs sous-périodes ; le niveau II A correspond au premier grand développement de la ville, entre 3000 et 2500 environ, qui marque le début de la période dite « proto-syrienne ». Le niveau II B couvre la seconde moitié du , soit l'Âge du bronze ancien, correspondant à la période des dynasties archaïques III, ainsi qu'aux périodes des empires d'Akkad et d'Ur III de Basse Mésopotamie. Cette seconde sous-période est avant tout connue grâce aux nombreuses tablettes documentant la vie du royaume vers les (niveau Mardikh II B1), qui ont fait la renommée du site. Il s'agit de l'apogée d'Ebla en tant que puissance politique.
Le palais royal et les archives vignette|gauche|Ruines du « palais G », le palais royal de la période proto-syrienne.
Les archéologues ont fouillé peu de bâtiments datant de la période proto-syrienne. Le mieux connu est le « palais G », datant du , situé au centre de l'Acropole. Il s'agit du plus ancien palais connu en Syrie. Les structures identifiées sur ce tell pour la phase antérieure doivent correspondre à un premier état de cet édifice, contemporain de l'émergence de la royauté à Ebla : sur la pente sud, le bâtiment G2 avait sans doute une fonction de stockage ; au nord-est du secteur palatial, une construction comprenant une grande quantité de silex devait servir d'atelier de production et d'espace de stockage L. Cooper, « The Northern Levant (Syria) During the Early Bronze Age », dans A. Killebrew et M. Steiner (dir.), The Oxford Handbook of the Archaeology of the Levant: c. 8000-332 BCE, Oxford, 2013, p. 281. Le palais de l'époque proto-syrienne devait s'étendre sur environ sur le secteur nord de la colline et disposer d'au moins un étage. Mais seuls quelques secteurs ont pu être dégagés, couvrant . Quelques parties ont pu être identifiées. D'abord le « quartier administratif », au sud, au pied de l'acropole où se trouvait la chancellerie avec ses archives. S'y trouvait une petite cour intérieure, disposant d'un portique sur son côté sud. Une pièce disposée au sud de ce secteur était sans doute la salle du trône, autour de laquelle ont été récemment mis au jour de petites pièces, où ont été trouvés divers objets. On a également mis au jour une cuisine dans ce secteur. La « cour des audiences », située plus en hauteur, dominait la ville et était reliée au secteur précédent par une porte monumentale. Elle a pu servir de place publique assurant la communication entre l'espace public et le palais proprement dit. Ses façades étaient apparemment bordées de portiques à colonnes en bois, au moins sur deux côtés. Un podium placé sous le portique nord devait supporter le trône du roi lors des audiences. Sur le côté nord, la cour donnait accès à un bâtiment du palais. Sur le côté est, elle ouvrait sur l'accès principal au palais royal, par une porte monumentale ouvrant sur un escalier menant au sommet de l'acropole. Un complexe situé au sud a pu servir de résidence aux dignitaires du palais.
thumb|Tablette provenant des archives d'Ebla, Musée national d'Alep.
C'est dans le quartier administratif qu'ont été exhumées la plupart des tablettes des archives royales de cette période P. Matthiae, « The Archives of the Royal Palace G at Ebla, Distribution and Arrangement of the Tabletes According to the Archaeological Evidence », dans K. R. Veenhof (dir.), Cuneiform Archives and Libraries, Papers read at the Rencontre Assyriologique Internationale, Leyde, 1986, p. 53-71. La grande majorité des documents a été trouvée dans la « salle des archives ». Elle contenait environ et fragments de tablettes, dont au moins complètes et avec des lacunes. Il s'agit d'une salle rectangulaire. Les tablettes étaient disposées par groupe de quinze, sur trois rangées d'étagères de bois ( de profondeur et de hauteur environ) alignées le long des murs nord et est. La face principale des tablettes était tournée vers l'extérieur, les plus grandes étant posées sur le sol. Elles étaient classées de façon thématique, et sont restées disposées ainsi après l'incendie qui a ravagé le palais lors de sa destruction, malgré la disparition des étagères.
Sur le mur est se trouvaient les tablettes enregistrant les livraisons de tissus. Dans l'angle se trouvaient les tablettes relatives à des livraisons de métaux précieux et de cuivre. Le long du mur nord, l'étagère supérieure portait les listes lexicales sumériennes et des textes de chancellerie (décrets royaux, donations, traités). Les autres étagères portaient des comptes rendus relatifs à l'agriculture et à l'élevage, ainsi que des listes bilingues éblaïte/sumérien.
Le vestibule de la salle des archives a livré d'autres tablettes. D'autres pièces du palais ont fourni des lots de tablettes conséquents : environ 900 dans le portique est de la cour des audiences (beaucoup de tablettes de livraisons alimentaires - farine et huile) et 500 dans un magasin de forme trapézoïdale du quartier administratif. En tout, plus de et fragments ont été mis au jour, mettant en lumière les activités de l'administration du palais durant les trois derniers règnes précédant la destruction du site A. Archi, « The Archives of Ebla », dans K. R. Veenhof, op. cit., p. 72-86. Synthèse et exemples de tablettes par le même auteur dans .
La majorité des tablettes étaient rédigées en sumérien, langue d'un peuple vivant en Basse Mésopotamie, qui était alors la plus prestigieuse culturellement dans le Moyen-Orient, mais également dans une langue sémitique locale inconnue auparavant, et qui a finalement été baptisée « éblaïte ».
Institutions et administration du royaume vignette|gauche|La « cour des audiences » du palais royal.
L'État éblaïte était dirigé par le résident principal du palais, le roi. Il portait le titre sumérien de EN, habituellement traduit par « seigneur » (porté également par le roi d'Uruk), qui correspond à l'éblaïte malkum/malikum. Trois règnes sont documentés par les archives du palais : ceux d'Igrish-Halam, d'Irkab-Damu et d'Isar-Damu, dont les durées de règnes sont encore mal connues. Une liste des rois précédents a pu être établie, notamment à partir de tablettes de listes de rois relatives au culte des ancêtres dynastiques A. Archi, « The King-Lists from Ebla », dans T. Abusch et al. (dir.), Historiography in the Cuneiform World Part I, Compte-rendu de la Rencontre Assyriologique Internationale, Bethesda, 2001, p. 1-13. L'épouse principale du roi (la reine, maliktum) jouait un grand rôle, notamment religieux P. Mander, « The Function of the Maliktum as Based on the Documentation of the Administrative Texts of Ebla », dans H. Waetzoldt et H. Hauptmann (dir.), Wirtschaft und Gesellschaft von Ebla, Heidelberger Studien zum Alten Orient, Band 2, Heidelberg, 1988, p. 261-266.
Un rituel royal qui correspondait au moins en partie à des noces royales est bien connu. Son interprétation est débattue, car il semble comprendre également l'intronisation du roi. Or celle-ci n'est pas mentionnée dans les tablettes le décrivant qui nous sont disponibles, mais dont l'association à la première cérémonie est évidente dans des documents administratifs. On comprend mal l'association entre le mariage et l'intronisation, qui ne semble pas due à des circonstances particulières résume les deux thèses en présence.. Quoi qu'il en soit, ce rituel durait au moins sept jours, durant lesquels le couple royal et les principaux dignitaires du royaume se rendaient en différents lieux : le temple du dieu Kura, patron du royaume, puis le mausolée dynastique, avant de revenir au palais pour effectuer d'autres rituels, présentant souvent un caractère agraire, avant que les noces ne soient conclues par un grand banquet précédant la consommation du mariage.