vignette|upright|Mini jupe portée en 2007 à Montreal. La minijupe (ou mini-jupe, ou jupette) est une jupe très courte, droite ou plissée, dont la longueur se situe entre sous les fesses et la mi-cuisse. On distingue également la microjupe, qui est encore plus courte et dont l'ourlet se situe juste en dessous des fesses.
Le port de la minijupe, développé par la styliste anglaise Mary Quant au début des années 1960, a été très vite popularisé dans le monde occidental. Devenue un des symboles de la révolution sexuelle, la minijupe fut l'une des manifestations de l'évolution des mœurs vestimentaires féminines.
Le succès considérable de la minijupe conduisit au développement des collants, et à la quasi-disparition du port des bas. Au fil du temps, la minijupe s'est modernisée et diversifiée au gré des collections proposées par les créateurs de mode. Histoire Définition La minijupe est une d’après Le vêtement de A à Z de Sophie GeorgeSophie George, Encyclopédie Le vêtement de A à Z, éditions Falbalas, , 2008 ., ou encore d'après le dictionnaire Larousse..
Des origines aux années 1960
De la tunique grecque à la jupette guerrière du soldat romain, cette jupe très courte est exclusivement portée par les esclaves ou guerriers masculins pendant l'Antiquité. Elle sera au fur et à mesure abandonnée au profit des tuniques plus longues, des pantalons ou des culottes. Au Moyen Âge, vont apparaître les premiers pantalons utilisés exclusivement par les hommes qui les portaient sous leurs lourdes armures rigides. De cette époque arrivera, encore que bien plus tard en fait, la démarcation pantalons pour les hommes et jupes pour les femmes, mais le port de la jupe au masculin perdurera au moins jusqu’au et l’avènement de l’époque industrielle.
Lors de son spectacle au théâtre des Folies Bergère à Paris en 1926, Joséphine Baker porte une sorte de minijupe composée uniquement de bananes. Il s'agit ici d'un costume de scène uniquement et non d'un véritable vêtement. D'ailleurs la minijupe reste un classique du monde du spectacle lors de l'entre-deux-guerres.
Les Années folles voient la disparition du corset, à la grande joie des sportives. La jupe courte peut faire son retour, au féminin, à travers le sport : la Française Suzanne Lenglen abandonne le costume usuel de tennis qu'elle porte encore à l'occasion des Jeux olympiques d'été de 1920 pour une robe signée Jean Patou à partir de 1921.. Cette robe présente deux caractéristiques qui font débat : les bras sont totalement dénudés et la jupe plissée s'arrête au-dessus du genou. C'est ensuite le patinage artistique, aux Jeux olympiques d'hiver de 1928 à Saint-Moritz où la norvégienne Sonja Henie, la jeune diva du patinage artistique, se présente pour la première fois en jupe courte, et fait sensation grâce à ses mouvements audacieux et libérés du port de la jupe longue.
Après la Seconde Guerre mondiale, l'actrice Marilyn Monroe, perpétuant son rôle d’icône , s'affiche en jupe courte bien au-dessus du genou.
Années 1960 Lancement de la minijupe par Mary Quant vignette|Mini jupes portées en 1968 aux Pays-Bas. La première minijupe est commercialisée en 1962 dans une boutique appelée Bazaar sur King's Road dans le quartier de Chelsea à Londres. Mary Quant était alors une jeune styliste de mode, autodidacte, dont le design de style Pop répondait bien à l’éclectisme des baby boomers du Royaume-Uni en matière de look (culture des Mods)Patrick Liegibel, « Révolution dans les sixties : la minijupe », émission Au fil de l'histoire sur France Inter, .. Mary Quant avoue que la première jupe rase-pets qu'elle a confectionnée (plus connue sous le nom de « mini » venant de la voiture éponyme) lui était destinéeQuant on Quant (Quant par Quant).. Elle précise également avoir . Puis elle a commencé à habiller ses amies qui trouvaient amusant et provocant de montrer leurs jambes. Elle prétend que son idée s'inspire des courtes robes de plage qu'elle a vues à Saint-Tropez. : la rumeur veut que la jeune styliste se soit procurée sa première minijupe à la boutique des Arts de Saint-Tropez avant d'en lancer la vogue en Grande-Bretagne.
En 1965, Mary Quant met la minijupe dans sa collection, le succès est immédiat auprès des jeunes, d'abord comme symbole du Swinging London, très vite ensuite en Europe puis dans tout le monde occidentalNoberto Angeletti et Alberto Oliva, En VOGUE, ., grâce entre autres à Jean Shrimpton : si la minijupe nait à Londres dans la boutique de Quant, c'est la photo de Jean Shrimpton à la Melboune Cup en Australie qui va réellement la populariser.. Aux États-Unis, Edie Sedgwick se fait remarquer à New York avec cette tenue.. Certains pays comme les Pays-Bas feront interdire la minijupe, la trouvant alors beaucoup trop provocante.
Le styliste Jacques Delahaye avait essayé de lancer la minijupe dès 1963 en France, mais il était encore trop tôt et ce lancement ne connut aucun succèsYvonne Deslandres et Florence Müller, Histoire de la mode au , ..
En , quatre ans après la fondation de sa maison de couture, le grand couturier français André Courrèges est le premier à se saisir du phénomène en faisant de la minijupe la pièce phare de sa collection printemps-été 1965, dans une version plus futuriste que sa cousine d’outre-Manche.. Il présente plusieurs modèles haute couture de mini tenues, lui donnant ainsi ses lettres de noblesse. Ses minijupes, contrairement à celles de Quant, cessent d'être droites et prennent des ailes sur les côtés pour porter le nom de jupes trapèze.
Succès de la minijupe vignette|Mini jupe portée en 1971 à Londres. Contrairement à André Courrèges, Mary Quant propose une ligne de vêtements plus populaire. À la fois bon marché, futuristes et pratiques, ses collections connaissent rapidement un grand succès ; la minijupe est l'élément phare de ces collections. Très vite, Mary Quant lui associe des bottes à laçage croisé pour la femme sexuellement libéréeColin McDowell, Haute pointure, une histoire de la chaussure, .. Parallèlement, la naissance des modèles de confection en série (le prêt-à-porter), sont destinés à habiller les femmes avec élégance et à prix modérés et permettent le développement de la minijupe. Les adolescentes s'approprient ainsi ces minijupes aux couleurs hardies et claires, devenues un véritable symbole Victoria Déodato, La femme dans l’univers romanesque de Michel Houellebecq, . de revendication féministe dans un contexte de prospérité économique qui favorise la transgression des normes sociales mais aussi de révolution sexuelle. La minijupe devient alors l'un des porte-parole de l'évolution des mœurs pour les jeunes femmes (telle la journaliste qui présente l'émission Ready Steady Go! en tenue très courte) et fait scandale dans certains milieux conservateurs. Déjà en 1964, Noële Noblecourt, présentatrice de l'émission de télévision Télé Dimanche avait été officiellement licenciée de l'ORTF pour avoir montré ses genoux à l'écran, mais interviewée par Vincent Perrot une trentaine d'années après, elle affirme avoir été renvoyée pour avoir refusé les avances de Raymond Marcillac, directeur de l'information de TF1Documentaire Des femmes enchaînées, des femmes déchaînées, réalisé par Pascale Clark et Jean-Pierre Devillers, diffusé sur France 3 le ...
Pendant des années, la minijupe reste interdite dans la plupart des lycées. Coco Chanel s'oppose violemment à l'arrivée de la minijupe. Quant au ministre de l'Éducation nationale, Christian Fouchet, il la juge ... Cela n'empêche pas de nombreuses personnalités, telles Sylvie Vartan, Twiggy, Françoise Hardy, Catherine Deneuve ou Brigitte Bardot de s'habiller en minijupe, tandis que les Américaines Joan Baez ou Janis Joplin par exemple, encore plus anticonformistes osaient le jeans. Mary Quant avoue avec élégance : François Baudot, Mode du siècle, .. En effet, Noberto Angeletti et Alberto Oliva, En VOGUE, .. D'autres stylistes britanniques, tels ou Barbara Hulanicki (de la boutique londonienne Biba), suivent la tendance instaurée par Mary Quant..
Dans la continuité de la mini, à partir de 1965, le raccourcissement des jupes prend véritablement la dimension d'un phénomène de mode qui ne va cesser de croître dans les années suivantes. jusqu'à l'émergence d'une voyant les jupes mais aussi les robes raccourcir. L'importance de ce phénomène entraîne la vogue du mot « mini » lui-même, mot dont le chanteur Jacques Dutronc fera un « tube » en 1966 : Mini, Mini, Mini. Pas moins de sont vendues en France en 1966. À la fin des années 1960 en France, ..
En 1969, le photographe de mode Berry Berenson photographie sa sœur, Marisa Berenson, mannequin et future actrice, dans une rue passante, vêtue d'une minijupe d'Yves Saint Laurent. Cette image devient le symbole graphique de l'esprit de liberté omniprésent dans la mode des années 1960Noberto Angeletti et Alberto Oliva, En VOGUE, .. Fin 1969, Roland Barthes écrit dans le magazine Marie Claire : .
Au Québec Au Québec, durant les années 1960, quelques garçons ont tenté de lancer la mode des minijupes masculines, à l’aval de la mode alors naissante des pantalons pour femmes. Les principaux représentants de ce courant éphémère appartenaient principalement à la scène musicale québécoise. Notamment, les membres du groupe César et les Romains qui portaient une sorte de minijupe romaine, ou encore Georges Marchand, le batteur du groupe québécois Les Sinners qui portait parfois une minijupe pour filles. Les paroles du succès radiophonique Un Garçon en mini-jupe lancé en 1967 par l'auteure-compositrice-interprète québécoise Caroline Vallée, dite Karo, illustrent bien l'esprit de l'époque, qui rejette cette tendance nouvelle :
La mode des minijupes pour homme reste encore marginalisée au .
Phénomène de mode : bottes et minijupe
Le , Sheila participe à l'émission télévisée Si ça vous chante de Guy Lux ; elle y chante sa chanson La vamp en mini-jupe et cuissardes.. La minijupe devient populaire, elle se porte avec des bottes mais aussi à l'opposé avec des Mary Jane, qui deviennent bientôt à la mode été comme hiver. Brigitte Bardot et Claudia Cardinale font souvent la une des journaux, vêtues d'une minijupe, de bottes et d'un col roulé, ce qui fait dire à Harriet Worsley :
Dès les années 1970, le port de la minijupe associé à celui des bottes cavalières est fréquent dans les tenues d'uniforme, de majorettes par exemple.
L'essor des collants La démocratisation de la jupe courte favorise en outre l’essor des collants qui viennent remplacer les bas, et se portent généralement de couleur. Ceux-ci se sont démocratisés depuis la fin des années 1950 par leur baisse de prix et l'essor des matières synthétiques. De plus, les jeunes, vecteurs de mode dans les années 1960, rejettent presque systématiquement les principes vestimentaires de leurs ainés. La généralisation des collants, assure un nouveau confortFrançois Baudot, Mode du siècle, ., au grand dam des amateurs de porte-jarretelles qui disparaissent., le collant étant considéré Chronique de la France, , éditions Chronique, ..
Le succès de la minijupe fait exploser le marché des collants, si confortables et pratiques que les femmes ne les ont pas abandonnés depuisJames Laver, Histoire de la mode et du costume, .. L’idée du collant, qui jusqu’alors était exclusivement porté par les danseuses est reprise par les industriels et commercialisée sous le nom de Mitoufle..
En 1999, l'historien français Vincent Duclert écrit :
Depuis les années 1970 vignette|upright|Mini jupe portée en 1991 par Patsy Kensit au festival du cinéma américain de Deauville.