vignette|redresse=1.5|Carte de la dépression du Tarim, essentiellement occupée par le désert du Taklamakan. vignette|redresse=1.5|Image satellite du désert du Taklamakan.
Les momies du Tarim sont une série de momies datant des et , découvertes en Chine occidentale, dans le bassin du Tarim.
Ces momies étaient accompagnées de vestiges archéologiques et présentent des caractères génétiques qui indiquent une origine dans l'ouest de l'Eurasie. On considère qu'il s'agit d'une des cultures indo-européennes anciennes les plus orientales, avec les cultures contemporaines de l'Altaï et la culture d'Afanasievo.
Il est plausible mais pas certain que le peuple des momies soit l'ancêtre de la culture tokharienne, une culture indo-européenne ayant existé dans le bassin du Tarim jusqu'au de notre ère.
Découvertes archéologiques vignette|Sir Aurel Stein dans le bassin du Tarim, 1910. Les datations de ces dernières décennies ont montré que les plus anciennes momies datent de 1800, voire C'est le cas au cimetière de Qäwrighul, où les corps ont été datés de 2000 à . Les momies les plus récentes, juste avant la période de la culture tokharienne, datent de
Cette ancienneté, en plus des caractères europoïdes de la culture matérielle et de l'apparence physique des momies les mieux conservées, a suscité un certain intérêt, tant des médias que des chercheurs.
Historique des fouilles Les premières momies furent découvertes dans ce qui est maintenant la région autonome des Ouïghours du Xinjiang, en Chine, à la fin du et au début du . Ce fut en particulier l'œuvre des explorateurs Sven Hedin (« qui identifia les momies desséchées de la culture de Qäwrighul »), et surtout sir Aurel Stein, « qui fut l'archéologue le plus actif à explorer le bassin du Tarim dans les premières années de découvertesCharles Higham, Encyclopedia of ancient Asian civilizations, page 340, Éditeur : Facts On File Inc, 31 janvier 2004, ».
Le site du complexe funéraire de Xiaohe est découvert par un chasseur en 1910 et visité par l'explorateur et archéologue suédois Folke Bergman en 1934.
La recherche et les découvertes archéologiques s'accélèrent à partir des années 1970. Ainsi, au cours des quatre décennies avant 2010, environ 500 tombes ont été ouvertes dans tout le bassin du Tarim, contenant plusieurs centaines de momies. Ces tombes se situaient principalement dans les régions de Hami, Loulan, Lop Nor ou Cherchen.
Conservation Il s'agit de cadavres naturellement desséchés et momifiés. On insiste en général sur le fait que les corps « ont été enterrés [...] dans les sables desséchants du Taklamakan [...] L'environnement aride, qui préserve les corps et les vêtements, a permis un aperçu incomparable des vies et de l'apparence de peuples préhistoriques ». Le docteur Wang Bing Hua (ou Wang Binhua, selon la transcription), directeur de l'institut de recherche archéologique d'Ürümqi, attribue cependant la momification spontanée non pas seulement à la sècheresse mais aussi à trois facteurs : le climat aride du désert du Taklamakan, le sol salé et des funérailles hivernalesArthur C. Aufderheide, The scientific study of mummies, 634 pages, Cambridge University Press, janvier 2011, , 268.. L'hiver, la température peut être nettement inférieure à , et la salinité du sol est assez importante, de l'ordre de de sol, pouvant atteindre cinq fois plus en surface. Ces deux facteurs additionnels auraient renforcé la bonne, et parfois l'excellente, conservation des corps. Les momies sont en effet étonnamment bien conservées malgré le passage des millénaires. Elles ont même été décrites par des spécialistes comme étant les « mieux préservées du monde », dans un meilleur état que celles « trouvées en Égypte ou au PérouJ.P. Mallory et Victor H. Mair, The Tarim Mummies, introduction, éditions Thames & Hudson, juin 2000. ».
Géographie vignette|Le désert du Taklamakan. Les momies du Tarim, qui sont au nombre de plusieurs centaines, ont surtout été trouvées au pied de la bordure montagneuse du bassin du Tarim, à savoir les zones plus arrosées. Le désert du Taklamakan lui-même, qui occupe le plus gros de la dépression du Tarim, est en effet trop sec pour avoir réellement été habité, comme l'indique bien son surnom de « Mer de la mort ». Ce sont plus particulièrement le sud et l'est de la dépression qui ont livré les momies les plus nombreuses. Au sud, les sites les plus importants sont Khotan, Niya et Cherchen, et à l'est, ce sont les environs de Lop Nor, Subashi près de Turfan, Kroran, Qumul. « Seules quelques-unes des [momies les] mieux conservées sont présentées dans le nouveau et impressionnant musée du Xinjiang ». On trouve aussi quelques momies étudiées dans des musées plus éloignés, comme celui de Shanghai. Les plus anciennes momies du Tarim ont été trouvées dans le cimetière de Qäwrighul (près de Lop Nor) et sont datées à James Patrick Mallory et Victor Mair, 2000, The Tarim Mummies: Ancient China and the Mystery of the Earliest Peoples from the West, Londres, Thames & Hudson, page 10., voire 2000 . Généralement, les tombes montrent une inhumation peu profonde et « la plupart des inhumations sont seulement à un mètre sous la surface » du sol. vignette|Christoph Baumer au cimetière de Qäwrighul (ou Gumugo), d'où viennent les plus anciennes momies. Les tombes sont entourées de poteaux, dont on aperçoit les restes.
La taille et la localisation des oasis n'ont pas toujours été stables, et les populations anciennes ont vécu dans des lieux qui sont maintenant objets de fouilles et inhabitables pour beaucoup de monde. Le bassin du Tarim est en effet depuis longtemps un lieu sec, mais il semble l'être devenu plus encore actuellement. Ainsi, « des oasis comme Loulan... ont disparu à la suite d'un changement du lit du Kongi et du Tarim. D'autres aussi ont disparu.... Sir Aurel Stein en a marqué un bon nombre sur ses cartesGentelle Pierre, « Une géographie du mouvement : le désert du Taklamakan et ses environs comme modèle », Annales de Géographie, 1992, tome 101, 567, 553-594, doi : 10.3406/geo.1992.21110., consulté le 12 juin 2011 ». Outre les changements climatiques, une partie du phénomène de désertification de la région proviendrait aussi d'« une mauvaise utilisation de l'irrigation, qui a conduit à une remontée de la nappe [phréatique] et à la fixation de sels en surface, contraignant les paysans à l'abandon ».
Les momies les plus célèbres vignette|« La beauté » de Loulan.
Une des tombes les plus connues est datée de Découverte en 1979-1980, elle contenait les corps de trois femmes, d'un homme et d'un bébé. L'homme, dit « l'homme de Cherchen » (ou de Chärchän), âgé de 40 ou 50 ans à sa mort, mesure au moins , a encore des cheveux châtain-roux en train de blanchir, un long nez et une barbe rousse et arbore un symbole solaire sur la tempe gauche. Il « est vêtu d'un manteau de laine brune à liseré rouge et de pantalons du même matériau. Les coutures latérales ont été laissées ouvertes jusqu'aux hanches, formant des fentes. Le bas des jambes est enveloppé dans de la laine brute de couleur viveElfriede Regina Knauer, « Le vêtement des nomades eurasiatiques et sa postérité », Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1999, 143, 4, 1141-1187..
Une des femmes les mieux préservées fait également et a des cheveux châtain clair tressés en nattes. Le type physique des visages semble nettement europoïde. Le bébé avait un an environ lors de son décès, et des cheveux bruns sortaient lors de la découverte d'un bonnet rouge et bleu. Deux pierres bleues étaient posées sur ses yeux. Une autre momie très célèbre a été trouvée parmi « plusieurs corps [...] excavés de tombes près de Loulan, un site qui à une époque bordait un lac en cours d'assèchement, alimenté par la rivière Kongi. Parmi eux se trouvait le corps d'une jeune femme avec des traits du visage remarquablement préservés, et dont la datation au radiocarbone indiquait qu'elle était morte vers ». Nommée la « beauté de Loulan », elle a gagné ainsi une certaine célébrité médiatique. Une autre femme a été nommée Princesse de Xiaohe. Ces quelques momies font partie de celles, assez peu nombreuses, qui ont été étudiées en profondeur tant au plan archéologique que génétique.
Culture matérielle Les momies du Tarim viennent « d'oasis occupées par des communautés agricoles », et non par des nomades. L'agriculture pratiquée inclut l'élevage du mouton, de la chèvre, ainsi que la culture de l'orge, du millet et du blé. On trouve aussi des traces de chevaux et de chiens. La cueillette de plantes médicinales était également connue puisqu'on a retrouvé dans le cimetière de Qäwrighul « des brins d'éphédra, une plante avec des propriétés médicinales dont on pense qu'elle était une composante du Soma », une boisson rituelle utilisée par les Indo-Iraniens anciens. Peut-être en lien avec les pratiques médicales, on note sur un certain nombre de corps, comme à Qizilchoqa, un cimetière du début du , l'utilisation de tatouages corporels.
Une découverte concernant le fromage est capitale. D'après une étude publiée en 2014 par une équipe mixte chinoise / allemande (Andrei Schwevchenko de l'institut Max-Planck de Dresde et Tchang Souay Wang de l'Académie chinoise des sciences à Pékin), les boulettes déposées en offrandes sur certaines momies de la nécropole d'Ordeck (cimetière de Xiaoheu, prononcer siaou-rheu) sont du fromage de kéfir et seraient à ce titre le plus ancien fromage connu, vieux de 3500 ans.
On a aussi trouvé dans les tombes des objets en bronze, à une époque (début du ) où cette métallurgie apparait tout juste en Chine. On considère comme probable que la technologie du bronze ait été apportée en Chine par des groupes indo-européens originaires d'Asie centrale. Au « Xinjiang, [on constate] un âge du bronze étendu de 2000 à » « E. Kuz'mina situe les bronzes du Xinjiang dans l'ensemble des bronzes de l'Asie centrale, notamment d'AndronovoCompte rendu par Henri-Paul Francfort du livre The Bronze Age and Early Iron Age Peoples of Eastern Central Asia, publié sous la direction de Victor Mair. Compte-rendu publié dans le Bulletin de l'École française d'Extrême-Orient, année 1999, 86, 86, », une culture sans doute iranophone du Henri-Paul Francfort confirme « que la céramique noire incisée de ce site [Xintala] appartient bien au monde andronovien tardif, et que la hache de bronze trouvée en surface... est d'un type connu au Kazakhstan oriental à l'époque de Beghazy-Dandybaj du bronze final ». Cependant, si les restes momifiés sont spectaculaires, « leurs poteries sont peu spectaculaires et leur métallurgie rare avant la seconde moitié du », compliquant les tâches d'analyse archéologique des cultures en présence. Dans des sépultures datant de la fin de la période, comme à Subeshi (nord du bassin), fouillé en 1992 et daté de 400 , le bronze peut se trouver en association avec du fer, marquant la transition entre l'âge du bronze final et le début de l'âge du fer dans la région. vignette|Un masque du Tarim, daté du , trouvé près de Lop Nor.