Le basque () est la langue traditionnelle du peuple autochtone des Basques, parlée au Pays basque. C'est le seul isolat encore vivant parmi toutes les langues en Europe, tant du point de vue génétique que du point de vue typologique. De type ergatif et agglutinant, le basque, appelé « aquitain » dans l'Antiquité — ce dernier possédant des correspondance avec le proto-basque — et lingua Navarrorum (langue des Navarrais) au Moyen Âge, est la langue d'Europe occidentale la plus ancienne in situ encore vivante.
En 2016, l'enquête sociolinguistique du Pays basque a recensé environ bascophones de seize ans et plus en Espagne (provinces de Biscaye, Alava, Guipuscoa et de Navarre) et au Pays basque français, soit 28,4 % de la population. Le nombre total de locuteurs s'élève à , bilingues réceptifs inclus, soit 44,8 % de la population. Environ sont unilingues bascophones. Le basque est aussi parlé dans sa diaspora.
La langue basque comporte une grande diversité dialectale. Pour pallier le manque d'intercompréhension entre locuteurs de dialectes éloignés, l'Académie de la langue basque (dont le siège officiel est à Bilbao, en Biscaye), a mis en place vers la fin des années 1960 une koinê, un basque unifié (). Engagé dans un processus de standardisation, d'unification et d'un développement du corpus, ce dialecte commun et nouvelle variété de basque est basé sur les dialectes du centre tels que le guipuscoan essentiellement, et le navarro-labourdin, et ce, parmi cinq ou sept dialectes constituant un continuum dialectal.
De nos jours, le basque unifié investit tous les secteurs formels tels que les émissions de radio-télévision, la presse écrite, Internet, la recherche, l'enseignement, la littérature, l'administration etc. Dans les domaines informels, le basque unifié cohabite avec chacun des dialectes dans un espace où se côtoient les bascophones natifs () et les néo-locuteurs ().
Étymologie vignette|Production littéraire basque.
Le mot « basque » vient du nom d’un peuple antique, les Vascons (en espagnol, « basque » se dit d'ailleurs ), qui était le peuple protohistorique occupant le territoire de l'actuelle Navarre. Il s'agirait peut-être d'une forme latinisée (prononcée comme ‘uascone’) du nom autochtone de la racine eusk-, présente dans le nom de la langue (Euskara), et de ceux qui parlent cette dernière . De nombreux linguistes ont comparé cette racine avec le nom des Ausci, le peuple aquitain antique qui a donné son nom à la ville d'Auch (dont l'ancien nom était basque : Elimberrum, c'est-à-dire « ville nouvelle », du basque (h)iri « ville, domaine » et berri « nouveau »). Le passage de a- à e- étant assez fréquent en basque, l'hypothèse *ausc- > *eusk- est tout à fait admissible.
Un rapprochement par étymologie populaire entre euskal « basque » et eguzki « soleil »Augustin Chaho, Voyage en Navarre pendant l'insurrection des basques (1830-1835), Bayonne, 1865, . est à l'origine du néologisme Euzkadi (dû à Sabino Arana Goiri) et des formes comme euzkoSabino Arana Goiri, Euzko, Euzkadi I, 1901. Selon une autre hypothèse, la base *aus- pourrait représenter une variante de haitz « roche » (on la trouve dans la toponymie basque : Etxauz à Saint-Étienne-de-Baigorry, le mont Hautza, etc.). Ces deux hypothèses butent sur la nature de la sifflante (laminale contre apicale).
Les formes anciennes du mot sont : enusquera, Esteban de GaribayEsteban de Garibay, Compendio historial de las chronicas y unibersal historia de todos los reynos de España, donde se escriven las vidas de los reyes de navarra, Lib. III, Cap. III, , Amberes, 1571., 1571 (probablement pour indiquer une prononciation simplement nasalisée eũskera) ; heuscara, Bernard d'Etchepare, Linguae Vasconum primitiae, 1545 ; Joannes LeizarragaJoannes Leizarraga, Iesvs Christ gure Iavnaren Testamentv Berria, La Rochelle, 1571., 1571 ; La forme enusquera est citée à deux reprises, ce qui pourrait exclure une faute. Le n simple intervocalique disparaît en basque sur le modèle de l'évolution du latin anatem au basque ahate (« canard »), honorem > ohore (« honneur »), balaenam > balea (« baleine »), catenam > katea (« chaîne »)… Les deux formes archaïques sont donc cohérentes si on corrige heuscara en *ehuskaraDe même que notait le basque uharte « entre eaux ».. Le h aspiré se serait par la suite effacé, mais il n'y a pas de preuve décisive en ce sens.
Le linguiste Alfonso Irigoyen analyse Enuskera/Ehuskara en deux termes : un radical *en(a)us, de la forme dative du verbe « dire » : *enausi (verbe archaïque présumé reconstruit d'après la conjugaison diot, biscayen diñot « je dis », diost, bisc. diñost/diñaust « il me dit »)Comparer aussi avec le sens « bavarder » du verbe erautsi (darautsate « ils bavardent »), phonétiquement proche. ; le suffixe -kara/-kera signifiant « manière de ». Selon cette hypothèse, euskara signifierait « manière de parler »Alfonso Irigoyen, Geure hizkuntzari euskaldunok deritzagun izenaz, Euskera XXII, 1977Alfonso Irigoyen, Etimología del nombre vasco del vascuence y las vocales nasales vascas descritas por Garibay, 1990.. Cette thèse est admissible phonétiquement mais, aussi séduisante soit-elle, rien n'exclut une origine plus ancienne, une évolution plus complexe, la langue étant refaçonnée de génération en génération.
Euskera, eskuara, uskara et üskara sont des formes dialectales de euskara.
Histoire
vignette|Aire linguistique du basque depuis . vignette|Premiers écrits en basque.
Il y a débat entre linguistes sur la présence du basque avant l'arrivée des langues indo-européennesToponymie générale de la France, Ernest Nègre, Librairie Droz, 1990, 708 pagesCahiers Ferdinand de Saussure, Société genèvoise de linguistique, Librairie Droz qui, au cours de l'histoire, allaient devenir majoritaires.
L'hypothèse d'un lien avec l'ibère est aussi discutée, bien qu’il y ait des ressemblances frappantes (numération). La recherche envisage aujourd'hui une racine antérieure commune.
Le basque est en revanche assurément antérieur à l'arrivée des langues celtiques dans l'aire linguistique basque, puis du latin, dont dérivent les langues parlées aujourd'hui dans la région (français, espagnol, portugais, galicien, occitan, catalan, gascon, aragonais, etc.).
Au cours des siècles, le basque a reçu de nombreux éléments lexicaux des langues indo-européennes voisines, mais a conservé sa syntaxe totalement différente de ces langues, ainsi qu'un abondant lexique également sans rapport avec elles.
La plus ancienne preuve d'une écriture basque daterait du , sur une main en bronze découverte en novembre 2022. On y retrouve cinq mots inscrits en « vascon » qui correspond à l'ancêtre du basque moderne, dont seul le premier est compréhensible..
D'autres inscriptions basques sont relevées comme celles des Glosas Emilianenes ou encore celles du site d’Iruña-Veleia, dans la province d'Alava, qui dateraient du et de l'époque à laquelle les Basques ont été christianisés. Certains les tiennent pour des faux, d'autres estiment qu'elles sont authentiques.
Le premier texte imprimé en basque semble se trouver dans la de PantagruelPantagruel. de François Rabelais, publiée en 1542. Panurge essaie toutes les langues connues pour se faire comprendre de Pantagruel, dont le basque, avant de découvrir qu'il parle français. Cette connaissance du basque s'explique sans doute par le fait que Rabelais a enseigné la médecine à l'université de Montpellier. Il est donc plausible qu'il ait été en contact avec la langue, dont l'aire géographique était plus étendue qu'aujourd'hui.
Le premier livre écrit en basque est le Linguæ Vasconum Primitiæ de Bernard d'Etchepare imprimé à Bordeaux en 1545.
Les basques En mai 1942, les Américains auraient utilisé des basques, pour l'encodage, dans la guerre contre les Japonais. Cette histoire est néanmoins contestée par des travaux d'historiens publiés en 2017..
Distribution géographique Outre les locuteurs de la diaspora, le basque est parlé au Pays basque ( au sens initial) et, plus précisément, dans une partie des trois provinces formant la Communauté autonome basque d'Espagne (Guipuscoa, centre et est de la Biscaye, extrême nord de l'Alava) ; dans le nord de la Navarre (Espagne également) ; et dans les trois provinces basques de France : Labourd, Basse-Navarre et Soule (voir la carte).
Survie de la langue vignette|Punition d'un élève basque où il est écrit mille fois en Espagnol Héctor Iglesias explique cette survivance par le fait que, durant l'Antiquité, les Basques ont été des alliés plutôt que des ennemis de l'Empire romain, ce qui leur aurait permis de mieux sauvegarder leur langueDans un article intitulé Affinités toponymiques cantabropyrénéennes et énigmes historiques Une survivance linguistique apparemment inexplicable.. L'habitat dispersé a sans doute aidé aussi à la préservation de la langue basque.
Selon Luis Núñez Astrain, la raison principale de la survivance du basque est due précisément à la chute de l'Empire romain d'Occident, vers l'an 400, et à l'arrivée des Wisigoths. Les Basques (Autrigons, Caristes, Vardules, Vascons) et même Gascons, dont le nom provient d'une prononciation germanique de vascone) sont à cette époque des alliés des Romains. Astrain estime que si l'invasion des Goths avait été retardée de deux cents ans, le basque aurait été éliminé. Par conséquent, les Goths, bien qu'ils aient combattu les Basques, sont en grande partie responsables de la survie du basqueEL "EUSKERA ARCAICO" EN BUSCA DE LA KUTXA PERDIDA....
Cependant, depuis les deux derniers siècles, la révolution industrielle, l'urbanisation, le centralisme politique, la répression franquiste et l'exode rural au Pays basque nord ainsi que la politique linguistique de l'État français ont exercé une pression écrasante sur le basque, ce qui a aggravé les disparités démographiques régionales et linguistiquesAréologie dialectale et modularité des réseaux dialectaux : étagement spatial et structural des processus (morpho-)phonologiques dans le réseau dialectal basque par Jean-Léo Léonard, Osterlits, Paris III.. De 1868 à 1970, la population bascophone est passée de , alors que la population totale a augmenté de . La population totale a donc presque triplé, tandis que le pourcentage de la population bascophone a diminué, passant de 54 % à 23 %, soit le quart de la population totale.
La langue basque a beaucoup souffert des conséquences de la guerre civile espagnole, entre 1936 et 1939, lors de laquelle de très nombreux jeunes gens qui parlaient le basque durent émigrer (surtout vers la France). Entre 1940 et 1975, la situation économique de l'Espagne contribuera encore à faire émigrer beaucoup de jeunes Basques. Les Ikastolas furent légalisées au sud, dans l'État espagnol, à partir de 1960. En France, il fallut attendre plus longtemps.
Selon l’UNESCO, dans l'Atlas des langues en danger dans le monde, la langue basque est classée comme une langue vulnérable (VU), ce qui signifie qu’elle n’est pas encore en voie de disparition immédiate, mais qu’elle demeure exposée à des risques pour sa transmission future.
Grammaire
vignette|Tableau du verbe auxiliaire basque. vignette|Description d'une phrase en basque. La grammaire basque est très différente de ses langues géographiquement voisines. Le basque est une langue agglutinante, et des suffixes ou des radicaux peuvent être accolés derrière d'autres suffixes ou radicaux. Le genre n'existe pas, sauf attaché au verbe pour le tutoiement ( « tu as » (homme) et « tu as » (femme)) avec des marqueurs k (ou t) pour le masculin et n pour le féminin typiques des langues eurasiennes. La conjugaison fait en sorte que le verbe, en plus de s'accorder avec le sujet, s'accorde aussi avec les compléments, dits directs et indirects en français. L'évolution moderne de la langue fait qu'en basque, on ne conjugue souvent que l'auxiliaire du verbe.
Le basque suit généralement une syntaxe SOV mais aussi OVS dans certains cas rares.