La récupération informelle des déchets est l'activité consistant à « trier et extraire manuellement des matériaux recyclables divers et réutilisables depuis les déchets mélangés, dans les décharges légales et illégales, aux dépôts et sur, voire sous, les piles de déchets, dans les poubelles, aux différents points de transferts, dans les camions de transport ou ailleurs » Organisation Internationale du Travail, Addressing the Exploitation of Children in Scavenging (Waste Picking): a Thematic Evaluation of Action on Child Labour, Bureau international du Travail, Gnève, 2004 .. Quand cette activité est pratiquée dans les poubelles, on utilise l'expression « faire les poubelles ». Cette activité est une des façons de récupérer les déchets, les autres façons consistant à les récupérer à la source (avant qu'ils ne soient mélangés à d'autres déchets) ou à les récupérer de façon organisée (par l'intermédiaire des déchèteries).
Cette activité est fréquemment insalubre, souvent risquée, parfois même prohibée selon les lieux. En outre, le regard porté par la société sur les personnes qui procèdent à la récupération informelle des déchets est souvent dépréciatif : à l'exception de quelques cas de personnes le faisant dans un but scientifique ou artistique ou de bricolage. Elle n'est, généralement, pratiquée que par ceux qui n'ont guère d'autres choix, par exemple des habitants des bidonvilles des pays en développement. Elle fait partie des activités de l'économie informelle.
S'il est difficile de savoir combien de personnes exactement exercent cette activité, les estimations donnent un total compris entre 2 et 6 millions de personnes au niveau mondial .
Histoire Le métier de chiffonnier était connu en Europe, et particulièrement en France et en Italie, jusque dans les années 1960Sabine Barles, L'invention des déchets urbains : France, 1790-1970, Éditions Champ Vallon, 2005.. Il existe des communes, par exemple Gambettola en Italie du nord, où les habitants ont fait fortune par la récupération des vieilles choses et perpétuent cet ancien métier en récupérant les métaux pour les sidérurgies.
Terminologie On trouve en français, plusieurs expressions pour désigner cette activité et les personnes la pratiquant, même si l'anglais est fréquemment employé dans le « domaine du développement. L'anglais scavenging et scavenger (appliqué à l'origine aux animaux pour désigner les charognards) est souvent jugé trop péjoratif, tandis que le mot de chiffonnier » (en anglais ), s'il reste couramment employé, est trop restrictif car il ne désigne que la récupération de tissu. Le mot anglais est actuellement le plus employé dans les études, ce qui est couramment traduit par « récupérateur de déchets » ou « ramasseur de déchets » (parfois en ajoutant l'adjectif « informel » pour les distinguer des éboueurs professionnels), voire « collecteur de déchets ». On utilise également « ordures » à la place de « déchets ».
Il existe aussi de nombreux noms ou surnoms locaux, qui sont parfois préférés : par exemple, on parle de zabbālīn (« éboueurs », en arabe littéraire) en Égypte, cartoneros en Argentine, chifonye en Haïti, kacharawala à Delhi, tokai au Bangladesh, kabaris à Karachi, pepenadores au Mexique, basuriegos en Colombie, catadores au Brésil, boujouman au Sénégal, pemulung en Indonésie… : ces noms désignent souvent les principaux matériaux (carton, chiffons…) qui sont récupérés.
Types de déchets récupérés et utilisations Les déchets récupérés sont globalement de trois principaux types : pour la subsistance à court terme, pour une éventuelle remise en état et revente, et enfin pour une utilisation "détournée" de type créative ou scientifique. Déchets ayant une réutilisation immédiate : il s'agit en général de déchets comestibles, comme des restes de nourriture, des produits jetés car ayant dépassé leur date limite de consommation mais toujours bons ; ces produits sont destinés à être consommés peu après. Ils sont trouvés aux abords des marchés, ou des supermarchés et des restaurants dans les pays développés. Déchets destinés à la revente : de nombreux objets jetés peuvent retrouver une valeur marchande à peu de frais, et procurer ainsi un moyen d'existence, essentiel dans les endroits où la pauvreté est répandue et le chômage très important. Ce type d'utilisation crée un travail à part entière, et reste la forme dominante de récupération dans les pays en développement. Déchets pour une utilisation « professionnelle » : ce cas reste extrêmement marginal par rapport aux deux autres ; il concerne notamment la récupération de déchets faite « pour le frisson », pour une création artistique, pour une étude sociologique ou pour une enquête.
En plus de ces trois utilisations, les déchets peuvent avoir d'autres utilités. Dans les zones inondables, les déchets peuvent servir de remblai à défaut d'autre matériau immédiatement disponible : ainsi, dans les zones de Cap-Haïtien construites sur les marais à mangroves, 50 % du sol est composé de déchets ménagersVivien Walden, Tim Forster et Panteleo Creti, Public Health Assessment Report from Haiti, Oxfam, novembre 2003.. Les déchets servent aussi à former des digues de fortune contre les marées de grande amplitude et les vagues.
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Activités Si le ramassage est l'activité la plus visible (car souvent l'image la plus choquante), elle n'est pas la seule activité faisant partie de la récupération. Ces activités incluent le ramassage (à la source, dans les rues et dans les décharges), la valorisation et / ou la transformation, le rachat et la revente. À ce point, ce qui était un déchet retrouve sa place dans l'économie formelle ou dans l'industrie en tant que matière recyclée.
Description des activités
Le ramassage peut s'effectuer à différents points. En amont, les récupérateurs peuvent racheter les déchets auprès des foyers, ce qui leur permet d'obtenir des déchets moins souillés ; cette pratique se retrouve dans les zones d'une ville non desservies par les services publics. Certains récupérateurs sont payés pour cela, s'ils assurent l'évacuation de tous les déchets. Le ramassage peut aussi s'effectuer dans les bennes communautaires ou dans les rues, en particulier aux abords des marchés. Enfin, un lieu de prédilection reste une décharge publique étant donné l'abondance des déchets. Selon les décharges et l'implication des municipalités, l'accès peut être libre ou bien restreint à certaines heures, aux personnes autorisées, voire au paiement d'un droit. Les personnes qui font payer ce droit peuvent aussi faire partie du système, souvent comme revendeurs.
Le tri peut s'effectuer en même temps que le ramassage ou une fois que les objets ont été revendus à un intermédiaire. Il permet de séparer ce qui va être réutilisé de ce qui est définitivement à jeter.
La valorisation consiste à ajouter de la valeur aux déchets ; il peut s'agir d'un simple nettoyage ou de la réparation d'un objet, lui permettant d'être directement revendu. Au-delà de la valorisation, la transformation s'apparente au recyclage en réutilisant les matériaux de l'objet pour autre chose : par exemple, la récupération de tissu afin de confectionner des vêtements ou des rideaux ; la refonte de métal pour faire des objets n'ayant pas besoin de bonne qualité ; bibelots faits de papier et plastique recyclé.
Enfin, la revente permet de réintroduire les objets dans le circuit économique classique. Cette revente peut se faire dans la rue par le récupérateur lui-même, de façon organisée par une boutique, ou bien auprès d'industries dans le cas des matériaux bruts.
Outils
La plupart des ramasseurs n'utilisent que deux outilsJonathan Rouse et Mansoor Ali, Waste Pickers in Dhaka, WEDC, Loughborough University, 2001 . : une pointe ou un crochet métallique pour retourner les déchets, et un sac en plastique pour les collecter. L'utilisation de véhicules comme la carriole ci-contre semble réservée aux groupes organisés étant donné leur coût prohibitif. Les équipements de protection sont très rares ; quand ils sont présents, ils sont souvent le résultat d'une action d'une organisation locale ou internationale.
Situation mondiale Statistiques Puisque la majorité des récupérateurs travaillent dans le secteur informel, il est difficile d'établir précisément leur nombre dans le monde. Il est possible de consulter des évaluations de terrain qui donnent une idée des proportions dans certaines grandes villes (voir le tableau ci-dessous) ; au niveau mondial, il s'agit de centaines de milliers de personnes, voire de plusieurs millions, qui vivent de cette activité. Dans les grandes villes des pays en développement, une estimation de 1988 porte à 2 % de la population ceux qui vivent de la récupération informelle des déchetsMartin Medina, Waste Picker Cooperatives in Developing Countries, El Colegio de la Frontera Norte, Paper prepared for WIEGO/ Cornell/ SEWA Conference on Membership-Based Organizations of the Poor, Mexico, mars 2005 ., soit potentiellement de personnes uniquement dans les pays les moins avancés et 6,35 millions de personnes dans les pays à revenu faible ou modérément faibleChiffre obtenu en prenant 2 % de la population des villes de plus de 1 million d'habitants dans les pays à bas revenu, soit 2 % de 12 % de 686,5 millions d'habitants, d'après les données de la Banque mondiale . En prenant aussi la population des villes de plus de 1 million d'habitants dans les pays with lower middle income, on ajoute 2 % de 18 % de de personnes.. Si, en revanche, on utilise le taux de de la population qui apparait fréquemment dans le tableau ci-dessous, le nombre estimé de récupérateurs informels serait de dans les pays les moins avancés, et 1,92 million dans tous les pays à revenu faible ou moyennement faible.
+ Estimation du nombre de récupérateurs informels dans quelques grandes villes du monde.Quand aucune source n'est précisée, il s'agit d'un résultat de l'OIT Pays Ville Population totale(2004) Récupérateurs informels (estimation) Total ‰ Dont enfants (−18 ans) Asie Bangladesh Dacca 10,4 millions A.T.M. Nurul Amin, The informal sector in Asia from the decent work perspective, Bureau international du Travail, Genève, 2002 . 6,3 Cambodge Phnom Penh 1,2 million 330 (décharges) 0,27 246 (décharges) Inde Bangalore 6 millions - M. Huysman, J.S. Velu, K.N. Ganesh et R. Bhuvaneswari, Approaches to urban solid waste management : Linkages between formal and informal systems of source separation and recycling, a profile of Bangalore, discussion papers for workshop on Linkages in Urban Solid Waste Management, Bangalore, 18-20 avril 1994 3,3 - 52 24 % des enfants des ruesM. Medina, Informal recycling and collection of solid wastes in developing countries: issues and opportunities, UNU/IAS Working Paper No. 24, The United Nations University/Institute of Advanced Studies, Tokyo, Japon, 1997 . Delhi 14 millions Anselm Rosario, Reduction of child labour in the waste picking sector, India: review and findings of an evaluative field study in Bangalore and Kolkata, Evaluative field study for WASTE, Gouda, The Netherlands, août 2004 .Yujiro Hayami, A.K. Dikshit et S.N. Mishra, Waste pickers and collectors in Delhi: Poverty and Environment in an Urban Informal Sector, FASID, Tokyo, octobre 2003 . 7,11,07 Calcutta 15 millions - L. Trettin, A cooperative for rag pickers, Farm Digest, septembre 1996. 3,31,3 - 1,7 30 - 40 % Bombay 18,1 millions Virup Panwalkar et Marie Dominique de Suremain, L’identification et la reconnaissance des acteurs populaires impliqués dans la gestion de l’environnement et des déchets, Enda Preceup, juin 1999 AL Fernandez, Solid Waste Management Micro-Enterprises: Asian Regional Overview, UMP-Asia Occasional Paper No.35, UNDP/UNCHS/Worldbank, Regional