Futuna () est une île située en Polynésie occidentale, au nord-est des îles Fidji, au nord-ouest des Tonga et à l'ouest des îles Samoa, formant avec Alofi au sud-est l'archipel des îles Horn. Futuna est divisée en deux royaumes coutumiers : Alo au sud-est et Sigave au nord-ouest. Futuna fait partie de la collectivité d'outre-mer française de Wallis-et-Futuna.

Peuplée vers 800 par des austronésiens de culture Lapita, qui deviennent peu à peu des Polynésiens, Futuna reste une île assez isolée de ses voisins (Wallis, Samoa, Tonga, Fidji). Elle développe une culture et une langue propre (le futunien), mais la population est morcelée en différents groupes rivaux qui se font la guerre et s'installent dans des forts à l'intérieur des terres. À cette période de la « terre ocre » () succède à partir de 1700 la période de la « terre brune » () : les habitants s'installent en bord de mer, cultivent des tarodières et les différentes chefferies s'unissent progressivement. En 1837, des missionnaires maristes français débarquent et convertissent l'île au catholicisme. Ils mettent fin aux guerres et consacrent la division de l'île entre deux royaumes coutumiers, Alo et Sigave. La présence européenne reste réduite, limitée à quelques prêtres et commerçants. Futuna est intégré au protectorat de Wallis-et-Futuna, mais celui-ci reste très théorique : le représentant du résident de France est un missionnaire et l'administration ne s'installe qu'en 1959.

À la suite d'un référendum, Wallis-et-Futuna deviennent un territoire d'outre-mer en 1961. Tandis que l'administration s'installe, créant plusieurs infrastructures et apportant le travail salarié, une importante migration vers les Nouvelles-Hébrides (actuel Vanuatu) et la Nouvelle-Calédonie débute dans les années 1950, donnant naissance à une importante diaspora futunienne. Au , Futuna est encore marquée par une culture forte et une petite ouverture sur l'extérieur apportée par les expatriés. Elle est également dans une relation de dépendance vis-à-vis de l'île de Wallis. L'agriculture vivrière est la principale activité, la religion catholique et les obligations coutumières structurent la vie des habitants.

Toponymie Le nom Futuna provient de l'arbre Barringtonia asiatica (en futunien , complété par le suffixe -a signifiant « abondance de »). En français, l'île a été également orthographiée Foutouna, notamment au .

Géographie

Situation Futuna, d'une superficie de , est d'origine volcanique et son point culminant (524 m) est le mont Puke.

Futuna est assez isolée dans l'Océan pacifique : elle se trouve à de Wallis et à des Fidji. L'absence de lagon et la difficulté pour les navires d'accoster rend difficile les contacts avec l'extérieur : . Géologie Futuna et Alofi sont situées au sud de la fosse fossile de Vitiaz, sur le segment le plus à l'est de la zone de fracture Nord-Fidjienne. Il s'agit d'une faille transformante très active, reliant le nord de la fosse des Tonga avec l'axe d'accrétion océanique du centre du bassin nord-fidjien. En raison de cette activité sismique, Futuna est régulièrement touchée par des tremblements de terre. Plusieurs failles ont été découvertes en l'an 2000 à la suite d'une expédition cartographique dans la région : la dorsale de Futuna, qui s’étend sur plus de 200 kilomètres depuis le nord des îles Fidji jusqu’au nord-ouest de Futuna, et la faille transformante de Futuna, reliée perpendiculairement à la dorsale : .

En 2010, 2011 et 2012, de nouvelles expéditions menées par l'Ifremer et financées par des entreprises minières et le gouvernement français ont permis de cartographier trois ensembles tectoniques au large de Futuna, mais faisant partie de la zone économique exclusive de Wallis-et-Futuna : une dorsale nommée dorsale Alofi, une zone volcanique au sud de Futuna, avec de nombreux volcans anciens, et enfin la zone volcanique sud-est de Futuna (en anglais , SEFVZ), dans laquelle se trouvent deux volcans importants : le Kulo Lasi et le Tulo Lasi. Entre ces deux volcans s'étend le domaine magmatique-hydrothermal de Fatu Kapa.vignette|La côte nord de Futuna.

Royaumes coutumiers et villages Futuna comprend les deux royaumes coutumiers et circonscriptions d'Alo (à l'est) et de Sigave (à l'ouest). Ensemble avec Alofi au sud et quelques récifs, elle forme l'archipel des îles Horn.

La population habitait majoritairement dans les montagnes, à l'intérieur des terres, jusqu'au et l'implantation de villages sur la côte. Alo compte huit villages (Ono, Taoa, Kolia, Vele, Poi, Mala'e, Tamana, Tuatafa et Alofitai sur Alofi) et Sigave en compte six (Leava, chef lieu administratif de l'île ; Toloke, Nuku, Fiua, Vaisei et Tavai). Infrastructures vignette|Le port de Leava à Futuna. De manière générale, Futuna est très isolée. L'île étant dépourvue de lagon, l'accès des navires est assez difficile et ne peut se faire qu'au wharf de Leava, dans l'anse de Sigave. Les liaisons maritimes (une par mois) ne concernent que les marchandises. L'aérodrome de la Pointe de Vele, situé à l’extrémité est de l'île, permet le transport des passagers via l'aéroport de Wallis-Hihifo. Plusieurs vols sont proposés chaque jour (dimanche exceptionnellement) par la compagnie AirLoyauté, titulaire de la délégation de service public. Le vol dure environ 55 minutes. Néanmoins, les conditions météorologiques peuvent empêcher l'avion, Twin Otter, d'atterrir ou de décoller.

L'île dispose d'un réseau de de routes bétonnées ou non revêtues. La route principale, qui faisait le tour de Futuna, est coupée au niveau de la pointe des Pyramides (Uga Magalua) depuis le en 2010.

Bien que le réseau de distribution d'eau soit développé, par des captages et des bassins de stockage, l'eau n'est toujours pas traitée à Futuna et donc non potable. La population reste, jusqu'à présent, opposée à la facturation de l'eau malgré l'incidence sur la santé.

Futuna accueille les services et commerces d'une petite ville de métropole. On y compte deux écoles maternelles et primaires (privées catholiques), deux collèges publics, un hôpital, un aérodrome, trois stations services et plusieurs magasins (épicerie, outillage, meubles, électro-ménager, vêtements).

Le lycée est situé à Wallis avec des internats prévus pour les élèves futuniens.

À Alo, les infrastructures sont assez peu nombreuses (plusieurs écoles et un hôpital), tandis qu'à Sigave se trouve le chef-lieu administratif de Futuna, le village de Leava, qui . Leava est également l'unique point d'entrée pour les marchandises extérieures. Le royaume de Sigave est donc un point de passage obligé pour tous les échanges.

Relations avec Wallis Depuis l'arrivée de missionnaires maristes en 1837 à Futuna et à Wallis, les deux îles sont liées entre elles. Elles entretenaient déjà des liens auparavant : (), mais Futuna entretenait également des relations avec les Samoa, Tokelau ou les Fidji.

Futuna, moins peuplée et trop isolée, reste dépendante de son île sœur où se concentrent tous les pouvoirs. Faute de relations commerciales diversifiées, Wallis est la seule porte d'entrée pour Futuna.

Histoire

Protohistoire

Le temps de la terre noire alt=Carte de la Polynésie montrant deux groupes d'îles : au nord, le groupe polynésien nucléaire (Wallis, Futuna, Samoa, Niuafo'ou, Niuatoputapu) et au sud le groupe tongique (Tonga, Niue)|vignette|La Polynésie ancestrale et ses premières divisions linguistico-culturelles. Les premiers habitants arrivent à Futuna vers 800 Ce sont des Austronésiens, issus de la culture Lapita. À la même période, ils s'installent dans les îles et archipels voisins (Wallis, Tonga, Samoa, Niuatoputapu, Niuafo'ou) et développent une culture et une langue propre : c'est la naissance de la Polynésie ancestrale. Cette période de l'histoire de Futuna est dénommée le temps de la « terre noire » (en futunien ).

Échanges avec d'autres îles Des liens avec Fidji sont également présents. Des échanges fréquents entre Futuna et les îles de Cikobia et Naqelevu notamment ont eu lieu. En outre, le village de Vutuna, sur l'île de Nairai (archipel de Lomaiviti) a été peuplé par des Futuniens, contrairement au reste de la population de Narai, originaire de Bau.

Au Vanuatu, l'île de Futuna a été en partie peuplée par des habitants venus de Futuna.

Le temps de la terre ocre À partir de l', face à l'expansionnisme tongien dans la région, les habitants sont forcés de se replier vers l'intérieur des terres et construisent de nombreux forts (). Vienne et Frimigacci en ont dénombré trente-cinq. À l'époque, Futuna est morcelée en de multiples groupes rivaux qui s'affrontent régulièrement, même si certains ont noué des alliances en cas de danger commun (les envahisseurs tongiens, par exemple). Ainsi, les Futuniens réussissent à repousser l'expédition du chef tongien Kau'ulufonua fekai au . Cette période dite de la « terre ocre » (), marquée par l'insécurité et plusieurs affrontements avec les tongiens, se termine vers 1700. Le premier roi coutumier de Futuna est . Le titre passe alors d'un royaume à l'autre en fonction des rivalités. Les invasions tongiennes ont toutefois laissé des traces dans la culture locale, notamment avec l'adoption probable du kava comme symbole du pouvoir de la chefferie.

Durant cette période, les premiers visiteurs européens de Futuna, les Hollandais Willem Schouten et Jacob Le Maire, abordent l'île le et y restent huit jours, nouant des contacts avec la population futunienne.

Le temps de la terre brune La dernière période de l'histoire futunienne est dite de la « terre brune », (), en référence à la terre brune des tarodières : les habitants quittent les montagnes pour s'installer de nouveau en bord de mer. Durant cette phase, les différentes entités politiques indépendantes et rivales de Futuna vont progressivement s'unifier. Les différentes places fortes () se rassemblent autour de chefs. Lorsque des missionnaires maristes français débarquent à Futuna le 7 novembre 1837, il ne reste plus que deux entités politiques rivales : le royaume de Sigave et celui de Tuʻa, bientôt renommé en royaume d'Alo.

Ces deux royaumes s'affrontent lors de la guerre de Vai, la dernière guerre que Futuna ait vécu. Profitant du passage d'un navire baleinier australien, les Futuniens des deux camps échangent des cochons contre des fusils, ce qui leur permet de disposer d'armes à feu pour la bataille qui se déroule le 10 août 1839 de part et d'autre de la rivière Vai. Le royaume de Alo en sort vainqueur () et Sigave est pillé. Le missionnaire Pierre Chanel en est le témoin et soigne les nombreux blessés qui reviennent du champ de bataille. Après la guerre du Vai, Niuliki devient roi de l'ensemble de Futuna jusqu'à sa mort en 1842. Cette guerre fixe les frontières des deux royaumes et consacre la victoire de Alo sur Sigave.

Conversion au catholicisme

vignette|Le missionnaire Pierre Chanel participe à la conversion de la population au catholicisme avant d'être assassiné en 1841.