L’hôtel de Burtaigne est une demeure patricienne de Metz, datant de la Renaissance, construite dans les dernières années de la République messine par une famille membre des paraiges, les Gournay. Il est classé au titre des Monuments historiques depuis 2006.

Contexte historique Ses habitants successifs représentent toutes les facettes de la ville : ville libre d’Empire, en tant que demeure des Gournay, maîtres-échevins de la ville dans les dernières années de la République messine ; l'hôtel particulier a été le lieu de naissance de deux généraux des guerres du Second Empire, guerroyant sur quatre continents ; ville royale française en tant que siège de la Ferme générale (ancêtre du Trésor Public) au ; facette aussi de « Metz la commerçante » en tant que siège social de plusieurs entreprises de vente de vin, de fer, etc. ; ville pieuse enfin en tant que l’un des Trois-Évêchés en tant que maison d’habitation de deux fondatrices de bonnes œuvres, Caroline Colchen Carré de Malberg, cofondatrice de la société des filles de saint François de Sales et Anne-Marie-Célestine Michel, fondatrice d’un orphelinat à Scy-Chazelles. Sis aux 4 et 6 de la place des Charrons, dans le quartier Outre-Seille, son architecture spécifique, signalant la transition entre le Moyen Âge et la Renaissance, marquée par les usages successifs, lui a vaut d’être inscrit comme monument historique en 2006. Le mythe selon lequel cet hôtel particulier aurait servi de quartier-général au duc de Guise lors du siège de Charles Quint ne repose sur aucune source historique fiable.

La première mention de l’hôtel de Burtaigne date de 1531J. F. Hugenin, Les chroniques de la ville de Metz, S. Lamort, Metz, 1838. : « une maison sceante en la rue des Cherriers, qu’on dit la maison de Burtaigne ». On y célèbre alors le mariage de Claude de Gournay, fils du maître-échevin et conseiller du duc Antoine de Lorraine, Michel de Gournay, avec Catherine de Créhange, mariage marqué par une anecdote qui lui vaut sa place dans les chroniques messines car la galerie de l’hôtel s’effondre : L’Hôtel de Burtaigne — Site sur l’Outre-Seille.. On ne déplore aucune victime, c’est un miracle : Les Gournay sont déjà propriétaires de l’Hôtel de Gournay sur les Hauts de Sainte-Croix. L’emplacement de leur nouvel hôtel est plus pratique pour Les Gournay, membres des paraiges messins. Il est situé à proximité du Champ-à-Seille (actuelle place Coislin), la plus large place de Metz au Moyen Âge, marché principal et véritable centre économique de la ville. Reliée à la place du Champ-à-Seille par le pont-à-Seille, leur nouvelle demeure est commodément située de l’autre côté de la rivière, à l’écart de l’agitation marchande. La Seille qui jouxte l’hôtel permet de débarquer et d’embarquer les denrées qui partent ou viennent d’Allemagne. En 1551, après la mort de Michel de Gournay, l’hôtel passe à son fils Jacques, seigneur de Beux, maître échevin de Metz en , au moment de l’entrée à Metz de Henri II de France. Un mythe circule de manière insistante : en 1552, l’hôtel aurait servi de quartier général au duc de Guise qui défend victorieusement la ville de Metz lors du siège mené par les troupes de l’empereur Charles Quint qui essaie de reprendre sa ville. Cette allégation ne correspond à aucune information transmise par les sources, et est même en contradiction avec la source principale de l'histoire du siège. Jacques de Gournay a trois filles de son épouse, Anne de Lenoncourt, Catherine qui épouse Louis de Custine, Jeanne qui épouse Adrien de Waldeck et Eve qui épouse François Henri de Haraucourt, capitaine général de l’artillerie de Lorraine. On ignore qui hérita de l’hôtel ou qui l’acheta.

Construction et aménagements

La construction s’achève au plus tôt peu après , selon la datation par dendrochronologie des poutres de la charpente de la partie principale de l’hôtel de Burtaigne et au plus tard, en , date où l’hôtel est mentionné dans les chroniques messines. La toiture basse en forme de pointe de diamant en retrait de la façade reste conforme à la tradition médiévale de l’architecture messine. La façade présente, sur les deux premiers niveaux des bandeaux moulurés courants au-dessus des fenêtres et ponctués de frettes crénelées, particularité architecturale typiquement messine qui se retrouve dans la maison des Têtes et dans d’autres édifices patriciens de la Renaissance ; ces frettes portent un décor sculpté de grotesques fantastiques, d’un lion tenant un écusson. Les meneaux et croisées des fenêtres RenaissanceLes pierres du pourtour des fenêtres témoignent d’anciens meneaux. ont été supprimés au afin de laisser pénétrer plus de lumière. Ceux qui subsistent (sur les fenêtres au-dessus du porche) sont des copies datant du . Les décors intérieurs sont modifiés vers la fin du : les pièces principales sont décorées de lambris d’appui, de cheminées en marbre et les plafonds Renaissance sont dissimulés sous un habillage de plâtre. De cette époque date l’ajout de la porte piétonne, sur la rue, qui par son style dénature quelque peu le rythme intrinsèque de la façade Renaissance. Cinq marches lui donnent accès. En 1734, un procès est fait au propriétaire de l’hôtel, monsieur DubuissonArchives municipales de Metz, pour avoir partiellement comblé le lit de la Seille adjacente afin de construire la porte cochère dans le but de faciliter le passage des carrosses vers la cour arrière. La Seille est canalisée peu après, en . Peu ou pas remaniée au , la partie gauche de la façade sur rue (au-dessus du porche) est construite dans un style néo-renaissance en 1906, en parallèle avec les travaux de comblement du bras de la Seille, devenu la rue Haute-Seille. Les communs de l’hôtel de Burtaigne sur l’arrière, sont détruits pour laisser place à un autre édifice, lui aussi de style néo-Renaissance, construit pour l’Association mosellane des œuvres laïques (AMOL). Touchées par un obus lors de la Seconde Guerre mondiale, les fenêtres au-dessus du porche sont restaurées (entre 1945 et 1948) et « restituées » avec des meneaux (elles n’ont probablement jamais existé auparavant dans cet état). Les mansardes de l’hôtel sont transformées en logements en 1953. L’architecture type des maisons patriciennes messines à la fin du Moyen Âge et au début de la Renaissance comporte un escalier en colimaçon proche de la porte principale (comme à l’hôtel de Heu) ou intégré dans une tourelle séparée du corps principal de la maison (comme à la maison des Têtes ou dans l’ancien hôtel de Gournay). La cage d’escalier à jour central est une construction plus tardive, datant du . Une balustrade en fer forgé mène jusqu’au premier étage, poursuivie jusqu’au deuxième par des balustres de bois. thumb|Hôtel de Burtaigne - façade arrière du 6 place des Charrons lors des travaux de destruction des anciens entrepôts industriels mettant au jour le portique Renaissance du rez-de-chaussée. Le 6 place des Charrons est achevé après 1534 (datation par dendrochronologie des poutres de la charpente) ou 1544 (datation dendrochronologique des poutres du plafond du piano nobile). Il sert probablement de salle des fêtes ou occupe une fonction de représentation et de réception comme en témoignent les médaillons sculptés, de style Renaissance, dans les murs de l’étage noble. Un porche Renaissance donne accès à l’immeuble. Il ne respecte pas la symétrie de la construction Renaissance : il donne sur une traverse qui correspond à la deuxième travée de la galerie du rez-de-chaussée (voir illustration) ; mais est placé au centre de l’immeuble si l’on y inclut le 6 bis, place des Charrons. Au , les fenêtres Renaissance du premier étage sont remaniées et adoptent la forme en vogue de baies à arc segmentaire, certaines percées ; cet étage sert d’atelier à l’imprimeur Joseph Antoine. En 1813, le commerce de fer de la maison Valette et Serot (devenue plus tard les établissements Guermont-Weber) s’installe dans cette partie de l’hôtel. En 1904, le règlement d’urbanisme impose l’installation de l’eau courante et du tout-à-l’égout dans cette partie et dans la partie principale de l’hôtel de Burtaigne. En 1916, les fenêtres du deuxième étage sont modifiées, certaines percées dans le prolongement des fenêtres du premier datant du dix-huitième, l’espace de la grande salle est cloisonné (cloisonnement qui pourrait être antérieur) pour en faire un appartement habitable. Dans l’Entre-deux-guerres, les trois fenêtres du rez-de-chaussée sont refaites dans un style néo-Renaissance. Des entrepôts de type industriels sont édifiés en 1947Date du permis de construire sur toute la partie arrière du six et s’arcboutent sur la façade historique sur cour, sans respect pour elle. thumb|Mise à jour d’une fenêtre à meneaux sur la façade arrière de l’hôtel de Burtaigne lors des travaux de destruction des anciens entrepôts industriels. En 2009, un projet immobilier entraîne la destruction partielle des entrepôts industriels à l’arrière du 6 place des Charrons (anciens établissements Guermont-Weber) et le dégagement de la façade originelle. Les caves de l’immeuble correspondent aux différentes sous-parties de l’immeuble. La partie sous le porche de la maison est dépourvue de cave, sans doute en raison de la proximité avec le lit de la Seille et la possibilité d’infiltration. Au 4 de la place des Charrons, la partie avant (sur rue) présente trois nefs de caves voûtées avec arcs à encorbellement. Cette disposition ne correspond pas à l’organisation architecturale de la partie aérienne de la maison en deux séries de salles. Ceci fait que le mur médian et porteur de la maison repose sur la clef de voûte de la nef centrale des caves. Cette solution, statiquement osée, peut laisser supposer que les caves sont plus anciennes et ont été récupérées telles quelles. De plus, les caves de la partie arrière du 4 place des Charrons ne correspondent pas exactement au style de la partie avant : elles ont dû être construites à une époque différente. Si les caves du 4 sont perpendiculaires à la rue, les voûtes de celles du 6 sont construites parallèlement à la rue. Encore visible à côté du porche, sur la gauche de la façade du corps principal, une petite porte, aujourd’hui partiellement murée, donne accès aux caves directement depuis la rue. Au 6, un dispositif similaire existait comme en témoigne une volée de marches, mais la porte sur rue a totalement disparu, peut-être lors des réfections du .

Affectations successives