Un clos-de-vougeot, ou un clos-vougeot (les deux formes sont autorisées), est un vin rouge français d'appellation d'origine contrôlée produit sur le clos de Vougeot (ou Clos-Vougeot) à Vougeot, en Côte-d'Or.
Il est classé parmi les grands crus du vignoble de la côte de Nuits (une subdivision du vignoble de Bourgogne).
Histoire Antiquité On attribue à la période romaine l'implantation de la viticulture dans l'actuelle Bourgogne ; plusieurs fouilles archéologiques la prouvent pour la fin du , notamment celle à Gevrey-Chambertin en 2008-2009 (au lieu-dit « Au-dessus de Bergis », interprétée comme étant les restes d'une vigne en pergolette sur plaine argileuse).. Ce vignoble de plaine se serait implanté sur le coteau seulement à partir du haut Moyen Âge, avec aménagement progressif d'un parcellaire délimité par des haies, des murs, des murgers et des chemins..
Moyen Âge gauche|vignette|Pressoir à vis du au château du Clos de Vougeot, où le raisin était comprimé sous un madrier. Dès le début du , l’implantation du christianisme avait favorisé l’extension de la vigne par la création d’importants domaines rattachés aux abbayes. Ainsi l'abbaye de Cîteaux (créée en 1098) reçut des terres sur la côte d'Or dès 1100, sur les bords de la Vouge. C'est à partir de l'an 1111 que les cisterciens firent planter en pinot noir leur clos et en confièrent la culture à leurs frères convers. Le nom du terroir apparaît pour la première fois dans une bulle du pape Alexandre III datée de 1164. Le pape prenait sous sa protection l'abbaye cistercienne et ses biens dont le cellier de Vougeot, cellarium de Vooget cum appenditiis sis.. Les moines blancs profitèrent de dons pour augmenter l'étendue de leur vignoble. L'histoire a retenu les noms de Hugues le Blanc, Eudes le Vert et Walloo Gile .
Le clos fut constitué et prit son nom vers 1330, quand les moines jugèrent nécessaire de l'entourer de murs. Au cours du pontificat de Clément VI (1342-1352), pour satisfaire celui qui fut le plus fastueux pontife d’Avignon, les cisterciens bourguignons subdivisèrent le Clos-Vougeot en trois climats afin de sélectionner la « cuvée du pape ». Cette faveur pour un vin rouge est une nouveauté du , jusqu’alors les vins les plus appréciés étaient blancs. Le rôle joué par la Cour pontificale d’Avignon dans cette mutation de goût fut essentiel, le vin de Beaune, dont le clos-vougeot, descendant plus facilement vers le sud par l’axe Saône-Rhône, tandis que pour atteindre Paris il devait traverser la Côte en charroi jusqu’à Cravant pour rejoindre l’Yonne. Les deux autres climats étaient la « cuvée du roi » et la « cuvée des moines ».
En 1364, le retour prévisible à Rome n’enthousiasmait que modérément la Cour pontificale. À tel point qu’Urbain V décida de frapper un grand coup en menaçant d’excommunication Jean de Bussières, abbé de Cîteaux, s’il continuait à approvisionner Avignon en clos-vougeot. Le bruit courait, en effet, que les cardinaux se refusaient d’aller à Rome où ils ne retrouveraient pas un tel cru. Pétrarque lui-même considérait que . Peu après son couronnement, en , Grégoire XI annula la menace d'excommunication et autorisa, à nouveau, l’abbé de Cîteaux à approvisionner sa Cour en clos-vougeot. Incontinent, Jean de Bussières fit parvenir à Avignon trente pièces (120 hl) de sa dernière vendange. Ce geste fut récompensé par la pourpre cardinalice.
vignette|redresse=0.75|Philippe II le Hardi. En l'an 1395, le duc Philippe le Hardi décida d’améliorer la qualité des vins et interdit la culture du gamay au profit du pinot noir dans ses terresLe Figaro et La Revue du vin de France (2008) : Vins de France et du monde (Bourgogne : Chablis), L'histoire, .. En 1422, d'après les archives, les vendanges eurent lieu en côte de Nuits au mois d'août.. À la mort de Charles le Téméraire, le vignoble de Bourgogne fut rattaché au royaume de France, sous le règne de Louis XI.
Époque moderne vignette|Gabriel-Julien Ouvrard, le dernier grand propriétaire du vignoble du clos de Vougeot. C'est en 1551 que dom Jean XI Loisier fit édifier le château actuel. En 1700, l'intendant Ferrand rédigea un Mémoire de la Bourgogne pour l'instruction du dauphin Louis (qui avait le titre de duc de Bourgogne ; c'est le petit-fils de Louis XIV et le père de Louis XV), indiquant que dans le duché les vins les meilleurs provenaient des , et . Six exemplaires sont conservés à la bibliothèque municipale de Dijon, sous les cotes ms 724, 725, 726, 792, 1051 et 1064 ; il a été réédité et analysé : ..
En 1728, Claude Arnoux décrit les vins du clos de Vougeot comme des vins de garde (alors que les vins de la côte de Beaune sont alors présentés comme des vins de primeur) :
Époque contemporaine Sous la Révolution, la réputation du Clos-Vougeot était telle que lors de l'inventaire des de la cave de Louis-Jean-Marie de Bourbon, duc de Penthièvre, en 1793, il fut trouvé en majorité des vins du clos, suivis de beaune blanc, de meursault, de côte-rôtie, d'hermitage et de tavel.
Un peu plus tard, sous le Consulat, le dernier moine cellerier, dom Lambert Goblet, fit répondre aux envoyés de Bonaparte, chargés de notifier à l'abbé de Cîteaux que les propriétés de son abbaye — près de — passaient à la Nation :
En 1816, André Jullien met le climat en quatrième place de sa , après la Romanée-Conti, le Chambertin et le Richebourg : , ..
La confiscation des biens du clergé permit à la grande bourgeoisie d'acquérir les plus beaux fleurons du patrimoine de l'Église. Le banquier Gabriel-Julien Ouvrard se rendit maître du Clos-de-Vougeot et de la romanée-conti, en 1818, et en fit don à son fils Victor, âgé de 19 ans. On sait alors qu'il y avait dans le clos un double encépagement : pinot noir et chardonnay. Il ne fit arracher ces derniers qu'après 1820. Dans les décennies 1830 et 1840, la pyrale se multiplie et ses chenilles dévorent les feuilles de la vigne. Elle est suivie à partir de 1850 d'une maladie cryptogamique, l'oïdium., un champignon qui se développe sur les feuilles : les viticulteurs luttent contre lui depuis 1854 en aspergeant les vignes de soufre utilisé contre fongicide (soufrage).
vignette|redresse=0.7|Le phylloxéra, minuscule insecte qui a ravagé le vignoble à la fin du . À la mort de Victor Ouvrard, en 1861, le clos passa en héritage aux quatre enfants de sa sœur Betsy qui le mirent en vente. Il fut acquis par le baron Thénard qui le revendit ensuite aux héritiers Ouvrard. Le millésime 1865 a donné des vins aux teneurs naturelles en sucres très élevées et des vendanges assez précoces. Puis arrive le phylloxéra, un puceron venu d'Amérique du Nord, qui touche la Côte-d'Or à partir de 1878 (repéré à Meursault, puis la même année au jardin botanique de Dijon et à Norges-la-Ville), se répandant ensuite, entraînant à terme la mort de la totalité des vignes. La seule parade trouvée fut de replanter avec greffage sur des pieds américains, autorisé en Bourgogne à partir de 1887.. En 1878, une nouvelle maladie cryptogamique, le mildiou, est identifiée dans le Bordelais, venant elle-aussi d'Amérique du Nord et contaminant rapidement tous les vignobles européens ; le traitement avec du sulfate de cuivre (la bouillie bordelaise) est proposé en 1885. Enfin, en 1886, c'est au tour du black rot (la pourriture noire) d'arriver ( de la Société française de phytopathologie, « Les Vendanges du Savoir » le 20 mai 2025 à Talence)., traité au fongicide. La crise phylloxérique transforme le vignoble : le provignage est abandonné, les plantations sont faites en rangs avec désormais un palissage sur fils de fer, et non plus en foule sur piquets., d'où une densité plus faible, et la possibilité d'y faire passer un cheval (pour traiter et labourer). Les héritiers Ouvrard remirent le clos-vougeot aux enchères en 1887. La vente échoua et ce ne fut qu'en 1889 que le clos fut acheté par quinze négociants en vin de Beaune, Dijon et Nuits-Saint-Georges. Le morcellement venait de commencer.
vignette|Clos Vougeot 1920. Le mildiou provoqua un désastre considérable en 1910. En 1920, le clos est acheté par le député de Côte-d'Or Étienne Camuzet, un important propriétaire vigneron de Vosne-Romanée. Henri Gouges avait rejoint au niveau national le combat mené par le sénateur Joseph Capus et le baron Pierre Le Roy de Boiseaumarié qui allait aboutir à la création des appellations d'origine contrôlée. Il devint le bras droit du baron à l'INAO. Ainsi cette AOC fut créée par le décret du , publié au JORF du .. Restauré après la Seconde Guerre mondiale, le château qui abrite toujours les anciennes installations vinicoles des moines est devenu la propriété de la confrérie des chevaliers du Tastevin depuis 1944. Apparition de l'enjambeur dans les années 1960-1970, qui remplace le cheval. Les techniques en viticulture et œnologie ont bien évolué depuis (vendange en vert, table de triage, cuve en inox, pressoir électrique puis pneumatique etc.).
Avec la canicule de 2003, les vendanges débutèrent pour certains domaines cette année-là à la mi-août, soit avec un mois d'avance, des vendanges très précoces qui ne s'étaient pas vues depuis 1422 et 1865 d'après les archives.
Le cahier des charges a été modifié en , publié au JORF du ., puis en (), homologué par le décret du publié au JORF du ., en mars 2026, homologué par l'arrêté du publié au JORF du . et en , homologué par l'arrêté du publié au JORF du ..
Étymologie Un clos désigne un terrain clôturé, ici de murs de pierre (plusieurs autres clos bourguignons ont perdu leurs murs). Le nom de « Vougeot » est celui du village bordant le clos, ainsi que celui de la commune et du ruisseau intermittent dont la source est proche du clos, . au lieu-dit « Les Petits Vougeots » (le cours d'eau s'appelle le Vougeot ou la Vougeotte, un affluent de la Vouge, cette dernière prenant sa source sur Chambolle-Musigny en contrebas des Hauts Doix)..
Le nom a évolué au Moyen Âge : en 1167 cellarium de Voget (dans le cartulaire de Cîteaux), en 1212 clausum de Vouget (cartulaire de Cîteaux, III, verso), en 1228 Magnum Clausum Cistercience apud Vogetum ( r°), en 1229 clausum de Vooget ( v°), en 1257 in territorio de Vougoth… in Magno Clauso Cistercii (Cîteaux, H 494), en 1440 closus de Vougeyo et closus de Voogeyo puis en 1452 « cloux de Vougeot » (Saint-Vivant, H 701) pour se fixer sur « clos de Vougeot » au , ., avec la forme contractée « Clos-Vougeot » sur la carte d'état-major..
Vignoble Aire d'appellation
L'aire d'appellation est située sur la commune de Vougeot en Côte-d'Or, au sein du vignoble de la côte de Nuits. La superficie est de 50 hectares, 96 ares et 54 centiares. ; la surface en production déclarée à la douane pour 2023 est de 49 hectares, 19 ares et 87 centiares., soit le plus vaste des grands crus de la côte de Nuits.
Le Clos-Vougeot jouxte l'aire de production du vougeot au nord, la D974 (route des vins) à l'est, le grand cru Échezeaux au sud et les grands crus Grands-Échezeaux et Musigny à l'ouest.
Lieux-dits Le clos de Vougeot est lui-même un lieu-dit (appelé un climat en Bourgogne) ; son origine se trouve dans clausus qui signifie « fermer », tandis que Vougeot a la sienne dans le nom d'un ruisseau qui forme la VougeAlbert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux, Éd. Larousse, Paris, 1977.. Mais le clos est lui-même subdivisé en plusieurs lieux-dits :
Géologie et orographie Le clos situé non loin de la source de la Vouge, est situé sur un coteau en pente douce exposée au levant. Son terroir est loin d'être homogène, graveleux et caillouteux dans sa partie haute, il devient plus argileux dans le bas mais gardent des sols filtrants qui ressuient vite les pluies.
Climatologie